LOYER, ETC
(Pièces I à 6). — Utilisées p. 34 et 37.
(Pièce 7) : Quittance de cotisation de Chaumette à la Société populaire de Nevers,
en date du 11 pluviôse an II. — Pour mémoire. Cf. p. 43. (Pièce 8) : Règlement de la Société populaire de Nevers, imprimé in-12 de 17 pages.
— Pour méttwire. Cf. p. 43.
Troisième liasse. — Pièces relatives a des no.minations de Chaumette a
DES fonctions DIVERSES.
(Pièce l) : Déclaration de Chaumette, en date du 8 octobre 1792, portant qu'il n'a eu aucune mission entraînant comptabilité et responsabilité. — Utilisée
P- 72- (Pièce 2) ; Certificat d'élection, en date du 4 décembre 1792, de Chaumette au
corps municipal provisoire. — Utilisée p. 72. (Pièce 3) : Idem, du 5 décembre, à la place de procureur provisoire de la Commune. — Utilisée p. 72. (Pièce 4) : Idem, du 12 décembre, à la place de procureur définitif. ^ Utilisée p. 72. (Pièce 5) ; Lettre d'envoi des trois pièces précédentes, en date du 2 mars 1793. —
Pour mémoire.
(Pièce 6) : Arrêté du Conseil général, du 15 septembre 1793, accordant un congé
à Chaumette pour aller à Nevers. — Edit. Aulard, p. xi ; Cf. p. 43. (Pièce 7) : Certificat, daté du 23 septembre 1793, établissant que Chaumette est
membre de la société des Amis de la Constitution, séante aux Récollets, à
Nevers. — Edtt. p. 4;.
(Pièce 8) : Extrait du procè5-verh.il de la Convention nationale, séance du 30 pluviôse, an II, décret ordonnant l'impression du discours de Chaumette sur l'abolition de l'esclavage. — Pour mémoire.
Quatrième liasse. — Œuvres littéraires.
Toutes ces pièces sont sans date et sans signature. (Pièce 1-2) : Clef du livre des Erreurs et de la Vérité. — (n'est pas de la main de
Chaumette. Il y a des annotations qui sont de la même main que le texte).
— Analysée p. 88.
(Pièce 5-4) : Traité de la poésie en général. — Pour mémoire. (Non autographe.) (Pièce 5) : Traité de rhétorique. — Pour mémoire. (Peut-être de la main de Chaumette.) (Pièce 6; : Discours d'un franc-maçon à ses T.'. C.'. F.-. — £rf//. par M. Mathiez
dans la Réivlution française, tome 45*, 1902-, 2' semestre, p. 123 à 135.
(N'est pas de la main de Chaumette). — Cf. p. 88-89. (Pièce 7) : Fragment de tragédie, Rome assiégée par Porsenna. — Pour mémoire.
(Non autographe).
(Pièce 8) : Une Comédie politique en prose : Les Volontaires de Gentilly ou la
Fête du Maire, par Chaumette, membre du Logopanthée de Moulins. —
Pour mémoire. (Non autographe.)
Cinquième liasse. — Correspondance avec Divers.
a) Lettres de Doin fils .à Chaumette.
Toute une liasse de lettres adressées par Doin fils à Chaumette. La première est du 3 janvier 1786. La dernière, datée du 21 septembre 1793, est adressée de Paris à Chaumette. alors de passage à Nevers; elle a été éditée par M. .Mathiez [Révolution fronçai se, tome 43", 1902(2* semestre), p. 137-138]. — Cf. p. 2 3-24 et 42, note 2.
b) Diverses autres lettres.
Pièce i) : Lettre du 2 juillet 1788, signée le comte Voisins, au sujet d'une réconciliation opérée par Chaumette. — Pour mémoire.
(Pièce 2) : Lettre du 31 mai 1788 signée Bert de Pascé, au sujet d'antiquités. — *Pour mémoire.
'Pièce 3) : Lettre du 8 février 1789, du même à Chaumette « chez M. son père près l'église des Bénédictins à Nevers ■>, atf sujet d'un ouvrage projeté par Bert de Pascé et pour demander des traductions d'œuvres latines. — Pour mémoire.
(Pièce 4) : Lettre du 11 février 1789, du même à Chaumette, même sujet. — Tour mémoire.
(Pièce %] : Du même au même sur le même sujet. — Pour mémoire.
(Pièce 6). Lettre du 4 mars 1789, signée Moreau et Bert de Pascé, adressée de Bougi, près Sancoins, .i Chaumette, pour lui demander de venir les voir avant son départ pour Paris. — Cf. p. 15.
'Pièce 7j : Lettre du ji mars 1789, signée Parent de Laloge, demandant à Chaumette quelques-unes de ses œuvres pour se distraire. — Cf. p. 15 et 11, note 2.
Pièce 8) : Lettre du 12 juin 1793, signée citoyenne Ste-Marie, demandant à Chaumette de continuer â traquer les complots. — Pour mémoire, Piice 9; : Lettre du 15 ventôse an H, du père de Chaumette, annonçant â celui-ci l'envoi de 67 liv. de cochon, y compris des jambons, une flèche de lard de II livres et 4 andouillcs. — Fdil . p. i;.
Sixième liasse.
Un registre de remèdes et anatomie du corp« de l'homme. — Pour mémoire.
Carton T 6042 :
Septième liasse.
(Pièce i) : « Etat actuel des afi'aire:> générales concernant les finances du Roy, qui
constate les revenus et dépenses du Roy, avec des remarques particulières
et intéressantes. " Cet état s'arrête à 1757. — Cf. p. 85. (Pièce 2) : Mémoire sur rapprovisionnemeiit, sans date, mais de 1793. Il n'est pas
de la main de Cliaumette. — Aiialpée p. 85-86. (Pièce 3) : « Proposition faite au roi touchant la fabrique de nouvelles espèces. '»
Sans date. — Pour mémoire.
Huilihlle liasse.
Extraits des procès-verbaux de la Commune de P.iris et pièces annexes. — Edif. par M. Tourneux dans la collection de la Société.
Nota. — Dans cette liasse, servant de chemise, se trouve un exemplaire d'une affiche des Cordeliers, non signalée par M. Tourneux dans sa Jîiblipgrdp/iie. C'est une réimpression de la liste des électeurs de la S.-.intc-Chapelle, par Nau-Deville, réimpression ordonnée par la Société des Amis des Droits de l'homme et du citoyea. Db plu8( outre Us pièces annexes publiées par M. Tourneux, cette liasse comprend : Une liste des ecclésiastiques détenus aux Carmes entre le 28 juin et le 22 septembre 1792, une autre liste des ecclésiastiques sortis de captivité et un numéro de la Seittitielle du 12 août.
Senviéme liasse. — Mkmoires sur le 10 août et sur le 31 mai et série Oe notés et de discours.
a) : Mémoires sur le 10 août (autographe de Chaumclte). — Edités par M. AuUrd
dans la collection de la Société.
h) : Mémoires sur le 31 mai (autogtaphc de Chaumette). — Edit. p. 178 et Cf.
p. lOO-IOI.
t) : Série de notes et de discours.
(Pièce i) : Mémoire sur l'éducation nationale (autographe de Chaumette, sans date).
— Edil. p. 22J et Cf. p. 76-78.
(Pièce 2). : Mémoire sur le commerce (autographe de Chaumette, sans date). —
Analysée p. 86. (Plèiê 3) ! Mémoire contre la peine de mort (autographe de Chaumette, sans date).
- Cf. p. 8^
(Pièce 4) : Mémoire intitulé : h Temple des protestants » (autogMphe de Chaumette, sans date). — Analysée p. 89.
(Pièce 5) : Mémoire sur la nécessité de remplacer le* troupes soldées par les gardes
nationales (autographe de Chaumette, sans date). — Cf. p. 82. (Pièce 6) : Mémoire sur la nécessité d'épurer les états-majors et de les faire élire
pat les troupes (autographe du Chaumette, sans date). -^ Cf. p. 82. (Pièce 7) : Discours à la section du Théâtre-Françsis pour apporter des améliora-
tiohs â la police et à toute l'organisation municipale de Paris (autographe
de Chaumette, sans date), — Analysée p. 62 à 64. (Pièce 8) : Mémoire sur deux pétitions prébeutées à l'Assemblée nationale le
i*^ janvief 1792, la première pour la réorganisation de la garde parisienne
soldée, là deuxième .Hur l'abolition de 1.1 guerre (autographe de Chaumette,
sans date). — Cf, p. 58-60.
(Pièce 9) *- Discours à déi soldats (autographe de Chaumette, saus date). — C/.
(Pièce 10] : Discours sur les entraves mises au droit de pétition dans le projet
d'organisation municipale de Paris (autographe de Chaumette, sans date). —
iirtRôDucfiON ^
(Pièce II) : Proiet de règlement pour l'application Aa scrutin épuratoiris dans une société populaire (autographe Je Cliaumette, sans datel. — E<lil p. 171 et Cf. p. 100.
(Pièce tj) : Adressé dé fêlîcit»tion à l'Assemblée ftAtionaie sur l'achèvement de la Constitution (autographe de Chaumettê, sans date). - Cf. p. 95.
(Pièct 13) : Discours de Chlunieite à \A fête de l'abôlitioii de l'esclavage, du 30 pluviôse an II (minute de Chaumette et copie avec antiotations autographes!. — Cf. p. 79-80 et 86.
(Pièce 14) : Discours du 23 juin 1791 en faveur de la République, à là suite de la fuite du roi à Varénile». (Ce discours n'est pas de la main de Cliaumette. La note de la fin, bien que d'une autre écriture, ne l'est pas iloil plus.) — EJil. p. 149 et Cf. p. 103-125.
Dixième liasse. — Différents mémoires remis au citoyen ChaumeIte.
(Pièdè II : Lettré d'envoi au procureur de la Coiiimune, signée Arbeltier et datée du 10 février 179;, des sept pièces suivantes. — Cf. p. 95.
(Pièces 2 à 8) : Sept pièces concernant Catherine Théot (six lettres envoyées par elle et un manuscrit plein de folies, écrit du 30 juillet 1^90 au 5 novembre J79i>. — C/ p. 95-9^
(Pièce 9) : ProCL-s-vtrDal Je perquisition, en date du 15 jaiirier 179>, dans la niaiSor. de la citoyenne Théot, tue des Rosiers n" 20, 5' étage, sur le det. rlére. — Cf. p. 96.
(Pièce 10)^ Lettre de félicitations, du J6 septembre 1790, adressée à Cliauniett* par lés administrateurs du district de Nevers, au sujet d'un discours lait par Ghauhiette sur l'affaire «le Nancy. — Edii. p. 40 et Cf. f. !^-U-
(Pièce 11) ! Lettre du 6 novembre 1791, adressée par les admiiilstrateuri du district de Nevers à Cliaumette, au sujet J'Unc Jeni.-,lide dé pldce faite par «lul-cl. — Edil. p. 4b.
(Pièce 12I : Lettre sans date, adressée par le comité de correSjJOHdaHté de la Soclét* des Amis de U République, séante i Nevers, d ChdunietW, [«tociireur de la Coniniune de Paris, pour le téliciter et pour lé liiettlé en garde contre un Intrigant. '^ Cf. p. 41.
(Pièce 13I : Lettre du 4 nivôse, adressée par la Société populaire d* Nevers à Chauttictte, agent national provisoire de la Commune de Paris, pour l'assurer de «on amitié, malgré les calomnies des méchants. — Edit. p. 47.
(Pièce 14I : Lettre d'envoi, en date du 5 nivôse, adressée à Chaumette pat l'agent national provisoire de la commune de Nevers, en lui adressait!, au nom de cette commune, une copie de la lettre écrite par elle, au sujet de Chaumette, à la Convention, a» Comité de salut public, à Id Cbmmune de Palis, aux Jacobins et aux (Uirdcliers. — Cf. p. 48.
(Pièce t\\ : Manifeste contre les despotes et les tyrans, signé du secrétaire des Cordeliers, du secrétaire des Soutiens de la Liberté et des Droits de l'homme et autres et enfin de Chaumette (autographe de Chaumette, sans date). — Edil. p. 14; et Cf. p. 5>-s6 et 98-99.
(Piète 16) : Brouillon d'un commencement d'acte ayant pour titre : ■■ N'éveillez pas le chat qui dort » (autographe de Chaumette, sans datei. — i'onr mémoiie.
(Pièce 17) : Lettre de Buquet, homme Je loi, demandant un comité de quatre citoyens pour présider à la rédaction d'un ouvrage ayant pour but de donner de la stabilité .i la législation française (sans date). — Pniir mémoirt.
(Pièce iB) ; Discours sur Us victimes Je Nancy (sans date, n'est pas de la main de Chaumette). — Analysée p. 53.
(Piice 19) : Invitation, datée du 19 août l^<)t, adresiée à Chtumette par le pouvoir e>cccutif national d'avoir & te prétenter chez le ministre de la juitlce pour une mission de la plus haute importance. — Edit. p. 67.
'Pièce 20) : Décret de la Convention nationale, du 30 octobre 1792 : nomination de commissaire pour vérifier à la poste les paquets à l'adresse des départements, sous le contre-seing de Pétion. — Pour mémoire.
(Pièce 21) : Projet de discours intitulé : « Sur la fédération prochaine » (autographe de Chaumette, sans date ni signature). — Cf. p. 53.
(Pièce 22) : Discours sur le danger des armées régulières et la nécessité d'y substituer des milices (sans date ni signature, non autographe de Chaumette). — Cf. p. 82, note 7.
(Pièce 23) : Réflexions sur la conduite des prêtres réfractaires. Elle nous dictç celle que nous devons tenir à leur égard (sans date ni signature, non autographe de Chaumette). — l'o:(r mémoire.
(Pièce 24) : Sur les ateliers de charité (sans datJ ni signature, autographe de Chaumette). — Analysée p. 84-85 et voyez p. 18, note i.
(Pièce 25) : Réflexions sur le projet d'organisation pour les pompiers de Paris, signées Deville, du 21 février 1795. — l'oiir mémoire. — Voir Tourneux Bihliogrnpliie, n"" 1452; et 14524.
(Pièce 26) : Lettre, datée du 9 pluviôse an II, de Seigneur, maître de postes à Nevers, au citoyen De Lorme, maitre de postes .i Paris, réclamant ses appointements et le remplacement de ses anciens brevets par de nouveaux au cachet de la République. — Cf. p. 42-45.
(Pièce 27) : Lettre, datée du 24 janvier 1795, commençant ainsi : « Mon cher Doin, je suis l'organe de Chaumet », appelant Doin à Paris. — Cf. p. 41.
(Pièce 28) : Procès-verbal, daté du 22 juillet 179;, de la municipalité d'Ivry-la- Bat.iille, district de Vernon, témoignant sa reconnaissance à Doin, délégué du pouvoir exécutif provisoire dans le département de l'Eure. — Cl. p. 41-42.
(Pièce 29) : Circulaire de la Société populaire des Amis des Droits de l'homme, section des Lombards, rue de la Vieille-Monnaie, n" 8, demandant à correspondre avec les autres sociétés populaires (n'est pas de la main de Chaumette, sans d.ite). — Edit. p. 176 et Cl. p. 57-18.
(Pièce ;o) : Procès-verb.il du dépouillement des scrutins pour l'élection des oflîciers municipaux de Paris, 10 et 11 février 1792, imprimé in-4°, 1 page. [Cet imprimé ne figure pas dans la RihUographie de M. Tourneux.] — Pour mémoire.
(Pièce 51) : Section de la Fontaine de Grenelle, 19 mai 1792. Extrait des registres des délibérations de l'assemblée générale réunie pour délibérer sur rorganis.ation de la police à Paris, imprimé in-4" de 4 pages. [Cet imprimé ne figure p.is dans la Bihliogritphie de M. Tourneux. j — C/. p. 61, note 2.
(Pièce 52) : Observations sur le décret qui rend la royauté héréditaire (autographe dé Chaumette, non daté ni signé). — .4iial\sér p. 57, note i.
(Pièce 33) : Justification des grenadiers soldés et chasseurs et de deux comp.ignies de fusiliers de la seconde division pour la circonstance fâcheuse arrivée au champ de la L'édération, le dimanche 17 juillet 1791. — Edil. p. 162.
(Pièce 34) : Adresse aux prêtres patriotes, signée Dubrocard, prêtre (sans date). — Pour mémoire.
(Pièce 3^) ; Adresse à Messieurs les députés de l'Assemblée nation.ile, d'officiers municipaux d'Orléans demandant la suppression des parts contributives de trois journées de travail et dix journées pour les fonctions actives et éligibles, du 16 juillet 1791 (8 p.iges). — Pour méiuoire.
(Pièce 36) : Note, sans date, de l'imprimeur P.ntris sur sa nomination comme imprimeur de l.i Commune et sur sa conduite. — Edil. p. 221 et C/. p. 102-103.
(Pièce 57) : 6 mai 1795. Les Républicains de Toulouse à la Convention nationale, imp. in-4" '^^ 2 pages i 2 (pour vouer au mépris Pétion, Vergniaud, Gensonné, etcl. — Pour mémoire.
(Pièce ;8) : Copie de la lettre du ministre des contributions publiques au citoyen Garnier, directeur de la régie à Nevers, ventôse an II (au sujet d'un employé de la régie qu'on lui avait recommandé). — Cf. p. 42. (Pièce 59) : Les cito\'ens de la ville de Nogent-le-Rotrou aux citoyens composant la Commune de Paris. Paris, 8 juin 1793 (félicitations sur les journées du 51 mai, 1" et 2 juin). — Pour mémoire. (Pièce 40) : Adresse, en date du 29 août 1792, des citoyens du canton et de la municipalité d'Arras, à l'assemblée primaire permanente des Français du département de Paris, divisée en quarante-huit bureaux (félicitations sur le 10 août) . ^ Pour mémoire.
(Pièce 41) : Du 50 mai 1793. L'assemblée générale de la commune d'Auxerre h la Convention nationale. (Demande de constitution d'un tribunal composé de plusieurs citoyens de chaque département pour juger les députés qui trahissent la confiance du peuple.) — Pour mémoire. (Pièce 42) : .\dresse du Conseil du district d'Amboise à la Convention, séance du 6 au 7 juin (demandant la mise en accusation de la Commission des douze). . — Pour mémoire.
(Pièce 45) : Commencement d'une .ndresse .i la Convention, en d.ate du 6 septembre 1793, commençant par ces mots : « Les citoyens de Paris... ». (N'est pas de la main de Chaumette.) — Cj. pt 96. (Pièce 44) : Adresse, sans date ni signature, commençant ainsi : « Législateurs, une partie du peuple français », et finissant par ces mots : « Cette pétition n'est pas seulement des habitants du faubourg Saint-Antoine, mais de toutes les sections de la capitale et des environs de Paris », demandant : 1 la permanence de nos armes jusqu'à ce que la constitution soit exécutée ». (N'est pas de la main de Chaumette). — Cf. p. 96-97. (Pièces 45 et 46) : Deux pièces dont une a trait à un nègre et l'autre à un
Hindou. — Pour mémoire.
(Pièce 47) ; Récit autographe, sans date, du massacre du Champ de Mars, par
Dunouy l'aîné. — Etîit. p. 164, (Pièce 48) : « Copie de la lettre écrite par le citoyen Garnier au ministre des contributions publiques, datée de Nevers, du 26 pluviôse an II ■, dénonçant un certain Regnaud, ci-devant huissier à Nevers. — Pour mémoire. (Pièce 49) ; Lettre du 30 décembre 1792, sans signature ni adresse. C'est une lettre adressée par Doin fils à un de ses amis, alors en Suisse. — Cf. p. 41 , note j.
(Pièce 50) : Lettre datée de La Charité, 7 juillet 1793, signée Nettement. Le
signataire recommande son gendre à Chaumette. — Pour mémoire. 'Pièce il) : Lettre datée de Bourges, 28 décembre 1780, signée Joséphine, adresse illisible. Cette femme est en prison pour avoir voulu tuer son père. — Pour mémoire, (Pièce ^2) : Copie d'un discours prononcé le 30 juin 1791 à la barre de l'Assemblée nationale par les députés de la ville de Brest sur l'affranchissement des hommes de couleur. — Pour mémoire.
(Pièce 5j) : Réclamation d'un employé de la Commune, adressée à Chaumette, pour demander une augmeuta'ion de traitement. — Pour mémoire.
Je n'ai pas la prétention, dans cette simple notice, de donner une monographie complète et définitive Je Chaumette. La
10 INtRODUCTlON
partie la plus importante de sa carrière politique se confond avec l'histoire de la Commune de Paris pendant la Terreur, sujet assez important pour mériter d'être étudié en lui-même, ce que je me propose de faire ailleurs. Mais je voudrais essayer de rappeler ici le rôle que (^liaumette joua dans la Révolution avant le lo août 1792, dire aussi ses relations avec sa ville natale, Nevers, enfin tenter de préciser quelques traits de cette physionomie restée si énigmatique, en analysant ses opiniorts philosophiques, politiques et religieuses, et surtout en racontant sa vie privée dont quelques détails, généralement ignorés, jettent uti jour tout nouveau et assez singulier sur son caractère.
L'histoire de la vie privée et politique de ChaUttiette a été retracée déjà dans ses lignes principales. 11 faut citer d'abord une petite brochure de 23 pages : Chauiiiettc et ta Commune de !fjy contribution à l'/iistoirc de IHébertisme, par A. Regrtâfd. Paris, librairie de la Re-ene socialiste 1889, ii1-8°. Mais cet ouvrage est moins une monographie de Chaumette qu'un plaidoyer en faveur de l'Hébertisme, entremêlé de réflexions et d'explications à côté. Puis c'est un passage du livre de M. Meunier sur la Nièvre pendant la Convention (i); mais ce passage, assez court du reste, n'est relatif qu'au voyage de Chaumette à Nevers, ainsi qu'à ses suites (2). Tout cela, on le voit, serait en somme peu de chose (3) si nous ne possédions heureusement les éléments dune biographie complète dans deu.x articles de M. Aulard : l'un au mot Chaumette de la Grande Encyclopédie, l'autre, depuis la page iV jusqu'à la page xni de son Introduction aux Mémoires sur le 10 août. En combinant ces dernières pages, où M. Aulard n'a voulu que « préciser les dates essentielles, indiquer les faits impor-
(i) Paul Meunier, La Nièvre peiiitnnt k Convculion, ; vol. in-8°. Kevers-, 1895-
[i] Pi\ul Meunier, La Nièvre fiend-iiit h Convenlion, tome I, p. 298 .'i 301.
(3) Il convient U'.iiouter à cette nomenclature des ouvnges parus sur Chaumette, les articles de revue tels que ceux de .M. J, Guillaume sur Lt itiuâalisme lie Chaiiiiietie (lièvoltitionJn\n(aise, t. XXXII, 1897, '" s£n;estre, pages 585 à 40J) et de M, Matliiez : Clmnmelle franc-maton [ibid., t. XLlII, 1902. j' semestre, pages 131 à 141). Mais ces études ne portent qu: sur des points de détail.
tants». avec le premier article, on aura tout ce qu'il est poS' sible de savoir sur la vie du célèbre procureur de la Commune de Paris. Je ne veux que compléter ici, pour la période antérieure à l'arrivée de Chaumette à Paris, cet excellent mémento, que je suppose connu de tous mes lecteurs.
On sait que Chaumette, avant de faire de la politique, s'essaya un peu dans tous les métiers et visita beaucoup de pays. Sa vie est nettement partagée en deux parties d'inégale durée par la date de son arrivée dans la capitale. Mais cette date, nous ne la connaissons pas exactement. Une lettre de ses amis, Moreau et Bert de Pascé, adressée à Chaumette, de Bougi, près Sancoins, le 4 mars 1789, et mentionnée par M. Aulard (i), indique que Chaumette est alors à là veille de quitter Nevers pour se rendre à Paris. D'autre part, à la première ligne de son autobiographie, que nous reproduisons plus loin, Chaumette déclare : t J'ai été reçu au club des Cordeliers en septembre 1790, peu Je temps après mon âi-rivi^c à Paris ». Je ne puis dire avec certitude où vécut Chaumette entre ces deux date», dans l'intervalle desquelles il s'est écoulé dix-huit mois{î)>
Quoi qu'il en soit, voici les quelques faits nouveaux que j'ai pu relever relativement à la première partie de la vie de Chaumette, celle antérieure à son arrivée à Paris.
Et d'abord, je voudrais dire quelques mots de son acte de naissance. 11 existe, dans le carton T 604' (i" liasse, pièce 4), un extrait de l'acte de baptême de Chaumette, qui porte la date du 24 mai 176^ Cette pièce a été reproduite par M. Aulard, à la page iv de son Introduction aux Mc'moi'res sur le 10 août. Dans cet extrait, un mot, celui qui indique là
(l) latroduction aux Mémoires sur le 10 août, p. vm. M, Aulard dtt, par erreur, que c'est une lettre de Ooin,
(3) En tout cas, Chaumette était i Nevers » la date du ;i mars 1789, C'est dans cette dernière ville, en effet, que son .imi P.irent de Lnloge lui adressa la lettre qui figure pnrmi ses papiers sous le u° 7 de la ;° liasse.
profession du père, est recouvert d'une tache d'encre, et M. Aulard ne sait s'il faut lire bijoutier ou cordonnier. Il dit (page IV, note 2) avoir écrit au maire de Nevers pour lui demander une copie de l'original, mais n'avoir pu obtenir de réponse. J'ai été plus heureux que lui, et la copie du registre des actes de naissances, mariages et décès de la paroisse de Saint-Etienne de Nevers, pour l'année 1763, copie que m'a adressée le chef du bureau de l'état civil de Nevers et que j'ai en ce moment sous les yeux, porte : '< Gaspard, fils de Pierre- Gaspard Chaumette, maistre cordonier ». Il est donc certain, ainsi que je croyais pouvoir l'affirmer d'après l'examen de la pièce des Archives nationales, que cette pièce portait à l'origine la mention maître cordonnier et que quelqu'un essaya, bien maladroitement du reste, de transformer ces deux mots en ces deux autres : marchand bijoutier. Qm^ent avoir fait ce faux, sinon Chaumette lui-même, soit par vanité, soit paf intérêt (par exemple en vue d'un mariage)? Cela jette un bien singulier soupçon sur la probité de cet homme si rigide sur les principes de morale. Mais nous verrons mieux encore.
Chaumette était donc tout bonnement le fils d'un cordonnier de la ville de Nevers, ou, plus exactement, d'un sabotier, un de ces nombreux petits industriels qui transforment en galoches les bois du Morvan. C'est Chaumette lui-même qui nous l'apprend, à un moment, il est vrai, où son intérêt l'incite à se souvenir de ses modestes origines. En etïet, à la séance du Conseil général du 28 septembre 1793. Chaumette, de retour depuisla veille de son pays, rend compte desobservations qu'il a faites dans son voyage. « Le département de la Nièvre, dit-il, était devenu proprement une Vendée ». '< On y peignait la Commune de Paris comme sacrilège, scélérate, qui voulait être roi; de manière, ajoute Chaumette, que. si on n'avait pas su que j'étais ni' d'un sabotier, on m'aurait pris, à mon arrivée, pour un membre de roi, ou. du moins, on aurait dit que j'étais devenu noble » II).
"(i) Journal de la Montagne, a" ii8, du 28 septembre, page 838, colonne de droite.
Les parents de Chaumette étaient donc de braves gens sans malice, « riches de leurs vertus sociales » et dont la probité « rendait l'indigence respectable aux yeujf de leurs concitoyens », ainsi que s'exprime un biographe anonyme de Chaumette (i). Leur simplicité paysanne se marque très bien dans cette lettre adressée à Chaumette par son père, le 15 ventôse de l'an II, en lui envoyant des victuailles :
Nevers, le 1 5 ventôse, l'an \l° de la République une et indivisible.
Tu nous donnes [un mot illisible] de tes nouvelles, ta lettre de ventôse
est composée de six lignes, tu aurais pu doubler la dose, nous serions plus
instruits que nous ne le sommes. Quoi qu'il en soit, ne perdons pas la tête
dans la douleur; nous te donnons avis que nous avons remis à Rousseau
dit Saint-Louis Chartier, un saloir contenant 67 1. cochon (i/cj, y compris les
jambons, el une flèche de lard pesant i 1, avec 4 andouilles que le cousin
René t'envoie. Le voiturier est en chemin et parti d'hier 14 ventôse; sous
peu, il sera à Paris : son trère est marchand de vin à la porte Saint-Denis.
l'ai adressé le saloir à ton ancienne habitation, rue du Paon, ignorant ta
nouvelle demeure qui du depuis Dormet nous a donné ton adresse (?). Le
côté où tu ouvriras le saloir est marque, tu auras attention à cela. Ta mère
est très enrhumée, la Laure s'en ressent un peu. D'ailleurs elle jouit d'une
assez bonne santé et a bon appétit, babille comme une pie dénichée. Te
voilà instruit de tout ce que j'avais à te dire. 11 ne me reste à te dire (sic)
bien des choses obligeantes de tes parents, amis et voisins, et finis en t'em-
brassant et en m'avouant ton bon père.
Chaumette.
Nevers. Au Citoyen
Anaxagoras CHAUMETTE,
Agent national de la Commune,
à Paris (3).
Pour en finir avec ce qui a trait à la modestie des origines du futur jjrocureur de la Commune, voici quelques renseignements des plus intéressants et des mieux documentés, que je dois à l'extrême obligeance de M. Paul Meunier, l'auteur de La Nièvre pendant la Convention. Je me contente de transcrire ici ce qu'il a bien voulu m'écrire :
Chaumette était fils d'un cordonnier du quartier de la Barre ou de Saint-Etienne à Nevers. Il existe encore une maison, appartenant aujour-
1 1 Voyc;; fi'c 2°.
(2) T 604*, 5' liasse, pkcc 9'.
4'liui à M- Mofizot, substitut du procureur général près la Cour d'appel de Paris, et que la tradition yçut être celle du père Chaumette.
J'ai recherché l'origine de propriété de cette maison dans les registres de transcriptions et d'insinuations, et mes recherches n'ont pas abouti à constater l'exactitude de l'opinion populaire.
Dans tous les cas, le père de Chaumette avait une maison et une vigne (une loge) près de Nevers. La maison était bien dans le quartier de la Barre.
Sur la preniiçre jeunesse de Chaumette nou^ ne savons que ce qu'il en a dit lui-même, d'abord dans son adresse à ses concitoyens, publiée par le Moniteur du as mai 1793 (i) [Voyez Aulard, Introduction des Mémoires sur le 10 août, p. v], ensuite, dans le discours qu'il prononça dans la séance du Conseil général du 5 nivôse an II (s). En complétant et en rectifiant ces deux écrits par les pièces réunies dans la première liasse du carton T 604' et publiées par M. Aulard dans son Introduction, nous pouvons établir, pour cette période, le curriculum vitœ suivant :
Education par l'établissement ecclésiastique de la ville de Nevers. En jyjô, âgé de 13 ans, il est renvoyé de cette école et s'engage comme rnoqsse à bord d'un navire où il devient pilotin. En IJS2, à l'âge de 19 ans, il est de retour à Nevers. Ata'U ijSz -Juillet ifS) : Chaumette suit des leçons d'anatomie à l'Hôtel-Dieu (hôpital militaire) de Nevers. Aoilt jyS}-mai 17S4 : Chaumette est chirurgien des Révérends Pères de la Charité de Moulins, et membre du Logopanthée de cette ville. Juinaoût IJS4 : vaine tentative d'embarquement à Marseille et retour à Nevers.
Août ijS^-fèvrier iyS6 : Chaumette, à l'en croire, ne quitte pas Nevers, « toujours occupé de plantes et de livres ». Il se fait appeler étudiant en physique et j'ai trouvé une lettre, du 3 janvier 1786, qu.i lui était envoyée à l'adresse suivante : « A M. Chaumette, étudiant en physique, au collège de Nevers, à Nevers ». Peut-être était-il tout simplement alors maître d'études à ce collège. Je lis, en efïet, ceci dans les Annales patriotiques du 15 décembre \T)Z, sous la rubrique : Paris, h 14 décembre: < Le citoyen Chaumet a été proclamé procureur de la Commune. L'auteur du Courrier
(i) Réimpression, t. XVI, p. 458. — Il existe un exempl.iire imprimé de cette adresse, sou? forme d'aiffiche in-folio pUno, à la Bihliothcnue de la ville de Paris. — Collection d'affiches, cotée 10569 A, Portefeuille n» 2 [i" partie, pièce 151].
{2) Moniteur, réimpression, t. XIX, p. 49. — La version du /t'»rHfl/ i/^ la Montagne, i\° 44, du 7 nivôse, et celle du Courrier républicain du même jour, sont à peu près identiques à celle du Moniteur.
INTHODUCTIOK I S
frattf-uis en rappoiiaiit ce fait, dit que Chaumet a été maitre d'école à Nevers ; nous ne voyons pas ce qu'il peut y avoir de commun entre cette particularité et sa nomination, »
De février à septembre iyS6 : Chaumette accompagne, dans ses pérégrinations à travers la France, le médecin anglais S. Tluck, «en qualité de secrétaire et d'élève ».
Fia iyS6 à mors ijSy : Chaumette reste à Nevers, ne s'en éloigne <( q^e pour divers voy^g^s de Moulins à l'^iris, de Paris sqr les cotes de l'Oféap ». Il écrit dans « les papiers qui s'lmprim.-\ient alors dans Avignpn ». Il démasque les prOtres et les nobles à Nevers. Bref, il fait dans sa ville natale son apprentissage politique.
Mars :jS() : une lettre de ses amis Moreau et Bert de Pascé, datée du 4 mars, indique que Chaumette est alors à la veille de quitter Nevers pour s$ rendre à Paris. — Une lettre du 31 mars, signée P>rçnt de Ualoge, déipoiUrs IH à tetteciate jl est encore ^ Nevçrs.
Septembr( (jgo: son autobiographie plaçç à ce moment son arrivée à Paris.
Au moment où Chaumette s'en va, plein d'espoir, vers la capitale, où commence véritablement sa vie politique, il paraît indiqué d'essayer de tracer son portrait physique et moral.
Voici quels étaient, d'après le passeport délivré à Chaumette en 1784, lorsqu'il se rendit à Marseille (1), ses principaux traits physiques : « Taille de cinq pieds, cheveux et sourcils blonds, yeux bleus, un petit trou sous l'œil gauche, nez un peu gros ». Cette description est assez vague. Nous avons heureusement beaucoup mieux : c'est une estampe conservée à la Bibliothèque nationale (2) et qui fut gravée en l'an II (3).
(i) Voyçz ca passeport daus r())tr44>4v(l9A «ici M(m>itc '"r le 10 août, par M. Aulard, pages vi et vu.
(2) On en trouvera la reproduction à la suite de la page 300 du tome I" du livre de M. Paul Meunier, la Niiirf pendant ta Cwtvention, et â la page 1095 du tome II de l'ouvrage de M. Jaurès sur la Coinealion.
(5) Au bas de cette estampe se trouve gravée une scène de 4échristianis,atioii. (.'auteur de ce portrait i\ii\ le graveur Bonneville, qui l'ïivait mis en vepte sans le consentement de son modèle. Chaumette protesta violemment ççiitre cette f^çon d'.'ïgir, à la séance du Conseil général du ii triniaire, an II. Voici le pas- ■^ge du compte-rendu de cette séance relatif i cet incident : « Chaumette se plaint de ce qu'un graveur, nommé Bonnevillç, e\ arrêté comme suspect dans la section de Marat, a fait son portrait sans son consentement : « J'avais, dit-il,
j6 introduction
Chaumette, qui avait 36 ans en 1789. ne dut pas changer sensiblement de physionomie entre ces deux dates. Il est représenté sur ce portrait dans un costume presque débraillé, cheveux longs et mal peignés, long col chiffonné avec, en guise de cravate, une sorte de foulard négligemment noué. La figure est large, épaisse et cependant non dépourvue de finesse. La lèvre inférieure est grosse, sensuelle ; le menton est massif. Les yeux, qui empruntent à l'éloignement des sourcils un vague air d'étonnement, contribuent, avec les cheveux trop longs, à donner au personnage une fausse apparence de naïveté, de simplicité paysanne. On croirait presque voir un maître d'école de village, d'autant plus qu'une sorte de tunique, à revers sur le dos assez singulier, contribue à l'illusion qui serait complète si, sur la gravure, Chaumette portait les lunettes dont il semble qu'il se servait. Je lis, en effet ce qui suit, au compte rendu de la séance du Conseil général du 28 septembre 1793, dans le Courrier français àxx^o (Chaumette vient de proposer la formation d'une commission pour surveiller les généraux) : « Il demande à être un des membres; il y verra clair, ajoute-t-il, avec ses lunettes. »
Le caractère de Chaumette semble bien avoir été tel que l'indique son portrait : à la fois naïf et rusé, homme du peuple qui sait se servir du peuple, enthousiaste et bas, un grand fond de lâcheté avec des élans d'audace, caractère éminemment complexe et déconcertant.
Avant tout, Chaumette, malgré son instruction, est un homme du peuple qui se met sans effort au niveau de ses auditeurs et de ses admiratrices, les habitués des tribunes du Conseil général et les Républicaines révolutionnaires. Dans le peuple, on est
déjà défendu à ce citoyen de graver mon portrait ; je lui avais même offert de lui rembourser le prix que lui avait coûté sa planche pour qu'il la brisit ; mais, malgré mes instances, j'ai vu avec peine, dans les PetiUs Affiches, qu'il mettait en vente ma figure, sans mon consentement. — Je requiers donc, par respect pour les mœurs, qu'il soit défendu au graveur Bonneville de vendre le portrait de Chaumette, et qu'il soit en outre défendu à tout graveur, peintre ou sculpteur, de vendre ou exposer le portrait d'un homme vivant, sans sa permission ». — Le réquisitoire est adopté et renvoyé à la police pour son exécution. ■> 'Moniteur du 14 frimaire an II, réimpr., t. XVIII, p. 571.]
IS'TRODUCTIOX I ^
bon enfant. " le cœur sur la main ,■>, comme on dit. On aime les siens, on respecte le magistrat, le père de famille; on devient facilement sentimental, surtout quand on a une petite pointe de vin, ce qui est vu du reste avec indulgence. Or, Chaumette est surtout fameux par ses tendances moralisatrices, par ses exhortations fraternelles empreintes d'une vague religiosité. Tout comme le peuple, il respecte l'autorité et la famille : '•; Si j'ai l'inflexibilité d'un magistrat, écrira-t-il à une mère intercédant en faveur de son fils arrêté comme suspect, j'ai la sensibilité d'un père»(i). Quant au vin; le policier Dutard accuse Chaumette d'en faire un usage immodéré; il ne l'appelle pas autrement que «mon ivrogne* (2) ou " l'ivrogne Anaxagoras» (3). Est-ce à l'abus du vin et des liqueurs fortes que Chaumette devait cette voix rauque notée par Dutard? (4) En tout cas celui-ci n'hésite p.is à leur attribuer les'< transports :>, de l'orateur (s).
Le peuple aime encore qu'on lui parle avec franchise et déférence. Or, Chaumette affecte de se poser en amant de la vérité, de la « vérité toute nue * (6). 11 aime à faire la leçon au nom de la morale, mais en même temps il parle toujours à tout le monde d'égal à égal. Enfin, le peuple est à la fois crédule et défiant; il se forge des craintes chimériques, accepte, les yeux fermés, les nouvelles les moins fondées. A cet égard aussi, l'àme de Chaumette vibrait à l'unisson de celle de la foule. Sa crédulité 4'homme du peuple apparaît dans maints
il) Courrier français du 9 septembre 179Î. Voyez aussi les Affiches de la Commune n^ 8x, du 8 septembre 179t.
(21 Rapport de Dutard à Garjt du ; mai 179}, dans Schmidt : Tableaux de la Révolution fran^itise, t I, p. 185.
(}) Rapport de Uutird du 9 mai 1795. Ikid. t. I, p. 201.
(4) Rapport de I^utard du 22 mai 1795. Ihid., t. I, p. 270 : « Il iCliaumctte) se redresse encore, sa voix même s'est un peu éclaircîe, et je n'aurais pas pu aller aussi loin si son camarade Hébert n'était pas enroue pour tous les deux. * — Rapport de Dutard du 12 juin 1795. (Schmidt, t II, p. 2;) : • Voici mes réflexions sur le réquisitoire de Chauniet que je n'ai pas trouvé aussi enroué qu'à l'ordinaire; je dis plus, en qui j'ai cru remarquer de la dignité et de la philosophie. »
(5) Rapport de Dut.nrd du 9 mai 179;. (Sehmidt, t. I, p. 200).
(6) Discours de Chaumetie du 2j juin 1791, publié p. 149-162. (Voyez à la p. iji).
ig INTRODUCTION
de ses discours et semble souvent très sincère. C'est de la meilleure foi du monde, par exemple, que Chaumette. dans la séance du Conseil général du 7 juin 1793, parlait des guillotines à trente colliers préparées par les aristocrates pour les patriotes : Chronique de Paris du 9 juin 1793. «Pourprouver qu'il existait un complot contre les patriotes, Chaumette assure qu'on employait des artistes à faire des guillotines à trente colliers pour guillotiner trente personnes à la fois. Cela, dit-il, coïncide parfaitement avec ce qui s'est passé à Lyon. » Ces aristocrates! ils sont capables de tout ! Il le dit et il le croit. Dans nombre de ses allocutions, il nous apparaît ainsi un peu simple, un peu crédule (i). accessible comme le petit peuple aux terreurs vagues et chimériques engendrées par les on dit.
Mais ce naïf était doublé d'un finaud qui savait se servir à l'occasion de sa naïveté même pour une fin politique. Chaumette, très peuple de tempérament, connaissait admirablement le peuple et savait lui dire les mots qu'il fallait pour l'entraîner ou le retenir. 'Voyez quelle admiration toute professionnelle avait pour ce démagogue, pour cet artiste en révolution, « l'observateur» philosophe Dutard. 11 l'apprécie en connaisseur, en homme du métier qui, lui aussi, étudie le peuple, mais pour agir sur lui en sens opposé. » Chaumet, dit-il, est vraiment l'homme révolutionnaire, l'homme du peuple qui étudie le peuple et rien que le peuple » (2). Vous, au contraire, reproche-t-il un jour au ministre Garât, vous êtes trop idéaliste, trop philosophe; vous ne vous préoccupez pas assez des réalités pratiques. Prenez donc exemple sur Chaumette. « Comme M. Chaumet ne néglige rien pour enrégimenter même les personnes qui lui sont les plus contraires! S'il avait de l'argent vous verriez beau: il ferait un
(i) Voyez encore à ce sujet l'enthousiasme un peu naïf avec lequel il parle de certaines entreprises financières; il est dupe de leur apparence d'œuvres philanthropiques : « Nous avons des monuments de la p'été nationale... nous avons cet établissement vraim.nt patriotique, cette caisse d'épargne et de bienfaisance de .M. l.afarge », etc. Mémoire sur hi ateliers de charilé.T. 6o.|^ lo' liasse, pièce 24.
(2; Rapport de Dutard à Garât du 7 juin 1793. (Schmidt, t. II, p. 11.)
pont d'or à quiconque aurait pour deux liards de mérite. Que n'imitez-vous M. Çhaumet? Si M. Chaumet avait de plus ce que vous avez de trop, ou si vous aviez de plus ce que M. Chaumet a de trop lui-même, vous feriez une révolution parfaite » (i). Et, dans un rapport à Garât du 2^ mai 1793, quelques jours avant la catastrophe où devait sombrer la fortune de la Gironde, il échappe ce cri à Dutard, impatienté de voir l'inertie du ministre en dépit de ses avis alarmants, de ses conseils énergiques et de ses plans d'action résolue : '< Ah ! comme M. Chaumet travaillerait la marchandise s'il était à votre place et s'il avait vos moyens ! » (2).
On se tromperait toutefois si on ne voyait en Chaumette qu'un adroit calculateur, un agitateur habile à se dérober derrière ceux qu'il pousse en avant. Chaumette était à l'occasion capable de dévouement, quand il était entraîné par l'enthousiasme universel : comme presque tous les Français de cette époque, il était très sincèrement épris d'un idéal de justice et d'humanité. Seulement, quand on se pose en champion d'un idéal, il faut avoir soi-même l'âme grande et forte, savoir supporter avec philosophie la supériorité de talent partout où elle se trouve et ne pas insulter avec lâcheté l'ennemi terrassé, être capable de se mettre au-dessus de l'adversité comme de la fortune.
Or, dès le collège, Chaumette était envieu.\ et jaloux de ses camarades. Plus tard, il souffrit, dans son orgueil, de se sentir inférieur à d'autres en éducation ou en mérite. De là son affectation de simplicité et parfois de vulgarité et de cynisme; de là sa haine pour tout ce qui dépassait le niveau de la sansculotterie générale, pour tout ce qui était vraiment supérieur, c'est-à-dire dans son langage '< aristocrate >>. «Voltaire, s'il vivait, s'écria-t-il un jour, serait un aristocrate* (3). Lorsqu'au contraire Chaumette se sentait le plus fort, de ce grand cœur,
(i) Rapport de Dutard i Garât du 22 m.ii 1795. > Schmidt, t. I, p. 269.) (2) Schmidt, t. I, p. 502.
(î) Séance du (;oii-.cil g;énéral du 29 vendémiaire an II. {Alficlies de U Cointniiiii du !•' brumaire.)
2 0 INtSODUCTlOK
épris d'humanité, il ne fallait attendre, comme le dit Michelet, '< ni justice, ni pitié ». Bassement, lûcliement, il piétinait l'adversaire réduit h l'impuissance. Sa conduite, lors du procès des Girondins et envers Marie-Antoinette (i) est là pour le prouver; un seul mot peut la qualifier exactement : elle fut écœurante 1
De même, dans le malheur, Cliaumette fut bas. Il abdiqua toute dignité, d'ailleurs bien inutilement. Ni sa palinodie à propos du culte de la Raison, ni son attitude peu honorable à la chute des hébertistes ne parvinrent à Is sauver. Dans les jours heureux, au contraire, cette faible cervelle ne sut pas résister au vin capiteux de la popularité. Quel enivrement dans ce cri de triomphe sur lequel il termine son autobiographie : f 12 ddiCinhre. Le résultat du ballottage m'a donné la très grande majorité. Je suis proclamé procureur général syndic de la Commune de Paris. Acclamations du peuple, joie délirante de sa part. Je suis couvert de bénédictions et d'applaudissements. ioK/5 Capet! Louis Capt-t! je te défie, lorsque tu étais roi, d'avoir joui autant que moi!...» Péché d'orgueil, péché d'envie, péché de bassesse, que de péchés pour ce redresseur de torts !
Mais voici plus grave encore : Chaumette, par intérêt ou par peur, n'hésitait pas à être ingrat envers ses protecteurs ou traître envers ses amis. Nous le verrons tout à l'heure (2) s'honorer, en septembre 1793, d'avoir conduit lui-même en prison les administrateurs du district de Nevêfs, dont il avait, trois ans auparavant, recherché les éloges et sollicité les faveurs, et nous le verrons à cette même occasion se vanter de n'avoir pas épargné ses propres amis. Et aussi odieuse fut la conduite qu'il tint, un peu plus tard, vis-à-vis de Dunouy.
(1) A l'éçard de M.irie-Antoinette, il eut l'infamie d'apporter au Conseil général les odieuses accus.itions qu'Hébert se chargea de réoéter quelques jours plus t.nrd au Tribunal révolutionnaire. Séance du Conseil général du 19 du 1" mois. — Mcniltur, réimp., t. XVIU, p. 90.
(2) Cf. p. 44.
Dunouy l'aîné (i), ingénieur et représentant delà section des Sans-Culottes au Conseil général de la Commune, était pour Ciiaumette un vieux compagnon de luttes. Ils s'étaient rencontrés au club des Cordeliers, où ils avaient partagé depuis le début de la Révolution les dangers et les fatigues de la politique. Leur idéal était le même, et lorsque, le 3 frimaire an II, Chaumette fit au Conseil général son fameux réquisitoire relatif aux cultes, Dunouy s'associa à ses vues et l'arrêté que prit le Conseil général fut en quelque sorte leur œuvre commune. Mais cet arrêté, par lequel les églises étaient fermées (art. i") et les prêtres exclus de toutes les fonctions (art. 5), souleva contre le procureur de la commune de redoutables colères. Robespierre et Danton s'unissaient pour combattre les fanatiques à rebours qui, en voulant empêcher l'exercice du cufte et en rendant aux prêtres l'existence impossible, ' risquaient de soulever une terrible guerre religieuse où eut sombré la Révolution. Ciiaumette crut prudent de battre en retraite : le 5 frimaire, il déclara qu'il n'était pas l'auteur de l'article V de l'arrêté du 3 ; le 9 frimaire, il fit amende honorable, reconnaissant qu'il s'était trompé et rétractant ses erreurs (3). Mais cela même ne lui parut pas suffisant pour le mettre à l'abri des colères qu'il avait si imprudemment déchaînées. 11 lui fallait un bouc émissaire : il désigna son ami Dunouy.
Dans la séance du 13 frimaire, Dumontier et Quéniard, « vieillards respectables* (3) ouvrirent le feu en rapportant contre Dunouy toutes sortes de commérages imbéciles sortis du cerveau fertile d'un employé aux passeports. Le citoyen Dovinet leur succéda, demandant l'exclusion de Dunouy du Conseil général pour avoir '•'calomnié le peuple*. Chaumette laissait dire. .Mais, comme Dunouy cherchait à se défendre,
|i) Sur Uuiiouy, Cf. p, 99-100.
{1) Voyez, pour ces séances, les arrêtés ilu Conteil général relatifs aux culte;, et aux préties, que nous publions plus loin.
(?) J'emprunte ce récit et la citation qui suit au ]oui:ial âe la Montagne, 11° li du 3; frimaire, tome II, p. 172.
l'hypocrite vint lui donner lu coup de grâce et voici comment il s'exprima :
Cliauinette, qit\ avait gaiilele sileiicr^ jusqu'alors, a pris la pari>le : je ne sais, a-t-il dit, lie quelle manière je dois me présenter ici, si c'est comme observateur ou comme membre du Conseil général, je ne sais, à proprement dire, de quelle manière je dois considérer cette affaire : d'un côté, je ne puis oublier que j'ai donné autrefois quelque confiance au patriotisme et aux talents de Dunouy : c'est surtout dans le temps qu'il était encore cordelier. Mais qu'il se rappelle qu'il a abandonné les Coideliers à toutes les époques où il y avait besoin d'hommes et Dunouy n'ignorait pas qu'il était un homme. Dunouy est venu parmi nous et vous l'avez vu s'emporter et se plaindre à chaque fois qu'on a nommé des administrateurs, de ce que les suffrages do s'étaient pas fixés sur lui. C'est aussi Dunouy qui a clé le provocateur du fameux arrêté pris par le Conseil qui tendait à réveiller le fanatisme. D'après ces faits, !e Conseil décidera dans sa sagesse ce qu'il jugera convenable (i).
Tous ces traits de caractère, qui rendent Chaumette fort antipathique, s'accordent peu avec ce que nous savons de lui. N'aurait-il été par hasard qu'un comtdien habile dont la plupart de ses contemporains auraient été dupes? Je ne le crois pas cependant. Il y a évidemment dans le caractère, plein de contradictions de Chaumette, un mystère que seul l'exposé succinct de sa vie privée pourra nous faire connaître. S'il est vrai que, le plus souvent, les anecdotes ne sont pas matière à histoire, l'historien a le devoir, dans certains cas, d'examiner tous les actes d'un personnage, non pour le juger, mais pour le connaître. Bien souvent les mœurs expliquent le caractère.
(i) On remarquera que l'imputation faite par Chaumette à Dunouy d'être l'auteur de l'arrêté du 5 frimaire vient en tout der..ier lieu; In caïuia veiienuin. Voici comment cette partie de l'accusation est rapportée par le Moniteur du 15 frimaire (réimp., t. XVllI, p. 5S0) : « Je lui reproche aussi d'avoir rédigé et fait prendre un arrêté tendant à réveiller le fanatisme, cet arrêté, qui tendait à exclure les prêtres de toute sorte de travail dans les manufactures; je lui reproche entîn d'être ex.igéré et d'avoir souvent voulu faire dépasser le but au Conseil général. « Dunouy fut exclu du Conseil, et, le 14 frimaire, le Conseil passa à l'ordre du jour sur une lettre u par laquelle il ; Dunouy] ex^iosc les services qu'il a rendus à la Révolution et demande que le Conseil rapporte son arrêté et ï'mvite à oublier un moment d'erreur ». {.i/ftcl.rs de l<i Commune, n" i6i du 16 frimaire. j — Voyez encore sur l'affaire Dunouy les séances du Conseil général du 27 frimjire (yljfiches de la Commune, n° 173, du 29 friniaire et Journal d- la Montagne, n° 36, du :9 frimaire) et du aa nivoso [Afjichts di l» Commune, n" 194, dii 33 nivosc et Ànmiu f'iirietipift du 34 iilvùsc),
Or, Je quel homme public devra-t-il plus attentivement les vérifier que de Chaumette, leur défenseur attitré ?
S'il est des découvertes qui surprennent et des contradictions qui choquent, il est rare d'être aussi choqué et aussi surpris que par le contraste entre ce que Chaumette semblait être et ce qu'il était en réalité. Est-ce au collège de sa ville natale ou sur le navire où il s'embarqua comme mousse qu'il prit les goûts dont il faut bien que je dise quelques mots? Je ne sais, car nous ignorons pour ainsi dire tout de lui pendant la période de sa jeunesse. Quelques documents officiels, qu'on rencontre parmi ses papiers, voilà tout ce qui en subsiste. Mais,à partir de 1786, nous trouvons toute une correspondance qu'il échangea avec son ami Doin, et la lecture en est fort instructive.
Au début de l'année 1786, Chaumette approche de ses 23 ans. Il est toujours à la recherche d'une position sociale. Etudiant amateur, bel esprit de province, il s'ennuie, il cherche des distractions et il en trouve, mais de singulière espèce ! J'éprouve, à la vérité, quelque difficulté à les indiquer, comme j'ai eu quelque peine à me rendre à l'évidence. Chaumette n'a-t-il pas laissé, par ses réquisitoires retentissants contre les mauvaises mœurs, comme un renom de puritanisme ? Or, cette sévérité de langage cachait une profonde dépravation. Qu'on lise attentivement les lettres que son ami Doin lui écrivit en janvier et février 1786, et l'on verra, à n'en pouvoir douter, qu'il y avait entre eux autre chose que de l'amitié et, sous ces phrases d'une ridicule sensiblerie, plus que les pleurnicheries saugrenues alors coutumières aux âmes romanesques. Qu'on les lise toutes, et alors seulement on saisira tout le sens de la première de ces lettres, celle du ^ janvier 1786, et l'on appréciera à leur juste valeur ces belles phrases de Doin fils qui, après avoir dit à son ami : '< Réfugions-nous dans le sein de Dieu, notre père *, s'ccrie ensuite : " Ah ! mon cher ami, je me rappelle avec attendrissement cette soirée inattendue où sa bonté paternelle daigna serrer fortement les nœuds de l'amitié qui nous liaient déjà, en la
faisant porter sur un fondement plus solide et plus durable. O triomphe de l'amour divin et de l'amitié ! Il semblait, aux transports qui t'agitaient, que ton âme rougit d'être captive dans les liens qui la resserraient, et la mienne semblait impatente de se joindre à elle. »
Ce qui rend cette affaire particulièrement sérieuse, c'est d'abord que Chaumette avait alors près de 23 ans, ensuite que ces relations suspectes, interrompues pendant quelque temps par des voyages à travers la France, il devait les reprendre plus tard et même en étendre le cercle.
De février à septembre 1786, Chaumette accompagna dans ses pérégrinations le médecin anglais S. Tluck « en qualité de secrétaire et d'élève ». De retour à Ne vers en février 1787, Chaumette continua son commerce épistolaire avec le jeune Doin, qui enrôla à ce moment un nouveau compagnon, un certain Girard, dans '! son régiment, sous les drapeaux de l'amitié», en formulant l'espoir «qu'il y fera bien son devoir». Sur le verso de cette lettre on remarque la vignette suivante :
Devinez !
Qu'on relise après cela le réquisitoire de Chaumette sur les mœurs, à la séance du Conseil général du 4 octobre 179^ (i), qu'on lise surtout les discussions qui eurent lieu à ce sujet dans les deux séances précédentes (2), qu'on entende Chaumette s'écrier : « Sans mœurs, les républiques s'écroulent »; « Paris est l'égout des mœurs » ; •?; Il faut régénérer cette ville dépravée », etc., et l'on se demandera, non sans étonnement,
(1) A^c]>eîih la Commune, n° Jo6, du 5 octobre 1795. — I.a version du -Wo/i;leiir du 6 octobre est un peu moins complète.
(2) Séance du i"' octobre. [Courritr hrançais et Joninnî de Paris du ; octobre). Sé.ince du 5 octobre ^Coiiniir français du ^ octobre.
quel homme était ce Chaumette et dans quelle mesure se mêlaient en lui l'inconscience et la dissimulation, le vice inhérent à sa nature et la gloriole de la vertu (i).
L'historien qui paraît avoir le mieux compris le caractère de Chaumette, Henri Martin, porte sur lui ce jugement : « Factieux tour à tour violent et bas, déshonoré par sa liaison avec le plus méprisable des hommes, avec Hébert, il avait joué un rôle odieux dans le procès des Girondins. Et cependant, il y avait dans cet homme un mélange incompréhensible de bien et de mal ; susceptible de toutes les impressions et de tous les entraînements, /i/«5 inconsistant que pervers, son âme était un vrai chaos. Il était capable de se passionner pour le bien public et pour l'humanité », etc..
Plus inconsistant que pervers, voilà bien le trait dominant de cette nature. Et ce trait, joint à une vanité démesurée, à un immense besoin de paraître, explique tous les autres. (Chaumette n'est pas un menteur, c'est un sincère, mais un sincère sans tenue et sans volonté, une pauvre nature flasque et molle, mêlée de bien et de mal, comme la plupart des natures humaines et comme elles née pour vivre dans l'obscurité. Les circonstances ayant mis Chaumette en pleine lumière, il rapporta à ses vertus ce qu'il devait à sa chance et, dès lors, prit une attitude, se drapa d'héroïsme et d'austérité. Mais cette grosse bulle prétentieuse ne faisait illusion qu'au petit peuple des tribunes, aux gens simples qui s'en laissent facilement imposer par les apparences. 11 lui fallait, pour briller de toutes ses couleurs, l'atmosphère toute chaude d'enthousiasme de la Commune. Aussitôt que la sympathie baissait, que l'auditoire se montrait plus froid, comme aux Cordeliers, en frimaire an II. le mirage s'évanouissait, la bulle crevait. Chaque fois qu'un danger pressant a paru menacer Chaumette, au 31 mai
(i) Sur cett; question des godts contre nature de Chaumette, je relève encore l'expression qui, au témoign.ige de Dutard, lui était familière quand, en qualité de procureur de la Commune, il parlait des jeunes gens riches. (Voyez le rapport du 20 mai 179Î, dans Schmidt, t. I, p. 257.) Cluant à Doin fils, il devint professeur de rhétorique .i Nevers. Nous le retrouverons plus tard à Paris (Cf. page 41.)
par exemple 1 1), ou encore à la séance du Conseil général du 5 frimaire, et surtout en prison après son arrestation, il se montrait tel qu'il était en réalité. Alors, adieu l'héroïsme, adieu la vertu! On n'avait plus devant soi qu'un pauvre homme affaissé qui balbutiait des e.xcuses.
Les contradictions apparentes de ce caractère, bien loin de rendre le personnage plus énigmatique, me semblent, au contraire, aider à le mieux faire comprendre. Le fonds de ces sortes de natures est moins l'hypocrisie que la lâcheté. Naturellement porté vers le bien, le caractère de Chaumette était malheureusement gâté par une déplorable faiblesse. C'est cette faiblesse presque maladive, et dans tous les cas constitutionnelle, qui fut la cause des défauts et des vices que nous avons constatés chez lui. L'orgueil, l'envie, la crainte de déplaire, l'absence de dignité, enfin la peur et la luxure, tous ces traits du caractère de Chaumette sont les fils de sa grande faiblesse première ; né aussi de la même mère, et non d'un calcul hypocrite, ce naturel besoin de cordialité, d'épanchement, d'effusion qui peut d'abord donner le change. Les lâches, en effet, qui ne veulent pas s'avouer tels, parlent beaucoup pour s'étourdir et se donner du courage, comme les enfants chantent quand ils sont seuls dans l'obscurité. Ceux qui sont faibles devant les tentations de la chair deviennent, en temps ordinaire, des fanfarons de vertu; ceux qui sont faibles devant la menace de la mort deviennent, quand elle est loin, des fanfarons d'héroïsme. La forfanterie nait de la faiblesse. Si Chaumette eut toutes les vertus en paroles, c'est qu'il avait, en réalité, le germe de beaucoup de vices.
Tel fut Gaspard, dit Pierre-Gaspard (2). dit Anaxagoras
1) Ch.iuniettc se montra désespcré des mesures violentes arrêtées par la Commune cl prit ses collègues à témoin de ses protest.itions impuissantes. Il se réservait ainsi une retraite en cas d'insuccès. Cette .Tttitude peu brillante ne l'empêcha pas. un mois plus tard, d'insulter les vaincus dans le discours qu'il prononça à la Convention sur l'achèvement de la Constitution montagnarde 'pièce i2 de la 9' liasse). Après avoir tremblé devant la Commission des douze, Chaumette jeta ran.itliénic sur « les làclies ou plutôt les perfides.., qui ont menti au peuple » Cf. sur ce diicouri 1« page 9;.
(]| Chuumettc s'appelnit Gaspard et ét«!t Hli de Pierre Gaspard (voyez ton acte dj naiss.tnce .i l'Introduction aux Mémoires sur le 10 (loii/, p«r M, AuUrd.) Mtil, pendant la lUvoUition, il prit les deux prénoms de son père.
INTKOUl.CriON 27
Chaumette. Pour achever de le peindre, j'aurais voulu retrouver un document qui m"a été signalé aux Archives nationales (i) et d'après lequel, sous l'ancien régime, Chaumette fut emprisonné. Je n'ai malheureusement pas pu y parvenir et j'ignore encore la date, la durée, le lieu et le motif de cet internement.
J'ai parcouru très attentivement les pamphlets écrits contre Chaumette et signalés par M. Aulard I2). Bien que cette source d'informations soit des plus suspectes, nous ne saurions cependant la négliger tout à fait, car les policiers qui ont écrit ces ouvrages étaient très bien placés pour avoir des renseignements.
L'un de ceux qui écrivirent sur Chaumette, le «; citoyen Tisset, rue de la Barillerie. n° 13 », était un agent du Comité de salut public du département, qui venait presque chaque jour faire son rapport à ce Comité. Outre sa Vie privée de Pierre-Gaspard Chaumette, dit Anaxagoras (3), il est l'auteur d'une liste des condamnés du Tribunal révolutionnaire, parue en germinal an II, sous ce titre suggestif : Compte rendu aux Sans-Culottes de la République Française par très haute, très puissante et très expeditive dame Guillotine, dame du Carrousel, de la place de la Révolution, de la Grève et antres lieux, contenant le nom et surnom de ceux à qui elle a accordé des passeports pour l'antre monde, etc. (4). Cet individu accueillait indistinctement toutes les médisances, en inventait même au besoin, ("est lui qui accuse Chaumette d'avoir envoyé à son père des fonds, évidemment volés au trésor public. Pure calomnie, comme nous le verrons tout à
II) M. Zivy m'a dit avoir vu, dans un registre de la strie O', la mention d'une lettre de cachet lancée contre Chaumette pendant les dernières années de l'ancien régime. .Malheureusement, il n'a pas pu me donner de renseignements plus précis, et les recherches que j'ai faites moi-même dans cette série sont demeurées vaines.
(2) Introduction aux Mèttioira de Chaumette sur le lo août, p. xv,
Ij, In-S" de 8 pages, Bibl. nat., La" 412] et 4125 A (Tourneux, n» 22145). Autre c.'ccmpl.iiic à l.i Bibliothèque de la Ville de P:'.ris: 7705 pièce, — Voyez sur Ht ouvrage, Aulard, Introduction «ux Mimoiret île Chuiiiiitllf w U 10 v>il, f. XVi
(4) Uibl. uit., Lb^i 1027, (Tourneux, n* 39S4.;
Theure. Les racontars du citoyen Tisset ne valent donc pas la peine qu'on s'y arrête,
Plus sérieuse et mieux documentée que le libelle du citoyen Tijset parait être la brochure anonyme intitulée : Vie privée de P. -G. Chaiimettc, ci-devant procureur de la Coinmiiiic de Paris (i), parue également en l'an II. Je ne suis pas parvenu à en connaître l'auteur, mais celui-ci semble avoir été assez bien renseigné sur le compte de Chaumette. Après nous avoir montré les parents de Chaumette, » riches de leurs vertus sociales », et nous avoir dit que leur probité « rendait leur indigence respectable aux yeux de leurs concitoyens />. l'auteur ajoute : '< Chaumette n'hérita point de ce bien précieux; il fit, au contraire, tout pour le perdre et il n'était point encore parvenu à l'adolescence qu'il paraissait rougir de la condition dans laquelle il était né et que, dans bien des circonstances, humilié de n'être que le fils de papa Chaumette. il n'osait l'avouer pour son père >y. Nous ne nous étonnerons plus, après cela, de l'avoir vu falsifier son acte de naissance. Ayant été gâté, dans son bas âge, par sa famille, » qui, à quelques espiègleries ordinaires aux enfants, crut apercevoir les étincelles d'un génie qui ne tarderait pas à se développer», Chaumette alla au collège, où ses études « ne furent point des plus brillantes ». 11 en conçut « une haine implacable contre ceux de ses camarades qui l'éclipsaient par leur mérite ». Jusqu'à quel point tous ces détails sont-ils inspirés par la malveillance ? Nous ne nous chargeons pas de le démêler. Quoi qu'il en soit, voici Chaumette parvenu à l'âge d'homme. « Parmi les différentes maîtresses qu'il eut tour à tour et qui le quittèrent successivement pour voler dans les bras de quelque cavalier plus généreux, la plus distinguée et la plus constante fut une couturière en linge, qui eut pour lui toutes les attentions qu'un homme peut désirer d'une femme à qui il est à charge. Chaumette, pendant cinq à six mois, vécut du fruit des veilles de son amie... « etc.
(é) IJibl. nat,, Ln" 3795, in-B" de 16 pages, dont 2 pour le titre et 2 pour un discours préliminaire. (Tourneux, n° 22108.)
INTRODCCTION 29
Suit rhistoire plus ou moins véridique des amours de Chaumette qui, soit dit en passant, aurait puisé, dans une aventure désagréable qu'il eut avec une fille publique, sa haine contre les prostituées. Nous n'avons pas l'intention de retracer ici la carrière amoureuse de Chaumette, ni de conter, d'après la Vie privée de P.- G. Chaniiictte, les expédients auxquels dut avoir recours le futur procureur de la Commune pour arriver à vivre à Paris, jusqu'au moment où, en décembre 1790 (i), il trouva chez Prudhomme, avec une occupation régulière, des revenus assurés. Fut-il réellement, comme le prétend l'auteur de la brochure que nous analysons, poursuivi par un notaire, par une blanchisseuse et par un maître de pension, aux gages ou aux crochets desquels il aurait tour à tour plus ou moins vécu? Peu importe, et nous laissons au biographe anonyme de Chaumette l'entière responsabilité de ces racontars, qui sont peutêtre fondés, mais, dans tous les cas, de parti pris malveillants. Après les deux auteursdont je viens d'analyser les ouvrages, il faut citer, parmi les policiers qui ont parlé de Chaumette, r* observateur » Dutard, dont j'ai déjà eu l'occasion de citer plusieurs des rapports adressés au ministre Garât et qui ont été publiés par Schmidt (3). Dutard, qui est évidemment beaucoup plus digne de confiance que Tisset, parle assez souvent de Chaumette: ce n'est jamais pour en dire du bien. On a vu qu'il l'accusait d'ivrognerie; c'est d'ailleurs le seul reproche qu'il fasse à ses mœurs. Mais cela suffit à prouver que, dès son vivant, la moralité de ce grand moralisateur était mise en doute. Dans le même ordre d'idées, je noterai qu'à la séance du club des Cordeliers, du 23 frimaire an II, d'après le procès-verbal qui se trouve parmi les papiers de Barthélémy- Saint-Hilaire conservés à la Bibliothèque Victor-Cousin, plusieurs citoyens entn^rent f. dans des détails de faits particuliers relatifs à quelques circonstancesde la vie privée deChaumette».
(i) Voir plus loin son Autobiographie.
(2) Schmidt, Tableaux de la Révolution française, trois volumes in-8* et uu de tables, Leipzig, 1867- 1871,
Plus tard, une fois vaincu, de mauvais bruits circuleront sur son compte : Rapport de police du 2 germinal an II : » On accusait Chaumette d'avoir fait incarcérer plusieurs femmes vivant de leurs rentes, sur le prétexte {sic) qu'elles étaient publiques, et cela sous prétexte (5/r) qu'elles n'avaient pas voulu céder à ses instances et à celles de quelques-uns de ses agents. En général, on l'a traité comme un homme très immoral « (i).
Bien que toutes ces accusations soient assez peu précises, il est cependant probable que l'existence de Chaumette à Paris fut, dans les premiers mois, assez irrégulière. Il n'avait aucun métier et son père était très pauvre. Comment a-t-il pu faire pour subsister? 11 a parlé lui-même des dettes qu'il contracta à cette époque 'f de son honorable indigence »(2), et dont il s'acquitta scrupuleusement plus tard. 11 est bien certain qu'il vécut d'expédients jusqu'à la fin de 1790. Alors, brusquement, sa situation s'améliora. A force de déclamer aux Cordeliers et à la section du Théâtre Français, il avait fini par attirer sur lui l'attention. Il avait violemment attaqué aux Jacobins, en octobre 1790. Mirabeau et les Lameth (3); plus tard, il attaqua de même Bailly. Ces articles, ces pamphlets lui avaient rapporté quelque argent, mais surtout des adversaires, ce qui. dans sa situation, ne pouvait que lui être profitable. Il devenait dangereux; on lui offrit d'acheter son silence. Il repoussa l'offre du pied, mais se hâta de tout raconter aux Cordeliers. Le mois suivant, Prudhomme lui offrit un emploi. Le voilà tiré d'affaire.
La situation à laquelle Chaumette était parvenu, sans être brillante, était fort satisfaisante. 11 devait gagner chez Prudhomme 240 francs par mois. C'est du moins ce qui ressort du passage suivant du rapport de Dutard à Garât, en date du
II) Schmidt, t. II, p. 180.
(2) Adresse publiée par le Monileiir du 25 mai 1795. Voyez plus loin, p. 35.
(3) autobiographie.
INTRODUCTION ï I
22 mai 1793(1): '< Du café Procope. je suis descendu, vers 10 heures, à la Commune de Paris. L'un de mes collègues, jeune homme vif. plein d'ardeur et d'un talent plus qu'ordinaire, m'a dit que Chaumet(2) lui avait offert la veille la place qu'il occupait jadis chez Prudhomme. Il ne se croit pas assez détalent; il m'a off'ert de partager la besogne, mais j'ai cru devoir honnêtement me récuser par le même motif. Cependant douze louis par mois sont bons à gagner, je lui ai conseillé de l'entreprendre. ^
A partir de décembre 1790, Chaumette peut songer à mener une existence plus régulière. Le pain quotidien lui est assuré. Est-ce à cette époque qu'il fit la connaissance de celle qui devait être sa femme et à qui j'attribue une grande influence sur le changement de ses mœurs? C'est probable. On ne sait rien d'elle, mais il se peut que cette « couturière en linge » mentionnée dans la brochure anonyme relative à la vie privée de Chaumette ait été l'instrument de cette régénération. Rien ne prouve, en effet, que, comme le prétend l'auteur de la brochure, Chaumette ait quitté son amie après l'avoir contrainte à abandonner l'enfant qu'il en avait eu. Il est certain dans tous les cas qu'il ne tarda pas à se mettre en ménage. Sa femme, légitime ou non, couturière ou autre(î), s'appelait Henriette Simonin, d'après le procès-verbal d'arrestation de Chaumette que l'on trouvera plus loin (p. ^8).
J'ignore où logeait Chaumette à l'époque, où, selon toute apparence, il fit la connaissance de sa future femme, quelques mois avant le massacre du Champ de Mars. La première mention de son domicile apparaît lors de la fameuse
(1) Schmidt. Tahhaux Je la Rhvltitioii française, t. I, p. 269.
{3) On sait que Chaumette se donnait à lui-même et se faisait donner indiflféreir.ment les noms de Chaumette et de Chaumet.
(j) J'ai cru un moment tenir la preuve que la « couturière en linge » dont parle la brocliure anonyme sur Chaumette et Henriette Simonin, femme Chaumette, n'étaient qu'une seule et même personne. Il existe, en effet, aux .\rchives nationales fAA ïj), dossier 1486 (pièce n" 7). un document qui a été publié par la 'Rfviie rélr.specliie, 2' série, t. IX, p. 244. C'est une demande d'ouvrages de couttrre adres-.LC par Tison pour la famille roy.ile internée au Temple à une Madame Cha Kiiet Mais celle-ci demeurait rue de Bourgogne n° 41. Il est donc peu probable qu'il s'agisse de la femme de Chaumette.
journée du 17 juillet 1791; sa signature, que Michelet et Bûchez et Roux (i) ont relevée sur la pétition du Champ de Mars, aujourd'hui détruite, était suivie de ces mots: " étudiant en médecine, rue Mazarine, n° 9 >/. Il habitait donc à cette époque sur le territoire de la section de l'Unité, tout près de la section du Théâtre Français. Il vivait là en garni, car ce n" 9 de la rue Mazarine était un hôtel, l'hôtel de la Couronne (2).
Le jeune ménage fut bientôt trop à l'étroit dans sa chambre d'étudiant. Une petite fille, Marie-Jeanne-Laure (3), étant née, il fallut chercher une autre demeure et aussi une augmentation de ressources. De là, je pense, la démarche que fit Chaumette, en novembre 1791, pour obtenir une place de bibliothécaire à Nevers(4). De là peut-être ses successifs changements de domicile : Vers le 20 juin, il demeurait rue Serpente n° 3 (5) et la liste des commissaires du Conseil général du 10 août, reproduite par Bûchez et Roux (6), porte cette mention, à la suite du nom de Chaumette. '< rue des Deux Portes Saint André n° 1 5 „.
Ici, je ne voudrais pas être accusé d'enjoliver les textes, mais je ne puis m'empécher de remarquer l'importance que dut avoir cette naissance pour la formation du caractère de f'haumette. Lorsque, par exemple, nous l'entendons s'écrier: '< Il est poussé trois dents à ma petite fille, sans douleur » (7), il nous redevient sympathique et par là aussi les contradictions apparentes de ce caractère achèvent de s'expliquer. Le bonheur domestique dont il jouissait dut être la cause de son
-(1) Michelet, Hislttiie âe la Révolution française, l^dition définitive, Hlamnurion, éditeur, t. III, p. 152. Hucliez et Roux, Histoire j'uileinetilaire de la Kivolulioii française, t. XI, p. 115.
(2) D'après l\nlressi qui eu .iu dos de la pièce 11, lo' liasse des papiers de Chaumette (carton T 604-}. Voyez page 40.
(î) Je connais sou uom grâce à l'obligeance de M. Paul Meinier. Elle était chez son grand-père à Nevers, en ventôse an II et il en est question dans la lettie adressée le 15 ventôse à Chaumette par son père, lettre doat j'ai donné le texte page 13.
(4) Voirflus loin, page 40.
!S) D'après l'analyse datée du 24 juin i-qi d'une lettre de Chaumette à Pétion, analyse adressée le 29 juin par les administrateurs du département de police. Sergent et Perron, au Comité de surveillanc» de l'Assemblée législative : Arch. nat. Ft 4590 [Répertoire de M. Tuetey, t. VI, n° 236). Pièce éditée par Mortiner Tcrnaux, t. I, p. 421-423).
(6) Jiiichez et IXoaK, Histoire parkmcnlaire de la Révolution franfaisé, t. W'I, p. 411.
(7) .autobiographie, à la date du n décembre 1792.
attitude moralisante. Et quand, le 20 octobre 1792, en qualité de président du Conseil général, il s'adressait '< aux époux dont il a reçu les déclarations de mariage et parmi lesquels se trouvaient deux couples antérieurement séparés mais que la loi du divorce a réunis », leur disant ces belles paroles qu'il faudrait citer toutes entières et dont j'extrairai seulement ces quelques phrases : « Le divorce est le père des égards mutuels, des complaisances, des soins, perpétuels aliments des feux honnêtes... Le mariage n'est plus un joug, une chaîne... Une unionfondée sur la tendresse n'est-elle pas plus pure, plus sainte que celle qui n'est formée que par des préjugés ? Elle doit être aussi plus durable, car dans les maisons d'époux libres et qui ne doivent leur union qu'à l'estime et aux passions honnêtes, si quelquefois il s'élève de ces différends, inévitables même auprès des amants, l'hymen sera intéressé à les empêcher d'éclater, de peur que ledivorce ne les entende » (i), quand donc Chaumette formulait ces belles pensées, qui pourrait douter qu'il n'eût présente à l'esprit celle qui avait su lui faire connaître et aimer la douceur du foyer domestique ? Voilà pourquoi, à mon sens, Chaumette devint l'apôtre des bonnes mœurs, car je ne puis me figurer que, lorsqu'il faisait pleurer d'attendrissement le petit peuple des tribunes, c'étaient les fuméesde l'alcool qui occasionnaientses«transports*. Lorsque Chaumette était ainsi saisi de l'esprit évangélique, ce n'était pas, comme le croyait « l'observateur » Dutard, un hypocrite qui jouait son jeu, c'était vraiment un prolétaire qui communiait avec d'autres prolétaires dont il avait partagé les souffrances et dont il partageait les aspirations. Est-ce à dire, pour cela, que notre réprobation doive se retourner contre r l'observateur * Dutard ? Nullement. Dutard était un brave homme, conservateur et religieux par conviction, non par intérêt. Son erreur, commune à beaucoup d'esprits trop sagement ordonnés, était de croire que les âmes de tous les hommes sont aussi logiquement construites que la leur. Beaucoup, au contraire, comme celle de Chaumette, ne sont que chaos.
(l) Moniteur du 23 octobre 1792. %éimp. t. XIV, p. 266.
Noustrouvonsaonc.àrépoquedu loaoùt 1792, Chaumette installé, avec sa femme et sa petite fille, au n° 15 de la rue des Deux-Portes-Saint-André, sur l'emplacement du boulevard Saint-Germain actuel, dans la partie qui touche au boulevard Saint-Michel, tout près de l'église Saint-André-des-Arts où l'assemblée générale de la section du Théâtre Français tenait ses séances. Devenu membre du Conseil général, puis procureur de la Commune, Chaumette déménagea de nouveau. C'est rue du Paon, n" 3, à côté du couvent des Cordeliers, que nous le trouvons en décembre 1792 (i). 11 occupait là, chez le citoyen Brullée, dans une maison /■< ci-devant nommée hôtel de Tours », un appartement dont il payait encore le loyer (125 livres par terme I au moment de son arrestation en ventôse an II (3). Mais à cette dernière époque il n'y habitait plus. Il avait loué un autre appartement beaucoup plus confortable, comprenant deux étages, sur le territoire de la section de l'Observatoire. Son traitement d'agent national en faisait un bourgeois cossu. Rien d'étonnant à ce qu'il ait excité la jalousie des envieux et à ce qu'on ait lancé contre lui cette accusation d'avoir prévariqué dont il nous reste à dire quelques mots.
Le 3 mai 1793, une députation de la section de l'Unité étant venue annoncer au Conseil général que des commis, clercs de notaires et autres jeunes gens avaient troublé l'assemblée générale dans l'espoir de se soustraire au recrutement pour la Vendée, Chaumette s'éleva avec force contre ces •:< freluquets *, « ces êtres indignes de respirer l'air de la république >/ (3). Le
(i) D'après la liste des membres de la Commune provisoire installée le 2 décembre 1792, reproduite .i l'almanach national pour l'année 1793 et dont un exemplaire imprimé in-4» de 18 pages se trouve au British Muséum F 8' (pièce 14).
(2) D'après les reçus qui sont au carton T 604', pièces 5 et 4 de la 2» liasse. — L'un de ces reçus est daté du i" brumaire et l'autre du i" germitial de l'an II.
(3) Courrier français du 5 mai 1795.
INTRODUCTION ^ i,
lendemain, 4 mai, il reçut d'eux, en réponse, une lettre des plus violentes dans laquelle * 4.000 citoyens de la section de rUnité, las des vexations d'une poignée d"intrigants» juraient d'écraser « les sans-culottes à 10.000 livres de rente qui égarent et qui ruinent le peuple». La lettre se terminait par C8S tnots : «r L'Assemblée générale, faisant droit à l'amendement proposé par un membre, arrête en outre qu'elle regarde Chauniette comme volontairement coupable de prévarication » (i). A la séance du Conseil général du s mai au soir, une députation de la section vint lire ce réquisitoire contre Chaumette. Elle fut fort mal reçue. Mais Chaumette, qui ne s'était défendu au cours de cette séance que contre les attaques dont il avait été l'objet au sujet de son réquisitoire du 3 mai (3), restait sous le coup de l'accusation infamante de concussion. Bientôt de méchants bruits coururent sur son eompto. Il avait été moine, disait-on, voire même procureur d'une communauté de moines. Chaumette crut alors devoir répondre à ses calomniateurs. Dans un rapport daté du 87 mai (3), Dutard écrit : « Monsieur (Chaumette a eu la sottise d'afficher qu'il avait été mousse et non moine, et, pour prouver qu'il n'est pas un fripon et qu'il n'a pas prévaiiqué dans la place qu il occupe, il a ajouté « que, depuis qu'il était en place, il s'était borné à payer des dettes qu'une honorable indigence lui avait fait contracter :». L'affiche à laquelle Dutard fait allusion fut lue par Chaumette à la séance du Conseil général du 20 mai (4) et parut au Moniteur du 25 mai (5). Il existe un exemplaire de cette affiche à la bibliothèque de la
(i) Courrier français du 8 mai 1795. — La Chronique de Paris n'en cite que de cOufts extraits, Bûchez et RouJ, t. xxvi, p. 362 en donnent seulement le début.
{i) Il publia cette défense sous le titre de : Chaumtlte, procureur dt la Communt, à us concitoyens, en un in-8° de ) pages. Bibl. nat. Lb" J012. — (Tourneux n° 6208) et Arch. dat. Coll. Rond. AD' 50, (Tourncux 22144). Ce document fut reproduit p.ir les journaux du temps, notamment par la Chronique de Paris da 7 mai, mais pas par le Mtnilenr. On le trouvera i V Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, t. xxvi, p, 561.
(}) Schmidt, Tableaux de la Kivolulton Jrançaise, 1. 1, p. J16.
(4) Moniteur, Réimp. t. xvi, p. 441,
(5) lbid.,t.. XVI, p, 458.
villede Paris (i).Dans cet écrit, dont M. Aulard a relevé les inexactitudes (2), Chaumette, après avoir parlé de sa jeunesse, s'exprime ainsi : <■<; Enfin, j'ai employé le revenu attaché au poste que je remplis, à éteindre des dettes contractées dans le temps de mon honorable indigence, à faire un peu de bien quand l'occasion s'est présentée. Je n'ai point à rougir du luxe de mes ameublements ni de mes habits. Ma porte est ouverte à tout sans-culotte qui voudra s'assurer de la vérité ; et quand, cessant d'être magistrat, je redeviendrai simple citoyen, il me faudra de nouveau lutter avec la fortune; voilà mes derniers crimes... »
Le 31 mai survint, qui mit fin à ces accusations. Elles devaient reprendre plus tard, à propos du voyage de Chaumette à Nevers en septembre 1793 : Le 4 nivôse de l'an II, à la séance du Conseil général de la commune de Nevers, ses ennemis l'acccusèrent d'être venu dans son pays, non pour visiter sa mère malade, mais pour y '< acheter des biens immenses et y construire des palais>/ (3). Je dirai plus loin (4), lorsque je parlerai des relations de Chaumeite avec son pays natal, en quels termes indignés ses compatriotes repoussèrent cette accusation ridicule. Qu'il nous suffise pour l'instant de savoir que, non seulement la Société populaire de Nevers, mais le Conseil général de la commune et même les membres du tribunal du district, prirent la défense de Chaumette en cette occasion et que ses adversaires se virent, une fois de plus, réduits au silence.
Mais ces démentis autorisés ne parvinrent pas à effacer complètement les traces de ces calomnies et, lorsque Chaumette eut disparu, entraîné dans la chute des hébertistes, le « citoyen Tisset », dont j'ai signalé le pamphlet injurieux et effrontément diffamatoire, ne se gênait pas pour écrire,
(i) Bibl. de la villede Paris : collection d'affiches cotée 10569 A, Portefeuille n' 2 [i" partie, pièce 151J.
(2) Voyez Aulard : Introduction aux Mémoires sur le 10 août, p. v-vi.
(5) Texte cité d'après Paul Meunier, La Nièvre pendant la Couventio», t. I, p. 299.
(4) C. p. 46 et 48.
à la page 8 de son factum sur la vie privée de Chaumette :
« Oui pourrait croire qu'un homme, environné et comblé des bienfaits d'un peuple libre, écrivait à son père en lui envoyant 30,000 livres :
« N'achetez aucuns domaines nationaux ni biens d'émigrés, parce que cela ne durera pas. »
Or le père de Chauniette mourut presque dans la misère, comme me l'apprend M. Paul Meunier, dans ce passage de la lettre qu'il a bien voulu m'écrire :
Le père de Chaumette avait une vigne (une loge) près de Nevers.... 11 vendit la vigne d'abord, pour quelques centaines de francs, la maison ensuite. L'importance de ce point est réelle, parce qu'il permet de répondre aux accusateurs de Chaumette prétendant qu'il s'était enrichi, avait acheté des immeubles à Nevers. envoyé des fonds à son père, etc. En réalité, le père de Chaumette est mort à peu près indigent. Sa femme étant morte pendant la Révolution, il se remaria, et des pièces de liquidation il résulte qu'il n'avait aucune fortune, le prix de la vigne et de la maison ayant été employé à payer des dettes.
En voilà, je pense, assez pour écarter de Chaumette l'accusation d'avoir dilapidé les deniers publics. Sa place de procureur de la Commune était du reste assez rémunératrice pour subvenir à ses besoins, et il n'y a pas lieu de s'étonner de le voir en l'an 11, sans attendre que son précédent domicile eut trouvé un amateur, s'installer dans un appartement beaucoup plus grand, situé sur la section de l'Observatoire, rue de l'Observatoire, dans la maison du citoyen Patrise, au rez-dechaussée et au premier étage (i). C'est là que vinrent le chercher les agents Pasté et Sirejean, secrétaires des Comités de salut public et de sûreté générale, pour le conduire en prison. L'original de l'arrêté des Comités, daté du 27 ventôse an II, ordonnant l'arrestation de Chaumette est au carton F ' 443s liasse B n° 5 (pièce 34) des Archives nationales. On en trouve un fac-similé à la page 200 de la première série des Études et Leçons sur la Révolution française, de M. Aulard.
(.1 Procès- verb.il d'arrcstaiioii de Chaumette, Arch. nat., F' 4644, dossier Chaumette et mémoire d'ouvrage tait par la veuve Blanchet, serrurier, lueSaint- J icques, 12 veniô-.e et i i germiual. carton T 604', 2' liasse pièce 5).
Le carton F ' 4644, renferme, outre une expédition de cet arrêté, le procès-verbal d'arrestation, daté du 28 ventôse et que nous croyons devoir reproduire ici.