AU DUC DE BOURGOGNE SON PÈRE
(Mémoires de Granvelle, T, 9-10.)
Conflans, 3 octobre [i465].
Mon très-redoubté seigneur et père , pour ce que je suis certain que désirés scavoir des nouvelles de par dechà, il est vray que depuis le partement du chevaucheur de mon escuierie , par lequel je vous ay nagaires et desrainement escript que la ville de Rouen , le chasteau, le palais et le pont d’icelle sont renduz et mis ès mains de beau frère de Bourbon, pour et ou nom de monseigneur de Berry, laquelle chose venue à la congnoissance de monseigneur le roy que ladite reddition fust faite par ses gens mesmes, qu’il avoit envoiés en Normendie , il a esté plus prest de appointier avec mondit seigneur de Berry et les seigneurs du sang qu’il n’ avoit encoires esté, et tellement qu il a este content de donner audit monseigneur de Berry en panage2 la duchié de Normendie en tous drois, sauf et réservé seulement l’ommaige et souveraineté : et au regard de moy, il a esté
Frère unique du roi. 4 Apanage.
papiers d’état. — i. „
et est content de me transporter et donner les terres qu’il a naguères rachetées de vous, pour en joïr par moy et mes hoirs, descendans et procréez de mon corps, au rachat de IIe mille escus, lequel rachat ne se porra faire ma vie durant. Et desjà sont commandées et ottroiées les lettres tant du fait de mondit seigneur de Berry comme du mien, par lesquelles lettres, touchant mon faict, le roy m’a transporté aussi la conté de Bouloigne pour en joyr après vous, pour moy et mes hoirs, descendans de moy en ligne directe, la conté de Guiñes avoec les villes et chastellenie de Péronne, Mondidier et Roye, pour en joïr héritablement et à tousjours. Et quand au beau frère de Bretaigne, et audit beau frère de Bourbon, et beau frère de Calabre, et aux aultres princes, le roy fait besoingnier avec leurs gens touchans leur appointeinent, et est la chose comme faite pour venir à bonne paix, laquelle, comme j’espoire, sortira bon et brief effect. Le roy m’a fait baiilier et délivrer la place du bois de Vincennes sur ma pároli e seulement, et y sont mes gens qui la gardent, et pense que mondit seigneur de Berry se trouvera illec devers le roy pour faire son hommaige de la duchié de Normendie. Et ce jour d’buy nous sommes entreveus, monseigneur le roy et moy, sur le boore de la rivière de dechà la Seine, à privée compaignie , entre cy et Paris, et m’a dit icelluy monseigneur le roy beaucoup de belles parolles , desquelles et de tout le traitié de paix, selon qu’il se conduira, je vous advertiray en après et le plus brief que faire se porra. Au sourpius, mondit seigneur et père, nouvelles me sont présentement venues que le seigneur de Halbordin \ lequel estoit à Pontlioise, où je l’avoie envoié, est allé de vie à trespas, pour laquelle cause je vous supplie en toute humilité qu’il vous plaise de vostre grâce , en faveur de la payne et travail que j’ay supporté en ceste armée en vostre service, me donner et ottroyer les offices de capitanerie de Lille et de Quesnoy, que tenoit ledit sieur de Halbourdin , polir en pourveoir aulcuns de mes gens serviteurs, lesquelz j’ay en très-singulière affection. Et au plaisir de Dieu, je n’y commetteray nulz qui ne soient gens de 1 Hautbourdin.
bonne fachon et à vous agréables ; et si me ferés très-espécial honneur et plaisir. Ce scait le benoit filz de Dieu, etc. Escript à Conflains, le me d’octobre [ 1 465].
Vostre très-humble et très-obéissant fils,
CHARLES
PROJET DE LACCOMMODEMENT DES PRINCES ET SEIGNELRS AVEC LE ROI LOUIS XI, JOINT À LA LETTRE PRECEDENTE.
Berry [aura] Normendie, sans que le roy y puet demander ressort, mais luy demeure la souveraineté.
Calabre [Jean d’Anjou duc de] aura Mouson , Saint-Menaaut l, Vaucouleur ; vc lanches payés pour demi-an et cm escus , et renonchera le roy aux alianches du roy Ferrant2 et de ceulx de Metz.
Charolois , les villes et pays rachetées , pour lui et pour son premier héritier, et après eulx à rachat de 11e m escus, avoecques Bouloigne , Guynes, Péronne, Mondidier, Roye, héritablement et à tousjours, la pragmatique sanction sera remise par le conseil de l’esglise.
Bourbon [Jean II, duc de] doit avoir Donchory et aultres seignouries et Avergne et pencion; charge nrc lances, portion d’aides et cm escus.
Bretaigne [François II, duc de] doit avoir Estampes, Monfort et Nantes, les régales en ses pays et portion d’aides.
Nemours [sera] gouverneur de Paris et de l’isle de France; [aura] pencion d’ay des, nomination des offices et bénéfices, et charge de nc lanches.
Dunoys [aura] charge de tel nombre de lanches et pencion telle qu’avoit par devant, et pour ses biens meubles une grosse somme.
Labreth3 aura certaine seignourie, en joissant ses pays.
Armeiat4 aura les trois chastelnies du Rouergue, qui luy furent ôtez par le feu roy, c lanches et pencion d’aydes.
Loeyac5 [sera] premier marischal et [aura] 11e lanches.
1 Menehoud. 4 Armagnac.
Ferdinand d Aragon, roi de Naples. r’ Le sire de Loheac.
3 Azain, sire d’Albret.
Taneguy1 [sera] grand-escuier et [aura] c lanches.
Beuil [sera] grand-amiral et [aura] c lanches.
Saint-Pol [sera] connestable de France.
Dammartin [sera] restitué enses seignouries et [aura] charge de c lanches.