AVEC LES RÉPONSES
(Mémoires de Granveìle, I, 87 v°- 89.)
Sans date [ vers décembre 1 5 2 5 1 .
Pour mieux establir la paix, se traictera du mariaige du dauphin et de la fdle de Portugal.
Item, qu’il restituera la duché de Bourgongne, vicomté d’Auxonne, le ressort de Sainct- Laurens, comté de Masconnois et Auxerrois, seigneurie de Bar et toutes autres appertenances , le tout exempt de souveraineté ; et cette restitution faicte , si le roy prétend droict , qu’il le demande par arbitres esluz entre eux.
Le roy respond par articles signés de sa main : Quant au premier, si on ne parle de son mariaige, celuy de son fdz seroit de longue attente.
Au second , qu’il trouve cet article trop estrange qui veut parvenir à une forme de paix-; car quant au jugement de Bourgongne, il ne se peut traicter que pardevant les vrays juges qui sont les pairs de France.
Item , propose l’empereur que les fondations traictées à Arras pour l’âme du duc Jean soyent accomplies.
Respond le roy qu’il accorde et consent , nonobstant que pour la
mort du duc d’Orléans ne fut faicte fondation , pour venger la mort duquel ses serviteurs tuèrent ledit duc de Bourgongne.
Propose l’empereur que le roy renonce à tous les droictz et arréaiges des royaumes de Naples , duché de Milan , seigneurie de Gennes-, comté d’Ast, seigneurie de Tournay, Mortaigne , Saint- Amant et cité d’Arras; rendre Hesdin et abattre Thérouanne.
Respond le roy qu’il s’en rapporte à ce qu’en a esté offert par ses ambassadeurs, sinon de la comté d’Ast, de quoy encore n’avoit esté parlé ; et quant à Thérouanne , qu’elle luy a trop cousté pour l’abattre, et ceste demande luy faict penser qu’on luy garde quelque mauvaise volonté, qui est loing de vray amytié laquelle il désire.
Item , propose l’empereur qu’il quiete à jamais la souveraineté de Flandres, Artois et toutes autres terres tenues de la couronne.
Respond le roy qu’il ne quieterà sinon ce que par les siens ambassadeurs a esté ouffert.
Propose l’empereur que par ces moyens il quieterà au roy pour récompense Péronne , Roye , Montdedier et les villes de Somme , ensemble Boulongne et la comté de Guisnes, que luy appartient; par ce moyen [seront] estainctes toutes autres querelles d’un costé et d’aultre.
Respond le roy que l’empereur ne quiete rien du sien , car pour Péronne , etc., il tient Lille , Douay et Archies1; et quant aux villes de Somme , le roy Loys en rendit argent ; de Boulongne laisse débattre ses ambassadeurs , qui bien monstreront évidamment que l’empereur n’a rien de Guisnes , et aymeroit mieux le présent faict par le roy d’Angleterre que par autre.
Orchies.
Item, propose l’empereur que le roy, entièrement et avec effect, abandonne un Henry d’Albret, Charles de Gueldres, Ulric de Wirtemberg, La Marche et ses enfans.
Respond le roy qu’il seroit trop estrange d’ainsy abandonner ceux qui l’ont bien servy, et que ce donneroit occasion à l’empereur de penser que de chose que jamais il promist et promettroit seroit pour rien n’en tenir.
Propose l’empereur que de toute armée qu’il voudra mectre sus en Allemagne, pour quoy que ce soit sans exception, le roy en payera la moityé.
Respond le roy qu’eux estant bons amys , veut bien ayder à l’empereur; mais il veut sçavoir de quoy et pour quel temps.
Propose l’empereur que le roy luy donne son armée de mer quant il voudra s’aller couronner.
Respond le roy qu’à cest article il satisfaict par le précédent.
Propose l’empereur que voulant faire entreprise contre le Turc ou hérétiques, le roy contribuera à la moitié, et s’il plaist à l’empereur il ira en personne.
Respond le roy qu’à toutes entreprises qui se feront pour l’honneur de Dieu il ne désire que de y estre avec la puissance qu’il a accoustumé de mener.
Propose l’empereur que le roy acquite tout ce que l’empereur promict au roy d’Angleterre, au traicté de Windosoire 1.
1 Windsor.
Respond le roy qu’il pense que le roy d’Angleterre est contant de luy.
Propose l’empereur que ainsy qu’il vouldra soit appointé à Bourbon et ses alliez.
Respond le roy que s’il plaist à l’empereur qu’il ayt pitié de Bourbon , pour l’honneur de luy il est contant de luy rendre son bien et non pour autre respect.
Item , propose l’empereur que des affaires de madame Marguerite et autres particulières soit traicté et conclud.
Respond le roy que c’est raison qu’on traicte de tout ce dont pourroit sortir différent.
Propose l’empereur que le roy, avant son délivrement, face ratislier et accomplir tout ce qu’est contenu à l’unzième et dernier article de l’instruction de Beaurain l.
Respond le roy qu’il ayme autant un jamais que la longueur du XIe article desdictes instructions.
Depuis , l’empereur a respondu que les articles qu’il a baillé semblent si justes et équitables à son conseil, que l’on n’en rabattra jamais rien.
On n’est pas aussy d’advis de rien accorder outre ce qu’on a ouffert, et ne veut le roy passer outre. Par quoy l’on ne sçait encore que ce sera; on espère que Dieu y mettra bon ordre.
1 Le seigneur de Reux.