‹ Papiers d'Eugène Burnouf conservés à la Bibliothèque NationaleChapitre 34 sur 40 · RELATIVES A DIVERS TRAVAUX MENTIONNES DANS LE CATALOGUE · texte numérisé non relu

RELATIVES A DIVERS TRAVAUX MENTIONNES DANS LE CATALOGUE

Lettres d'Eugène Burnouf a Abbl Remisât.

A M. Abel Rémusat, membre de l'Institut, à Paris*.

Mercredi 20 avril 1825.

Monsieur,

J'ai rhonneur de vous remettre la note succincte des matières contenues dans le BhAgavata Pourâna.

Shri Bhâgavata Pourâna, c'est-à-dire Pourâna du bienheureux Bhâgavat ou Crichna, renfermant, outre les sujets qui forment le fonds obligé de tous les Pourânas, l'histoire de l'incarnation du dieu Vichnou en Crichna. La copie présentée à la Société est moderne.

Le 2« livre (Skanda) est daté de l'ère Samvat 1877 (de J.-C. 1821;, et le 11« de 1879 (de J.-C. 1823).

Ce Pourâna est divisé en douze Skandas ou livres. Chaque Skanda est sous-divisé en un plus ou moins grand nombre de Lectures < Adhyâya), qui sont ornées d'une peinture représentant le sujet dont elles traitent. Ces vignettes ne sont pas sans importance.

1. L«« lottres d'Eagène Bornouf à Abel Rémasat sont conservées dans la bibUothè(|ue de la ville de Mantes.

Le Pourâna est accompagné du commentaire de Shridhara Swami. G*est bien le même auteur dont la glose se trouve dans l'exemplaire bengali de la Bibliothèque du roi; mais je n'ai po constater avec certitude Tidentité du commentaire lui-même, parce que la copie bengalie ne se trouve pas à la Bibliothèque du roi ; je ne sais que depuis hier qu^elle est entre les mains de M. Chézy.

Je ne sais, Monsieur, si cette note sera suffisante ; si vous la trouviez trop sèche, ayez la bonté de me le faire savoir, j*y ajouterais, s'il est possible, quelques détails, quoique ma lecture très bornée ne m'ait encore rien fourni d'intéressant. J'aurai l'honneur de vous remettre le manuscrit lui-même samedi matin.

Veuillez agréer. Monsieur, l'assurance sincère du profond respect et de l'entier dévouement avec lesquels je suis

Votre très humble serviteur,

E. BuaNOUF.

A M. Abel Rïmusat, à Paris.

1*' septembre 1825.

Monsieur,

Mon père m'a dit que vous aviez quelqu'espérance de pouvoir, par l'entremise de l'ambassadeur français à Rome, faire venir le manuscrit italien du Kammuva dont parle Paulin. Je vous prie de croire à la vive reconnaissance avec laquelle j'ai reçu cette offre. Cette marque de bonté met le comble à toutes celles que vous avez déjà eues pour moi, en me facilitant Tacces d'une nouvelle étude qui peut devenir si intéressante. Je prends donc la liberté de vous envoyer la note^, indicative du manuscrit italien du Kammuva, qui pourrait vous être de

1. On trouvera à la page soivante le texte de cette note d'après le volume 70 des Papiers de Burnouf, p. 68.

quelque secours. Comme ce manuscrit est peu étendu, j*ai osé y joindre indication de quelques autres ouvrages, également courts et non moins importants. Je n'ose vous prier d'en faire la demande ; mais on pourrait faire copier les uns et obtenir l'extradition des autres.

Excusez, etc.

E. BUINOUF.

AXXEXE A LA LETTaX rai^C^DENTE.

I. Il existe dans le musée de Velletri une traduction italienne d'un ouvrage pâli sous le titre de : a Kammuva, ossia Trattato a deir ordinazione dei Talapoini del secondo ordine, detti Pin- « zen. D

Le manuscrit de cette traduction, faite par ordre du cardinal Borgia et à laquelle est joint un commentaire sur le texte, forme en tout 30 pages in-4^. 11 se trouve sous le n^ 6, suivant le catalogue du Père Paulin de Saint-Barthélémy.

On lit la phrase suivante au commencement de l'ouvrage : a Innanzi a tutto un precettorc prendere conviene ; il precettore « prcso, che sia del vaso o délia pentela per accatare il cibo « e deir abito trattare conviene. >»

Cette même traduction se trouve encore, mais, de plus, avec le texte pâli même, dans la bibliothèque de la Propagande sous ce titre : « Kammuva, ossia Trattato délie ordinazione dei Tala- « poini, in caratteri Pâli o Bali sopra olle aurate. Traduzione « fatta per commissione di Monsignor Stephano Borgia, secret. « di Propag. nel 1776. »

Le texte dont il s'agit est écrit en un caractère carré gros et très noir, sur des feuilles dorées longues et peu larges.

II. Il existe encore dans le même musée de Velletri un manuscrit du R. P. Carpanus sous ce titre : « Osservazioni « sopra i due libri Barmani num. 1 e 2 » (coté n*" WXVl d'après Paulin).

Ce manuscrit contient des notes et éclaircissements sur le

livre pâli appelé par le savant missionnaire Padimauka. On y lit cette phrase : « Questo è il libro délie constitiizioni o regole a dei Talapoini, conosciuto specialmente sotto il nome o titolo a di Padimaukay benche chiamasî ancora con altri nomi pin « proprii. »

Le texte pâli du Padimauka se trouve dans le même mnsée, sous le n® 2, en un manuscrit sur feuilles de palmier au nombre de 102, longues de trois pieds et demi environ et larges de trois pouces et demi. Le caractère en est rond.

N,-B. — Ces indications sont dues au Père Paulin de Saint- Barthélémy : i® Musei Borgiani Velletris codices, p. 17 et 84 ; 2^ Systema Brahmanicum, p. 114 et suiv.

IIL Un troisième manuscrit, qu'il serait intéressant de consulter, est le suivant : a Compendium legis Barmanorum, > musée de Velletri, MS., n^ 3.

C'est un manuscrit sur papier contenant 19 pages divisées en deux colonnes : sur Tune est le texte pâli écrit en caractères ronds, sur l'autre une traduction italienne du R. P. Jo^ seph ab Amato, Le manuscrit commence par une lettre de ce Père.

A M. Abkl Rïmusat, à Paris.

Monsieur,

J'espérais avoir l'honneur de vous présenter mes devoirs jeudi et de vous remettre les manuscrits palis de M. de Noé, que j'ai pu reconnaître et déterminer exactement.

Le vocabulaire se nomme Abhidhanappadîpika ou Illustra^ tion des mots. Il est complet, sur le plan de l'Amaracocha et fort intéressant en ce qui est relatif à Bouddha et à la mythologie.

Le n^ 7, très volumineux, s'appelle Paddhati^sangaho oo r Abrégé du rituel. L'ouvrage est accompagné dans son entier d'un commentaire cingalais fort long. Si vous voulez avoir la bonté de remettre au porteur, auquel vous pouvez avoir toute

APPENDICE. i!7

confiance, un ou deux autres manuscrits, il vous en donnera le reçu suivant, et je pourrai vous les rapporter mardi prochain. Je remettrai en même temps à M. Saint-Martin le tableau complet de l'Alphabet et du Syllabaire barman et m'entendrai avec lui pour visiter la casse à Tlmprimerie royale.

Veuillez, Monsieur, m'excuser de tout Tembarras que je vous cause. Si ma santé n'avait absolument besoin d'être promptement rétablie, je n'aurais pas quitté Paris dans un moment si important pour moi et où je reçois tant de marques de votre intérêt bienveillant.

Agréez cependant l'expression de ma sincère reconnaissance, etc.

E. BuaNoup.

Lettre d'Eugbne Burnouf a Durbau de la Malle,

MEMBRE DE l'InSTITUT.

t9 août 1831 Monsieur et cher confrère.

Votre lettre est trop pleine de bonnes choses pour moi, pour que je ne m'empresse pas avant tout de vous en remercier cordialement. En vérité, si je ne devais pas y voir l'effet de l'amitié dont vous m'avez déjà donné tant de preuves, ma conscience m'obligerait à ne pas accepter ce que vous me dites de trop flatteur. Mais je vous crois plus pressé de connaître ce qu'a fait l'Académie que ce que je pense de moi, et pour être bref, je vous dirai que, sur la question de savoir s'il y avait lieu ou non au remplacement de Saint-Martin, la majorité a répondu non; ainsi l'élection est renvoyée à six mois. M. de Sacy avait proposé, pour éviter un aussi long délai, de proroger la délibération sur la question, et par exemple de la remettre en novembre ; à cette époque on eût pu dire oui sur la question du remplacement, car l'Académie eût été en nombre. Mais cet expédient a paru ne pas assez rentrer dans le règlement, et il n'a pas réussi. Sur la question du remplacement de

Thurot rAcadémie a répondu oui, mais seulement à la majorité d'une voix ; Tépoque de Télection a été fixée au premier vendredi de novembre. Vous avez donc le temps de vous remettre de vos soins, dont plusieurs doivent être, à ce que je vois, assez pénibles.

Je ne suis pas aussi heureux sur les deux autres questions que vous m'adressez. Je n'ai pu encore voir personne qui pût me donner des renseignements et sur le règlement de l'Instituty et sur le catalogue de M. Cuvier. J'ai fait la bêtise d'oublier M. Cardot qui m'aurait donné la plus grande partie de ces détails; c'est que je n'avais pas encore reçu votre lettre an moment où je partais vendredi pour l'Académie; je ne Tai reçue qu'en rentrant. Mais aussitôt que j'aurai rassemblé les renseignements que vous me demandez, je vous en donnerai connaissance.

Vous êtes bien aimable de penser à mon farrago sur le Zend- Avesta. La partie de Tlzeschné en zend et en sanscrit, que j'ai commentée, est en ce moment à l'Imprimerie royale, entre les mains de M. Lebrun, qui a fait faire un devis des frais qu'entraînera l'impression ; les 300 pages in-folio de mon écriture formeront 92 feuilles in-4^, qui coûteront 8,000 francs à imprimer. L'ouvrage et le devis vont être, d'ici à quinze jours, renvoyés à la commission des impressions gratuites, où M. Lebrun a prié M. de Sacy d'entrer; c'est vraisemblablement lui auquel sera confié le rapport sur mon travail ; je ne crois pas qu'il se refuse à y voir au moins de la conscience, et quel que puisse être son jugement sur la forme, qui est certainement d'une barbarie extrême, j'ai l'espoir qu'il n'empêchera pas un confrère de publier, aux frais du gouvernement, un ouvrage qui ne pourrait pas paraître sans son appui. En attendant, je presse le graveur du caractère zend, qui est à peu près fini, et le fondeur du caractère dévanâgari, qui avance bien lentement à mon gré. J'ai autant besoin de l'un de ces caractères que de l'autre, car je dois publier le texte et la traduction de ce grand poème dont je vous ai montré le commencement, et je voudrais me mettre en train d'imprimer en janvier 1833 ^ .

1. La première partie du Commeniaire iwr le Yaçna a para dans le cours de l'anuée 1833.

APPENDICE. ii9

Mais j*aorais besoin, poor conduire mes travaux avec vigueur, d*un peu plus de repos d*esprit ; je suis toujours au milieu des malades, et ma santé à moi-même se détériore un peu, par suite, je crois, de Tinquiétude et de cette lutte que nous soutenons depuis quatre mois pour ne pas être renversés par la maladie. J*attends le froid, car c*est l'hiver qui est ma saison de travail, et alors je compte mettre à flot un ou deux mémoires, dont je n*ai que Tébauche, et que je présenterai, quoique indignes, k TAcadémie.

Avec votre bienveillant appui, mon cher et excellent confrère, toutes choses pourront réussir. Je suis loin d'être ambitieux et de me plaindre de ne pas aller assez vite ; bien au contraire, et la main sur la conscience, je trouve que ma position est plus belle que je n'aurais jamais pu l'espérer. Personne jusqu'ici ne m'a manqué; c'est moi qui crains de manquer aux témoignages d'estime que je reçois de tous ; et si j'ai un désir, c'est celui de justifier, le plus promptement qu'il me sera possible, par quelque grande publication, la bonne opinion qu'on s'est formée de moi.

Adieu, mon cher et savant confrère, et veuillez recevoir l'expression des sentiments de reconnaissance affectueuse avec lesquels je suis

Votre tout dévoué, Eug. Buinouf.

Lettres d*Eugbne Burnouf a Théodore Pavie^

A M. Th. Pavib.

Paris, 22 mti 1840.

Monsieur et très cher disciple.

Vous croirez sans peine au vif plaisir que m'a causé votre

1 . Ltn originaux de re « lettres noas oot été aimablfinent commoniqués |iar M. Bosèbe Pavie, anclefl magistrat, neveu de Théodore Pavie.

iO

lettre et les bonnes nouvelles de votre voyage qu'elle renferme; vous ne m'y parlez pas de votre santé, mais Monsieur votre père, auprès duquel je m'en étais informé, m'avait assuré plus d'une fois qu'elle continuait d'être bonne.

Je n'avais pas été surpris de ne pas recevoir plus tôt de lettre de vous, car je connais les embarras et les difficultés d'un déplacement, et je pressens combien un voyageur, qui a tout à voir et à noter, est peu mattre de son temps. Je n'en étais pas moins certain que vous ne m'oublieriez pas, et qu'à la première occasion vous me prouveriez que je ne me trompais pas. Je vous sais bon gré d'avoir choisi votre séjour à Poona comme l'occasion la plus favorable de m'écrire les curieux détails que renferme votre lettre ; ils sont très intéressants, et je ne doute pas que vous m'excuserez si j'en extrais la partie la plus générale pour la soumettre à l'Académie, qui fonde sur vous de grandes espérances, et aux lecteurs du Journal osiatique^ qui aiment déjà votre nom. Tout ce que je vous demande maintenant, c'est de vous ménager sous le rapport du travail, de ne pas perdre de vue l'Inde ancienne, qu'on cultive malheureusement si peu, de revenir ici avec le ferme désir de l'étudier de nouveau dans les livres, quand vous croirez l'avoir assez vue sous son aspect moderne, et en attendant, de ne pas oublier celui qui ne réclame auprès de vous d'autre mérite que de vous avoir inspiré le goût des études nécessaires pour la connaître à fond.

Il y a encore dans votre lettre d'autres détails qui me touchent de très près, et notamment ce que vous me dites de la traduction guzaratie des livres zends. J'en connaissais déjà l'existence, et j'avais commencé quelques démarches pour en faire tirer une copie ; mais, n'ayant personne en qui me confier dans cette partie de l'Inde, j'y avais renoncé, effrayé surtout par Ténormité du prix qu'on me demandait pour la copie. Si vous croyiez que je pourrais l'acquérir toute copiée pour 500 francs, je n'hésiterais pas à faire cette dépense, quelque lourde qu'elle soit pour moi, à cause de ma famille et de la modicité de mon revenu. Dans ce cas, à votre retour à Bombay, vous pourriez me donner avis de ce qui est possible, et rien ne me serait plus facile que d'envoyer immédiatement à M. votre père un billet

oo la somme nécessaire pour vous mettre en état de ne pas faire trop d'avance la mise en dehors de la somme demandée ; car je sais combien vous devez avoir besoin de tout votre argent. Il y aurait bien aussi un petit embarras, c*est que je n'ai guère de moyen d'étudier le guzarati ; je ne possède dans cette langue, ou plutôt dans ce dialecte, qu'un Nouveau Testament de la Société biblique en caractères dévanagaris et une petite portion d'une autre édition : les Actes des Apôtres, en guzarati, dont je viens de faire graver un corps à l'Imprimerie royale. N'y a-t-il pas une édition complète de la Bible dans ce dialecte, ou une nouvelle traduction du Nouveau Testament, et n'a-t-on pas publié, en fait de grammaire, quelque chose de plus tolérable que le mauvais in-4^ de Drummond .'

Vous ne sauriez croire dans quelle ignorance nous vivons de tout ce qui se fait à Bombay et aussi à Madras, tandis que nous savons jour par jour ce qui se passe à Calcutta. Ce sont d'autres hommes, pour la sympathie et la générosité, ceux de la capitale de l'Inde britannique, et on sent que les Colebrooke, les Jones, les Wilson et les Prinsep ont passé par là.

Je crois savoir qu'il a paru une grammaire mahratte ; je l'ai vainement demandée à Londres, car, avec leurs principes d'aristocratie scientifique, les savants de Bombay ne traitent pas mieux I^ndres que Paris ; aussi leurs œuvres sont-elles parfaitement inconnues, et je n'ose dire jusqu'à quel point elles sont utiles. Si vous pouvez faire cesser cet état de choses, vous rendrez un véritable service à la science et à ces messieurs. J'ai aussi vainement demandé jusqu'ici un traité guzarati, petit folio, sur l'intercalation dans l'année persane, qui me serait d'un grand secours pour la question de la chronologie persane, mais jamais on ne me l'a envoyé ! 11 est intitulé : la Gloire de la Kabtsa. Peut-être vous sera-t-il plus facile qu'à moi de me procurer ce livre, la grammaire mahratte, une grammaire guzaratie, s'il y en a, et d'autres secours, s'il en existe |>our l'étude de cette langue. Je suis sûr que vous ne m'en voudrez pas de vous demander ces services, car il est bien convenu que si rien n'arrive, c'est qu'il vous aura été impossible de réussir.

Adieu, mon cher Monsieur, soignez bien votre santé et rêve-

422 PAPIERS DE BURNOUP.

nez-noos riche d'observations et de science pratique^ que yoqs

mettrez au profit de la science spéculative qui a bien besoin

d*ouvriers.

Votre bien dévoué,

Eug. BuRirouF.

P. 'S, — Je vous remercie vivement de Tenvoi do petit Rigvéda. Stevenson m'en avait déjà adressé six, que j*avais distribués au cours. Nous y parlons sans cesse de vous avec Foucaux.

Au moment où je vais clore cette lettre, j*en reçois une de M. votre père qui est pleine de bonnes espérances pour vous et de sentiments à mon égard dont Texpression m*est bien précieuse. Puisqu'il le permet, je continuerai à lui demander de vos nouvelles ; ce sera pour moi un moyen de penser plus souvent à vous.

2* P.' S. — J'oubliais de vous prier de secure to me, si cela vous est possible, un exemplaire d'une édition lithographiée du Bhâgavata dont on m'avait déjà parlé ; le premier volume de ma traduction paraît en ce moment, avec une préface de près de 200 pages sur la littérature puranique.

[Adresse ;) Monsieur Fontanier, consul à Bassora^ actuellement à Bombay, pour remettre à M. Th. Pavie.

A M. Théodore Pavie, à Paris.

6 janvier 1844.

Vous devez, mon bon ami, me trouver bien négligent, peutêtre même coupable, de ne pas vous avoir encore remercié du gracieux cadeau d'étrennes que vous m'avez envoyé la veille du Jour de l'an. Le fait est que j'ignorais votre adresse. Je ne veux plus tarder à vous dire combien j'ai été satisfait de votre volume, et surtout de la manière amicale et sentie dont vous avez parlé

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de mon enseignement dans votre préface * . Je vous avoue que je suis très sensible à ce souvenir de votre part, d'autant plus que jusqu'ici les seules marques de sympathie que j'eusse reçues, pour le dévouement que je crois avoir mis à faire mon devoir, m'étaient venues de l'étranger. Je suis en même temps fier, permettez-moi de le dire, d'en trouver l'expression aussi bienveillante dans un livre comme le vôtre, exécuté avec savoir, avec soin, et avec une conscience que reconnaîtront tous ceux qui se donneront la peine de comparer votre version avec l'original.

Vous comprenez bien que la publication de ce volume ne change rien k l'opinion que j'avais déjà de vous ; car je savais par les extraits insérés dans le Journal asiatique ce dont vous étiez capable. Elle me donne cependant un droit de plus sur vous, en ce qu'elle ne peut manquer de mettre le public de moitié dans le désir que j'ai formé depuis longtemps de vous voir entreprendre une version complète du Mahâbhârata. Si je regrette de n'avoir aucun crédit, parce que je ne suis ni riche ni puissant, c'est bien dans une occasion comme celle-ci. Mais vous avez de votre côté des amis qui peuvent prendre acte de ce volume, et, s'ils le croient nécessaire, de ce que j'en pense avec tous les juges compétents, pour vous favoriser les moyens d'entreprendre une ceuvre de longue haleine, où il est nécessaire d'être soutenu du dehors.

Je persiste d'ailleurs à penser que vous ferez bien de préparer la traduction des morceaux qui peuvent relier en un tout suivi ceux que vous venez de publier, de façon k produire un volume qui donne le commencement complet du MahAbhArata, car vous savez que je suis contre les traductions fragmentaires.

Ce volume ne vous donnerait certainement pas beaucoup de peine, et, une fois fait, je pourrais m'engager à le pousser de toutes mes forces auprès de la G>mmission des impressions gratuites de l'Imprimerie royale. J'ai la conviction que la chose ne serait pas très difficile ; j'y mettrais tout ce que j'ai de volonté pour ce que je crois être le bien.

1. il ft'iRit ici de l'ouvrage que Théodore Pavie avait dédié à non maître : Fragments du Makâbhàrata, traduits en français sur le texte de Cal' cutia par Th. Pavie. Paris, Doprat, 1844. I11-8*.

Mais je voos ennuie de mes moralités , et le papier me manque pour vous remercier de nouveau et vous assurer de toute mon estime et de mon bien sincère attachement.

Eug. BuKNour.

Lettre d'Eugène Burnouf a Pibrquin de Gbmbloux, INSPECTEUR d'Académie^ a Bourges (Cher).

14 octobre 1842.

Monsieur,

J'ai un peu tardé à répondre à votre lettre du 28 août dernier, parce que j'étais absent de Paris lorsqu'elle y est arrivée avec le volume qui l'accompagnait. Je vous remercie beaucoup de l'une et de l'autre, et en particulier du volume que j*ai In avec autant de curiosité que de plaisir. Je suis convaincu de la légitimité de votre thèse, et j'ai la certitude que l'étude des patois est une des plus fécondes et des plus curieuses auxquelles un philologue puisse se livrer. Cela est surtout vrai d'un pays comme la France sur lequel une culture savante, venue de l'étranger, a très profondément agi. Il y a dans votre livre un bon nombre d'exemples fort curieux et tout à fait concluants, si la proposition que vous soutenez n'était pas déji par elle-même à l'abri de toute contestation. Que tous les détails soient également démontrés, c'est ce que je n'oserais affirmer, n'ayant pas fait une étude spéciale des dialectes celtiques ni du basque ; mais ces détails, sur lesquels la critique a d'ailleurs son droit de réserve, ne peuvent faire méconnaître l'intérêt de vos recherches ni leur évidente utilité pour la philologie et l'histoire de France.

Vous paraissez surpris que ces études ne soient pas toujours accueillies avec l'intérêt qu'elles méritent; que diriez-vous donc si vous vous occupiez de sanscrit et de zend, et que vous vissiez tous les jours, dans les journaux, dans les revues, et dans de gros livres, des hommes d'un grand esprit, et d'un renom

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égal, reprocher aux deux ou trois personnes qui font les mêmes études que moi leur goût dépravé pour le patois des Brahmanes et du soi-disant Zoroastre ? Vous conviendrez que je prête encore plus aux attaques de ce genre que vous, qui, avec vos recherches accessibles et attrayantes, pouvez invoquer le secours d'un public jeune et nombreux. On ne peut pas vous dire, comme on me le fait, ce que Spinosa glisse k Toreille du Père étemel : « Je soupçonne, entre nous, que vous n*existez pas. » C'est une raison de plus pour persister, et je serais, pour ma part, très fâché que des critiques qui partent d'un point de vue différent du vôtre vous décourageassent de publier l'ouvrage dont votre lettre est un prospectus. Vous ferez et on fera ce que l'on voudra des faits, pour la défense de telle ou telle théorie, mais les faits n'en resteront pas moins, et avec un savoir comme le vôtre, ils seront nombreux et curieux.

Permettez-moi, Monsieur, de vous remercier aussi de la manière si flatteuse dont vous avez parlé de moi dans plus d*un

endroit de votre livre, et agréez, etc.

Eug. BoaRour.

Lettres d*Eugbnb Burnouf a Manackjbe CuRSETiBE^

A Manacejee CuasETjEx, à Bombay.

Paris, 26 Jaio 1836.

Monsieur,

Je suis trop honoré de la lettre que vous avez bien voulu m'écrire pour ne pas m'empresser de vous en exprimer ma vive satisfaction et ma reconnaissance. Les nouvelles que vous avez eu la bonté de me transmettre sur les démarches que vous

t. L'oblifeante amitié de M"* D. Menant noas a fait obtenir da ils de Manackjee Corsetiee la copie des lettres d'Eugène Burnouf à son pèie.

avez déjà faites pour obtenir de vos compatriotes des manoscrits zendsy écrits en sanscrit, sont du plus heureux augure, et il faut souhaiter que vos recherches soient suivies d'un plein succès. C'est déjà quelque chose que vous ayez pu envoyer des fragments de ces précieux textes à sir Alexander Johnston ; si toutefois vous pouviez aussi obtenir quelques volumes de ce genre, et notamment la traduction sanscrite des sept premiers fargards du Vendidad pour la France, soit pour un particulier, soit pour un corps savant, vous ne doutez pas avec quelle satisfaction une telle communication serait reçue. Permettesmoi d'ajouter que ce serait nous empêcher de recourir à votre zèle et à votre complaisance que de ne pas nous faire connaître les frais que peuvent entraîner ces recherches et ces copies. Je serais même presque honteux de vous avoir demandé l'édition lithographiée du Vendidad, si je ne savais avec quelle noblesse on exerce en Orient la libéralité. Nous savons aussi que ce serait blesser vivement celui qui, comme vous, fait un présent aussi précieux que celui dont vous m'annoncez l'envoi, que de le refuser. Croyez donc. Monsieur, à tout le plaisir avec lequel je recevrai ce volume.

Je serais heureux que le titre de membre honoraire de la Société asiatique de Paris pût vous paraître une marque du respect et de l'estime que l'on a plus d'une fois témoignés parmi nous pour les efforts que vous faites en faveur de la science. Mon ami M. Mohl et moi, nous vous avons^ présenté et nous avons la certitude que vous serez revêtu de ce titre, qui n'entraîne aucun déboursé, à moins que vous ne désiriez recevoir le Journal de la Société.

Je prends la liberté de vous adresser ce billet dans un petit volume que je viens de publier il y a quelques semaines. J'y ai joint les deux parties du premier volume de mon Commentaire sur le Yaçna. Puissiez- vous accueillir avec bienveillance une tentative bien faible sans doute, mais dont les imperfections doivent être excusées en considération des difficultés de tous genres qui hérissent cette étude.

Les observations que j'ai faites, dans l'Avant-propos, sur l'oubli que les Parsis ont laissé voir pour leur antique langue et pour leurs livres sacrés, ne s'appliquent pas, comme vous

APPBNDICB. 127

pouvez le croire, à Ii totalité de la nation, et surtout à des hommes comme vous et comme le grand Dastour dont vous me parlez. Je serais bien satisfait que mes efforts lui parussent dignes d*encourageraent. Mais en même temps, je serais bien malheureux si je pouvais croire qu'il fût permis de supposer, d* après mes observations critiques, que j*ai voulu manquer de respect pour les nobles débris d'un des peuples les plus héroïques et les plus grands de l'antiquité; je ne puis au contraire penser sans une vive émotion qu'il subsiste encore dans l'Inde des restes précieux de cette belle nation persane, dont l'histoire se lie si intimement pendant deux siècles à tout ce que l'antiquité européenne nous a légué de plus grand, et que ces débris ont su, dans les temps modernes, s'élever par le travail et l'exercice constant de leurs devoirs religieux et moraux au rang des nations les plus respectables de l'Asie. Permettez-moi même d'épn)uver quelque orgueil de me trouver, grAce à votre bienveillance, si directement en rapport avec un des plus glorieux représentants de cette illustre race. 11 me semble que je converse avec un homme du sang des KûluSy des Dard et des Kchâhrchâ, que nous autres Européens nommons Cyrus, Darius et Xerxès, et dont j'ai essayé de lire les noms et d'expliquer les pensées dans le Mémoire sur vos antiques inscriptions de Perse, que je vous prie de vouloir bien recevoir avec indulgence.

Permettez-moi d'espérer, Monsieur, que vous voudrez bien continuer avec moi des relations qui me sont si précieuses, et croyez-moi

Votre bien dévoué,

Eugène Bumour.

A Maiiackjkc CuisETjEE, k Bombay.

Paris, 28 novembre 1896.

My dear Sir,

Je profite du départ d'un ami pour Londres pour vous écrire

128 PAPIERS DE BURNOUP.

quelques lignes et me rappeler à votre bienveillant souvenir. J'ai eu rhonneur de vous envoyer, il y a quelques mois, on petit volume in-4^ intitulé : Mémoire sur deux inscriptions cunéi' formes trouvées près tT Hamadan, J*y ai joint un exemplaire de mon Commentaire sur le Yacna^ que je serais heureux si vous vouliez accepter avec indulgence. J*ai depuis continué mes travaux; mais je n'ai rien imprimé à cause du manque d'argent. J'ai cependant trois volumes du Yaçna tout prêts, lesquels me conduisent jusqu'au vingtième Hd ; mais n'ayant aucun encouragement, ou du commerce des libraires, ou du gouvernement, je suis forcé d'attendre des temps meilleurs. Je ne néglige rien cependant pour perfectionner le travail de l'explication du texte zend. C'est une tâche bien difficile avec le peu de secours que nous avons à Paris.

Je serais bien heureux si vous parveniez à découvrir la traduction sanscrite des sept premiers fargards du Vendidad; car c'est un secours immense que les traductions sanscrites, qui nous donnent une opinion ancienne sur le sens de quelques passages difficiles. J'attends toujours avec une vive impatience et je recevrai avec une reconnaissante admiration l'exemplaire de l'édition du Vendidad de Bombay que vous avez eu l'extrême bonté de m'adresser. Pourquoi faut-il que nous soyons séparés par un aussi long espace de mers et de terres, et que je ne puisse espérer de me rendre jamais en Orient, faute de moyens suffisants ! Je serais cependant bien heureux d'aller puiser, à la source même du culte zoroastrien, des instructions qui me manquent !

Vous serez peut-être satisfait d'apprendre qu'un jeune homme, très versé dans le persan et dans l'arabe, s'occupe très activement du pehlvi, et qu'il se dispose à compléter mon travail, qui porte exclusivement sur le zend. Par ce moyen on aura bientôt des renseignements positifs sur les deux plus anciens idiomes de la Perse. J'ai obtenu que la Société asiatique ferait graver et fondre un caractère pehlvi qui servira, dans le Journal asiatique^ pour l'impression d'un petit travail de ce jeune homme * . Je suis heureux d'avoir ainsi coopéré de

1. Le D' Mûller, de Munich. Son Mémoire i para en 1839 dans le Journal asiatique, U Vil, 3* série, p. 289-346.

■^ÉÊÊÊ

loin à la propagation d*une connaissance faite poar contribuer à mettre en lumière une portion importante des antiques idiomes de votre grande nation.

Permettez-moi, Monsieur et savant confrère, d'espérer que la lettre que j'ai reçue de vous au commencement de cette année ne sera pas la dernière, et veuillez agréer l'assurance de mon respectueux dévouement.

Votre très obéissant serviteur,

Eug. BuEifour.

A Manackjee Cuesbtjbe, k Bombay.

Paris, ce 15 décembre 1836.

My dear Sir,

Permettez-moi de vous écrire de nouveau pour vous demander quelques renseignements dont je n'ai pu vous parler dans la dernière et courte lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser. I.a personne qui partait pour Londres, et qui devait remettre à la Société asiatique de cette ville la lettre que je prenais la liberté de vous adresser, était si pressée que je n'ai pas eu le loisir de m'entretenir avec vous aussi longtemps que je l'eusse désiré.

J*écris aujourd'hui même au Révérend John Wilson pour lui demander quelques renseignements sur une édition sanscrite, mahratte et anglaise du Rig véda, par un gentleman de Bombay qu'il ne nomme malheureusement pas. J'aurais bien désiré, en même temps, obtenir de M. Wilson quelques lumières sur un travail qu'il a fait sur le Sirouzéy ou Grand Office* des trente jours, de vos respectables compatriotes; mais je n'ai pas osé lui en parler dans ma lettre, de peur d'être indiscret, et surtout de paraître ignorer son travail. Le fait est que je ne le connais que de nom, et il en est ainsi de tout ce <|ul se fait k Bombay. U faut convenir aussi que ce n'est pas complètement ma faute, car il n'est pas parvenu, k ma connaissance, un seul exemplaire de cette Lecture de M. Wilson

à Paris. Vous serait-il possible de faire connaître, par on de vos serviteurs, au libraire qui vend cet ouvrage, qu'il pourrait m*en adresser, à Paris, deux ou trois exemplaires ? Je les lui solderais par un billet sur la personne qu*il voudrait bien in*indiquer à Londres.

Le second point sur lequel je prends la liberté de solliciter votre complaisance est peut-être plus compliqué, et je vous prie d'avance d'agir à cet égard avec la plus grande franchise et de jeter ma lettre, je ne dirai pas au feu (car il ne faut pas souiller l'élément sacré), mais partout où vous voudrez, si les renseignements que je prends la liberté de vous demander vous causent un embarras de plus d'un quart d'heure. Voici le fait : les besoins de mon enseignement du sanscrit, que je professe en France, m'obligent à m'occuper de quelques-uns des idiomes modernes, ou Prâkritay dérivés de cet idiome antique. Je me suis suffisamment éclairé sur le bengali, un des dialectes les plus rapprochés du sanscrit. J'ai également une idée suffisante de l'hindosthani , qui d'ailleurs se mêle déjà trop de mots arabes et persans pour conserver le titre de langue dérivée du sanscrit ; mais je manque absolument de lumières sur les idiomes de l'ouest de l'Inde, et je serais cependant très curieux, que dis-je ! j'aurais absolument besoin d'étudier le guzarati et le mahratte. Vous comprenez déjà quel intérêt je peux avoir pour le guzarati ; dans cette langue se trouvent des traductions des livres des Parsis plus ou moins étendues, et j'espère en pouvoir acquérir quelque jour quelques exemplaires. Ce serait une chose admirable que de pouvoir attaquer la religion zoroastrienne par ce côté. Cependant j*ai presque renoncé à cet espoir, parce que je n'ai aucun secours pour étudier cette langue, ni en grammaire, sauf de petits tableaux de [déclinaison], ni en dictionnaire. C'est surtout ce dernier secours dont l'absence se fait le plus sentir. Je renonce donc, pour le moment, au guzarati, sauf à le reprendre plus tard, et je désire tourner toute mon attention, pendant deux ou trois ans, sur le mahratte. J'y suis particulièrement invité par Texistence d'un très bon dictionnaire mahratte-anglais du capitaine Molesworth, que j'ai fait acheter par notre bibliothèque de rinstitut de France. J'ai fait venir et je recevrai bientôt de

APPENDICE. i3i

Londres le Hitopadésa en mahritte, édition de Serimpore. Mais quand je pense à l'excessive incorrection des livres sortis des presses de Serampore, et surtout aux fautes innombrables dont on dit que fourmille la Mahrata Grammar du D' Carey, j*ai une très grande défiance du mahratte du Bengale, et je préférerais de beaucoup posséder quelques bons spécimens de celui de Bombay. Or ne vous serait-il pas possible de faire venir chez vous un Brahmane intelligent et d*un esprit libéral, et de lui demander s'il ne pourrait pas se procurer, à prix d'argent, des manuscrits, soit déjà existants, soit à faire copier, de bons ouvrages de la littérature mahratte ? Voici une liste d'ouvrages dont nous avons connaissance par leurs titres et dont je suppose que les Brahmanes de Bombay connaissent l'existence. Je les place dans l'ordre où je désirerais les avoir, si cela est possible * .

1® Histoire mahratte ;

2^ Histoire des Jainas ;

[^ Commentaire .^ur le BhAgavad-GitA;

4^ Dictionnaire des mots difiiciles du Bhâgavad-Gitâ ;

5^ Traité de philosophie ;

G^ Histoire mythologique;

7® Ouvrage philosophique ;

8* Histoire de Çrineka ;

9* Histoire de Vichnu;

10^ BhAgavata-PurAna.

Je suppose qu'il ne serait pas impossible à un Brahmane qui voudrait s'y prêter avec complaisance de trouver à Bombay, ou dans les environs, une partie de ces ouvrages, que Ton rencontre quelquefois cités, et qui conséquemment ne doivent pas être très rares. Si les propriétaires des manuscrits euxmêmes consentaient à les céder pour des prix raisonnables, et sur la fixation desquels je m'en rapporte entièrement à votre jugement, étant prêt à payer tout ce que vous aurez déterminé, on pourrait ne pas attendre que le tout soit rassemblé ou copié, et on pourrait en expédier chaque volume au fur et à mesure

1 . Le* titrer font en caractères sanscritA iccoupagnét de la tradactioo ci-jointe.

132 PAPIERS DB BURNOUP.

qu'on le trouverait. Je conjecture d'ailleurs que les Brahmanes et les copistes aimeraient assez à ne pas attendre trop longtemps leur salaire. Je désire tellement me conformer là-dessus à leurs habitudes que je vous aurais envoyé directement, par cette lettre^ un billet pour une somme de vingt à vingt-cinq livres st., comme avance pour les frais nécessaires, si j'avais pu avoir la certitude qu'il sera possible de rassembler une bonne partie des ouvrages que je viens de vous signaler. Mais ne pouvant pas avoir ici cette assurance, j'attendrai à avoir reçu quelques renseignements de votre part sur la possibilité de mettre à exécution cette entreprise.

J'oubliais de vous dire qu'il était préférable d'obtenir les copies en dévanâgari, que les copistes mahrattes écrivent très bien, à ce que j'entends dire, plutôt que de les avoir dans le caractère moorh (môri), qui me paraît assez difficile à déchiffrer. Cependant si, sur le nombre des manuscrits, il y en avait qu'on ne pût avoir que dans ce caractère, ce ne serait pas une objection.

Il me reste, mon cher Monsieur, à apologise pour l'extrême liberté que je prends en vous demandant votre participation dans cette affaire ; mais ne connaissant personne à Bombay, je ne peux m'adresser qu'à celui qui, par son extrême kindne$9y m'a engagé à lui adresser ces questions. Ne faites du reste aucune attention à ces demandes si elles doivent vous causer le moindre embarras, et n'en croyez pas moins que je serai toujours honoré des rapports que j'aurai avec vous, et que je continuerai à être

Votre bien dévoué et obéissant serviteur,

Eugène BuENouF.

A Manacxjke CuisETjms, à Bombay.

Paris, ce 15 juin 1837.

Monsieur et très respectable ami.

J'ai reçu, au commencement du mois de février 1837, le

volume du Vendidad zcnd que je dois à votre générosité ; je n'ai pas l>csoin de vous exprimer combien j'ai été touché de ce l>eau présent, moins encore pour son prix intrinsèque, que f'.ommt* un témoignage d'estime de votre part qui a pour moi la plus grande valeur.

Je me suis mis immédiatement à le parcourir, et j'ai reconnu, avec une bien vive satisfaction, que l'édition avait été faite d'après un manuscrit qui parait très correct. Le volume est parfaitement exécuté, fort lisible, et je le considère comme une des plus précieuses acquisitions qu'ait faites l'ancienne littérature religieuse des Parsis. Il est pour moi d'une très grande importance, parce que le travail philologique auquel je me livre sur le Yaçna est trop difficile pour que je n'aie pas besoin de réunir, pour chaque passage, les variantes que peuvent fournir tous les manuscrits. Je me trouve ainsi maintenant avoir cinq copies du Yaçna et du Vendidad, au lieu de trois que me fournissait la Bibliothèque royale de France. Quel bonheur ce serait pour moi si quelque Parsi zélé nous donnait de cette manière le volume des leschts et des Neaeschs ! Peut-être cela viendra-t-il quelque jour.

En présence de ce précieux ouvrage, je n'éprouve qu'un regret, c'est de me sentir aussi ignorant dans le dialecte guzarati. C'est dans ce dialecte qu'a été écrite la préface que je désirerais bien lire, ne fût-ce que pour connaître les noms des hommes généreux qui ont conçu et exécuté cette noble entreprise. J'ai cru trouver au commencement une liste de souscripteurs, et j'ai été assez heureux pour y lire votre nom vénéré. Aussi aurais-jc un grand désir de m'occuper des dialectes vulgaires de cette partie de l'Inde, premièrement du mahratte, et ensuite du guzarati, qui me parait fort mélangé. Mais nous manquons ici des premiers secours; c'est ce qui sera mon excuse auprès de vous pour vous avoir écrit une lettre, il y a quelf|ues mois, dans laquelle je vous prie de me faire connaître si l'on peut se procurer quelques secours pour l'étude du mahratte. Nous voyons ici par les journaux asiatiques de Londres que M. Stevenson a publié une grammaire du mahratte, mais aucun exemplaire de cet ouvrage n'est en vente en Europe.

Votre bien dévoué serviteur,

Eugène Bumour.

A Manackjkk CuBSETiBBy à Bombty.

Paris, ce 28 noTembie t8S7.

Monsieur et respectable ami^

J*ai reçu en même temps, il y a quelques jours, vos deux lettres de Bombay, datées d'avril et de juillet 1837, et je puis dire que rien ne pouvait m*étre plus agréable. Dans l'éloignément où nous sommes l'un de l'autre, je craignais que les lettres que je vous avais adressées ne vous fussent pas parvenues. J'en aurais surtout regretté une : celle où je vous exprimais ma reconnaissance pour l'envoi du beau Vendidad Sade, publié avec tant de soin et d'élégance par vos généreux compatriotes. Mais puisque tout est arrivé entre vos mains, je ne reviendrai pas ici sur ce que je vous exprimais dans ces lettres.

Je commencerai, dans la présente, par vous remercier de la communication que vous avez bien voulu me faire du billet du Rév. D^^ Stevenson, dont le nom est bien connu ici de ceux qui s'occupent de littérature indienne. Les renseignements qu'il vous donne sont du plus baut intérêt pour moi, et j'ai osé lui écrire directement, en même temps qu'à vous, pour lui demander celui de ses exemplaires du Rig véda bdshya qu'il est disposé, d'après sa lettre, à céder pour quatre cents roupies. J'ai voulu, en écrivant au D*" Stevenson, vous éviter une partie des embarras que vous causent mes demandes. Je ne loi ai demandé pour commencer qu'un seul manuscrit, afin de pouvoir juger un peu jusqu'à quel point les copies qui viennent de cette partie de l'Inde sont correctes ; mais je suis décidé à continuer mes demandes, pour peu qu'elles ne lui causent pas de trop grands troubles, et je consacrerai la somme que vous dites, buit ou neuf cents roupies, pour avoir successivement les productions que l'on regarde comme les plus importantes de la littérature indienne, en commençant par les Védas.

Mais ce qui m'intéresse peut-être plus vivement encore, c'est la découverte, que vous avez faite, de deux exemplaires des cinq Neaeschs et de VIescht d'Ormuzd, J'en suis si ravi que

je ne peux m^empècher d'adresser moi-même mon leseht au grand Ormuzd éclatant de gloire ! Je trouve que vous avez bien fait, comme Parsi, de ne pas vous dessaisir de ces précieux ouvrages qui sont pour vous des autorités religieuses, et qui en effet sont rares, à ce qu'il paraît, même dans Tlnde. Mais je suis si avide de les voir que je regrette presque que vous ne m'ayez pas envoyé le premier ou un de ceux que vous avez trouvés. Excusez mon importunité en considération du désir que j'ai de m'instruire dans vos belles antiquités. Mais enfin j'ai, d'après votre lettre, l'assurance que vous aurez la bonté de me faire copier un de ces ouvrages, et je ne puis trop vous remercier de ce bienfait signalé et vous prier de le faire mettre à exécution aussitôt que cela vous sera possible. Si, au moment où cette lettre vous parviendra, il en était encore temps, je vous supplierais de faire marquer à la marge du manuscrit, ou sur des feuilles en rapport avec chaque page, les variantes et les différences que Ton trouve dans les deux manuscrits que vous n'aurez pas fait copier. Au moyen de cette indication des variantes, je me trouverais possesseur de trois manuscrits au lieu d'un.

Un fait plus important encore, c'est l'existence constatée, paralt-il, des sept premiers fargards du Vendidad en sanscrit; mais vous ne les avez pas encore entre les mains, et alors bien des obstacles peuvent se présenter avant que ces livres n'arrivent en votre possession, et de là en la mienne. Espérons toutefois que vos recherches si dévouées seront couronnées de succès. Je n'ai pas besoin de vous dire que la découverte des sept premiers fargards du Vendidad en sanscrit serait un des événements les plus grands et les plus admirables pour l'étude des livres zends ; cette portion du Vendidad est, en effet, cent fois plus importante encore que les Neaeschs.

Vous êtes bien trop bon d'avoir songé à m'envoyer quelques livres élémentaires pour le guzarati et le mahratte. Je tremble vraiment d'avoir abusé de votre bonté en vous adressant tant de demandes, dont plusieurs peuvent être inconsidérées de ma part. Mais j'ose espérer que vous agirez avec une extrême franchise il mon égard, et que tous les frais, tous les déboursés, toutes les dépenses quelconques de poste, ou papiers, ou

livres^ que vous aurez faites, vous voudrez bien me les indiquer, pour que je vous en transmette le montant par la voie que vous me désignerez.

Votre profondément dévoué et reconnaissant serviteur,

Eugène BuavouF.

P.- S, — Auriez- vous la bonté de vous informer si votre savant compatriote Rustom son of Mulla Kaikobad a reçu la lettre par laquelle je lui exprimais ma vive et profonde reconnaissance pour les expressions bien trop flatteuses de sa belle lettre persane du 28 octobre 1836. Je lui disais que je le priais de me porter comme un des souscripteurs de son George Nameh et je lui annonçais que je n'avais rien reçu des volumes qu'il m'annonce, ni sa traduction du George Nameh^ ni le volume du Desatir qu'il a la bonté de m'envoyer. Aujourd'hui, après plus d'un an, je n'ai encore reçu qu'une petite brochure, qui est en effet comme une table du G, N.y mais pas encore le Desatir.

A Managxjee Cursetjee, à Bombay.

Paris, 29 octobre 1839.

Monsieur et respectable ami.

Je me hâte de répondre à la lettre si amicale que vous avez bien voulu m'adresser, en date du 8 septembre 1838, et que je viens de recevoir il y a quelques jours seulement, c'est-à-dire un an après sa date. Et d'abord j'éprouve le besoin de vous remercier du beau et précieux cadeau que vous me faites de la traduction sanscrite de plusieurs morceaux zends d'un grand intérêt. Je ne saurais vous dire avec quelle joie j'ai parcouru ce joli volume, où j'ai trouvé quelques passages que nous avions déjà, traduits en sanscrit, dans les manuscrits d'Anqnetil, mais où la plus grande partie des textes n'avait jamais paru en Europe sous le costume brahmanique. C'est une précieuse accession à

mes moyens d^étude, et j*espère en faire bientôt usage pour une dissertation, où j'examine quelques textes zends dans lesquels Anquetil a cru pouvoir retrouver la notion de la résurrection, idée qui appartient bien en effet à vos excellents Parsis, mais qui ne se trouve pas, du moins selon moi, dans les passages où Anquetil croit la voir. Le public saura alors tout ce que je vous dois, et je ne tairai pas la bonté avec laquelle vous vous êtes empressé de m^aider dans mes travaux. Puissent les rapports, si honorables pour moi, que vous me permettez d'entretenir avec vous et avec les Parsis, au milieu desquels vous vivez, tourner à l'avantage des belles études dont cette grande et influente religion de Zoroastre est en ce moment Tobjet en Europe. M. Wilson, le président de la Société asiatique de Londres, m'a fait légèrement attaquer sur Tauthenticité du Zend-Avesta, dans un des derniers numéros du Journal de cette Société ; mais ces observations ne m*ébranlent pas, et plus je considère le texte du Zend-Avesta plus je demeure convaincu qu'il n'y a rien d'aussi ancien ni d'aussi authentique dans l'Inde. Maintenant, Monsieur et respectable ami, que vous avez commence k rassembler des manuscrits aussi précieux que ceux que vous avez entre les mains, et dont vous venez de m'envoyer un si excellent spécimen, il faut continuer courageusement votre œuvre et nous envoyer la traduction sanscrite des six premiers fargards du Vendidad. Voilà qui serait une belle conquête sur les ténèbres qui enveloppent encore le commencement de ce grand livre, si curieux pour l'ancienne géographie de l'Asie ! Si vous avez un manuscrit de cette traduction, vous pourriez, pour éviter les frais, ne faire transcrire par votre copiste que la partie sanscrite, car nous possédons k Paris trois manuscrits différents du texte zend. Il faudrait cependant que le copiste prit le plus grand soin de distinguer, par un blanc ou par trois points, ou d'une manière quelconque, le commencement de chaque distique, pour que l'on puisse plus facilement retrouver la concordance de la traduction avec le texte. Je viens de parler de frais, et / am afraid que vous ne me parliez de rien de pareil dans votre excellente lettre. Cependant c'est déjà beaucoup que vous preniez la peine de mettre en train la copie de ces manuscrits, sans faire encore la dépense des copies et du

papier, etc. Soyez assez bon pour agir envers moi en toute liberté; ce sera une nouvelle preuve d'une amitié à laquelle j'attache beaucoup de prix ; autrement je ne serais plus libre dans les demandes que mon éloignement de l'Orient, et ma pénurie de livres, m'enhardit à vous faire.

Si vous répondez, ne fût-ce que par un mot, à ce billet, seriezvous assez bon pour me dire d'où vient le silence presque obstiné que gardent avec l'Europe les savants de Bombay ? Croiriez-vous que l'on n'a pas vu encore en France un seul exemplaire de l'édition du Rig véda de M. Stevenson, dont un seul exemplaire est à la Société asiatique de Londres, de sorte qu'il faut faire le voyage d'Angleterre pour en faire la lecture! Il y a déjà longtemps que j'avais prié le Rév. Wilson, président de votre Société de Bombay, de vouloir bien m'en adresser six exemplaires, ainsi que de sa Lecture on the VencUdad Sade; mais il a probablement trouvé cette demande inconvenante, et je n'ai absolument rien reçu, non plus qu'une grammaire guzaratie et mahratte, non plus que le Journal d'une société de géographie, non plus que l'ouvrage de Jervis /luUan metrology. C'est, à ce qu'il paraît, un parti arrêté par les savants de Bombay de cacher absolument leurs productions à l'Europe. Dans quel but ? Je ne le sais ; ce qu'il y a de curieux, c'est qu'il en a été de même jusqu'à présent à Madras. Mais cet état de choses, vraiment antilibéral, commence à changer, et nous recevons assez régulièrement le Journal de Madras. Nous verrons bientôt si cela s'étend jusqu'aux grammaires, dictionnaires et traductions, dont l'utilité serait si grande pour l'Europe, à laquelle il semble qu'on veuille les cacher, pour les laisser voir aux Hindous, auxquels je ne sais de quelle utilité ils peuvent être. Je me trouve cependant justifié d'avoir fait cette demande à M. Wilson, votre président, puisque tous les libraires auxquels je m'étais adressé me répondaient que ces ouvrages n'existaient pas, ou qu'on ne les vendait pas; tandis que j'ai bien su, par M. Wilson, de Londres, par M. Poley, Allemand qui y réside, par M. Rosen, qui est mort il y a deux ans, par le Rév. Mills, que la traduction du Ri§ s^da de M. Stevenson existe réellement autant qu'un livre peut exister. M. Stevenson m'avait promis de son côté un manuscrit

du commentaire du Rig véda, et je lui ai promis de le payer ce qu'il me demanderait ; mais je n*ai reçu aucun avis de cet objet. Si vous savez quelque chose là -dessus, je vous serai très oblige de me le faire connaître. Je n*ose écrire à M. Stevenson ni au Rév. Wilson, de peur de les importuner de mes demandes ; mais, je vous en fais juge vous-même, à qui s'adresser, si ce n'est aux auteurs eux-mêmes, quand les libraires ne veulent pas vendre leurs livres .'

Adieu, Monsieur et excellent ami. Je vais mettre cette lettre à la poste d'Eg\'pte ; vous seriez bien aimable si vous pouviez

me répondre bientôt par cette voie.

Eug. BuBNotir.

A Manacxjee Cubsetjer, à Bombay.

15 décembre 1S39.

Monsieur et tr^s honorable ami.

Dans ma précédente lettre, je vous exprimais tout ce que j'avais éprouvé de plaisir en recevant la lettre et le charmant manuscrit zend et sanscrit que vous avez eu la Ininté de m'envoyer. Je vous disais que je le lirais avec la plus grande attention, et que je voyais déjà matière à bien des observations instructives et curieuses. Je n'ai pas manqué à ma pnmiesse, et j'ai lu a\ec la plus grande satisfaction et un extrême pn>fit ce \olume précieux. Je compte bientôt en faire un extrait important, pour éclaircir un fort beau passage relatif aux fvrouers qui sont invoqués (>endant les dix derniers jours de l'année. Ce passage est intéressant sous plus d'un rapport, en ce (|u'il relate \p nom de la fête nommée Hamespat madern, et qu'il ne permet pas de douter que ce nom ne se trouve dans les textes les plus anciens, textes dont fait partie certainement le morceau dont je vous parle. Plus on étudiera le Zend-Avesta dans le texte même, plus on se persuadera que le texte zend est parfaitement authentique et qu'il a une très grande antiquité. Mais il ne faut pas faire comme la plupart des Anglais, qui, s'arrêtant au témoi-

gnage de Jones, à celui d'Erskine et de Kennedy, lesqueb n*avaient jamais lu le texte zend, ont afiBrmé ({u*il était fabriqué. M. Wilson lui-même, croyant qu'il était d*un bon Anglais de soutenir le contraire des Français et des Allemands, s'est à peu près rangé du parti de ceux qui regardent le Zend-Avesta comme spurious. Je parle de M. Wilson, le professeur d'Oxford, et non du Rév. Wilson, votre ami ; je crois ce dernier beaucoup plus impartial.

Dans ma dernière lettre, je vous exprimais combien je serais heureux que vos recherches vous fissent trouver les six premiers fargards du Vendidad traduits en sanscrit; mais en même temps, je vous suppliais avec instance de ne pas me laisser ignorer les frais qu'entraînent les copies que vous voulez bien faire faire pour moi. Après les peines que vous vous donnez pour rechercher et faire transcrire ces livres précieux, il serait vraiment bien mal à moi de vous laisser encore les frais matériels. Si je savais que vous en fissiez de considérables, je deviendrais beaucoup plus timide à vous adresser des demandes de manuscrits, qui cependant me sont indispensables pour mes études, et qui servent à Tavancement de nos connaissances sur cette belle et antique religion de Zoroastre. Pensez bien, mon cher et honorable ami, que notre ami commun le D*" Stevenson a eu, comme vous, la complaisance de me faire copier des manuscrits sanscrits, et qu'il m'a envoyé la note de ce que je lui devais, comme je l'en avais prié et comme il ne pouvait pas s'empêcher de le faire, puisqu'il avait déboursé pour moi près de cinquante livres sterling. Si vous avez l'occasion de le rencontrer à Bombay, soyez assez bon pour lui faire mes compliments les plus empressés et mes sincères remercîments pour the most valuahle copy of the Rig véda ht sent to me. Je ne saurais vous dire combien ce manuscrit est précieux pour moi, bien plus que la copie du commentaire qui est réellement bien fautive. Dans ma précédente lettre, je me plaignais un peu à vous de la lenteur de M. Stevenson à me répondre, mais il a bien réparé le temps perdu, et son envoi est quelque chose dont je lui serai reconnaissant toute ma vie. Si vous le voyez, soyez assez bon pour lui dire que je compte avec la plus grande confiance sur la suite de sa complaisance,

et que j*ai de l'argent tout prêt à lui envoyer, pour qu*il ne fasse pas des déboursés trop considérables pour les copies que j*espère qu'il continuera à faire faire.

Adieu, très respectable ami, conservez-moi votre bienveillance et croyez-moi votre très affectionné

Eug. Bua!four.

A MAicACEiBR CuBSRTJEs, il Bombay.

22 avril 1840.

Monsieur et respectable ami,

Je ne veux pas attendre plus longtemps à vous remercier du billet amical que vous m'avez adressé en date du 29 février dernier. Je vois avec bien de la satisfaction que vous êtes toujours in very good spiritSy et je souhaite que les circonstances dont vous vous plaignez cessent de vous empêcher de vous livrer k des recherches qui intéressent si vivement your communityy et qui, par la manière dont vous vous y distinguez, ne pourront manquer de vous faire le plus grand honneur. Je crois que votre premier soin serait bien utilement employé à la recherche des manuscrits, tant anciens que modernes, tant originaux que traduits dans divers dialectes, qui conservent la totalité ou seulement quelques portions de vos vénérables livres sacrés. Il serait très bon ensuite, si quelque raison vous empêche d'envoyer en Europe les manuscrits mêmes que vous auriez découverts, de les faire copier et collationner soigneusement, pour qu'ils puissent devenir l'objet des recherches, assez nombreuses déjà et très activement suivies, dont les anciennes religions de l'Asie sont en ce moment l'objet sur le continent. Vous savez combien ces sujets curieux me tiennent k cœur, et vous n'ignorez pas que je suis prêt k faire tous les sacrifices nécessaires pour acquérir telles copies de vos livres zends qui seront on sale. Le Rév. J. Wilson, votre digne président, auquel j'écris aujourd'hui même, parle dans son sermon aux Parsis d'une traduction guzaratie du Vendidad et du Yaçna.

Je lui demande quel pourrait être le prix d'une copie pareille. Mais VOUS) qui êtes Parsi, vous auriez peut-être plus de facilités pour vous procurer un exemplaire de ce genre de tradaction, déjà existant dans les mains de quelqu'un de vos compatriotesy que pour faire exécuter une copie de cette étendue, ce qui, je le crains, exigerait beaucoup de temps et peut-être d'argent.

Je suppose qu'il vous serait peut-être possible de faire l'acquisition pour moi d'un petit traité small foliOy écrit en guzarati, sur la Kabîsa. Je serais bien heureux de posséder un exemplaire de ce petit traité, qui a été envoyé par vous à la Société asiatique de Paris, mais que personne ne peut plus trouver en ce moment, parce que, vu sa rareté, il a été égaré et peut-être pris. Je mettrais le prix nécessaire à l'acquisition de ce petit volume.

Veuillez, mon cher et respectable ami, excuser mon impor-

tunité et croire aux sentiments d'inaltérable attachement avec

lesquels je suis bien sincèrement

Votre tout dévoué serviteur,

Eugène Burnouf.

A Manacxjee Cursetjee, à Bombay.

25 octobre 1840.

Monsieur et savant ami,

Je suis très heureux de vous faire hommage du premier volume de ma traduction du Bhâgavata, dont j'ai obtenu de mon gouvernement de vous adresser un exemplaire.

Vous ne doutez pas, je l'espère, de l'empressement que je mets à vous l'adresser, et j'ai un vif désir que vous veuilliez bien le recevoir comme un témoignage, bien faible sans doute, de mon sincère attachement. Les soins que j'ai dû donner à ce premier volume m'ont laissé peu de loisirs depuis deux ans, et je n'ai pu faire les progrès, dans Tétude des textes zends, dont j'aurais besoin ; cependant j'ai, depuis quelques mois, commencé

à imprimer, dans le Journal asiatique de Paris, deux ou trois fragments de grammaire et d*analyse zende sur quelques mots difficiles de vos textes sacrés, inespéré pouvoir disposer cet hiver d*assez de temps pour pousser ce tfavail, qui a pour moi un très grand intérêt.

Je souhaite que votre santé vous permette de vous livrer aux entreprises littéraires pour lesquelles vous avez le plus de goût, et je saisis avec bien de l'empressement l'occasion qui m'est offerte de vous exprimer les sentiments d'estime que je vous ai voués et avec lesquels je suis

Votre très humble serviteur,

Eug. BuRNOur.

A Manacxjee Curbetjee, à Londres.

16 juillet 1841.

Monsieur et savant ami.

Rien ne pouvait me causer une plus agréable surprise que de recevoir de vous un billet daté d'une partie du inondr où il est si rare de voir venir vos compatriotes. C'est une chose bien honorable pour l'esprit qui anime les Parsis de nos jours que de les voir aussi empressés que vous l'êtes d'établir avec l'Europe civilisée des rapports plus intimes, et qui ne peuvent tourner (|u'à l'avantage mutuel des deux races. Je ne saurais vous dire, en même temps, combien j'ai été flatté de la marque de votre souvenir qu'exprime votre aimable lettre, et je mettrai au nombre de mes plus beaux jours celui où j'aurai pu vous recevoir dans mon cabinet et vous montrer le cas que je fais du manuscrit dont vous m'avez fait don si libéralement il y a quel(|ues années.

J'ai besoin d'apologie pour n'avoir pas répondu plus tôt à votre billet si amical. Votre lettre m'a trouvé plongé dans la douleur profonde que m'a causée la mort de ma mère, que je perdais au moment où vous m'écriviez. Depuis j'ai été occupé presqu'exclustvement des plus tristes soins, et je n'ai pu trou-

ver un seul instant pour vous écrire. Je vais passer «pielques semaines à la campagne pour des affaires indispensables; mais, pour que je ne sois pas absent <{uand vous ferez une petite visite à notre Paris, ayez la bonté de m*écrire de nouveau et de me marquer, si toutefois cela n*est pas contraire à vos arrangements, Tépoque approximative de votre arrivée. J'aurais un bien profond regret de n'avoir pu faire personnellement la connaissance d'un homme que j'ai appris déjà, quoique de si loin, à tant estimer.

Agréez, Monsieur, mes bien affectueux compliments.

Eugène BuBNour.

A Manackjee Cursetjee, à Bombay.

Paris, 28 mars 1843.

Mon cher et savant ami,

Rien ne pouvait m'étre plus agréable que de recevoir de vous une lettre, et déjà j'eusse plus d'une fois joui du plaisir de m'entre tenir avec vous par correspondance, si j'eusse su que vous fussiez retourné dans l'Inde et que vous êtes ai home. Mais votre silence prolongeait le mien, et j'attendais impatiemment de vos nouvelles. Voilà l'unique cause de mon retard à vous écrire.

Vous me parlez de l'ouvrage du D*^ Wilson, dont je ne connais encore que la préface, ou plutôt le prospectus, d'après un journal de Bombay dont je dois un numéro à votre amitié. Je l'attends avec une vive impatience, et je ne doute pas que ce ne doive être un très savant livre. Mais, outre que ce n'est pas du point de vue de la polémique que l'on doit, selon moi, traiter les religions anciennes, surtout celles qui ne sont plus appelées à faire des prosélytes, comme le Parsisme, il me manque ici un bon nombre de matériaux pour pouvoir suivre tous les raisonnements de l'auteur, et pour juger en connaissance de cause de la manière dont il traite ses

adversaires. Audi alteram partem est un axiome que M. Wilson lui-mèiDe réclame pour la liberté de la discussion, et comment entendre cette autre partie du procès quand on ne possède aucun des livres, nombreux et si importants sans doute, que les Parsis de l'Inde ont dans ces derniers temps publiés en divers dialectes pour Télucidation et pour la défense de leur croyance ? Pourquoi faut-il que vos compatriotes, qui doivent savoir combien ils ont d'amis philosophiques en France, ne nous envoyent pas à la Société asiatique, pour être vendus^ quatre ou cinq exemplaires de tout ce qu'ils publient 1 Qui a jamais connu en France, autrement que par les journaux de Bombay et la préface du savant D*" Wilson, des livres comme ceux-ci : TVi/i/n-i-Zur/oos/rr, in the Guxerattee language. Vol. in-4<' de 268 p. Bombay, 1840. Et encore : Maujazât-i- Zurtooshtf titre en persan et en guzarati, par Dastur Edaljee Darabjee Rustamjee Sanjâna, an de Yesdejerd 1209 et du Christ 1840. ln-4'* de 127 p. Et encore : Ayant un soleil res* plendissant (adorable symbole !), avec ce titre en gusarati et en persan : Niranghà of Kalam Kas. In-12 de 347 p. Et encore, en guzarati et anglais (ce qui serait si important pour se familiariser avec ce dialecte) : The Hadie Gum Rahdn^ by Aspandiarjee Framjee, 1811 (on n'indique ni le format ni le nombre des pages). Sans ces livres, nous ne pouvons pas juger [le dogme], nous pouvons encore moins apprécier les observations dont il est l'objet de la part de M. Wilson.

Ce serait donc de votre part une bonne œuvre pour la philosophie et pour la philologie, si vous engagiez les éditeurs des ouvrages que je viens de citer, et qui ne doivent pas être bien anciens, à en envoyer trois ou quatre exemplaires en dépôt k la Société asiatique, pour y être vendus au profit des auteurs ou éditeurs. Immédiatement il y en aurait deux exemplaires de placés, l'un chez moi, l'autre à la bibliothèque de l'Institut. Le mérite et l'utilité de cette mesure valent bien, ce me semble, le peu de peine que se donneraient vos compatriotes pour envoyer ces volumes par quelque libraire.

Mes travaux ici marchent un peu lentement, non seulement à cause des difficultés, mais aussi par suite des dérangements que me cause parfois ma santé. J'imprime en ce moment le

second volume de mon Bhâgavata; je m'occupe aussi de recherches sur le buddhisme, dont j*ai lu le commencement à rinstitut, et je consacre ce qui me reste de loisir à Texamen de ÏOrmuzd-i-Iescht, dont je compte donner une édition avec un vocabulaire contenant tous les mots explicpés. Vous voyes que / tvant no business ; mais le temps court vite, et Tattentioii de rhomme est quelque chose de bien mobile !

Adieu, mon cher ami, conservez-moi toujours un peu de votre souvenir et croyez-moi

Yours truly,

Eug. BuaNOur.

A Mànackjee Cubsetjee, à Bombay.

16 mai 1845.

Mon cher et honorable ami,

Il est bien vrai que je suis en retard avec vous, et que j'ai laissé une de vos lettres sans réponse ; c*est même pour vous prouver avec quel empressement je désire réparer ce retard que je me hâte de vous répondre aujourd'hui, trois jours après la réception de votre lettre amicale.

Ce ne sont pas seulement des affaires de plus d'un genre qui m'ont empêché de tenir au courant ma correspondance étrangère, c'est principalement la maladie et la mort de mon bienairaé père qui m'a jeté dans un chagrin profond et qui m'a entraîné dans des affaires de tout genre qui ne sont pas encore entièrement terminées. Vous avez bien raison de penser que cette perte a dû apporter un changement considérable dans l'état de notre famille. Outre la perte que nous faisons d*nn homme vertueux et d'une bonté parfaite, il y a encore des intérêts matériels qui se rattachaient à l'existence de mon père et que sa mort a profondément et irréparablement troublés. J'accepte donc avec une bien vive reconnaissance les expressions amicales de condoléance que vous voulez bien m'adresser,

et je vous en remercie cordialement en mon nom et au nom de ma famille, dont je reste le seul chef.

Je ro*empresse maintenant de répondre à vos questions touchant les publications orientales dont vous me parlez. En premier lieu, vous pouvez être tranquille en ce qui regarde le Commentaire sur le Yaçna ; il n'en a rien paru au deU des deux volumes que je me suis fait Thonneur de vous donner; mais je m'occupe d'insérer peu à peu, dans le Journal asiatique, des études sur les textes et la langue zends, que je ferai tirer à part et dont je vous destine d'avance un exemplaire. Le Vendidad est terminé, et je vous envoie, en vous priant de l'accepter, la dixième et dernière livraison, la seule qui manque à votre exemplaire. Je suis hors d'état de vous envoyer un exemplaire complet ; il n'y en a plus un seul ; les cent exemplaires tirés en 1829 se sont successivement épuisés, et le libraire, dans les mains duquel je m'étais débarrassé de cette publication coûteuse, n'a plus que des dixièmes livraisons.

Quant au Journal asiatique, ce n'est pas moi qui me mêle de CCS affaires dans la Société ; mais je vais en parler aujourd'hui même au rédacteur en chef, et je ferai tous mes efforts pour que le Journal vous soit envoyé comme par le passé.

Adieu, mon cher ami, pensez quelquefois à moi, et puissiezvous être plus heureux que je ne l'ai été depuis deux ans.

E. BuExour.

LeTTIIBS D*EuGBNB BuRNOUF a B. h. HoDCSOlf^

A M. B. II. lIoDcsoN, Résident anglais, à Catmandou, Népal.

Paru, le 7 juUlet 1834.

Monsieur,

Permettez-moi de m'associer, en mon nom personnel, aux

1 . Nous défont cet lettret à M. et M"* Hodgtoa, qui oot bien vonlii iHHiH (*n communiquer le» origintui en 1892.

témoignages de reconnaissance que vous doivent tous les anus de la littérature indienne, pour l'offre si libérale que tous avei bien voulu faire à la Société asiatique de Paris, de lui procurer ceux des livres sanscrits relatifs au buddhisme dont vos heureuses découvertes ont révélé Texistence au monde savant. J*ai déjà eu Toccasion d'entretenir le public français de vos belles recherches, en des termes, il est vrai, bien peu dignes d'elles; mais vous ne pouvez douter de l'admiration qu'ont excitée, sur le continent, vos divers Mémoires relatifs au buddhisme. Il y faut louer non seulement une intime connaissance du sujet, mais encore une sagacité, une clarté et une finesse philosophique revêtues des formes les plus heureuses du meilleur style. Un juge meilleur que moi de ces mérites si rares, feu M. Abel Rémusat, faisait, à juste titre, le plus haut éloge de vos travaux ; la mort l'a pu, seule, empêcher de les répandre davantage en France. L'amitié profonde qui m'unissait à cet homme à jamais regrettable m'a mis souvent à même d'entendre de sa bouche les expressions les plus vives de sa sincère admiration pour vous.

A moins de supposer les personnes qui s'occupent de sanscrit tout à fait étrangères aux beaux résultats des travaux des Anglais établis dans l'Inde, vous vous figurerez sans peine l'enthousiasme avec lequel a été reçue la découverte que vous avei faite des originaux des écritures buddhiques conservées en sanscrit. Ayant depuis longtemps fait des efforts peu fructueux pour pénétrer dans la connaissance du buddhisme, ayant fait des sacrifices énormes pour ma position dans le but d'acquérir les livres sacrés des Singhalais, dont je possède quelquesuns, j'ai éprouvé une bien grande satisfaction en apprenant que les livres de Buddha (Sâkya) existaient en sanscrit. J'ai eu dès lors l'espoir de pouvoir, à l'aide de la connaissance de cette langue, que plusieurs années d'études ont commencé à me rendre familière, aborder directement les ouvrages buddhiques ; mais j'aurais probablement quitté ce monde sans avoir pu réaliser cet espoir, à cause de l'impossibilité où je suis d'aller jamais dans l'Inde, si la proposition si libérale que vous voulez bien adresser à la Société asiatique ne m'enhardissait à recourir à votre bienveillante obligeance.

Ne serait-ce pas commettre une indiscrétion coupable, et prendre sur votre temps précieux, que de vous prier de faire l'acquisition pour moi de quelques-uns de ces livres que vous jugerez les plus précieux et les plus propres à faire pénétrer dans le buddhisme pur, c*est-à-dire dans la partie de ce système qui n'est entachée d'aucune modification de brahmanisme ? J'ignore ce que la Société asiatique ou la Bibliothèque du Roi seront dans l'intention de faire pour l'acquisition de ces livres ; mais je serais heureux si, par votre protection, je pouvais acquérir quelques-uns des livres buddhiques en sanscrit les plus importants, dont j'ai l'espoir de pouvoir traduire quelques portions, et qui resteraient d'ailleurs après moi dans mon pays. Les livres que vous avez signalés comme les plus dignes d'attention sont aussi ceux que je désirerais le plus posséder. Ce sont :

Rakchâ Bhâgavatîy 1, 2, 3, 4, 5, en tout 12,500 stances, qui, d'après le compte de 500 pour une roupie, feraient 250 roupies, somme que je m'engage d'avance à solder immédiatement à la personne que vous m'indiquerez, et de la manière qui vous sera le plus agréable, aussitôt après le reçu des volumes, qui ne doivent pas former moins de douze ou quinze. Je m'engage également à solder tous frais de port, etc.

Si la proposition que je prends l'extrême liberté de vous adresser ne vous paraissait pas trop hardie, et que vous puissiez, sans vous causer aucun trouble, faire copier tout ou partie de cette belle collection, je vous serais bien obligé de faire écrire sur la première page : « Volume appartenant à M. Eug. Bumouf. » Cette mesure est nécessaire pour que le livre ne soit pas envoyé par erreur à d'autres personnes ou à quelque corps savant.

Veuillez, Monsieur, en recevant l'assurance de mes sentiments d'admiration respectueuse, agréer mes excuses pour mon importunité, et ne donner aucune suite à ma demande pour peu qu'elle vous cause le moindre embarras.

Votre bien dévoué serviteur,

Eugène BuENOur.

A M. B. H. HoDGsoN» à Catmandou^ Népal.

Paris, 20 JanYier 1835.

Monsieur,

Dans la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire Taiinée passée, pour vous remercier de Tenvoi que vous aviez bien voulu faire à la Société asiatique d'un magnifique manuscrit tibétain formant partie des livres religieux des buddhistes du Népal, j'avais l'honneur de vous annoncer que la Société asiatique n'avait pas encore pris de détermination relativement à la communication si libérale que vous lui aviez faite, quand vous lui proposiez de faire copier pour elle les plus importants ouvrages relatifs au buddhisme, auxquels votre zèle persévérant et éclairé vous a donné accès. Je suis plus heureux aujourd'hui, et j'ai la satisfaction de vous annoncer que la Société asiatique de Paris, désirant profiter de l'offre que vous lui avez faite, vient d'affecter une somme de 1,500 francs à la copie des ouvrages sanscrits conservés au Népal. La Société, Monsieur, a une trop grande confiance dans vos lumières pour faire ellemême un choix entre les ouvrages dont vous avez bien voulu lui adresser la liste ^ . Elle pense que, placé comme vous l'êtes, connaissant déjà ces ouvrages, comme on le voit d'après vos intéressants Mémoires, vous êtes le seul Européen en état de déterminer quels sont les livres faits pour mériter le plus l'attention des personnes qui désirent étudier le buddhisme. Le Conseil a été cependant d'avis qu'il y aurait peut-être quelque avantage à suivre l'ordre de la liste, et à copier successivement depuis le premier ouvrage, jusqu'à ce que les fonds alloués soient épuisés. Ce qui l'a décidé à vous faire cette proposition, c'est qu'il a l'espérance de pouvoir, l'année prochaine, afifecter un crédit pareil pour la copie de la suite des ouvrages; il espère pouvoir ainsi se procurer successivement cette belle collection, qu'avec une libéralité digne des plus grands éloges, vous avez consenti à mettre à notre disposition.

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