‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 64 sur 153 · A NICOLAS PERRENOT DE GRANVELLE, AMBASSADEUR DE L’EMPEREUR · texte numérisé non relu

A NICOLAS PERRENOT DE GRANVELLE, AMBASSADEUR DE L’EMPEREUR

ET REFUS 'qD’IL FAIT D'ÊTRE PORTEUR DU CARTEL DE FRANÇOIS i".

(Apologie de Charles-Quint, 271-277.)

Paris, 28 mars 1527 , V. S.

Le vingt-huictiesme jour de mars l’an mil cinq cens vingt-sept, avant Pasques, le roy estant en sa bonne ville et cité de Paris, accompaigné des princes de son sang , cardinaulx et aultres princes ,

prélatz et sieurs de son royaulme estans pour lors en sa court , et semblablement des ambassadeurs des princes et potentaz estans autour de luy, a fait venir vers sa magesté l’ambassadeur de l’empereur, nommé maistre Nicolas Perrenot, sieur de Grantvelle, lequel après luy avoir fait la révérance en la présence des dessusdits luy a remonstré que , puis treze jours , par l’adresse de monsieur le grantmaistre de France , il avoit receu lectres de l’empereur, son naturel et souverain seigneur, du septième du moys de février, contenant que messieurs les ambassadeurs du roy avoient le vingt-ungième jour de janvier prins congé de sondit maistre, et le lendemain vingtdeuxième ung hérault luy avoit, de part ledit sieur roy, intimé la guerre et le deffyé ; et à ceste cause luy mandoit sondit maistre de prandre congé dudit roy le plutost qu’il pourroit et s’en retourner devers luy; et déplaisoit audit ambassadeur que les choses fussent passées en ces termes, et ainsi eslongnées et mises hors de chemin et moyen d’establissement de paix et amytié, laquelle sondit maistre avoit tousjours désirée et espérée, actendu le traicté de Madril, dont s’estoit ensuivy la délivrance du roy, et avoit tenu la main ledit ambassadeur, de tout son devoir et pouvoir, au bien de ladite paix. Mais puisque l’on estoit venu à ceste rigueur que, obéissant au bon plaisir de sondit maistre , il estoit venu prandre congé du roy, luy requérant qu’il [le] luy voulsit ouctroyer, avec bon et souffisant saulfconduit pour en liberté et seurement retourner devers sondit maistre, comme la raison et honnesteté le vouloient et avoit tousjours esté fait et bien observé par les princes magnanimes et vertueulx; et qu’il ne pensoit avoir fait, durant ladite charge , chose pour bailler occasion d’en faire autrement; et néantmoings que si, de son particulier et privé endroit, il avoit esté ennuyeulx, ou se fust incivillement conduit, supplioit au roy l’excuser et de luy pardonner, en le merciant de l’honneur que luy, messieurs de sa court et aultres de son royaulme luy avoient fait durant sa légacion.

Sur quoy le roy, adressant la parolle audit ambassadeur, a de sa propre bouche dit les pároli es que s’ensuyvent :

PAPIERS D’ÉTAT « Monsieur l’ambassadeur, il m’a despieu et desplaist très-fort que j’aye esté contrainct de ne vous traicter jusques icy si gracieusement et humainement que, par le bon et lionneste office que vous avez faict , estant par deçà autour de moy, vous avez très-bien mérité , où je veulx bien dire que vous estes tousjors acquicté tant à l’honneur de vostre maistre et contentement d’ung chacun, que je suis tout asseuré qu’il n’a tenu à vous que les choses n’ayent pris aultre fin et yssue quelles n’ont peu fère , pour le bon zelle et affection que je vous ay tousjours congneu avoir au bien de la paix, conduicte et adressement des choses, en quoy je ne faiz doubte que vous n’ayez tousjours fait vostre bon et loyal debvoir. Mais ayant entendu ce que vostredit maistre avoit commandé contre tout droit, tant de la gent divin que humain , estre fait à mes ambassadeurs , et pareillement à tous ceulx de la ligue estans par devers luy pour le bien de la paix, et contre toutes bonnes coustumes, qui jusques icy ont esté gardées et observées entre les princes, non-seullement chrestiens mais infidèles, il me semble que je ne povoys riens de moings fère pour le devoir que j’avoys à mesdits ambassadeurs prins contre raison et detenus comme dit est, que de fère de vous le semblable, encoires que je n’eusse envye de vous maltraicter, pour les raisons dessusdites, pour lesquelles et pour le devoir en quoy, en ce faisant, vous vous estes mis, je vous advise, monsieur l’ambassadeur, que oultre ce que je panse que l’empereur, vostredit maistre, ne faillira à vous en récompenser, vous estes asseuré que là où je vous pourray particulièrement en aucune chose faire plaisir, je le feray d’aussi bon cueur que vous m’en vouldriez fère requérir. Et pour satisfère et respondre à ce que icelluy vostre maistre a dict de bouche à Guyenne et à Clarenceaulx, roys d’armes duroy mon bon frère, perpétuel et meilleur allyé, et de moy, sur l’intimacion de la guerre que luy a esté faicte de par nous, qui consiste en huit poinctz, je veulx bien que chacun entende, premièrement : que quant à ce qu’il dit qu’il s’ébahist que m’ayant prisonnier de juste guerre et ayant ma foy, je l’ay deffyé et que par raison je ne le puys ny doy faire, vous respondre pour luy

dire que si j’estoye son prisonnier icy et qu’il eust ma foy, il eust dit vérité^ mais je ne saiche point que ledit empereur ait jamais heu ma foy, dont il se sceust de riens valloir : car premièrement, en quelque guerre que j’aye esté, il sçait que je ne l’y ay jamais ny veu ny rencontré. Quant j’ai esté prisonnier, gardé de quatre ou cinq cens harquebusiers, malaide dans le lict à la mort, il n’eust pas esté malaisé à m’y contraindre, mais peu honorable à celluy qui l’eust fait; et deppuis que j’ai esté retourné en France, je ne congnoys nully qui ait eu puissance de la me pouvoir fère bailler ; et de ma libéralle volunté, c’est chose que j’estime trop pour si ligèrement m’y obliger; et pource queje ne veulx que mon honneur demeure en dispute, encoires que je saiche bien que tout homme de guerre sçait assez que prisonnier gardé n’a nulle foy ny ne se peult obliger à riens, si env°ye-je à vostre maistre cest escript, signé de ma propre main, lequel, monsieur l’ ambassadeur, je vous prie vouloir lire et après me promectre de le bailler à vostredit maistre. »

Et ce faict, luy a ledit seigneur faict présenter par moy, Jehan Robertet, l’ung de ses secrétaires d’estat et de sa chambre, ledit escript que icelluy ambassadeur a pris en ses mains et puis fait son excuse , disant audit seigneur que , quant à luy, il véoit par la lectre que sondit maistre et souverain seigneur luy avoit escripte que sa commission estoit jà expirée , et que il n’avoit aultre commandement par icelle de sa majesté que de prandre congé et licence du roy le plus tost que bonnement fère le pourroit , pour se rendre devers luy en la meilleure diligence qui luy sera possible , ce qu’il supplioit très-humblement audit seigneur luy vouloir permectre, sans luy donner aultre charge ne commission ; bien saichant toutes fois qu’il estoit assez en son pouvoir luy contraindre, quant bon luy semblerait de le faire. A cela a respondu le roy : « Monsieur l’ambassadeur, puisque vous ne voulez prandre la charge de lire cest escript, je le feray lire en ceste compaignie, afin que chacun entende et congnoisse comme je suys justisfyé de ce que , contre la vérité , vostre maistre m’a voulu accuser; et si après vous ne voulez le luy pourter et présenter, je dépescheray

l’un de mes héraulx cy présent pour aller en vostre compaignie , et pour lequel vous obtiendrez saull-conduit bon et vaillable pour pouvoir aller vers vostredit maistre porter ledit escript et s’en retourner icy; protestant et demandant acte devant ceste compaignie, là où il ne vouldroit qu’il vînt à sa congnoissance , que je me suis acquicté de le luy faire entendre tout ainsi que je debvoys, et de sorte qu’il n’en sçauroit prétendre cause d’ignorance. »

Après avoir achevé lesdites parolles, ledit seigneur a appellé moy, Robertet, et tout hault m’a commandé lire ledit escript, ce que j’ay fait de mot à mot en la manière que s’ensuyt :

« Nous François, par la grâce de Dieu, etc. Faict en notre bonne ville et cité de Paris, le xxvme jour de mars l’an 1627 avant Pasques1. » L’escript achevé de lire, le roy, continuant son propoz, a dit audit ambassadeur : « Monsieur l’ambassadeur, il me semble que l’empereur congnoistra par ce que vous venez çl’ouyr lire, que je satisfaictz assez à ce qu’il m’a chargé et à mon honneur, qui me gardera vous en dire aultre chose.

« Mais quant à ce que vostre maistre dit que ce luy est chose nouvelle de se veoir deffyé, veu qu’il y a six ou sept ans que je luy faiz la guerre sans l’avoir faict, je vouldroys qu’il souvînt mieulx à vostredict maistre des choses qu’il faict, ou à son conseil, pour l’en advertir après quelles sontfaictes : car s’il s’en veult bien enquérir il treuvera que le domp prévost de Utrecb , lors son ambassadeur devers moy, me defïya estant à Dijon , contre le contenu du traicté d’entre luy et moy ; par quoy, puisqu’il me deffyoit, il se debvoit tenir pour adverti que je me devoys delfendre.

« Et en ce que vostre maistre dit qu’il ne pense en riens avoir démérité envers Dieu; icelluy Dieu sera juge de noz consciences et non pas nous; et tesmoing, quant à moy, que je ne désire tyrannie ny usurpación de choses qui ne soient raisonnablement myennes, ny prétendant ou inspirant2 à l’empire ny à la monarchie; car je sçay bien qu’il ne me appartient pas.

1 C’est le cartel du roi de France. (\o\. ci-après, p. 36o.) — 2 Aspirant.

« Et au regard de l’excuse que vostredit maistre a faicte de la prinse et detención contre tout droit de nostre sainct-père, lieutenant et vicaire de Dieu en terre, personne sacrée et inviolable, je m’esbayz comme propoz où il y a si peu d’apparance de vérité s’ose mectre avant parmy les gens; car comment est-il raisonnable que vostredit maistre n’ayt esté consentant de ce que a esté faict en la parsonne de nostredit sainct-père, veu que sa prison a esté longue, et que au lieu de chastier ceulx qui, sans commandement de luy, comm’il dit, avoient faict note si exécrable et si peu chrestienne comme cestuy-là , il leur a permis prandre et traicter avec sa saincteté de sa rançon , luy en fère payer et desbourcer deniers, jusques à vendre et prandre argent des bénéfices et choses divines dans ses royaulme et pays : chose qui n’est seullement contre Dieu et la sainete église, mais très-dangereuse à prononcer et dire, veu les hérésies qui ont cours au temps qui est à présent.

« Et quant à ce que vostre maistre dit que mes enffans sont entre ses mains hostaigiers, et que mes ambassadeurs sçavent bien qu’il ne tient à luy qu’il ne les délivre, vous luy direz que je sçay très-bien que mes enffans sont entre ses mains , de quoy il me desplaist trèsfort; et à ce qu’il dit ne tenir point à luy qu’il ne les délivre, je ne veulx aulire advocat en cela, pour deffendre le devoir en quoy je me suis mis pour les ravoir, si n’est que chacun sçait que je suis leur père, et quant ilz ne seroient mes enffans, mais seullement gentilhommes, estans au lieu là où ilz sont pour ma rançon, si debvroye-je pourchasser leur liberté de toute ma puissance , laquelle chose j’ay faict par si grandes et si excessives offres, que jamais les roys mes prédécesseurs, qui ont esté prisonniers des infidelles, ne furent requis de telles ne si desraisonnables sommes, à la quarte partie près, que toutesfois je n’ay reffusé de vouloir bailler pour parvenir au bien de la paix, repoz et soullaigement de toute la chrestienté. Et pour entre tant de grandes et excessives offres, vous en réciteray une seulle : vostredit maistre sçait très-bien que je luy ay faict offrir, à la dèli vrance de mesdits enffans, luy bailler et délivrer la somme de deux

millions d’escuz , tant en argent comptent, quictement de ce qui est deu au roy d’Angleterre, mon bon frère et premier allyé, que en revenu de terres et rentes en ses propres pays; qui est somme telle et si grande qu’elle me rend innocent devant tout homme qui sera de bon jugement , que je ne me feusse voullu destituer de telle force pour après faire la guerre à celluy à qui je l’eusse baillée. Toutesfois si la détencion de mesdits enffans, [si] ne voulloir venir à nulle raison de traicté , voulloir me faire habandonner mes amys avant la restitución de mesdits enffans , avoir pris ung pape , lieutenant de Dieu en terre, ruyné toutes les choses sacrées et sainetes, ne voulloir ny remédier à la venue du Turcq, ny aux hérésies et sectes nouvelles qui pullullent parla clirestienté , qui est office d’empereur; estant père et portant le nom de très-chrestien , je ne sçay si toutes ces choses ne me pouvoient esmouvoir à la guerre, quelles autres injures ou raisons eussent esté suffisantes à m’y provocquer et faire venir? Néantmoings, pour tout cela n’ay-je laissé à luy fère les ouffres que je vous ay dictes, comme vous sçavez assez , et par ceste raison se peult clairement congnoistre et juger que, à mon grant regret et déplaisir, je suis venu à fère la guerre , veu que j’acheptois la paix si chère , sans les aultres quictances , renonciacions de droietz et restitucions de villes et pays qui excèdent assez la somme que je vous ay dicte.

« Quant au roy d’Angleterre, mon bon frère et perpétuel allyé, je le tiens prince si saige, si vertueulx et si bon, qu’il ne fait ny fera chose là où son honneur n’ait esté ny ne soit entièrement gardé, et aussi qu’il fera si bien et si vertueusement respondre des choses qui luy touchent, que on lui feroit tort d’en voulloir respondre pour luy. Bien vous dis-je, monsieur l’ambassadeur, que la bonne, ferme et perpétuelle amytié qui est entre ledit roy, mon bon frère et perpétuel allyé, et moy, est telle que là où il seroit en estât par indisposición de sa personne , dont Dieu le garde, de n’en pouvoir respondre , je vous advise que je n’y vouldroys en riens moings fère queje vouldroys fère pour moy-mesmes , y employant non-seullement les forces de mes royaulme , pays , seignories et subgectz , mais ma propre per-

sonne, laquelle ne sera jamais espargnée en chose là où il en aura besoing, et cela veulx-je que tout le monde entende.

« Aussi, monsieur l’ambassadeur, pource que mon héraidt Guyenne m’a dit que vostredit maistre luy donna charge de me dire qu’il croit que je n’ay esté adverti de quelque propoz qu’il tinta mon ambassadeur, le président, lui estant à Grenade, pour me fère savoir, lesquelx me touchoient très-fort, et qu’il m’estimoit si gentil prince que si je les eusses entenduz je y eusse respondu : je veulx bien à cela vous dire que mon ambassadeur m’a adverti de beaulcop de propoz, mais non point de chose qui sceust toucher mon honneur; et s’il eut faict, vous estes asseuré queje n’eusse failly ne si longuement demeuré à y respondre; car dez que j’ay entendu les choses que je vous ay dictes, je y ay fait la response queje vous ay baillée à lire, signée de ma propre main, laquelle je tiens si suffisante qu’elle satisfaict non-seullement à ce que vostredit maistre sçavoit avoir dit par cy-devant, mais entièrement à tout ce qu’il pourroit dire contre mon honneur par cy-après.

« Et au regard de ce qu’il dit, que par lesdits propoz je congnoistray qu’il m’a mieulx tenu ce qu’il me promit à Madril que je ne luy ay tenu ce que je luy promis, je ne me souviens point luy avoir faict quelque promesse ; car quant au traicté qui 1 par escript, je me tiens pour assez justisfié du peu d’obligacion que je y ay, veu que je ne fuz en liberté ny devant ny deppuis ledit traicté , jusques à ce que j’ave esté en mon royaulme, ny mis sus ma foy pour pouvoir la garder et observer ; et du demeurant, que je y ai bien pensé, je ne treuve point avoir eu avec luy aultres propoz d’obligacion , si ce n’est quant à l’entreprinse du Turcq, qui estoit que toutesfois et quantes qu’il entreprandroit et que sa personne y seroyt, je m’y treuveroys pour l’y accompaigner avec mes forces, laquelle chose je advoue et treuve très-bonne. Et pleust à Dieu vouloir convertyr les passyons particulières d’ung chacun tant au bien général de toute la chrestienté , que toutes noz forces feussent employées en ung si sainct et bon effect;

1 (Est?) ‘

luy promectant , quant à moy, qu’il peult estre tout asseuré qu’il n’aura jamais pour ceste occasion si tost le pied à l’estrier que je n’ay plus tost le cul sur la selle pour ce faire, encoires queje n’aye les Turcqs de si près mes voisins, comme de nouveau il les a en Hongrye, et par conséquent en Allemaigne. Mais il est plus aisé à croire, veu les effectz que l’on voit, que ceulx qui en parlent et mectent telles choses en avant ont plus d’envye d’usurper toute la chrestienté que d’empescher le commun tyrant et ennemy d’icelle. »

Ledit ambassadeur reprint au roy que, comme desjà il avoit respondu, il n’avoitplus de charge de sondit maistre, et ne pouvoit présentement respondre plus oultre de ce que l’empereur en avoit respondu, déclairé et fait bailler par escript auxdits ambassadeurs de France et héraulx ayant fait la desfyence ; et que aussi c’estoit matière de trop grande importance à luy, pour se ingérer d’en tenir plus long propoz sans commission , et encoires si précisément et sans avoir esté adverti de cestuy acte et en si grosse assemblée ; mais que ledit sieur grant-maistre luy avoit seullement escript et fait dire qu’il seroit mandé devers le róy pour prandre congé. Mais toutesfois que, comme très-humble subject et serviteur de sondit maistre, il vouloit bien respondre et asseurer que quant le roy feroyt entendre à sondit maistre, fust par ledit hérault ou aultrement, les choses avantdictes, et comme il est requis et appartient en matières et affaires de telles importances, sondit maistre en respondroit et se acquicteroit comme il a tousjours fait en bonne conscience, et selon son debvoir quant à Dieu et à son honneur envers tout le monde. Et quant au contentement que le roy disoit avoir de la conduicte dudit ambassadeur en son particulier, l’en mercioit en toute humilité, et qu’il pensoit avoir tousjours faict selon son devoir et le bon plésir de sondit maistre, et l’intencion d’icelluy qu’il tousjours a eu à la paix universelle, bien et repoz de la chrestienté, et conserver l’amytié du roy; persistant au surplus ledit ambassadeur à son congé et d’avoir saulf- conduit pour retourner devers son maistre et sortir de ce royaulme en l’instant que lesdits ambassadeurs du roy y rentreront.

Et sur ce luy a repplicqué le roy : « Monsieur l’ambassadeur, vostre maistre m’a contrainct, par ce qu’il m’a mandé, vous fère la responce queje vous ay faicte, laquelle je tiens véritable , et vous prie luy dire que ayant receu ce que vous avez ouy, signé de ma main, je l’estime si gentil prince que , veu ce de quoy il m’a chargé et la responce que je luy faiz, il me respondra en gentilhomme et non en advocat, par escript; car si aultrement il le faisoit, je feroys respondre à son chancellier par ung advocat et homme de son estât qui seroit plus homme de bien que luy. Mais quant à vous, je vous advise que je vous ferai accompaigner jusques à la frontière, afin de ravoir mes ambassadeurs en ung mesme instant que vous passerez de là, ayant toutesfois obtenu saulf-conduit pour mon hérault, comme je vous ay jà dit, ce que je croys que vous ferez facillement. »

Toutes les choses dessusdites ont esté rédigées et mises par escript le plus prez de ce qu’elles ont esté dictes et profferées qu’il a esté possible , par moy Jehan Robertet , conseiller du roy, et son secrétaire d’estat et de sa chambre, les an et jour dessusdits. Ainsi signé par commandement de sa majesté :

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