‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 9 sur 153 · AUX ÉTATS DES PAYS-BAS · texte numérisé non relu

AUX ÉTATS DES PAYS-BAS

Assche, 2 4 décembre i484.

Messieurs, j’ay receu vos lettres, lesquelles j’ay envoyées à messieurs du sang, du conseil et gens des trois membres de Flandres estans devers monseigneur le duc en sa ville de Gand, par l’advis desquels et des capitaines et chiez de gucre estans devers moy vous fais response.

Premier, où vous dictes que n’ay eu cause de demander ou enquérir se estez délibérez faire ou exploiter la guerre contre mondici seigneur le duc, car de ce n’avez jamais faict semblant, mais au contraire vous estes mis en debvoir pour icelle escbever.

Messieurs, avant que la puissance de Flandres ait esté mise aux champs, la voye de faict a esté commencée par ceulx qui ont surprins la ville de Reuremonde, qui est nuement de la conté de Flandres, à quoy vous scavez quelz faveur, adhérence et assistence y ont estez faicz et donnez par plusieurs de vous qui estez des estatz , et par ceulx des villes qui ont livré et soliuyé 1 gens pour ce faire , et chascun jour rechoivent ceulx qui ce ont faict, et leur pillaige, et se exploictent journellement la guerre ceulx d’Anvers à l’encontre du pays de Flandres. L’on est assez adverty que la pluspart de vous ontbonne et droicturière intention à mondict seigneurie duc, comme à vostre prince et seigneur naturel; mais par le faict et subtilité de

1 Soudoyé.

ceulx qui ont mis et bouté monseigneur d’Austriche en volente de prétendre et demander droict ès pays de mondict seigneur le duc. son Fdz, vous estes tenus en telle crainte et subgection, que n’avez point liberté ne franchise d’en dire comme les corages vous jugent1.

Messieurs, ne vous donnez point merveilles que je me nomme lieutenant général des pays de mondict seigneurie duc, et capitaine de son pays de Flandres, car j’ay esté et suis ad ce commis et ordonné par l’advis de ceulx de son sang, du conseil et des membres, et du sceu et bon plaisir du roy [de France], mon souverain seigneur; et n’est pas chose estrange ne contraire au droict et bonnes moeurs qu’ainsi se fai et; mais quelque chose que vous boutent en la teste ceulx qui vous aveuglent des termes de puissance paternelle. C’est chose bien estraigne 2 et contre tous droix divins et humains, que cely qui n’a aulcun droict es pays et seigneuries de mondict seigneur le duc s’en nomme et porte seigneur, et en toutes choses , sans aulcune différence, en use comme les vrays seigneurs et propriétaires ont faict par cy-devant et que ainsy le souffrez.

Messieurs, Nostre Seigneur soit garde de vous. E script à Assche, le xxiiii6 de décembre, anno mi** et ira.

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