‹ Papiers d'Eugène Burnouf conservés à la Bibliothèque NationaleChapitre 35 sur 40 · Voir le Tolume 69 de la Collection · texte numérisé non relu

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J'oserai vous prier de vouloir bien faire faire pour moi la copie d*un ou de deux ouvrages parmi les plus importants, comme par exemple le Lalita vistara^ ou quelque traité où l'on puisse espérer de trouver des détails historiques ou géographiques sur Tétat de Tlnde au moment où parut Buddha. Il ne vous semblera pas sans doute nécessaire que les ouvrages que vous aurez la bonté de me destiner se trouvent dans la collection de la Société; au contraire même, vous pourriez remplacer ceux que vous nrenverriez personnellement par d'autres livres pour le compte de la Société. Par ce moyen, il n'y aurait pas de doubles, et la Société, dont je fais partie, serait par le fait plus riche de quelques ouvrages.

Un membre de la Société, M. Jacquet, prend la liberté de vous faire la même demande. Il désirerait pouvoir posséder les ouvrages suivants, qu'il serait alors inutile de copier pour la Société :

i*^ iMlita vistara (cet exemplaire vous a déjà été demandé par la voie de M. Prinsep, secr. Calcut.j;

2** Patimokcha;

3'* Vadrashutchi.

Si vous étiez assez bon pour faire copier ces ouvrages, ainsi que un ou deux pour moi, à votre choix, j'oserais vous prier dtr vouloir bien mettre sur la première page le nom de la |>ersonne k laquelle vous les destinez, ainsi que le prix, soit en roupies, ou, ce qui serait plus commode, en livres sterling. Le pa<|uet serait c<mvenablement envoyé avec celui de la Société asiatique; il y aurait de l'avantage à ne pas disséminer ces trois envois. Le paiement se ferait immédiatement et avec celui de la Société.

Le Conseil, Monsieur, ose encore vous adresser une demande. Votre position au Népal, \otre immense instruction, cette ardeur et cette activité pour les recherches savantes, dont vous a\cz donné de si nobles pn^uves, vous ont nécessairement mis en |H)ssession de matériaux qui intéresseraient au plus haut de^ré le public européen. Ne vous serait-il pas possible d'adresser à la Soeiété asiatique tout ou partie des Mémoires que vous avez dû rédiger sur le buddhisme? Le Omseil recevrait vos communications avec l'empressement le plus vif, et il serait

heureux de pouvoir leur donner place dans le Journal de la

Société, dont ils feraient Tornement. Il suffirait de m'adresser,

ou à M. de Sacy, les articles en anglais ou en ûrançais, peu

importe, que vous nous destineriez.

Permettez-moi, Monsieur, d*espérer que vous excuserez mon

importunité et la longueur de cette lettre. Vous avez agi à

regard de la Société d'une manière si libérale et si scientifique

que vous ne devez pas vous étonner de l'intérêt et même de

Tindiscrétion que vos propositions ont dû exciter parmi les

membres d une Société qui manque presque complètement des

moyens de mettre à exécution les projets qu'elle a faits pour

la science, et qui est trop heureuse de recevoir des offres

comme celles que vous avez bien voulu nous faire.

Veuillez agréer, etc. „ ^

^ Eug. Buairour.

A M. B. H. HoDGsoN, à Catmandon^ Népal.

Paris, 17 février 1836.

Monsieur,

Rien ne pouvait m'être plus agréable, et en même temps plus flatteur, que la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du mois de septembre 1835. Je craignais que vous n'eussiez pas reçu la lettre que j'avais pris la liberté de vous adresser, et dans laquelle je vous priais de vouloir bien me comprendre au nombre des personnes pour lesquelles vous avez entrepris, avec une complaisance et un dévouement que l'on ne peut trop louer, de faire transcrire les plus importants documents des écritures buddhiques. Votre lettre me donne sur ce point les assurances les plus tranquillisantes, et j'y vois même que je vous serai bientôt redevable des soins que vous voulez bien me promettre pour les copies que j'ai pris la liberté de vous demander. J'ignore si, postérieurement à ma lettre, vous en aurez reçu une seconde que je vous écrivais au nom de la Société asiatique, et dans laquelle je vous informais que j'avais décidé le Conseil de la Société à vous prier de vouloir

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bien faire exécuter, pour notre Société, les copies de ceux des originaux sanscrits que vous avez si heureusement découverts, et que vous jugerez les plus propres à donner une connaissance positive du buddhisme. J'avais l'honneur de vous informer par cette lettre que la Société avait mis de côté une somme de 1,500 francs, qu'elle devait doubler Tannée suivante, de manière à consacrer 3,000 francs à cet objet d'une haute importance. Enfin, je vous priais de vouloir bien transporter sur le compte de la Société les frais que vous pourriez avoir faits pour les copies demandées par moi ; car je n'avais sollicité ces copies de votre complaisance que dans mon désespoir extrême de voir que l'état peu prospère des finances de la Société, ainsi que l'échec qu'elle avait reçu par la mort de tant d'hommes ëminents, la mettait dans l'impossibilité de prendre, aussi promptement que je le désirais, un parti sur votre proposition si libérale. Si je prends en ce moment la liberté de revenir sur ces divers détails, c'est que je puis craindre que ma seconde lettre ne vous soit pas parvenue. J'y ajoute seulement que, si vos copistes ont besoin de ce stimulant sans lequel on ne fait rien sur notre planète, la Société est prête à vous adresser la somme dont vous indiquerez avoir besoin pour les copies que nous sollicitons toujours de votre complaisance inépuisable.

Votre lettre touche à un autre point sur lequel je vois, avec une joie bien vive, que je n'ai pas besoin d'essayer de vous donner satisfaction ; car vous vous exprimez sur ce point dans des termes qui prouvent combien vous seriez prêt à recevoir les explications que je m'empresserais de vous offrir, s'il en était besoin. Je n'ai même rappelé cette partie de votre lettre que pour vous dire combien il a été loin de la pensée de personne if i de dire ou de penser quelque chose qui ne fût à l'honneur et à la louange de vos travaux et de vos belles découvertes. Soyez, Monsieur, intimement convaincu que personne au monde n'a pu être blessé de vos remarques sur les interprétations que Kémusat avait données de certains points difficiles de la doctrine buddhique. Nous sommes d'ailleurs accoutumés à la critique sur le continent, et les Allemands traitent les Français d'une manière bien plus rude. Et puis ce pauvre Rémusat est mort; personne ne prend plus soin de sa mémoire. Je me

trompe, une ou deux personnes en ont conservé le souvenir; mais comme je suis du nombre, je puis vous affirmer que ses mânes ne vous en voudront pas pour vos critiques, qui d'ailleurs sont présentées avec le ton d'un gentleman.

Veuillez croire, Monsieur, au prix que j'attacherais à être, aussi fréquemment que vos occupations vous le permettront, en rapport de correspondance avec vous, et agréez, etc.

Eug. BuaNOUF.

A M. B. H. HoDGsoN, à Catmandou, Népal.

Paris, ce 15 mai 1836.

Monsieur,

Je ne puis trop vous dire combien j'ai été vivement touché de la lettre, datée de novembre 1835, que vous m'avez fait l'honneur de m*adresser, avec une autre lettre pour la Société asiatique. Je vous suis doublement reconnaissant pour ces deux lettres; car, si Tune contient de votre part des témoignages d'une estime à laquelle j'attache le plus grand prix, l'autre donne de nouvelles preuves de l'inépuisable complaisance que, depuis le commencement de votre carrière, vous n'avez cessé de témoigner aux personnes ou aux corps savants qui se livrent à l'étude de l'Asie ancienne. Veuillez donc recevoir, et pour la Société et pour moi, l'expression bien sincère de ma gratitude, et croyez que je ne négligerai aucune occasion pour l'exprimer par tous les moyens qui seront en mon pouvoir. Pourquoi faut-il que des hommes comme Rémusat, Saint-Martin, Guillaume de Humboldt ne soient plus de ce monde, pour rendre à vos efforts si heureux et si constants la justice qui leur est due !

Nous n'avons pas encore reçu le beau présent que vous nous destinez; aussi ne vous écris-je pas une lettre officielle. Je profite seulement d'une voie qui s'offre accidentellement à moi pour vous remercier avant l'époque où nous aurons le paquet entre les mains.

Je désirerais pouvoir être naturaliste, seulement autant que je suis orientaliste (ce qui malheureusement n'est pas encore beaucoup dire), pour faire, en faveur de l'ouvrage étendu que vous préparez, un peu de ce que vous faites si libéralement pour les anciennes productions de la littérature des buddhistes. Je ne désespère pas de décider le bibliothécaire en chef de l'Institut à souscrire à un exemplaire de cet ouvrage pour notre bibliothèque. Aussitôt que l'annonce en sera faite dans un journal anglais ou français, l'importance d'une publication de celle espèce, entreprise avec les divers secours qu'un long séjour dans le pays vous a mis à même de rassembler, ne pourra, je l'espère, manquer de frapper les savants. En France, ils ne sont généralement pas très riches ; cependant je ne doute pas qu'une seule livraison publiée ne vous amène des souscripteurs pour les suivantes. Beaucoup feront comme moi, pour avoir un travail qui devra répandre du jour sur des questions qui touchent à tout, car l'Histoire naturelle tient par les liens les plus intimes à la Géographie, et la Géographie, à son tour, est le vaste théâtre où se passe Tllistoire. En attendant que j'aie pu vous réunir quelques souscripteurs, veuillez inscrire mon nom sur votre liste, et croire au désir bien sincère que j'ai de contribuer à donner de la publicité à un travail aussi important que celui que vous annoncez.

Nous avons appris avec une bien vive satisfaction que vous aviez déjà envoyé à la Société asiatique de la Grande-Bretagne une collection considérable des originaux sanscrits du buddhisme. Nous avons accueilli cette nouvelle avec un bien grand plaisir; car enfin ces sources précieuses sont en Europe, accessibles à tous, ou du moins à ceux qui auront le courage de vouloir les étudier ; en un mot, elles sont soustraites aux diverses et si nombreuses causes de destruction auxquelles elles sont exposées tant qu'elles restent en Orient. C'est ce que quelques savants anglais ne paraissent pas sentir aussi vivement que vous, et cependant ce qui me parait de la plus grande importance. Il faut soustraire à l'apathie, à la superstition, à l'avarice des Orientaux les trésors littéraires qu'ils ont sauvés du naufrage du temps; il faut les transporter en Europe, où il y a moins d'incendies, moins de bouleversements, moios de

haines religieuses^ où il y a des dépôts publics ouverts pour recevoir ces précieux débris comme des propriétés^ je ne dirai pas nationales, mais appartenant à Thumanité tout entière. Ce sera pour vous une grande gloire d'avoir compris cette pensée libérale, et d'avoir plus fait à vous seul pour la mettre à exécution que tous vos compatriotes ensemble.

Aussitôt que les livres que vous avez la bonté de nous adresser par le savant D' Wallich seront arrivés, nous en profiterons pour faire élever à une somme plus forte le crédit que U Société asiatique a fixé pour la copie des textes sanscrits des buddhistes. Si ces copies entraînaient des dépenses qui vous missent dans la nécessité de faire des avances incommodes, veuillez le faire savoir à la Société. L'argent alloué est tout prêt, et vous pourriez immédiatement en faire toucher telle somme que vous croiriez nécessaire pour satisfaire vos copistes au fur et à mesure du travail. Vous ne devez pas craindre non plus de faire commencer la copie de quelque ouvrage important, dût-il dépasser le mince crédit fixé par la Société. Il se trouverait toujours à Paris des corps savants, ou même des particuliers, en assez grand nombre pour couvrir immédiatement la dépense. Tout ceci est pour vous témoigner combien il me paraît urgent de profiter, le plus promptement possible, de votre zèle admirable à exploiter une position dans laquelle aucun Européen ne s'est trouvé avant vous, et que la plupart auraient sans doute laissé échapper.

Veuillez agréer, etc.

Eugène BuAMOUF.

A M. B. H. HoDGsoN, à Catmandou, Népal.

Paris, ce 5 juin 1837.

Monsieur,

Les distances qui nous séparent l'un de l'autre sont telles, et les moyens que j'ai en France pour en diminuer la longueur sont si incertains et si rares, que je ne perds jamais les occa-

sions qui se présentent de me rappeler à votre souvenir et de vous exprimer, aussi souvent que je le peux, la sympathie avec laquelle sont accueillies, en France et sur le continent, vos belles et précieuses découvertes. Je n*hésite donc pas à vous écrire de nouveau, quoique, depuis la lettre que je vous ai adressée, vers le 20 avril dernier, pour vous remercier du présent que vous nous avez fait de vos vingt-quatre curieux manuscrits buddhiques en sanscrit, vous ne pouviez vous attendre à rien de bien nouveau de ma part. Je ne vous répéterai donc pas les vives expressions de gratitude que le Conseil m'avait chargé de vous adresser, non plus que celles que j'avais cru y pouvoir joindre de mon propre chef pour le précieux cadeau du Pradjnâ pàramitâ. Je n'aurais pas assez de deux, de trois, ni de quatre lettres pour vous faire connaître à cet égard mes sentiments, ainsi que ceux de tous les amis de la science. .Ne regardez donc cette présente lettre que comme un faible et pâle duplicata de celle d'avril, où je n'ai d'ailleurs été que bien au-dessous de tout ce que pense et le Conseil, et moi, et M. Mohl mon ami, ainsi que M. Jacquet. J'aime mieux aujourd'hui m'entretenir avec vous de ces livres précieux eux-mêmes et vous prouver que je tâche de mettre à profit les fruits de votre libéralité.

Lorsque je vous ai remercié, au nom de la Société et en mon nom [>ersonnel, je n'avais pas lu une seule ligne de vos vingtquatre volumes. Je ne connaissais d'avance que le Lalita wttara^ d'après la copie que je dois â votre libéralité inépuisable, et je n'avais pu faire des progrès bien considérables dans la lecture de cet ouvrage, k cause de l'imperfection matérielle de cette copie. Quelques jours après la réception des vingt-quatre volumes, j'ai été chargé par la Société d'en faire l'examen, de concert avec Si. Jacquet. Nous nous sommes partagé les plus importants, savoir : le Ganilavyûhay le Lalita viêtara, le .9ambhti purâna et je ne sais quel autre [pour lui], et le Saddharma pundarika^ le Samâdhi rddja et le Kdrandavyûha pour moi; je ne parle pas du Achta $ahdsrika^ dont j'ai un exemplaire, et qui se trouve aussi dans la collection de la Société. L*examen rapide que j'avais fait de ce livre, dès les premiers jours, m'avait découragé, parce que je n'y voyais que de perpétuelles répéti-

i58 PAPIERS DB BURNOUF.

tions des avantages et des mérites promis à ceux qui obtiennent la Pradjnâ pâramitâ. Mais qu'est-ce que cette pradjnâ ellemême ? C'est ce que je ne voyais nulle part, et ce que je désirais apprendre. Depuis j'ai reconnu que c'est un peu au delà de U deuxième moitié que le livre devient intéressant et yraiment philosophique. Mais cet examen, tout rapide qu'il était, m'apprit une vérité : c'est que les manuscrits sont transcrits avec une incorrection flagrante, et qu'on ne peut venir à bout de ces textes qu'en ayant plusieurs manuscrits du même ouvrage. Combien ne devons-nous donc pas de reconnaissance à votre générosité, qui nous a mis à même d'étudier à la fois, dans deux copies de mains et de dates difi<érentes, le Lalita, le Achta sâhasrika et le Ganda vyûha ! Ma conviction est qu'un travail régulier sur la collection de la Société devra commencer par ces trois volumes, dont deux sont entre mes mains et un dans celles de M. Jacquet.

Peu satisfait donc du Pradjnâ^ qui doit être plus important et plus intelligible sous sa forme plus développée : ÇatasâhoMrika pradjnâ pâramitâ y et quant au Lalita^ sachant qu'un Russe de mes amis en avait fait à Londres, d'après deux manuscrits, une traduction presque complète, av^c des observations, qu'on dit d'un grand intérêt, sur la langue même dans laquelle cet ouvrage est écrit, je me tournai vers un livre nou* veau, un des neuf Dharma, le Saddharma pundarîka^ et je puis vous affirmer que je n'ai pas eu à me repentir de mon choix. Depuis le 25 avril environ, tous les moments que j'ai pu enlever à mes occupations comme professeur de sanscrit et académicien, je les ai consacrés sans réserve à cet ouvrage, dont j'ai lu déjà des portions assez considérables. Je n'ai pas tout compris, et vous ne vous en étonnerez pas ; la matière est très nouvelle pour moi, tant sous le rapport du style que sous celui du fond. Mais je compte relire, la plume à la main, vos excellents Mémoires des Recherches asiatiques de Londres et de Calcutta, ainsi que du Journal de Prinsep. Quoique beaucoup de choses soient encore obscures à mes yeux, je comprends cependant la marche du livre, le mode d'exposition de Tauteur, et j'en ai même déjà traduit deux chapitres en entier, sans rien omettre. Ce sont deux paraboles qui ne

manquent pas d*intërèt, mais qui sont surtout de curieux spécimens de la manière dont s*est communiqué l'enseignement des buddhistes et de la méthode discursive et toute socratique de l'exposition. Sauf l'impiété (mais vous n'êtes pas un clergyman), je ne connais rien d'aussi chrétien dans toute l'Asie. Le brahmanisme me parait maintenant un judaïsme raide et dur, dont vous avez trouvé le christianisme moral et plein de compassion pour toutes les créatures. Il ne faut pas croire que dans ce livre tout soit amusant; au contraire les répétitions et la tautologie y sont complètement fastidieuses. Mais cette tautologie même est un caractère tout à fait remarquable et bien approprié au peuple auquel s'adressait Buddha. Ce qui m'a surtout intéressé, c'est le dialecte dans lequel ces livres (car le Samâdhi rddja est du même genre) sont écrits dans plusieurs de leurs parties; les morceaux métriques, les Gdtha, sont dans un sanscrit déjà tournant vers le pâli, ce qui, en donnant un haut degré d'authenticité à cette dernière langue et aux livres qu'elle nous a conservés, fixe aussi l'Âge, d'une manière approximative, où ont pu être rédigés ces ouvrages, cent ou deux cents ans après Çâkya-muni. Enfm je vous avouerai que je suis passionné pour cette lecture, et que je voudrais avoir plus de temps et de santé pour m'en occuper le jour et la nuit. Je ne quitterai cependant pas le Saddharma sans en avoir (*xtrait et traduit de bons fragments, bien convaincu que je ne puis mieux faire pour reconnaître votre libéralité que de communiquer à l'Europe savante une partie des richesses que vous avez si généreusement mises k notre disposition. Je vais m'employer à cela jusqu'à cet hiver, et je tâcherai de déterrer quelque imprimeur en Allemagne pour faire paraître une analyse ou des observations sur le Saddharma pundartka,

O que je souhaiterais maintenant, c'est que vous pussiez mettre à proGl votre séjour au Népal en faveur de la Société asiatique de Paris, et que vous pussiez nous faire copier, pour deux ou trois mille francs, des ouvrages plus étendus que nous n'avons pas. Ne craignez rien pour la Société ; si elle n'a pas d'argent, nous nous cotiserons à trois ou quatre pour les acheter, et la Bibliothèque royale les prendra. Je me porte garant que vous placerez certainement en Europe des copies de ces

curienx ouvrages. Pour ma part, je serais bien heureux de pouvoir obtenir de vous une nouvelle copie du Saddharma pundarîka et du Samâdhi râdja^ par la raison qu'on n'est jamais sûr du sens de certains passages quand on n'en a qu'un exemplaire. Ces livres doivent se trouver encore dans la Vallée, puisque vous avez pu nous en envoyer un exemplaire de chacun. Si vous avez besoin, pour encourager les copistes, que Ton envoie quelque argent d'avance, veuillez me le dire dans une prochaine lettre, en m'indiquant et la somme et le banquier à Londres auquel il faudrait remettre les fonds.

Est-ce que vous n'avez rien découvert sur le Vinaya ou la discipline ? C'est un sujet sur lequel on paraît riche au Tibet et sur lequel cependant nous ne trouvons rien dans votre collection. La chose vaudrait la peine d'être recherchée. Je pense aussi qu'il ne faudrait pas négliger les ouvrages grammaticaux, quoique moins importants que ceux qui traitent de la philosophie. Votre première liste nagri contenait le titre d'un certain nombre de ces ouvrages ; il serait important que nous en pussions posséder un ou deux, soit dans une bibliothèque publique, soit dans une collection particulière.

Mais l'espace me manque, et je ne cesse pas de vous importuner de mes demandes; mais j'ai mon pardon dans votre conduite antérieure, et c'est votre libéralité qui m'a enhardi. Comment la reconnaître, si ce n'est en cherchant à lire et à comprendre les précieux dons que vous avez découverts ? C'est ce que je vais essayer de faire, ne fût-ce que pour vous témoigner les sentiments de sincère gratitude et de profonde estime avec lesquels je suis

Votre très humble et dévoué,

Eugène BuAMOUF.

A M. B. H. HoDOsoN, à Catmandou, Népal.

Paru, 15 jaiUet 1837.

Monsieur,

Cette lettre vous sera probablement remise par M. Thé-

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roulde, Ton de mes compatriotes et amis, qui a entrepris le voyage de Tlnde, non pour devenir un Oriental iourisi, mais pour étudier les langues et les monuments de ce pays. Il s*est préparé à ce voyage par Tétude grammaticale du sanscrit ; il lui importe de compléter ces premières connaissances par la vue même des hommes et des choses^ et par un commerce assidu avec les natifs les plus disposés à ajouter à son instruction. Nul ne peut mieux que vous le seconder dans ses tentatives, si son plan le porte à se fixer quelque temps dans le pays où vous avez fait de si belles découvertes. Si M. Théroulde ne doit que vous porter Texpression de la reconnaissance que nous vous avons tous vouée^ veuillez encore Taccueillir avec bienveillance et agréer de sa bouche l'assurance de mes sentiments d'attachement et de respect.

Je vous écris aujourd'hui 15, le lendemain d'un jour qui restera longtemps dans la mémoire des amis des études orientales. Cest hier en effet que sont arrivées et qu'ont été ouvertes les caisses contenant les manuscrits que vous avez bien voulu faire copier pour nous. Ils ont été déposés sur le bureau et ont excité une admiration unanime de la part de tous les membres présents. L'assemblée a été si pn>fondément touchée de votre générosité que, sur ma proposition et sur celle de M. Mohl, commissaire pour les fonds, on a décidé à l'unanimité qu'il serait frappé une médaille d'or qui vous serait adressée et qui exprimerait la reconnaissance de la Société pour le dévouement, jusqu'ici sans exemple, qui vous a porté à enrichir un établissement étranger de ces précieux ouvrages. J'ajouterai à ces détails, que vous trouverez dans la lettre officielle ci-contre, laquelle vous sera remise soit par Théroulde, soit par la poste, que le bureau du Conseil de la Société, considérant que votre générosité enrichissait la France tout entière, a décidé qu*il se transporterait auprès du ministre de rinstruction publique, pour le prier de solliciter auprès du roi une marque de l'intérêt que le gouvernement doit prendre à vos efforts, telle que la décoration de membre de la Légion d'honneur. Je ne vous ai cependant pas donné avis de ce fait dans ma lettre officielle, parce que, comme la Société, qui est un établissement libre, n'a aucune part au gouvernement, et

que la distribution des décorations est du ressort exclusif de ce dernier, il se pourrait que le bureau de la Société ne fût pis aussi heureux qu'il le désire. Quoi qu'il en soit, nous ne négligerons rien pour donner à votre présent et à votre zèle la popularité qu'ils méritent.

Je viens au fond même des livres. Vous concevez sans peine que je n'ai encore vu autre chose que l'extérieur de ceux qui sont venus hier; cependant je suis déjà frappé d'admiration. Je vous ai donné, dans ma dernière lettre, quelques détails sur les progrès que je faisais dans la lecture des vingt-quatre volumes que vous nous avez envoyés en présent. J'ai traduit 100 pages, sur 142, du Saddharma pundartka. J'y ai trouvé les plus beaux spécimens des prédications de Buddha. Je compte terminer ce volume quand je serai revenu des eaux, où je vais me faire soigner contre la gravelle dont je souffre horriblement.

J'ai ensuite commencé la traduction du Kâranduvyûhay qui est consacré k Avalôkitécvara, Je désire faire marcher de front l'étude de la morale et celle de la mythologie. Quant à la philosophie spéculative, je la commencerai plus tard. Je veux auparavant me familiariser avec le style de ces livres, qui est souvent très difficile et fort éloigné de celui des compositions brahmaniques. Cette étude m'absorbe de plus en plus; elle préoccupe mon esprit de la manière la plus vive. Je ne veux pas l'abandonner sans en avoir tiré la matière d'un volume ou deux de documents bien authentiques sur le buddhisme; car quelle chose peut être plus authentique que les livres que nous avons entre les mains ?

Quant aux ouvrages nouveaux, j'en ai pris trois hier même, et j*ai passé la nuit à les examiner. Je suis frappé surtout de l'importance d'un traité intitulé Dharma kôça i»yâkhyây c'est un commentaire riche en indications de tous genres; puis j'ai remarqué aussi le Mahâvastu avadânay le Divya avaddna et le Açôka avadâna. Je ne comprends pas encore dans quel rapport les Avadâna sont avec les autres livres. Il me semble au premier coup d'œil que la rédaction en est différente. La copie du Rakchâ Bhâgavati, en cinq volumes, est vraiment magnifique ; elle parait très soignée ; mais je ne me lancerai dans cet

océan que quand je serai préparé par une plus ample lecture.

Maintenant, ne me trouveriez- vous pas indiscret si j*osais vous prier de me rendre le service que vous avez bien voulu rendre à la Société et à la France ? Ne vous serait-il pas possible de me faire copier, pour vingt-cinq ou trente livres sterling de ces ouvrages ? 11 m'importe peu que ce soient des ouvrages différents de ceux que vous nous avez déjà envoyés ; au contraire même, je désirerais que, sauf quelques-uns, ce fussent les mêmes. Car, comme plusieurs de ces copies paraissent avoir été exécutées rapidement, elles sont en général fautives, et pour entendre plusieurs passages il est absolument indispensable d'avoir deux copies différentes. Les ouvrages auxquels je tiendrais le plus seraient :

1** Saddharma pundartka ;

2® Samddhi râdja ;

3° Kâranda vyiiha ;

4" Gunakâranda vyûha ;

5^ Dharma kôça vyâkyâ (quelle belle copie vous avez envoyée à la Société!);

G** Divya avadâna ;

1^ Mahdvastu avadAna ;

8° Açâka avaddna ;

9^ Sumagadha a%^adâna ;

10** Daçabhûmlçvara ;

11^ Le grand Rakchâ Bhâgavatiy en cinq volumes.

Mais peut-être cet ouvrage, à lui seul, emportera-t-il la somme de vingt-cinq à trente livres st. Vous ferez donc comme vous le jugerez convenable.

S'il vous était possible de trouver des copies déjà copiées de ces livres et de me les adresser au fur et à mesure par la voie de Prinsep, la somme à payer, étant moins considérable à la fois, me permettrait peut-être de vous demander successivement un plus grand nombre d'ouvrages pour un prix plus élevé ; car il me serait très aisé de vous payer, à votre banquier de Londres, douze à quinze livres st. par an jusqu'à racb«;vement de ces copies. Si même vos copistes ont besoin d'argent, tirez sur moi par une lettre de cbange; je vous paierai aussiti^t que vous le demanderez, avant même l'arrivée des

livres. Je crois même que cela serait plus convenable de ma part ; car il est bien peu décent à moi de vous demander d'avancer ainsi de l'argent pour lequel vous ne faites aucune recette et qui ne vous rentre qu'au bout d'un an environ.

Mais je vois que le papier me manque ; il m'en reste à peine pour vous exprimer le respect et la reconnaissance avec lesquels je suis

Votre bien dévoué,

Eug. BUBNOUP.

P. 'S, — J'oubliais de vous prier de ne m'envoyer personnellement ni Tântra ni Dharma ; j'en connais suffisamment par ce que possède la Société. J'ai marqué d'une double ligne ceux que je désire le plus.

Le soir du jour où je vous ai écrit cette lettre, j'ai étudié de nouveau le Dharma kôca vyâkhya. J'ai trouvé que le vrai titre était Abhidharma,,., que c'était un commentaire sur le texte de V Abhidharma, qui malheureusement n'est indiqué que par les premiers mots. Si vous pouviez nous envoyer le texte même !

A M. B. H. HoDGSON, à Catmandou, Népal.

Paris, ce 27 octobre 1S37.

Monsieur,

Je proûte d'une voie que je crois sûre pour me rappeler à votre souvenir, et pour m*entretenir un instant avec vous du progrès de mes lectures buddhiques. J'ignore si vous avei reçu ou plutôt si vous recevez (au moment où j'écris ceci] une longue lettre, dans laquelle je vous annonçais que j'avais commencé la traduction suivie et littérale d'un des ouvrages que la Société doit à votre libéralité et à votre complaisance inépuisables. C'est le Saddharma pundartka. Depuis cette lettre, qui est datée du milieu de juillet, j'ai, malgré un état presque constant de maladie qui m'a fait complètement perdre un mois aux eaux de Vichy, fait des progrès assez rapides dans la lec-

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tare de cet ouvrage curieux sous plusieurs rapports. Je suis maintenant parvenu au feuillet 233, sur 248 que contient le manuscrit ; vous voyez que j'aurai bientôt fini. J*ai rencontré des détails très intéressants pour l'appréciation du caractère de ces ouvrages, et surtout du genre des anciennes prédications de Gâutama, dont le Saddharma contient, sinon des fragments réels, du moins une tradition fidèle, et, autant que je puis croire, parfaitement authentique. Quant aux dogmes généraux du buddhisme, il n'y a rien dans le Saddharma qui ne se trouve dans vos excellents Mémoires ; je crois même que vous avez tracé d'une manière complète et hardie le plan de l'édifice du buddhisme, et qu'on pourrait, pour l'histoire générale de la philosophie indienne, se dispenser de se plonger dans la lecture souvent si fastidieuse des textes originaux. Mais cependant, puisque nous possédons maintenant ces textes, je me sens attiré vers leur étude par un attrait invincible, qu'augmentent les difficultés mêmes que l'on rencontre à chaque instant. Il faut d'ailleurs voir ces idées sous leur vraie forme, et l'étude du matériel de la langue a son mérite propre pour un professeur de sanscrit. Toutes ces considérations m'engagent à continuer l'examen et au besoin même à entreprendre la traduction de plusieurs autres manuscrits de vos précieux envois. Je ne veux d'ailleurs rien publier du Saddharma pundartka sans avoir vérifié, dans d'autres ouvrages du même genre, un grand nombre de points encore obscurs pour moi, car ces ouvrages s'expliquent tous les uns par les autres. J'ai déjà fait des extraits du Kdrandavyûhay qui promet d'être un livre plus mythologique que le Saddharma ; Avalâkitéçvara y domine et y figure à satiété ; je sens cependant que j'aurai une patience presque égale à l'ennui de lire ces pieuses et niaises légendes. J'ai le regret de ne pouvoir attaquer le Samâdhi râdja ; le manuscrit est beaucoup trop mauvais ; il n'y a pas de ligne où l'on ne rencontre les fautes les plus grossières; en général, l'état des manuscrits ne contribue pas peu à augmenter les difficultés de ces lectures. J'en ai surtout souffert pour la traduction du Saddharma ; les parties versifiées surtout ont été misérablement estropiées par le copiste ignorant. Tout cela me persuade de plus en plus qu'il était bien temps que vous parus-

i66 PAPIERS DE BURNOUF.

siez dans le Népal^ comme un nouveau Nagardjunay pour empêcher ces livres de périr, car un peu plus tard, les Népalais ne savaient plus un seul mot de la langue sacrée de leurs livres. Pour remédier aux défauts des manuscrits, il est absolument besoin d*avoir plusieurs copies du même ouvrage. C'est Tavantage que nous avons pour trois ouvrages : le Pradjnd pâra^ mita y le Lalita et le Gandapyûha (de M. Jacquet). Je donnerai bientôt une attention particulière au Pradjnâ pâramitâ Achtasa' hasrika, quand j'aurai traduit le Kârandavyûha et le Rainapasikcha, qui sont des traités fort peu étendus. J'hésite à me livrer à l'étude du Lalita, parce que je crois toujours en recevoir de temps à autre une analyse approfondie, avec traduction partielle, de la main de mon jeune et malheureux ami le D' Lenz, de Saint-Pétersbourg, enlevé trop tôt aux lettres. Quant au Gandapyûhay je le laisse à M. Jacquet comme lui appartenant; je n'y regarderais que si j*acquérais la certitude que M. Jacquet n'a pas l'intention de publier l'ouvrage en tout ou en partie.

La nécessité de posséder plusieurs copies du même ouvrage m'avait engagé, dans la lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser en juillet de cette année, à vous prier de faire copier pour moi ou, ce qui vaut autant, de faire chercher pour moi des copies toutes faites de plusieurs des ouvrages que vous avez eu la bonté de nous adresser dans votre double envoi. Je n'ai plus complètement présente à la mémoire la liste même de ces ouvrages, mais je me rappelle que j'osais prendre la liberté de vous prier d'aller, dans cette collection, jusqu'à environ une somme de vingt à vingt-cinq livres st.

Voici quelques-uns des ouvrages qui reviennent à mon souvenir; je prends la liberté de vous soumettre de nouveau quelques-uns de ces titres, pour le cas où ma lettre ne vous serait pas parvenue. Considérez, je vous prie, la tautologie de la présente, non comme une preuve d'importunité de ma part, mais comme un innocent duplicata.

Je vous demandais donc une nouvelle copie du Saddharma pundarika, du Kârandavyûha , du Mahâvastu avaddna, du Dharma kôca vyâkhyây avec le texte, si cela est possible, du grand Rakchâ bhâgavatt en cent mille stances, le Vinaya sûtra, texte et commentaire. Serait-il également possible de se pro-

curer quelques ouvrages grammaticaux et lexicographiques, pour vérifier si l*on n*y trouverait pas l'explication du singulier mélange de style que l'on remarque dans plusieurs des ouvrages que vous nous avez envoyés ? Si vous pouvez, sans vous donner un trop grand dérangement, me procurer tout ou partie de ces ouvrages, je vous serai bien obligé d'écrire dessus, d'une manière bien apparente : « Pour E. Burnouf, de la part de..., etc. » Ce soin a pour but d'échapper à la rapacité de certains employés des douanes qui saisissent au profit de l'Etat tout ce qu'ils voient entrer de rare. En adressant le paquet à la Société asiatique, comme la dernière fois, ce sera le plus sûr; à l'ouverture du paquet, à laquelle j'assiste toujours comme secrétaire, je reconnaîtrai ce que votre bonté m'aura destiné.

Nous aurions bien voulu vous adresser la médaille d'or, que vous a décernée le Conseil, par la voie qui vous transportera cette lettre; mais le graveur n'a pas fini le travail d'une manière complètement satisfaisante, et de plus l'occasion qui m'est offerte de vous écrire est venue si subitement que je n'ai pas eu le temps d'aller à la Monnaie pour voir où en était la frappe.

Veuillez, Monsieur, excuser l'importunité de mes demandes, qui se fonde sur votre libéralité si éprouvée, et agréer, etc.

Eug. Buinour.

A M. B. H. HoDGsoN, à Catmandou, Népal.

21 juillet 1839.

Mon cher Monsieur,

Je m'empresse de répondre à votre lettre du 17 avril de cette année, au moment de mon départ pour un petit voyage que je fais dans le but de rétablir ma santé assez fortement altérée. Je regrette bien d'apprendre que vous ne soyez pas satisfait de la vôtre; car la santé est un élément indispensable pour les entreprises littéraires qui absorbent un homme tout entier.

i68 PAPIERS DR BDRNOUF.

J*aiy cette année, été activement occupé à l'impression dn premier volume de ma traduction, avec le texte sanscrit en regard, du Bhâgavata Purâna, J*en suis parvenu en ce moment à la feuille 50; mais le volume doit en avoir environ 90, et je ne puis espérer d'avoir terminé Touvrage, pour ce qui me concerne, avant les premiers mois de Tannée 1840. Les imprimeurs allant moins vite que moi, à cause du luxe d'ornements que Ton ajoute, bien inutilement selon moi, à quelques exemplaires, l'ouvrage n'aura pas encore vu le jour à cette époque; mais j'en serai débarrassé et je pourrai me livrer à mon Loiwf blanc de la bonne loi. J'ai été longtemps sans pouvoir a£Brmer que je pourrais faire paraître ce livre, qui vaut cependant la peine d'être livré au public. J'ai quelques espérances plus favorables maintenant, et il se pourrait même que je ne fusse pas obligé de faire la totalité des frais qu'entraînera l'impression. J'ai encore à rédiger des notes qui sont indispensables pour un livre dont le sujet est si nouveau. Je n'ai encore rassemblé que quelques matériaux épars, et je ne pourrai m'en occuper avec suite que quand j'aurai terminé la préface du Bhâgaçaia Purâna, laquelle est un travail assez délicat.

Quant à l'offre de faire copier des manuscrits sanscrits buddhiques pour la Société, que vous voulez bien me renouveler dans votre lettre, c'est avec un bien vif regret que la Société se voit, à cause de l'état de ses fonds, dans l'impossibilité d'en profiter. Mais pour que votre bonne volonté infatigable et généreuse ne soit pas perdue pour la science, ayez la bonté de profiter du séjour que vous comptez faire encore au Népal pour me faire copier, pour moi personnellement et à mes frais, quelques-uns des ouvrages que j'ai pris la liberté de vous signaler dans mes précédentes lettres. Ceux auxquels je tiendrais le plus sont, en première ligne : le Mahâvastu avadàna^ ouvrage très curieux à cause de la variété des styles divers qu*il renferme ; le Dharma kôça vyâkhyây ouvrage auquel il serait bon de joindre le Dharma kôca lui-même, dont le Vyâi* khyâ ou commentaire ne rapporte d'ordinaire que les premiers mots ; le Vinayakalpa, avec un commentaire, s'il y en a un; le Lankâvatarây de même avec un commentaire; le Pradjmâ pâramUây le plus petit, avec le Vyâkhyâ, bien indispensable pour

rintelligence de ce livre, si abstrus malgré son interminable diffusion ; le Bhadrakalpa avaddna ; YAçoka avadâna, et si cela est possible, un ou deux ouvrages grammaticaux et un lexiqu(\ afin de constater si les littt^rateurs n<^|>alais ont tenu compte des vari<^t«';s de dialectes qu'on remarque dans quelques ouvrages de la collection que vous avez si heureusement découverte, et dont vous avez mis si libéralement une partie à notre disposition. Je suis prêt à faire tous les déboursés nécessaires pour la copie de ces livres, qui doivent se trouver à votre proximité, puisque ce sont ceux qui ont été envoyés par vous à Londres et à Paris. Si vous ne pouvez faire marcher vos copistes qu'en les payant d'avance, veuillez m'écrire, au reçu de ma présente lettre, pour que j'envoie à Londres l'argent que vous demanderez; je serais désolé que vous tissiez pour moi des avances qui vous tiendraient trop longtemps à découvert.

Adieu, mon cher Monsieur, excusez encore une fois mes importunités, que vous avez encouragées par votre inépuisable

complaisance, et croyez-moi, etc.

Eug. Bui^rouF.

A M. B. H. HoDGsoN, à Catmandou, Népal.

Paris, 29 novembre 1839.

Monsieur et savant ami,

Je ne puis m'empécher de profiter d'une occasion qui part pour l'Angleterre et de là pour l'Inde, et de m'entretenir quelques instants avec vous.

Depuis la dernière lettre que j*ai eu Fhonneur de vous adresser, et qui a dû être transportée dans l'Inde par M. Dubois de Jancigny, je n'ai pas cessé de m'occuper des livres buddhiques que la Société doit à votre rare et à jamais louable générosité. J'ai achevé la traduction du Sad^ dharma pundarlka et aussi celle du Kârandin^yâhay ouvrage moins long que le précédent; mais l'état d'imperfection de ces deux manuscrits est tel que je ne puis espérer de sitât

de les publier sans les avoir coUationnés sur une aatre copie. C'est pour cela (jue j'avais pris la liberté de vous prier de faire pour moi Tacquisition de ces ouvrages et de quelques autres que nous avons déjà, comme le Mahâvastu surtout, qui est une compilation du plus grand intérêt, mais si mal et si négligemment écrite dans le manuscrit de la Société que c'est à peine si Ton peut en lire une ou deux lignes de suite. Après avoir terminé le Kârandavyûhay qui est en Thonnenr diAwM' kitéççara, j'ai courageusement commencé la traduction du petit Pradjnâ pàramitâ, en huit mille stances. Malgré l'ennui mortel des répétitions dont ce livre est farci, j'ai déjà exécuté la version de 50 pages de mon manuscrit, sur 300 dont il est composé. Le manuscrit de la Société est meilleur en général, parce qu'il est plus ancien, mais il est fort incomplet ; j'y ai déjà remarqué des lacunes de 10 à 15 pages à la fois, dont le copiste ne s'est pas aperçu, puisqu'il copie toutes les feuilles à la suite Tune de l'autre sans marquer aucune interruption. J'ai commencé même à établir quelques points de comparaison entre la Pradjnâ pàramitâ et la grande Rakchâ hhâgavatty et je suis incliné à penser, comme vous l'avez dit quelque part, que la grande Rakchâ bhâgavatty en cent mille stances, n'est qu'un dévelq[>pement de la Pradjnâ pàramitâ. Malheureusement ce dernier ouvrage est souvent obscur par lui-même, et la grande Rakchâ ne sert guère à Téclaircir. Il me manque un commentaire dont je sens vivement le besoin; ne vous serait-il pas possible de le trouver et de le faire copier pour moi ? Je regarderais ce service comme inestimable, car on ne pourra sortir du système philosophique buddhiste que par une lecture complète de la Pradjnâ, Qu'il existe un commentaire sur cet ouvrage, c'est ce dont on ne peut douter d'après votre première liste de livres découverts par vous dans la Vallée : le titre de Pradjnâ pàramitâ est suivi dans cette liste de celui de Pradjnâ pâra^ mita vyâkhyâ. J'attacherais une importance d'autant plus grande au commentaire de ce précieux ouvrage, que je sais par la lecture que j'ai commencé de faire du Dharma kâça infâkyây que rien n'est exact, détaillé, précis et lucide comme les commentaires que les Buddhistes ont composés sur leurs livres religieux. Ces commentaires renferment une masse de documents

du plus haut intérêt pour Thistoire littéraire du buddhisme, ils y rapportent des auteurs et des titres d'ouvrages dont le nom n'est pas connu d'ailleurs. C'est ainsi que, dans une discussion relative au titre d'Abhidharmay je trouve dans la Tyakhi/â, dont je vous parlais tout àTheure, les titres des ouvrages suivants, que je nie fais un devoir de vous transmettre. Vous verrez si vos employés buddhistes peuvent encore aujourd'hui en retrouver quelque trace.

Djnâna prasthânay par Arya Kâiyâyant puttra ;

Prakarana pâday ^^r Sthavira Vasumitra;

Vidjnâna kâya, par Sthavira Dévatarman;

Dharma skandha, par Arya Çâriputtra:

Pradjnapti castra y par Arya Mdudgalyâyana ;

Dhâtukàya, par Pûrna;

Samgiii parynyoy par Mafia Kâuchthila,

Vous voyez que deux de ces ouvrages sont attribués à deux des plus célèbres disciples de Buddha, et dans le fait, je ne vois pas pourquoi ils n'en seraient pas réellement les auteurs. De quel intérêt ne serait-ce pas de posséder des ouvrages dont le titre, comme vous pouvez le voir, promet l'examen de tous les sujets les plus élevés de la philosophie ? Que de lumières ne trouverait-on pas dans des ouvrages que le commentateur lui-même désigne comme vieux et antique$ ? Vous voyez combien la possession de commentaires sur les anciens livres serait précieuse, et que de renseignements inattendus on devrait y découvrir sur l'histoire littéraire, encore si inconnue, du buddhisme. Aussi ne crains-je pas d'abuser de votre complaisance déjà si éprouvée, en vous priant de mettre la main pour nous sur tout ce que vous pourrez trouver de commentaires sur des ouvrages importants. Le Vinaya sâira est, à ce qu'il paraît, d'après le témoignage de Jacquet qui l'a regardé, mais très rapidement, un ouvrage du genre du Dharma kôca vyâkhyd. Cette circonstance me fait vivement désirer d'en avoir la copie exacte.

Au reste, je vous prie de me dire bien franchement ce qu'il vous est possible de faire sans vous importuner, et surtout sans vous causer des déboursés qui vous seraient désagréables. Soyez assez bon pour agir avec moi avec U plus

grande franchise et pour me dire : « Tu nlras pas plus loin. »

Vous avez déjà tant fait pour la science, et même pour moi

personnellement, que je vous en aurai une gratitude étemelle.

Veuillez me croire, etc.

Eug. BuKirouF.

A M. B. H. HoDGsoN, à Gatmandou, Népal.

10 mai 1841.

Mon cher et savant ami,

II n'y a pas encore une semaine que j*ai reçu votre lettre et dëjà aujourd'hui je puis juger par moi-même des effets de votre libérale amitié. Ce matin j'ai reçu la précieuse botte qui contient le Mahâvastu, le Divyâvadânay le Dharma kâça et le Samâdhi râdja. Je ne sais vraiment comment vous remercier de ce beau présent, et je serais confus de tous les renseignements que je vous ai demandés précédemment sur les manuscrits du Népal, et des commissions que je prenais quelquefois la liberté de vous adresser, si je ne savais d'autre part le noUe désintéressement avec lequel vous avez, dès l'origine, mis à U portée du public et des savants les résultats des découvertes qui n'appartenaient et n'appartiennent encore aujourd'hui qu'à vous seul. Grâces vous soient donc rendues pour votre inappréciable cadeau. Je me réjouis d'avance en songeant que je ne pourrai désormais m'occuper du buddhisme sans penser à vous doublement, d'abord comme au fondateur de ces recherches si curieuses pour l'histoire de l'esprit humain, ensuite comme au très amical donateur, de la libéralité duquel j'en tiens quatre volumes si amples et pleins de détails authentiques sur ce culte encore florissant dans une vaste portion de l'ancien monde.

Je ne doute pas que l'examen, fût-il très rapide, de quelquesuns de ces ouvrages ne me fournisse d'excellents documents pour Texplication de bon nombre de passages obscurs du Saddharma pundarika, de la traduction duquel je vous ai dit que je m'occupais depuis quelque temps. Ce n'est pas une opération très

facile que la traduction intégrale d'ouvrages aussi peu connus et souvent aussi bizarres, quand surtout on veut que cette traduction soit exacte, autant du moins que cela est possible.

Au moment où je vous parle, j*ai imprimé d'une manière définitive la traduction des cent premières pages du manuscrit que la Société asiatique doit à votre inépuisable générosité. J'ai revu la version du reste du volume jusqu'à la page 197, ce sont 97 pages corrigées, mais non encore imprimées. II ne me reste plus à revoir que depuis cette page 197 jusqu'à 248, fin du manuscrit. Je ne suppose pas que cette révision m'occupe au delà du mois de mai et de la moitié de juin environ. Je compte avoir fini l'impression vers le mois d'Auguste; mais je crains bien qu'il me faille cinq ou six mois pour rédiger les notes, l'introduction et la table dont a besoin un livre aussi nouveau. Alors je ferai un ample usage de vos Mémoires imprimés tant dans les Asiatic Researches que dans le Journal si glorieusement soutenu par ce pauvre Prinsep de regrettable mémoire, et sans doute j'aurai acquis assez d'habitude de ce style buddhique pour mettre également à contribution les beaux manuscrits que je vous dois, et devant lesquels je ferai la Pùjd en votre honneur, comme devant un Stûpa de Buddha. C'est assez dire que je ne ferai rien que par vous et animé par le souvenir de ce que je vous dois. C'est pour moi un vrai plaisir de vous le dire, mais ce sera un devoir d'en informer le public ; or, quelque grand que soit l'attrait que j'ai pour le plaisir, je mettrai, quand il en sera temps, le devoir bien au-dessus encore.

Adieu, très cher et savant ami ; je ne vous demande pas la continuation de vos bons sentiments pour moi, car vous m'en donnez trop de preuves pour que je puisse craindre de les voir jamais diminuer. Je vous souhaite seulement une bonne et heureuse santé et, comme disent les Buddhistes, des contacts faciles^ et je profite du peu de place qui me reste pour me dire

Votre bien et sincèrement dévoué,

Eug. BuiNouf.

A M. B. H. HoDGsoNy à Catmandou, Népal.

Paris, 28 octobre 1841.

Très cher ami,

... Je pense beaucoup à vous, car je suis plongé dans vos manuscrits buddhiques. J'ai fini d'imprimer la traduction du Saddharma pundarîka ; mais je voudrais mettre une introduction à cet ouvrage bizarre, et j'ai besoin de beaucoup lire d'autres ouvrages dont les manuscrits ne sont pas toujours très corrects. J'ai presque terminé la lecture du MahâvastUy celle du Dharma kâea, celle du Gunakâranda vyûha; j'ai traduit beaucoup de passages du Divya avadâna et de VAvadâna çatakay que je publierai peut-être quelque jour. Enfin, je travaille autant que me le permettent les fréquentes atteintes de la néphrite ; mais je n'avance pas très rapidement.

Je crains de n'avoir pas bien saisi votre pensée touchant un volume dont vous m'annoncez l'envoi. Quoi qu'il en soit, je n'ai rien reçu que votre lettre fort amicale.

Adieu, mon cher ami, soignez votre santé, et conservez quelque souvenir de

Votre bien dévoué,

Eug. BUKNOUF.

A M. B. H. HoDGsoN, à Londres.

16 mai 1845.

Monsieur et honorable ami,

Le billet que j'ai reçu hier de vous m'a causé une bien vive et bien agréable surprise. Il y a bien longtemps que je n'avais reçu de vos nouvelles, et j'avais quelques inquiétudes sur l'état de votre santé. Les grands travaux dont vous êtes occupé depuis longtemps, sous un climat comme celui de l'Inde, me faisaient craindre que vous n'eussiez été obligé de vous rendre

aa Cap. Je vois maintenant avec bien du plaisir que vous êtes en Europe, et dans votre patrie, ce qui vaut mieux que tous les Caps et les Nilgherris du monde pour guérir une santé atteinte par la vie orientale.

Je suis bien heureux de l'indulgence avec laquelle vous avez reçu mon premier volume ^ . Si vous n'y avez pas trouvé tout le savoir que vous étiez en droit d*y chercher, vous qui connaissez tant de choses sur le sujet, vous y avez remarqué, je Tespère, le constant désir de rendre à chacun ce qui lui est dû, et le souvenir toujours présent de ce que ces belles études doivent à votre inépuisable libéralité. Que ne vous devrontelles pas encore bientôt, puisque vous comptez m*envoyer de nouveaux secours ! Vous aurez vu, sans doute, que c'est du côté historique que la collection népalaise est le moins riche ; tout ce qui pourra dope combler cette lacune sera pour moi d'un prix inestimable. En attendant, cher et honorable ami, recevez mes bien vifs remerctments pour vos bonnes intentions, et croyez bien que je recevrai avec toute la reconnaissance qu'elle mérite la botte que vous voulez bien me destiner. Ayez seulement la bonté d y faire mettre mon adresse : a E. Bumouf, 35, rue de l'Odéon, Paris, aux soins de M. B. Duprat, libraire de la Société asiatique de Londres, Paris, 7, rue du Cloître- Saint-Benoit. »

Adieu, cher et honorable ami.

E. Buiifouf.

A M. B. II. HoDGsoif, à Londres.

4 juUlet 1845.

Monsieur et savant ami,

J'ai un peu tardé à vous accuser réception de la caisse de manuscrits que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer dans

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