‹ Papiers de Chaumette, publiés avec un introd. et des notesChapitre 7 sur 10 · PROJET D'UN MODE DE SCRUTIN ÉPURATOIRE · texte numérisé non relu

PROJET D'UN MODE DE SCRUTIN ÉPURATOIRE

Section PREMIÈRE

- Article premier. -^ La société nommera six de ses membres

il/ .\roh. nat.' ■{■ oo\^, "fiasse 9", pièce 11.

pour commissaires scrutateurs, lesquels seront chargés de recevoir toutes les dénonciations qui leur seront adressées.

Art. II. — Toutes dénonciations seront signées; celles qui ne le seront pas seront regardées comme nulles et non avenues.

Art. III. — Tout auteur d'une dénonciation anonyme, s'il est connu, sera exclu temporairement delà société. L'assemblée générale décidera sur la durée de l'exclusion.

Art. IV. — Immédiatement après la nomination des six scrutateurs, ils se placeront au milieu de la salle et le président lira la formule suivante : « Vous promettez, sur votre cons- « cience, de remplir avec exactitude, fidélité, justice et « impartialité, les fonctions que vos frères viennent de vous « confier? »: les scrutateurs répondront : « Oui, je le pro- « mets sur ma conscience. »

Art. V. — Après cette formalité, le président lira à haute et intelligible voix l'article suivant :

Art. Vi. — Tout scrutateur qui sera convaincu de partialité ou d'avoir soustrait en totalité ou en partie une dénonciation quelconque, de l'avoir affaiblie ou déguisée, sera exclu pour toujours de la société et son nom biffé de dessus le tableau nominatif de ceux qui la composent.

Section il

Article premier. — Le nom et l'adresse des commissaires scrutateurs sera affiché (sic) dans le lieu des séances de la société.

Art. IL — Tous les premiers dimanches des trimestres, on procédera à la nomination des scrutateurs ; après toutes les formalités décrites aux articles IV, V, et VI de la section I. le président proclamerajl'ouverture du scrutin épuratoire.

DE CHAUMKTTE 1"]^

Art. III. — Le scrutin sera ouvert pendant quinze jours seulement; après lequel terme il sera irrévocablement fermé; le président en annoncera publiquement la clôture, et le nom des scrutateurs sera enlevé des lieux où il aurait été affiché.

Art. IV. — Toute dénonciation qui parviendra après la clôture du scrutin, sera apportée par les scrutateurs au bureau et brûlée publiquement par eux.

Art. V. — Après la clôture du scrutin, le président invitera les commissaires scrutateurs à s'approcher au milieu de la salle ; il leur demandera, au nom de la société, s'il y a des dénonciations; il répondront : « Il y a des dénonciations recevables», ou bien : « Il n'y a pas de dénonciations recevables », ou « il n'y a aucune dénonciation ».

Section III

Fonctions des scrutateurs.

Article premier. — Les scrutateurs se réuniront à leur commodité, se communiqueront toutes les pièces et en conféreront ensemble au moins quatre fois par semaine.

Art. 11. — Ils seront tenus de garder le plus grand secret sur les dénonciations, sur le nom des dénonciateurs et des dénoncés.

Art. III. — II est abandonné à la prudence et aux lumières des scrutateurs de prononcer sur la validité ou la non-validité des dénonciations.

Art. IV. — Ils mettront aux voix la réjection ou l'acceptation des dénonciations; pour la réjection, il faudra majorité relative des voix ; pour l'acceptation, majorité absolue.

Art. V. — En cas de dénonciations graves et acceptées contre un ou plusieurs membres de la société, les scrutateurs seront autorisés à l'inviter de se retirer de la société, s'il

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n'aime mieux s'enten4r& juger par elle, lui feront pirt des faits avancés contre lui, lui déclareront, en lui taisant le nom du dénonciateur, qu'ils en feront le rapport à la société, s'il ne se retire pas. et l'inviteront à leur envoyer sa justification.

Art. VI, — Kn cas de démission d'un membre accusé envoyée aux scrutateurs, ils annonceront à la société qu'un membre accusé s'est retiré de son sein ; ils tairont son nom ft brûleront sa lettre publiquement.

Art. Vil. — Après la clôture du scrutin, les commissaires scrutateurs demanderont à la société une séance extraordinaire à huis clos pour faire leur rapport

Art. Vlli. — A la séance indiquée, les commissaires feront leur rapport, détailleront les griefs et tairont le nom des accusés.

Section IV

Article premier. — Le rapport des scrutateurs ne roulera que sur les griefs, et le nom du délateur sera scrupuleusement tii. Au moment où les commissaires feront ce rapport, il doit régner dans l'assemblée le plus grand silence ; quiconque troublera ou distraira la société sera rappelé à l'ordre avec inscription au procès-verbal ; s'il récidive, on l'invitera à se retirer.

Art. 11. — 11 ne sera ouvert aucune discussion sur le rapport des scrutateurs.

Art. 111. — L'assemblée sera consultée par assis et levé pour savoir s'il y a lieu ou non à l'accusation. Avant cette formalité, le président demandera si tout le monde a bien entendu, si l'on est bien pénétré de l'objet; si l'un des membres déclare n'être pas assez instruit, il sera procédé à une seconde lecture.

Art. IV. -^ Tous les assistants sejont obligés d'opiner, sous. peine d'excluision temporaire»

DE CHAUMEÏTE fjt,

Art. V. — Si rassemblée déclare qu'il n'y a pas lieu à accusation, ou l'on se séparera, ou bien on traitera sur-lechamp une autre matière. Si elle déclare le contraire, on discutera sur la nature de la peine à infliger.

Art. VI. — En cas d'absolution, on taira le nom de l'accusé; en cas de punition, il lui sera écrit ce à quoi la société a jugé à propos de le soumettre.

Art. Vil. — Si la peine de l'exclusion absolue est prononcée, les scrutateurs nommeront à voix basse au président celui qui a encouru cette peine ; il taira son nom et sera autorisé à lui écrire que la société a jugé à propos de ne le plus compter au nombre de ses membres et son nom sera rayé sur le tableau quatre séances après ce jugement par le président en particulier.

Art. VIII. — Toute voie de justification est ouverte aux accusés, tant près des scrutateurs que par devant la société, pourvu que la justification ne soit injurieuse à aucun des membres de la société.

Art. IX. — Pendant l'intervalle des quatre séances mentionnées article Vlll, l'accusé pourra présenter, tant aux scrutateurs qu à la société, ses moyens de défense, lesquels seront confiés aux scrutateurs dont les fonctions seront prorogées à lelïet de les examiner et d'en rendre compte à la société.

Art. X. — Les commissaires .scrutateurs pourront être récusés, n'y eût-il qu'un seul membre de la société qui réclamât contre. Ceux qui auraient été récusés seront remplacés sur-le champ et dans la même séance; ce temps passé, la réclusion (sic) n'aura plus lieu.

Circulaire de la société populaire de la section DES Lombards (i).

Société des amis des droits de l'homme et du citoyen, séante section des Lombards, rue de la Vieille-Monnaie, n° 8,

Frères et amis,

En vain les sociétés patriotiques désireraient le bien, en vain travailleraient-elles au maintien de la liberté, si elles n'agissaient de concert, si elles ne réunissaient leurs efforts contre la ligue des ennemis de la patrie. Il n'est qu'un seul moyen pour repousser dans le néant d'où elles sont sorties toutes les conspirations prêtes à éclater contre nous, et ce moyen est une union indissoluble, une correspondance active entre les amis de la liberté, qui les fasse marcher ensemble et, s'il se peut, dans le même temps.

Ne nous le dissimulons pas, citoyens, c'est l'opinion qui a fait la Révolution, elle seule peut la compléter, la consolider, mais des traîtres heureux et adroits peuvent impiimer à cette opinion des impressions favorables à leurs desseins et meurtrières de la liberté publique; elle peut errer enfin, cette opinion, et ce fut elle, ne l'oublions pas, qui assassina Cicéron et força Caton à se déchirer les entrailles, tandis qu'elle laissa mourir dans leur lit un Marius et un Sylla, punis par leurs remords.

Emparons-nous donc de cette divinité versatile et vagabonde qui aujourd'hui dresse des échafauds aux tyrans et demain leur élève des trônes; mettons-la sous le joug de la vérité, guidons-la, tixons-la dans les sentiers de la raison et de la justice : voilà notre tâche, voilà notre conquête.

! Arch. nat., I 604', liasse 10', pièce 29.

Nous sommes environnés de pièges et de trahisons. L'Etat est en proie à des mouvements convulsifs qui retardent la marche de la machine politique et ne la font agir que par soubresauts; le temps est proche où cette grande machine doit prendre enfin une assiette ferme et déterminée; réunissons donc nos efforts, frères et amis, employons tous nos moyens pour faire tourner au profit de l'humanité, au triomphe des principes et à l'avantage de tous les peuples, des secousses inévitables et peut-être plus prochaines qu'on ne l'imagine. Craignons que des fanatiques, craignons que des ambitieux, que des traîtres, sous prétexte de servir la patrie dans ces temps orageux, ne s'investissent de cette opinion souveraine qu'à nous seuls il appartient de diriger.

C'est à l'appui de ces considérations que la Société des amis des droits de l'homme et du citoyen, séante section des Lombards, rue de la Vieille-Monnaie, n° 8, vous invite à correspondre avec elle et à l'aider dans ses travaux patriotiques de vos conseils et de vos lumières.

Si vous désirez connaître, frères et amis, ceux qui viennent vous demander votre correspondance, voici ce qu'ils sont : la Déclaration des Droits est leur évangile, l'auteur de toute justice, la liberté, la Patrie sont les seules divinités qui obtiennent leur hommage.

Quant à l'objet de leur institution, le voici : défendre les opprimés envers et contre tout, sondei' la profondeur des cachots pour en arracher l'innocence; imprimer le cachet de l'opprobre sur le front des violateurs de la loi, marcher, fût-ce ■1 travers des dards, des baïonnettes, partout où la liberté serait attaquée, nourrir dans leur âme la haine des tyrans et l'amour de la Patrie. Voilà, frères et amis, voilà nos titres. Prononcez maintenant, si vous nous croyez dignes de fraterniser avec vous.

178 ^APIE((S

Mémoires de Chaumette sur la révolution du 31 mai(i). Premier récit.

Qiiatie années de révolutions n'ont pu nous nssurer encore la jouissance des bienfaits de la liberté et de l'égalité. D'irréconciliables ennemis s'opposent à notre bonheur. Dans le calme ils naissent, ils multiplient ; c'est leur destruction devenue indispensable qui rend salutaires les orages des insurrections. Paris, placé au centre politique de la République, fut toujours, depuis la première époque de li Révolution, la sentinelle vigilante qui la première nous aîinonça nos dangers, et qui la première s'empressa de venir à notre secours. Notre situation, depuis quelques mois, devenait de plus en plus alarmante; il était plus qlie Jamais instant de prévenir lés malheurs dont nous étions menacés ; il fallait délibérer d'abord afin de pouvoir agir ensuite.

Depuis longtemps, les tribunes des sections, des sociétés populaires retentissaient des cris des orateurs qui éveillaient le peuple sur ses prochains dangers. Le 30 mai, les commissaires des quarante-huit sections se réunissaient dans une des salles de l'évêché pour y délibérer en commun sur les mesures à prendre pour conserver la liberté, en déjouant les complots d'une faction liberticide.

Déjà la nécessité se fait sentir d'employer des mesures vîo-

(i) Les deux pièces qui suivent, et qui sont relatives à la révolution du ji mai, sont conservées aux Archives nationales : T 604s, liasse 9". b. Nous n'avons pu taire, pour ces pièces, un commentaire aussi détaillé que nous l'eussions désiré. C'est qu'en effet l'histoire de la révolution du 31 mai est encore pleine d'obscurités. Les deux textes que nous éditons contribueront peut-être à préciser quelques points de cette histoire. On remarquera en particulier le récit que lait Chaumette de l'événement décisif, celui de la constitution du Conseil général révolutionnaire par les commissaires de l'èvéché venus â la Commune, le moment auquel Chaurretle place la création du Comité central révolutionnaire qui dirigea le mouvement, la description de la levée en masse des citoyens au 51 mai et le tableau de cette ioulo en armes qui se pressait autour de l'Hôtel de Ville, etc.

lentes. En vain la Municipalité engage les citoyëhs réunis à 1 evêché à suspendre leur indignation jusqu'après l'effet de l'assemblée qui devait avoir lieu le lendemain aux Jacobins, dans l'assemblée de toutes les autorités constituées du département de Paris réunies aux sections; ils renvoient au Conseil général une députation pour annoncer qu'ils Se déclarent dès ce moment en état d'insurrection et qus déjà ils ont arrêté là clôture des barrières comme prëihière mesure de salut public.

Plusieurs sections manifestent leur adhésion à cet arrêté révolutionnaire. Bientôt une députation des citoyens réunis à l'évêché se présente au Conseil général et là déclare la ville de Paris en état d'insurrection contre la faction aristocratique, oppressive de la liberté.

Une proclamation du Conseil général iiivitait les citoyens à rester calmes en attendant Je résultat de la délibération qui devait avoir lieu dans l'assemblée générale.

Le lendemain, à 3 heures du matin, on entend de toutes parts sonner le tocsin et battre la générale. Les membres du Conseil général accourent se rendre à leur posie. A peine ontils ouvert la séance, que les commissaires représentant des quarante-huit sections entrent dans le sein de l'assemblée, et là, par l'organe de leur président, déclarent aux membres du Conseil, à la Municipalité, que dès ce moment ils leur retirent les pouvoirs qui leur étaient confiés. Les magistrats du peuple, fidèles jusqu'au bout à leurs devoirs, ne cèdent leur poste qu'après la vérification des pouvoirs illimités des corrimissaires des sections; ils rentraient avec joie dans la classe des sirriples citoyens, lorsque la voix du peuple qui les avait suspendus les rappelle à leurs fonctions. Le Conseil, composé des anciens membres et des nouveaux commissaires réunis, prend le nom dé Conseil général révolutionnaire. Tous prêtent à l'envi le serment révolutionnaire. Une commission de onze membres, sous lé nom de Corhité révolutionnaire, est installée à la mai-

l8o l'Al'ltKS

son commune; ses pouvoirs sont illimités; elle peut prendre toutes les mesures de salut public qu'elle jugera nécessaires et les mettre directement à exécution.

Plusieurs députations, chargées de différentes adresses, sont envoyées successivement à la Convention par le Conseil général de la Commune. Le vœu du peuple se manifeste clairement, surtout dans la dernière. On demande, entre autres, l'abolition définitive du Comité des douze. Le décret d'accusation contre les députés prévaricateurs et la liste de leurs noms est à la suite de la pétition.

Cependant, au bruit du canon d'alarme, tous les citoyens déjà mis en mouvement par la générale et le tocsin, courent à leurs postes respectifs. Les boutiques sont fermées, les bataillons se forment; plusieurs sections se présentent au Conseil général pour obtenir de quoi armer les bras qui se présentent par milliers; les corps de réserve offrent le spectacle de petites armées; on s'occupe de placer à leur suite des chariots de vivres et de munitions.

Le citoyen Henriot, commandant de la section des Sans- Culottes, venait d'être nommé commandant général provisoire parle Conseil général révolutionnaire. En un instant, le nouvel état-major se trouve formé et prête le serment révolutionnaire. Chaque officier à son poste attend les ordres du général et tous les citoyens sont prêts k partir au premier signal.

La Convention avait accueilli favorablement les premières députations du Conseil général ; un décret même avait été rendu, portant que les sections avaient bien mérité de la patrie. Vergniaud lui-même l'avait sollicité et les pétitionnaires avaient obtenu, avec approbation des deux côtés, les honneurs de la séance. 11 en fut bien autrement le soir, lorsque la faction se vit, de par la pétition vigoureuse des citoyens de Paris, atteinte pour cette fois d'un coup mortel. Tous les traîtres, tous les modères, tous les faibles, s'élevant

DE CHAUMETTE l8l

par un effort unanime contre cette pétition, elle est renvoyée au Comité de salut public pour en faire le rapport dans trois jours.

Pendant ce temps-là, le Conseil général prenait toutes les mesures qui étaient en son pouvoir pour assurer et maintenir la tranquillité publique. L'ordre est donné d'illuminer toutes les rues, le premier et le second étage des maisons. Les spectacles sont fermés : des commissaires sont envoyés dans toutes les sections et dans les communes voisines proclamer les nouveaux dangers de la patrie et inviter les citoyens à conserver leur attitude.

De leur côté, les sections, rivalisant avec le Conseil général de zèle pour le bien public, d'activité, de prudence, renvoient d'heure en heure ii la maison commune des commissaires chargés d'abord de manifester l'adhésion parfaite des sections aux mesures adoptées par le Conseil révolutionnaire, ensuite de s'instruire par eux-mêmes de ce qui se passerait et d'en venir rendre compte à leurs commettants.

Ce jour-là et les jours suivants (i) offrirent un spectacle bien touchant. On vit alors combien l'amour de la patrie est puissant, puisqu'il peut en un instant éteindre les haines les plus violentes et réconcilier les cœurs les plus aigris. Des intrigants répandus depuis quelque temps dans les sections étaient venus à bout de corrompre l'esprit de plusieurs d'entre elles, d'allumer la discorde dans leur sein, d'élever déjà un mur de division entre des sections et des sections, des citoyens et des citoyens.

Le danger de la patrie n'est pas plus tôt proclamé, que toutes les sections accourent au sein du Conseil offrir leurs bras à la liberté et déposer au pied de son autel leurs dissensions particulières et leurs rivalités. Ces sections, plusieurs d'entre elles (sic) ne craignent pas d'abjurer, à la face de la Convention

(j) Ici se termine le récit de la journée du 51 ni.ii.

iSa PAPIKRS

elle-même, des nnétés dictés par esprit de parti et surpris à leur bonne foi. L'accolade fraternelle donnée par le président au)( députés des sections met le dernier sceau à l'union sincère qui anéantit tous les partis; tous les Parisiens, plus que jamais unis, attendent avec calme le résultat de la révolution présente et se serrent pour écraser leurs ennemis.

Depuis cette attendrissante réunipn, des contre-révolutionnaires déguisés font de vains efforts pour allumer dans les cœurç la soif du sang, pour engager les citoyens armés à des démarches funestes. Le peuple, qui n'en veut qu'au:ic traîtres de la Convention, jure de respecter la représentation nationale; il n'attend que des ordres conformes à ses sentiments et il ne se trompait pas.

Le Conseil général révolutionnaire étouffait alors par ses murmures et l'expression publique de son indignation les pris de quelques exagérés qui voulaient le précipiter [à] adopter des mesures indiscrètes et contraires même au succès de la révolution. Pendant deux jours, il n'est occupé qu'à rassurer les citoyens armés sur les motifsdeleur inaction, tandisque, d'une autre part, il met tout en CEuvre pour en tenipérer l'activité volcanique (i). Il presse le Comité central révolutionnaire de mettre enfin à exécution les mesures qui doivent accomplir et terminer |a révolution; l'i^rrêté est pris qu'i^ucun ci-devant noble et ^ucun prêtre réfractaire ou asserrnenté ne potirra remplir les fonctions d'officier ou de fonctionnaire public, que les sections sont invitées à expulser des comités révolutionnaires et civils, ainsi que des tribunaux de paix, tous les signataires des pétitions des 8.000 et des 20,000, les clubistes de la Sainte-Chapelle et des Feuillants (2). Enfin le Conseil ne né-

(i) Chaumettc lui-mcme fut un des plus zélés à tempérer cette « activitévolcanique ». Sa conduite fut plus que prudente dans toute cette affaire. C'est qu'il risquait gros en cas d'insuccès.

(2) Cet .Trrêté est du 2 juin. Il a été imprimé eu format d'aiSclie. Bibl. nat.. Recueil factice in-folio, Lb'" 1 154 g et Bibliothèque de la ville de Paris, collection d'affiches cotée 10569 A, portefeuille n" 4.

DE chaumettf: i8^

glige rien paur entretenir l'activité çjps citoyen^ etdiriger sagpiTient (eurs opérations.

V^i5 déjà plusieurs septjoiis étaient venups |pnipigrier fiautpmentaw Cfifi^eil qu'elles n'étaiept poipt (igps rjntenliQri d'attendre le délaj de trois jours, fixé par la Çpnyention, pour entendre le rapport du Comité de salut public sur les différents c|içf§ 4 aff usation p ^ptre jes députés dénornrnés; bientqt cette ppipiop devipfit ^jniyef^ejjf;. Poussé^ sans doutp alors par un n;ipV}yei7iptit qui rtP leur PtSJt point in§pjré, otj qui pe je dut être que par le génie de la liberté, tous (es Parisiens armés di^ rjgèr'ept leur !Tiarcf|e vers le lieu des séapces de la CpnveptJQH (i)i leurs pfinil^rfHSf^ phq langes infipc^ent les ^vfpHes, remplissent !?5 çpursi, environnent de toutes parts le Ipç^l ç^g la Cpnveption ; ('indignittipn et le resppct spqt peints sur tpus les fronts.

y ÇpmHé fie salut puWjp yenilit 3lor§ rfe fairp un rMppqrl: PAHr inviter les me'ilbrgs cjPHPnpés par le pepple à se çjémettrp eHX-rp^rpes de leiirs fonctions et à se dévoiler ppur le salut (le la République. Isnard, Lanthenas, Duffapjf ven^iept d'abdiqijpr; l-apJLlinais, au çontr^if^î protestait qu'il voulait rester à spnppste jusqu'à!^ ipqrt; Ipfsqtie la Conyeptipp e§î instruite qu'il existe aiitourçjesop enceinte ^'^^ (^Hl? i'^nrHensp de pj; tpyensen armes : quelqqes hopimes, qui ne rêvent que poignards déclarent à |a Convention qu'elle est ijssiégée et veulent par cette inculpation atrpcp faite à fies eitoyeps paisibles provoquer contre eux l'indignatjon (}es représentants de |a nation; la Convention se jève alors tqut en^ièrp et §e pprte ep q^Sse fjuprès fju peuple.

Quels que fussent les motifs qui venaient (le (<( cjéterrpjper fl cette démarche éclatante, quels que fussent les sentiments dorit elle se sentait animée, put-elle voir, sinon saps surprise, du moins sans attendrissement, les citoyens armés baisser

li Ici ctimmence le récit de la jouriicodu 2 juin.

leurs armes à son aspect, lui ouvrir un large passage à travers leurs bataillons serrés et tous, en conservant une attitude ferme et républicaine, faire retentir autour d'elle les cris répétés de « Vive la République ! » et « justice des traîtres ! » En ce moment critique et dont la postérité gardera le souvenir, Paris est glorieusement vengé des calomnies de ses nombrenx ennemis : une force armée innombrable, sur pied depuis trois jours, assez forte pour anéantir en un moment ses détracteurs et ses adversaires, de plus ulcérée depuis longtemps du désir

trop juste d'en être vengée malgré tant de motifs, n'a pas

souillé ses armes d'une seule goutte de sang. Loin de porter atteinte à la liberté des représentants du peuple, ceux d'entre eux qui ont provoqué toute sa colère défilent sous ses yeux, sont au pouvoir du premier qui osera s'en saisir: et cependant nul n'a porté la main sur eux pour attenter à leur liberté; un député menaçait de tirer son pistolet sur quelques braves sansculottes qui venaient de l'empêcher de fuir : « Tu as beau faire, lui répondirent-ils, tu ne recevras pas de nous la moindre égratignure et tu ne te tueras pas toi-même. » ( i )

C'est après avoir reçu cette leçon sublime, que les représentants du peuple rentrent dans la salle, au bruit des applaudissements les plus nombreux, et reprennent la séance. La vérité, la justice venaient de parler à leurs yeux et à leur cœur d'une manière bien énergique; le bandeau de l'erreur et celui de l'imposture se déchirent; les coupables sont aperçus de tous ; on demande que les vingt-deux, les membres du Comité des douze et les ministres Clavière et Lebrun soient mis en état d'arrestation chez eux; le décret est rendu et encore une fois la patrie aura été sauvée.

(Il Cette nneciiote, qui est en contradiction complète avec ce que rapportent Gorsas et Saladin, se trouve au Moniteur du ^ juin, dans le compte rendu de la séance du Conseil généra, du 2 juin. Réimp.. t. XVF, p. 550.

Deuxième récit.

Le 30 mai, le maire se rend à l'assemblée des commissaires des sections, laquelle se tenait à l'évêché.

Le Conseil, en exécution de l'arrêté du département, nomme des commissaires pour se rendre le lendemain à la salle des Jacobins, à l'effet d'y délibérer sur les grandes mesures à prendre pour le salut public.

Le maire, de retour, annonce qu'il s'est fait représenter les arrêtés prisdanscette assemblée, portant que les citoyens réunis se sont déclarés en insurrection et doivent faire fermer les barrières. Le maire et ses collègues ont fait aux citoyens toutes les représentations possibles pour suspendre, au moins jusqu'à la conférence qui doit avoir lieu demain aux Jacobins, l'exécution des mesures extrêmes et qui doivent être profondément mûries, vu leur importance: les citoyens assemblés ont paru persister dans leurs arrêtés et le maire a cru devoir se rendre à son poste.

La section du Luxembourg fait part au Conseil qu'elle a pris un arrêté pour faire fermer les barrières de son arrondissement; un membre de cette section annonce qu'elle s'est déclarée en insurrection permanente.

Une députation des citoyens réunis à l'évêché se présente et fait part d'un arrêté, par lequel, se disant munis par les sectionsde pouvoirs illimités, ils déclarent la ville de Paris en insurrection contre la faction aristocratique et oppressive de la liberté, arrêtant comme première mesure de Siilut public la fermeture des barrières.

Le maire répond, réitère l'observation à eux par lui déjà faite, qu'il est dangereux de prendre de telles mesures, surtout lorsqu'elles sont partielles, engage les députés à retourner engager les citoyens assemblés à réfléchir mijrement sur leur projet.

PAPIKRS

Le Conseil général arrête la proclamation suivante pour être envoyée sur-le-champ aux sections : « La tranquillité pu- « blique est plus que jamais nécessaire à Paris. Le départe- « ment a convoqué les autorités constituées et les quarante- « huit sections poijr les objets de salut ptjblic. ToiJte mesure « qui devancerait celjps qui'dpivent être prises dans cette « assemblée pourrait devenir funeste. Le salut de la patrie « e.xige que vous restiez calmes et que vous attendiez le ré- « sultatde la délibération. »

Le }i mai. à -, heiires du matin.

Le Conseil général entend battre la générale. Le procureur de la Commune requiert que le commandant général soit mandé à l'instant pour i^écjarer par qugl ordre cpttp iTjfSurg extrême est prise. Le ppriimandant est mandé [e^,] pn Spn abspnce, le commandant du poste; cet officier observe qu'il ignore où est le commandant général, et que lui et les officiers di| poste l'qpt inutilement cherché.

Les commandants des sections de la Réunion, des Arçis, demandent s'ils doivpnt fajre jjattre le rappel.

Le Conseil général arrête qq'il sera dqnné ordre dans toutes les sections de faire battre un rappel à l'effet d'inviter les bons citoyens à se rendre à leur poste pour veiller au maintien déjà sûreté et de la tranqiiillité publiques et pour faire cesser p^ifout le tocsin et la générale.

D'pbsant(i), président de l'assemblée révolutionnaire des coiT)rnissaires représentant les quarante-huit sections, accprp;

' (i) Dobsen ou Dôbsent ou Dobson, d'.iprès Sclimidt (Lible .ilphabctijue, p. 21) serait Anglais. En réalité, Claude-Lmnianuel Dobscnt était un ancien juge ^-î district 4 Epefnay, qui fut directeur du jury d'accusation du Tribunal du 17 août, électeur en 1793, concurrent nalheureux de Cliauniette en décembre 1792 à la place de ^rocuieur de U Commune, puis président d'une section du TribuiJsl révolutionnaire (qu'il présidait eii floréal an III, lors du procès de Fouquier- Tinville). En 179J. il avait .52 ans et demeurait parvis Notre-Dame, n° j. Il préiidait l,i section de la Cité à l'époque du 51 mai. En cette qualité il avait été cmprisonhc le 26 mai par ordre de la Commission des douze et rel.iché peu de temps avant cette journée. C'est ce qui explique le rôle qu'il y joua.

DE CHAUMETTF. \^-j

pngné des commissaires de la majorité des sections, se présente au Conseil général et dit que le peuph c^e Paris, blessé dans ses droits, vient de prendre les mesures nécessaires pour conserver la liberté, qu'il vient retirer les pouvoirs de toutes les autorités constituées : il présente les pouvoirs de la majprité des sections.

Le vice-président répond que le Conseil général est à son poste, qu'il a reçu les pouvoirs du peuple et n^en a poipt abusé, que si la majorité des sections retire les pouvoirs des magistrats du peuple, il est prêt à se confondre avec |es citoyens, mais que, si la majorité du peuple le laisse dans l'exercice de ses devoirs, la force seule pourrait l'en arracher.

^es pouvoirs sont vérifiés. Trente-trois sections ont donné à leurs commissaires des pouvoirs illimités pour sauver la chose publique. En conséquence, d'Obsant déclare que les pouvoirs de la Municipalité sont annulés. Tous les membres de l'un et de l'autre Conseil, se levant simultanément, jurent de ne jamais séparer leurs intérêts de ceux de hi chose pjjtjlique. Ijs jurent, ep outre, de rester inviolablemept unis i| tpus nos frères des départements et de maintenir de tout leur pouvoir la République une et indivisible.

^'ancien Conseil général se retire a^ milieu des crjs de « yive la République ! » Le noijveau Conseil général qrrête line dépur tation à tous les membres composant l'anciep Conseil général pour les inviter à se rendre dans son b.ein; ce qui étant effectué, le président, au nom du peuple exerçant sa souver.Tineté, réi|]tègre le Conseil général dan§ sps fonctions; le Conseil général réintégré prête le sfrrqpnt réyplutionnairp.

Le vice-président proclame au nom des quqr^'ite-huit sections Henriot. commandant delà j^pcU^qp ^s.Sflfis-Cqlgîtss, Gomrriandant général provisoire, - ?' -■,- -:■■': rv - • ^ '

Le maire, en cet instant, est-pian^P «"' la barrp pour y rencjrç compte de la situation de Paris et s'y r^fid acçornp;)gjiç- fj'une

l88 PAPIERS

députation du Conseil général. Le Conseil général déclare au nom des quarante-huit sections qu'il met sous sa sauvegarde le maire de Paris.

On fait, du poste du Pont-Neuf, difficulté pour tirer le canon d'alarme.

La section de Bon-Conseil instruit le Conseil général qu'elle a nommé des commissaires à l'effet de s'opposer provisoirement au départ de tous les courriers de la poste, et qu'elle a mis en état d'arrestation à leur poste tous les administrateurs et même les chefs de bureau.

Le Conseil général applaudit à cette mesure.

Un membre du Comité révolutionnaire annonce que l'on va tirer le canon d'alarme ; le Conseil arrête qu'on sonnera sur iechamp le tocsin de la maison commune.

Ordres donnés au commandant pour prendre toutes les mesures nécessaires, afin de protéger les établissements publics, les différentes caisses et dépôts, les prisons et surtout l'Abbaye, à cause des otages qu'elle enferme.

Le maire, de retour de la Convention, annonce que les mesures prises par le Conseil général ont été accueillies fovorablement.

Le Conseil général adopte la mesure proposée par un membre du Comité révolutionnaire d'accorder par jour 40 sols aux citoyens peu fortunés, tant qu'ils resteront sous les armes.

Nouvelle adresse à la Convention, portée par une nouvelle députation.

Le Comité révolutionnaire donne de nouveaux ordres pour faire tirer le canon d'alarme. Assurance de dévouement de la part du tribunal du V arrondissement.

Des sections demandent des cartouches, des piques, des armes.

La section des Lombards demande si elle doit ûiire battre la générale et sonner le tocsin ; le Conseil l'invite à mettre ces mesures:! exécution dans le plus court délai.

Le Conseil arrête que l'on continue de sonner le tocsin.

Le Conseil général renvoie au Comité révolutionnaire pour qu'un ordre général soit donné de sonner le tocsin, de battre la générale et de tirer le canon d'alarme.

Députation envoyée à Versailles pour instruire les habitants des événements qui ont lieu à Paris.

Mesure prise de désarmer tous les hommes suspects pour armer les patriotes.

Invitation à tous les membres des différents tribunaux, à tous les fonctionnaires publics des quarante-huit sections de se rendre dans le sein du Conseil général pour y prêter le serment révolutionnaire.

Le Conseil général nomme des commissaires pour se transporter à la Convention et lui présenter une adresse dans laquelle ils lui exposeront tout ce qui s'est passé au Conseil et dans les sections depuis hier et lui demander toutes les mesures de répression contre les malveillants qui oseraient tenter de mettre à exécution de coupables projets.

Le Conseil général arrête que les citoyens seront invites à illuminer le premier et le second étage de leurs maisons.

Un député de la section de la Cité annonce que des citoyens d'Avignon, réunis dans son sein, ont exprimé le désir de se réunir aux Parisiens pour défendre la cause commune.

Serments prêtés par tous les fonctionnaires publics

Les sections viennent déclarer leur adhésion aux mesures prises par le Conseil général.

Une nombreuse députation de la section armée de la Butte des Moulins se présente et annonce au Conseil la victoire qu'elle a remportée sur les intrigants.

La section des Lombards annonce qu'elle vient de casser son Comité révolutionnaire et d'en nommer un autre dans les principes de la République.

Arrêté pris le 31 mai, en l'a; semblée des commissaires des

11)0 t'AI'ttRS

autorités constituées du département | et] des qiiararlte-huit sections, réunis en la salle de la société des Jacobins, portant qii'il sera nommé une commission de onze membres dans le sein de l'assemblée. Cette corhmissiôn sera autorisée à prendre toutes les mesures de salut public qu'elle jugera nécessaires

et à les mettre directement à exécution Que cette com-

inission tiendra séance à la maison commune.

La Convention décrète que les sections de Paris ont bien mérité de la patrie.

Le Conseil général arrête que toutes les grilles de fer ou autres objets en fer qui sorit à la disposition de l'administration des biens nationaux seront convertis en piques, etc.

Un des commissaires, chargé de porter à la Convention l'adresse rédigée ce matin, annonce que cette adresse a été accueillie assez froidement, que le président n'a fait qu'uriê réponse vague et dilatoire, que le côté droit disait hauterrierit qu'il en appellerait aux départements ; il a été bien accueilli par la Montagne, m.ais il déclare avec douleur que la rnajorité de la Convention est incapable de Sauver la chose publique, que le peuple n'a de ressources que dans lui-même.

Le Conseil général arrête que des commissaires irôiit dans les sections proclamer le danger de la patrie et les mesures prises, etc.

Le Conseil général térnoigiie son horreur pour différentes propositions irtcendiaires, dangereuses, qui lui sont faites par plusieurs citoyens exaltés.

Le maire et lé procureur de la Commune manifestent dans léUrs opinions leur haine pour les intrigants qui voudraient ht guerre civile en séparant Paris d'avec les départements.

'Le^ coîtirtiunes environnantes viennent fraterniser avec le GOTsèil générai ; les sections vienhent d'heure en heure s'informer de la situation de Paris.

-te-Cotfseil-ai'rète le désarmement et l'emprunt forcé, con-

DK CHAUMETTE 101

formément au mode établi par lui-même; que lé produit de cet emprunt sera employé en secoubS pour les veuVeS, pères et mères des volontaires, ainsi qu'à la fabriciltiori d'âi-mes et à la paye des citoyens qui forrrieht l'arrhée révoluticnnaii-e.

Le Conseil rejette les propositions faites de inettre eh état d'arrestation les vingt-déUX ; il attend qii'iin décret les y mette ; il les entend avec indigndtioii.

Un inembre rend compte d'un déci-et rendu, portant : i° que les comités de sections resteront erl perrhanëHce et communiqueront avec le Comité de salut public.

i" Càssatiort du Cdttllté des douze et apposition des scellés chez les membres de ce Cottiité.

Commission nomttiéé pour examiner les lettres (l).

Députation nombreuse pour porter îl la Convention l'adresse contenant des mesures de sûreté générale, entre autres le décret d'accusation contre les vingt-deux. La Convention ajourne à trois jours à prorironcer sur l'adresse dii peuple de Paris relative aux vingt-deux (2).

L'adhésion de la section de la Fraternité.

Les citoyens armés accorrt'pagnerit jusqu'au Conseil les membres du Conseil qui ont été dans les sections faire des proclamations.

Pierre Martin, tournaisien, désèrtëiir autrichien, est admis à la prestation du serrtieftt.

Plusieurs sections témoignent (1) qu'elles ne sont point dans l'intention d'attendre le délai de trois jours fixé par la Convention pour entendre le rapport du Comité de salut public sur les différents chefs d'accusation contre les membres qui ont tfahi la République.

m C*est le cnbiuel noir dont parle .Mortimer-Ternaux, Histoire ât la Terreur,

t. rni. p. 455.

(2) Séance de la Convention du i" juin au soir. Moniteur, rcimp., t. XVI, p. 545. A ce moment il est minuit.

(^1 G*e»t Ici que cortlmence le rétlt de la séance du Conseil général du 2 juin au matin.

Arrestation du courrier adressé à Barbaroux.

Fâcheuses nouvelles arrivées de Lyon.

Clôture des spectacles.

Le commandant général annonce au Conseil qu'il a pris les plus grandes mesures, que tous les postes sont garnis et que plus de quarante traîtres vont être arrêtés d'ici à ce soir.

Le Conseil général arrête : 1° qu'aucun ci-devant noble et aucun prêtre réfractaire ou assermenté ne pourra remplir les fonctions d'officiers ou fonctionnaires publics.

2° Qiie les sections sont invitées à expulser des comités révolutionnaires et civils, ainsi que des tribunaux de paix, tous les signataires de pétitions des 8,000 et des 20.000, les clubistes de la Sainte-Chapelle et des Feuillants.... Plusieurs sections, qui partent pour la Vendée, viennent demander leur drapeau.

Fausses nouvelles répandues dans le Conseil touchant une prétendue invasion dans la salle de la Convention.

La commune d'Auxerre, dans une adresse antérieure, manifeste le vœu que la Commune de Paris.... (sic).

Un membre annonce qu'un député a voulu tirer son pistolet, mais.... etc.

Provisions en vivres accordées aux bataillons qui sont sous les armes. Sur la nouvelle que, dans ce moment, quelques députés sont sous la sauvegarde du peuple, un membre propose, au nom du Comité révolutionnaire, de donner à la Convention des otages en nombre égal à celui des députés arrêtés. Chaumette combat cette mesure, en disant que tout Paris doit se constituer en otage envers la Convention et les départements, et que cette mesure rappelle des dispositions hostiles.

On annonce au Conseil que la Convention est sortie en masse du lieu de ses séances et que la force armée est restée inactive.

Commissaires envoyés pour s'assurer de la réalité du décret qui met en état d'arrestation les vingt-deux.

DE CHAUMKTTE I93

Un membre, député à la Convention, fait son rapport et assure que le décret vient d être rendu.

Des membres du département se rendent au sein du Conseil, à l'effet de fraterniser avec lui. communiquent le décret, . rendent hommage au peuple qui vient de sauver la chose publique et l'invitent à continuer de déployer cette énergie qui l'immortalisera dans l'histoire.

Commissaires envoyés chez le ministre de la Justice pour

demander officiellement le décret etc.

Des volontaires de la section du Finistère (inculpée), qui ont combattu glorieusement à la journée du lo aoijt, demandent s'ils sont encore dignes de combattre sous les drapeaux de la patrie : le Conseil .se lève simultanément en criant : « Oui », etc....

Le lundi 3 juin.

Le Comité révolutionnaire, invité à faire son rapport sur ce qui concerne les barrières et les spectacles, entre dans les plus grands détails sur les opérations dont il s'est occupé constamment hier ; il offre même de donner sa démission pour ne pas con.server trop longtemps des pouvoirs illimités.

Le serment révolutionnaire est prêté par le citoyen Lesguillicz (1). administrateur des domaines et finances.

Les citoyens gendarmes de la 33' division, de service à la maison commune, Vanves. Neuilly. Montreuil, Sèvres, Saint- Denis, Aubervilliers, Vaugirard, Mont-Rouge, Maisons-Alfort, Bourget(2'

Il) Lesguilliez l'aiiié, Charles, épicier, 50 ans, dcmcuratu rue des Lonib.irds. Electeur en 1789 et 1790, officier municipal de Paris et administrateur en 1790, officier inunicipal et administrateur des domaines et finances de la Commune du 10 août et de celle du 2 décembre 1792. (Voyez Charavay, V Assemblée électorale He Paris, t. I, p. 29, II, 597 et III, 716).

(2) Cette dernière phrase est inachevée dans le texte original. Elle est d'ailleurs séparée de ce qui précède par un feuillet blanc.

194 pAi>iERs

Arrêtés du Conseil général de la Commune de Paris relatifs aux différents cultes et aux prêtres ( i )

12 vendémiaire an II. — Le Conseil génénil nomme Crespin et Beaurieu commissaires, à l'effet d'assister à l'ouverture des caisses d'or et d'argent provenant des maisons religieuses, envoyées à la monnaie par le district de Moulins (2).

22 vendémiaire. — Sur la proposition d'un membre, le Conseil général invite sa commission de correspondance à écrire dans le plus court délai à la société de Tours pour l'inviter à briser la Sainte- Ampoule (3).

Le Conseil général donne acte aux membres composant !e tribunal de commerce de la cessation qu'ils ont ordonnée d'une messe qui se disait tous les jours avant l'ouverture de l'audience et du dépôt qu'ils font des objets suivants.

Suit la désignation.

Arrête que le susdit dépôt restera entre les mains du secrétaire-greffier, qui sera tenu d'en donner connaissance au corps municipal pour qu'il statue sur l'emploi dudit dépôt, qui est un bien communal (4).

2j vendémiaire. — Le Conseil arrête qu'il sera défendu auX ministres de tous les cultes d'exercer leurs fonctions a l'extérieur, etc.

(1) Arcli. n.it., T 1611.

(2) Je n'ai trou\é cet arrêté nulle aturc part. (j) Mênit observation.

(4) Ot arrêté, que je n"ai pas trouvé ailleurs, complète Jeux arrètéi» antérieurs du Conseil généial : le 17 vemlémiaire iAjjichis de la Commiim, n" 109, du 9 octobre;, le C^oinité de salut public du département de Paris vint dénoncer le tribunal de commerce, dont les membres assistaient tous les irercrcdis à une messe suivie d'un « somptueux dîner ». Le Conseil général supprima le diner et nomma une commission pour faire une enquête. ^Voj'ez le Mointcur du 19 vendémiaire, réimp., t. XVIII, p. 74 .) Le lendemain, 18 vendémiaire, les commissaires firent leur rapport : le repas, diient-ils, est des plus simples. On fit ensuite lecture d'une lettre des juges du tribunal de commerce au Conseil génér.al [Afficlx-s itt' la Commune, n" 110, du 10 octobre).

bE CHAUMETTE Iqk,

Arrête en outre l'envoi du présent au commandant général, aux comités révolutionnaires et civils et à tous les ministres des différents cultes (l).

24 vendémiaire. — Sur la réquisition du procureur de la Commune, le Conseil général arrête :

1" Que l'argenterie delà chapelle de la maison commune, ensemble le calice et la patène provenant de la chapelle du tribunal de commerce, seront portés à la monnaie par Grépin et Follope, qui échangeront ces objets en numéraire et porteront ce numéraire à la Trésorerie nationale;

2" Les commissaires désignés verseront entre les mains du secrétaire-greffier, sur sa responsabilité, les sommes qu'ils retireront en assign'its de la Trésorerie nationale, pour lesdites sommes former un dépôt de bienfaisance à la disposition de la Municipalité ;

3° Les objets en cuivre seront estimés et transportés à l'Arsenal; le linge fin, qui était employé au service du prêtre et de l'autel, sera employé, sous l'inspection des commissaires, à faire des chemises à nos frères d'armes ;

(i; Voici le texte Je cet arrêté dans les Affichu de la Commune, n" 114, du J4 Vendémiaire : « Le procureur d« la Commune parle da charlatanisme des pritres, sur les simagrées de ces hypocrites, qui s'emparent de l'homme à sa naissance et ne l'abandonnent qu'm tombeau ; il [fiiill sentir d'une manière touchante combien ces deux époques doivent intéresser tout républicain ; il demande et le Conseil arrête qu'il sera nommé une commission eliargée et'ftxaminer cet objet et l'aire un prompt rapport; il arrête en outre qu'aucun ministre, de tel culte qu'il soit, ne paraisse hors du temple sous aucun costume que celui de citoyen. « — (^et arrê-té a été imprimé sous forme d'atHcIie : iSib. nat., Lb*" 11 54 g (Recueil r'actîce. Voici ce texte ; « Commune de Paris. — Extrait du registre des délibérations du C-onseil f<énéral du vingt-troisième jour du premier mois de Tan second de la République française nue et indivisible. — Le (^nscil général arrête qu'il sera défendu aux ministres de tous les cultes d'exercer leurs fonctions à l'extérieur des maisons destinées pour l'exercice de ces ditlérents cultes ; arrête en conséquence que le présent sera envoyé au commandant général. .qui est invité à le faire connaître par la voie de l'ordre à toutes les sections. — Arrête en outre que le présent arrêté sera imprimé, alHché et renvoyé à tous les ministres des cultes connus dans Patij, aux rabbins, prêtres russes, prêtres catholiques, ministres protestants, quakers et autres, â tous les comités révolutionnaires et commissaires de police des sections. — Signe : Lubin, vice-président ; Dorat-C^ubières, secrétairegretlier adjoint. — Pour extrait conforme : Dorat-C^ubiércs, secrétaire-greflier adjoint. «

4° Les matrices de toutes les médailles frappées par les prévôts des mmrchands et échevins, ainsi que par la municipalité Bailly, seront mutilées et envoyées à l'Arsenal;

5" L'armoriai de la ville de Paris sera brûlé ; les livres d'église seront vendus à l'épicier;

6° Les musiciens de la gendarmerie de la maison commune déposeront au secrétariat les timbales et tabliers des timbales et les ornements des trompettes chargés d'armoiries brodées en or, pour lesdits ornements être anéantis et brûlés en présence des commissaires ci-dessus désignés, et les sommes en provenant être versées dans la caisse de bienfaisance;

7° Et enfin le présent arrêté sera communiqué au corps municipal pour qu'il en ordonne l'exécution (i).

ij vendémiaire. — Sur la réquisition du substitut du procureur de la Commune, le Conseil général arrête qu'il sera défendu de vendre ni montrer des objets de jonglerie superstitieuse, tels que saints suaires, ecce homo, cors de saint Hubert, bagues et chapelets, etc.

Les comités révolutionnaires seront autorisés à saisir tous ces objets (2).

28 vendémiaire. — Sur la réquisition du procureur de la Commune, le Conseil arrête que des commissaires seront adjoints à la Commission des travaux publics pour débarrasser les sépultures de ce qu'elles ont desombre et de rebutant.

(i) Voici le texte de cet arrùlé d'après le Moniteur du 26 vendémiaire, réinip., t. XVÎU, p. 130 ; (I Chaumette informe le Conseil qu'il y avait dans la maison commune une chapelle où sont encore tous les objets relatifs aux mystères du culte catholique. II demande que ce qui est en argent soit porté à la monnaie et le cuivre à la fonte des canons ; il y a aussi, dit-il, un très grand armoriai, où sont très bien peintes les armes de tous les échevins et autres nobles (sic/ de Paris ; je demande les honneurs du bûcher pour ces monuments de l'orgueil. Le Conseil adopte cette proposition. »>

(2) hc !XCofii leur du 29 vendémiaire donne cet arrêté à peu près dans les mêmes termes. Voyez la réimpression au tome XX'III, page 155. Le DtCcnileiir ajoute ceci au texte ci-dessus ; « Il est aussi défendu de vendre dans les rues de l'orviétan et des eaux médicinales. »

DE CHATMETTE iq-J

Les commissaires sont Arnaud et Paris (i).

Le Conseil arrête que le plomb, le fer et le cuivre, qui sont dans les caveaux des églises, seront enlevés pour le service de la guerre.

Et, sur la réquisition du procureur de la Commune, que le tombeau de M. de Caylus sera transporté de Saint-Germainl'Auxerrois au Muséum(2).

II) Sur cet arrêté et le réquisitoire, très important de Chauniette. qui le précéda, voici ce que je trouve, aux Affiches de la Commune, n° 119, du 29 vendémiaire et au Courrier français du 30 vendémiaire. — {Courrier français du 30 vendémiaire) : u .\vril [administrateur des travaux publics] propose, dans une adresse i la Convention , dont il donne lecture, de changer le nom du monument des Invalides en celui de Temple de l'Humanité, et de transporter les cimetières des grandes villes aux quatre coins de leur circonférence. Il donne la description de ces derniers asiles, contre laquelle Chaumette s'élève avec force ; il voudrait qu'au lieu dV avoir des cyprès noirs, les tombeaux fussent environnés de fleurs, il désirerait respirer l'dme de son père dans une rose ; il craint de plus que, suivant ce plan, on ne réveille ies messes de lequiem. Il propose et le Conseil nomme une Commission qui s'adjoindra à celle dé].! nommée, à l'effet de débarrasser les sépultures de tout ce qu'elles ont de lugubre et de rebutant et qu'on suivra sur tout les mesures adoptées par I-ouché dans son arrêté que nous avons publié. » — Affiches de la Commune, n" 119, du 29 vendémiaire) : « La Commune des Arts, conjointement avec l'administration des travaux publics, communique au (Conseil général deux pétitions, qu'elle se propose de présenter.! la Convention, et qui ont pour but : l'une l'établissement d'édifices ou espèces de temples â la liberté et à l'humanité, et déplorer (i/r), sous l'ombre lugubre des arbres qui les entoureront, l'humble et respectable tombeau des héros, des amis de la patrie, sur lequel on lira des inscriptions touchantes. Chaumet observe qu'il est inutile d'aller à la Convention; la loi est portée, c'est à la Commune de l'exécuter. Il préfère au projet de cette pétition l'idée de Fouché, qui place dans les lieux où dorment nos pères la statue du Sommeil. Point de cyprès, point d'arbres lugubres; que tout rappelle des idées douces, agréables et touchantes, comme la vertu, qui a rendu les hommes respectables; que tout rappelle, non pas un enfer, un purg.itoire inventé pour faire bonne chère aux prêtres, mais le doux repos dont jouissent les morts; qu'on y voie des peupliers, un tombeau gai, pour ainsi dire, comme à Ermenonville, et non pas des os décharnés, des tètes de morts, qui représentent la destruction et ne font point songer à l'immortalité; qu'on y trouve, avec un orgueil patriotique, le plaisir d'avoir eu pour parent, pour ami, un homme vertueux, un homme qui a bien mérité de ses semblables et de la République. II n'v a que les prêtres qui aient voulu éterniser la douleur; les premiers moments qui suivent la perle d'un ami peuvent être consacrés aux larmes, mais la nature a voulu que les larmes fussent passagères et que le bonheur soit de tous les jours. Celui pour qui la mort est sujet de terreur ne peut être que- l'homme qui a mal vécu. Chaumet requiert que le Conseil se saisisse de cette pétition et que deux commissaires soient choisis pour apporter au projet présenté les modifications nécessaires et l'identifier avec celui de Fouché. — Arnaud et Paris sont nommés, 1.

(J) La première partie de cet arrêté seulement (celle qui a trait .i l'enlèvement des plombs et fers des caveaux des églisesi se trouve aux Affiches delà Commune, n° zi(), du 29 vendémiaire et au Moniteur du jo vendémiaire, rcimp., t. XVIII, p. 161. Cette mesure fut prise sur une lettre de Dupin, adjoint au ministère delà Guerre.

2 bvumahe. — Le Conseil général, informé qu'au mépris de la loi il existe encore, dans plusieurs rues de Paris, des monuments du fanatisme et de la royauté ;

Considérant que tout acte extérieur d'un culte quelconque est interdit par la loi;

Considérant qu'il est de son devoir de faire disparaître tous les monuments qui alimenteraient les préjugés religieux et ceux qui rappellent la mémoire exécrable des rois, arrête:

Que dans huit jours, les gothiques simulacres des rois de France, qui sont placés au portail de l'église Notre-Dame, seront renversés et détruits, en charge l'administration des travaux publics* sur sa responsabilité.

Arrête en outre que la statue de la Vierge de la rue aux Ours sera détruite.

Arrête de plus que toutes les autres effigies religieuses qui existent dans les différents quartiers de Paris seront enlevées, que tous les marbres, bronzes, etc., sur lesquels sont gravés les arrêts des parlements contre des victimes du fanatisme et de la férocité des prêtres seront également anéantis.

Le Conseil général invite les sociétés populaires à désigner et les comités révolutionnaires à faire totalement détruire les monuments de la barbarie (i).

3 brumaire. — Le Conseil entend la lecture et arrête mention au procès verbal et insertion aux Affiches d'une lettre venant d,e Pontoise, annonçant les funérailles de l'aristocratie et du fanatisme et l'envoi à la Monnaie de saints et de saintes d'or et d'argent (2).

(i) Cet arrêté se trouve, dans des termes presque identiques, aux Affiches dt In Commune, n° 122, du 5 brumaire et aux Courrier français et Joiinuil Je Paris du 4 brumaire. Les Affiches de la Commune, n° 125, contiennent une dénonciation contre celte statue de la VIeige, dénonciation adressée à Cliauirette par « C.B. Auger, frère de feu l'ahbé Auger, traducteur des anciens 0. On décide de la remplacer par une statue de Marat.

;3; Voyez le Monilciir du î bnimaire, réinip., t. XVIII, p. 20g; il donne cet àrrélé avec plus de détails.

DE CHAUMRTTE I99

4, y 6, 7, 8, (), 10 11, 12. 13 brumaire. — Rien (i).

14 brumaire. — Le Conseil général arrête:

r Que tous les objets d'or et d'argent qui se trouvent dans tous les établissements publics, maisons de culte et autres de la Commune de Paris, seront portés à la Monnai* ;

2° Qu'il sera demandé à la Convention nationale, conjointement avec la commission de bienfaisance, une avance de cent mille livres par mois pour subvenir à l'entretien, le vêtement, la nourriture et le travail des citoyens indigents, laquelle somme sera remboursée par les assignats provenant de l'échange qui sera fait à la monnaie contre lesdits effets dor et d'argent;

3" Le présent arrêté sera envoyé aux comités révolutionnaires des sections, lesquels, avec le secrétaire-grefïier de leur section, dresseront l'état desdits effets d'or et d'argent qui se trouvent dans les différents établissements publics de leur arrondissement et les feront transporter à la Monnaie;

4° Les comités révolutionnaires déposeront à la Commune les états qu'ils auront dressés (2).

;i) Je trouve cependant pour ces (Quelques séinces du Conseil général trois incidents relatifs â la religion : ip.ince dit 6 krumairf [Affiches de la Comiiiiiiie, n" 126): Pétition des gendai-nies de la J5» division pour la suppression des conimandenienis : « Le bon Dieu, le feu, le briiil », car, disent-ils, il ne saurait y avoir aucune identité « entre l'auteur de la nature... et un morceiu de pain azyme ». 11 est défendu aux prêtres de sortir dans les rues. Alors t « Pourquoi les boulangers spirituels portent-ils eu cérémonie leur onguent â leurs dévots? » — Sétmcedu 8 bruvtaire : I-es Affiches de la ('.■iiimiuie. n* 128, contiennent le texte d'une " lettre du citoytn Maranges au Conseil général de la Commune de Paris, du octodi brumaire ». C'est un instituteur qui déclare avoir remplacé dans sa classe l'Évangile et le catéchisme n par l'inimortelle Déilaralion des Droits de l'homme et par la (institution », et qui demande au Conseil, pour remplacer l'ancien Testament, • livre dans lequel on les fait lire », « que le ('onseil général fit imprimer uft livre dans lequel fussent rapportés les traita de vertu qui ont le plus honoré la Révolution française ». — Séance du 9 brumaire {Journal de la Montagne, n° 152, du ti bruirtaire : Un autre i.;stituteur, le citoyen Barbe, envoie « ses lettres d'instituteur » et déclame contre « cet amas informe d'iJé-'s vagues et monstrueuses dont jadis on emplissait le catéchisme que l'on enseignait aux enfants ». Mention civique ou procès- verbal

'2) Cet arrêté fut pris sur le réquisitoire de Cliaumette et à la suite d'une démarche de la Commission centrale de bienfaisance, qui désirait obtenir au prolit des pjuvres les bénéfices provenant de la loterie nationale. Gf. le Moniteur Ju 16 brumaire, réimp., t. XVIII, p. 541.

I y brumaire. — Le Conseil arrête l'insertion aux Affiches du rapport fait sur la translation de la châsse de sainte Geneviève.

Le procureur de la Commune rend compte de la scène sublime qui s'est passée à la Convention, où le fanatisme a rendu le dernier soupir, où tous les brevets de charlatans et de jongleurs en religion ont été déposés sur l'autel de la patrie, où les ministres de tous les cultes se sont embrassés fraternellement en abjurant leurs erreurs, etc., (i).

i8 brumaire. — Le Conseil général arrête que chacune des sections est invitée à faire dresser procès-verbal de tous les effets d'or et d'argent, étoffes, etc., qui sont dans son arrondissement: que le poids des matières d'or et d'argent sera constaté; que les pierres précieuses seront préalablement retirées, examinées et constatées par leur poids, et qu'il sera dressé procès-verbal du tout; arrête en outre que les étoffes et les diamants seront rapportés à la maison commune et y resteront déposés; comme aussi qu'il sera nommé des commissaires pour dresser l'état général du tout; arrête en outre que les citoyens ou citoyennes, employés à dégalonner les ornements, seront payés par la Monnaie, et en faisant le dépôt desdites matières d'or et d'argent.

Le Conseil arrête qu'une commission centrale sera nommée à l'effet de faire exécuter dans les sections les arrêtés du Conseil relatifs aux effets religieux et s'ajourne à demain pour la nomination des commissaires {2<.

I g brumaire. — La section de la Maison-Commune et celle de Bonne-Nouvelle font part de l'arrêté qu'elles ont pris una-

(i) Ces deux .irri-tés ne sont qu'un résumé du récit qui se tiouve .lUx .-Ijjichrs lie tu Commune, n" 156, du iS brumaire, et ;ui Moniteur du 19 brumaire, réimp., t. XVIII, p. 565. Le procès-verbal d'enlèvement de la chasse de sainte Geneviève se trouve aux Afficties, n°' 149 et 150, des 5 et 4 frimaire.

(2) Cet arrêté se retrouve aux .ifficljci de la Couunni:e, n" 157, et au Monittur du 10 brumaire, réinip., t. XVIII, p. 375.

DK CHAL'METTE 20I

nimement de ne reconnaître d'autre culte que celui de la liberté et de la raison.

Le Conseil reçoit la déclaration et en arrête la mention au procès-verbal (i).

Le Conseil général, sur la motion d'un membre, autorise les comités révolutionnaires de chaque section qui aura déclaré ne reconnaître d'autre culte que celui de la liberté et de la raison, à s'emparer de tout l'actif et mobilier qui se trouvera dans chaque église, et qui n'aura pas été porté à la Monnaie ou mis à la disposition de la République; invite les membres dudit comité à dresser un état des objets dont ils se seront emparés et à le remettre à la commission des domaines nationaux, laquelle est autorisée à faire vendre lesdits objets et déposer le prix à la Trésorerie nationale (2i.

Des aveugles des Quinze-Vingts, membres de la section du même nom, demandent à n'avoir plus de cloches ni d'ornements d'église et qu'on lève les scellés qui avaient été mis 3ur ces objets et qu'ils soient portés à la Monnaie.

Le Conseil arrête que la section des Quinze-Vingts sera autorisée à faire lever lesdits scellés (3).

Et sur la motion d'un membre, le Conseil général arrête qu'il y aura à la Monnaie un registre où l'on pourra connaître les dépôts qui auront été faits, la nature de ces dépôts et l'épo-

(i) Version senibKible aux A^cbti de la Coinmittir, n* 138, du 21, et au Moniteur, réimp., t. XVHI, p. 581. L*arrété de la section de la maison commune a été imprimé en forme d'affiche. On en trouvera un exemplaire aux Arcliives nationales: |DXL, canon 2j] liasse 77 (pièce 57).

{2) Version presque identique à celle du Moniteur, réimp., t. XVHI, p. 581, du Courrier républicain et du Journal de Paris du 21 brumaire. Le Journal de la Montagne, n" 162, du 21, donne cet arrêté sous une forme à peu près semblable. (^t arrêté a été imprimé sous forme d'affiche : Bib. nat., Lb'" 11 54 g 'Recueil factice) et Bib. de la ville de l'aris, collection d'affiches, cotée 10569 A (portcleuillc n' 4).

j Les Afficlxi de la Commune, n" Ij8, du 21 brumaire, donnent cet arrêté sous une forme ;'i peu près semblable, mais y ajoutent cette phrase : n Le procureur de la Commune dit que ces aveugles ont plus de lumières que ceux qui sont clair\'oyants. Le Conseil applaudit et arrête la mention civique. >i

202 pai>ii:rs

que où ils auront été faits; arrête en outre que le présent sera envoyé au ministre de l'Intérieur, avec invitation de donner des ordres pour l'ouverture dudit registre (i).

21 brumaire. — Le Conseil arrête que la section des Lombards et celle de Beaurepaire seront invitées à fermer leur église, vu qu'elles ne veulent plus reconnaître d'autre culte que .celui de la liberté.

La section des Quinze-Vingts vient déclarer qu'elle ne reconnaît plus d'autre culte que celui de la liberté et de la raison.

Le Conseil applaudit au nouveau pas que fait cette section dans la philosophie [2).

Les comités révolutionnaires de la section de l'Arsenal, des Droits de l'homme et de l'Indivisibilité annoncent au Conseil qu'ils se proposent de conduire à la Convention tous les ornements et l'argenterie de l'église Saint-Paul, ainsi que l'arche.

Le Conseil applaudit à cette opération philosophique et en arrête la mention au procès-verbal (3).

La section du Muséum fait part d'un arrêté par lequel elle a porté à la Convention les ornements et les effets de culte de la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois et parce qu'elle a fait fermer les portes de ladite église et défendre aux prêtres d'y exercer aucunes fonctions, elle croit devoir communiquer ces mesures au Conseil général.

(i) Cet arrêté, qui n'est pas aux Ajfichis <)e la Ci'inmiiiu; ni au Moniteur, est donné par le Courrier républicain et le journal de Paris du 21 brumaire, qui le placent iramédiaten-ent après l'arrêté qui autorise les comités révolutionnaites à s'emparer de tout l'actif et du mobilier des églises.

(2) Les deux arrêtés précédents reproduisent exactement le texte des Affiches de la Commune, n" i J9, du 22 brumaire.

(5) Voici ce qui correspond à cet arrêté dans les Affiches de la Commune, n° 1^9 : i< Les comités révolutionnaires des sections de r.^rsenal, des Droits de l'Homitie et de l'Invisibilité annoncent au Conseil général qu'ils ont fait main-basse sur les vases et ornements de l'église Saint-Paul ainsi que [sur] l'arche. Nous porterons, dit l'orateur, à la Convention, les clefs de saint Pierre; h par.idis est ouvert ; nous pouvons tous y entrer ; le (À>nseil applaudit et arrête la mention civique aM procès-verbal: »

DF, C.HAt.'MFTTF. «03

Le Conseil applaudit à ces actes de républicanisme et en arrête la mention civique (i).

La société populaire de la section des Droits de l'homme, chargée par cette section, vient annoncer au Conseil que suivant le grand exemple donné par les autorités constituées de Paris, elle ne reconnaît plus d'autre culte que celui de la liberté et de la raison.

Le Conseil reçoit avec plaisir cette déclaration et en arrête mention civique et insertion aux Affiches (2).

La section des Lombards annonce qu'elle ne reconnaît plus de clergé, plus d'autre culte que celui de la liberté, de la vérité et de la philosophie.

Le Conseil applaudit à cette déclaration (3),

Un membre de la section des Gravilliers annonce qu'elle a ordonné la fermeture des églises de son arrondissement, et qu'elle se propose d'emporter les effets du culte à la Convention.

Le Conseil applaudit à son zèle patriotique (4).

i Les Afficlies île Li Commtme, qui Jonnent aussi cet arrête, a;oulent ceci : t> Elle [la section du Muséum] prévient que des dévotes sont déjà converties à la raison, qu*elles ont déposé leurs livres de patenôtres, qu'elle en fera une collection qu'elle traînera dans une voiture pour être brûicc sur la place du Temple de la Kaison. »

,2j Les Afficb's de la Commuât, n" 159, ajoutent : la société » a prononcé un discours que nous donncrous inccssaninient ■*, Le n° 141 des Affiches reproduit non pas ce disjours, mais un « extrait des registres de l'assemblée générale des Droits de l'Hon^.nte lu en la séance du (lonseil général le lundi 20 brumaire n. Dans la séance du 21 brumaire, la société populaire de la section des Droits de rHoninic, demanda aussi « que la place du Marché-Saint-Jcan porte le nom de place des Droits-Je-l'Homme i- [Affiches de ta commune, 11° 140, du 23 brumairej.

} Ot arrêté ne se trouve pas aux Affiches île la Commune, n"> 159, du 22 brumaire. l)cllcs-ci donnent en revanche le texte suivant : « Des députés de la section de Beaurepatre déclarent, au nom de l'assemblée générale, qu'elle ne reconnaît plus d'auire divinité que la vérité et la raison ; ils demandent que l'administration des travaux publics lasse disparaître jusqu'au moindre si^'ne de l'erreur et du fanatisme. » C'est évidemment .à la suite de ces deux mcidents que le (x>nseil général prit l'arrêté placé par Chaumette i l'ouverture même de la séance.

4) Je ne trouve pas ce texte aux Alficbis de la Communt. 'foutes ces démarches auprès du (xinsell gét^éral, dans cette sédnce du 21 brumaire, sont à peine mentionnées par lu Mptii:eur, qui se borne -h donner la liste de çe& sections. Le

204 l'APIKRS

22 brumaire. — Le comité révolutionnaire de la section de la Réunion apporte des croix, calices, soleils, etc., appartenant aux ci-devant cultes juif et catholique ; des membres de la députation observent que. parmi les objets déposés, il s'en trouve quelques-uns qui appartiennent à des individus de la secte juive; le citoyen Jacob Benjamin, de la religion de Moïse, Abraham et Jacob, demande, au nom de ses cosectaires, de n'être plus regardés comme appartenant à telle ou telle secte, mais comme citoyens français, et, quant à lui, il renonce volontiers au profit de la nation à tous les objets qui pourraient lui appartenir parmi les effets présentés au Conseil.

Le Conseil général applaudit vivement aux expressions

Courrier républicain et ]e Journal de l'nris du i; brumaire, qui sont identiques l'un à l'autre, donnent un texte un peu plus complet que celui du Moniteur, mais ils n'ajoutent guère que ceci .i la version des Affiches de la Commune: « Chaumette instruit le Conseil que les juifs portent aussi l'argenterie de leurs synagogues à la Convention. Le Conseil applaudit. Plusieurs ci-devant prêtres, la plupart époux et pères, viennent abjurer leurs vieilles erreurs et déposer leurs titres de prêtres, etc. « — Voici maintenant, d'après les Affiches de la Commune, n" 139, du 22 brumaire, deux incidents de cette séance omis par le copiste de Chaumette : « Barucand, membre de la Commune du 10 août et l'un des commiss.aires du comité révolutionnaire de la section de l'.\rsenal, se présente au Conseil avec son épouse et ses enfants ; il demande à être débaptisé, dêmarié, et que, sans faire divorce avec son épouse, il reçoive de suite le mariage républicain. Le Conseil, se bornant au pouvoir qui lui est confié, arrête que l'époux aura le nom de Chàlicr, l'épouse Atrié, l'aîné des petits garçons Aristide. le plus jeune Régulus, l'ainoc des petites filles Porai (sic) et la plus jeune Kponème, et que ces noms seront consignés au procès-verbal », et plus loin ; « On fait la motion que le pont Notre-Dame porte le nom de pont de la Raison, par une conséquence nécessaire, relative à la fête célébrée la veille dans le temple de la Raison, dénomination républicaine donnée à la ci-devant métropole. Un membre propose le renvoi à l'administration des travaux publics. Le Conseil appuie la motion et arrête surle-champ que le pont Notre-Dame sera appelé pont de la Raison. Des députés de la section de la Cite se présentent peu après, et demandent que la section porte le nom de section de la Raisoti. que le même nom soit substitué au pont, à la rue et au parvis Notre-Dame. La proposition est acceptée. » — Voici encore un arrêté qui dut être pris par le (Conseil général dans cette séance du 21 brumaire; c'est un extrait du procès-verbal du Conseil général de la Commune, reproduit au registre des séances du comité révolutionnaire de la section Le Pelletier. .Arch. nat., F'* 2478. Séance du comité révolutionnaire du 21 brumaire ; n" de l'affaire ; 585 : « Commune de Paris Extrait des délibérations. — Sur la proposition d'un membre. le Conseil général, arrête qu'il sera ouvert au secrétariat de la maison commune un registre sur lequel on inscrira les déclarations des citoyens qui désirent renoncer à la qualité de prêtre et abjureront l'état de ministre ou d'officier public d'un culte quelconque. — Signé ; Coulombeau. «

philosophiques du citoyen Benjamin Jacob et à son désintéressement, en arrête la mention civique au procès-verbal et l'insertion dans les Affiches de la Commune.

Plusieurs citoyens lui donnent le baiser fraternel. Un membre du comité révolutionnaire de la section de la Réunion croit devoir rendre hommage au zèle patriotique et éclairé des citoyens ci-devant juifs, qui presque tous ont prévenu les vœux du comité révolutionnaire en apportant euxmêmes leurs reliques, entre autres la fameuse chape de Moïse, etc.

Le Conseil [ordonne] la mention civique de la conduite de ces citoyens, et, sur la réquisition d'un membre faisant fonction de procureur de la Commune, le Conseil général arrête que tous les objets déposés dans le Conseil seront portés surle-champ à la Monnaie, conformément aux décrets de la Convention, sans en excepter la chape de Moïse.

Le substitut du procureur de la Commune présente différentes reliques avec les étiquettes.

Le Conseil arrête que toutes ces béatilles seront déposées aux archives de la Commune pour être ensuite brûlées.

La section des Champs-Elysées déclare qu'elle renonce à l'unanimité au culte catholique pour ne s'occuper que de celui de la vérité et de la raison.

Le Conseil applaudit aux principes philosophiques de cette section et lui donne acte de sa déclaration.

l.a société populaire de la section du Muséum vient annoncer au Conseil que les citoyens de cette société ont brûlé bréviaires, missels, oraisons de Sainte-Brigitte, etc.

Le procureur de la Commune, après avoir félicité notre siècle de l'heureuse révolution qui s'est opérée dans les idées, annonce que, dans la section de Bonne-Nouvelle, il a été arrêté que. le jour de chaque décade, à l'heure où les prêtres dis;iient la messe, il serait établi un cours de morale publique.

Le Conseil général invite les sections à suivre cet exemple(i).

25 brumaire. — Un citoyen, ministre protestant d'une assemblée séante à Saint-Thomas-du-Louvre. vient apporter au sein du Conseil les seules pièces d'argent qui servaient à ce culte.

Le Conseil arrête mention civique de ce dépôt au procèsverbal et invite les citoyens à porter ces objets à la Monnaie, ce qu'ils ont exécuté sur-le-champ.

(i] Los arrêtes de cette séance ont étc évidemment empruntés par le copiste de Chaumette aux ^Affiches de la Commune Cn" 140, du 25 brumaire, dont la version est de beaucoup la plus complète de toutes. Mais Chaumette ne donne qu'une partie de la séance telle qu'elle est rapportée aux affiches. Voici, d'après cette source, les arrêtés qu'il passe sou? silence : 0 Le président entonne ensuite l'hymne des Marseillais, dont les citoyens répètent le refrain. Le Comité révolutionnaire emporte tous les saints, les calices, etc., aux acclamations de toute l'assemblée. ■» Ht plus loin : t Plusieurs citoyens prêtres, et, entre autres, le citoyen Aubert, curé de Saint-Augustin, accompagné de tous ses vicaires, déposent leurs titres de prêtrise et déclarent au C-onseil que, dès cet instant, ils renoncent aux fonctions sacerdotales, que le caprice de leurs parents et des circonstances particulières les avaient forcés d'embrasser. Ils rendent honimat^c aux principes philosophiques du siècle et se félicitent d'être délivrés d'un joug qui contrariait si cruellement la nature. Le Conseil en renvoie une grande quantité au secrétariat pour y faire inscrire leurs déclarations dans le registre à ce destiné. Le substitut du procureur de la Commune présente au Conseil différentes reliques, avec leurs étiquettes ; on y remarque entre autres trois yeux d'apôtres, faits avec de la poix résine; un (iiorceau de la robe de la Vierge, en soie et doiiblée de taffetas, un morceau de verge d'Aaron, avec laquelle il faisait sortir l'eau du rocher. Le Conseil arrête que toutes ces béatîlles, objets de la vénération de dévotes, seront déposées aux archives de la Commune pour être ensuite brûlées .avec d'autres. » Ht plus loin : « Sur la proposition d'un membre, tendant â abattre tous les clochers qui dominent les autres édifices et semblent contrarier les principes de l'égalité, le Conseil adopte la proposition et arrête qu'il en sera fait part au département. Le Conseil général arrête que Ton supprimera tous les saints qui sont au portail du temple de la Raison, mais sur l'observation du procurieur de la Commune, qui annonce que le citoyen Dupuis, fameux astronome, a trouvé son système planétaire dans les deux portes latérales, et qu'il faut concilier ce que l'on doit aux arts et à la philosophie, le Conseil arrête que le citoyen Dupuis sera adjoint aux administrateurs des travaux publics, afin de conserver les monuments dignes d'être conservés à la postérité. La section de la Fraternité demande, comme mesure de sûreté générale, que l'on mette en état d'arrestation tous les prêtres, alin de déjouer tous les projets des fanatiques et des contre-révolutionnaires. Le Conseil renvoie l'arrêté de la section de la Fraternité à l'administration de police pour se concerter avec le Comité révolutionnaire. Le procureur de la (Commune requiert que l'on change dans les hôpitaux les noms des salles dés malades, et que l'Hôtel-Dieu soit appelé Maison de l'Humanité. — Renvoyé aux travaux publics. — Il dit ensuite que, dans les hôpitaux, les femmes en couche manquent de tout; il requiert que les

DH CHArMETïË 5<>7

Le ministre protestant remet Targenterie qui servait au culte (i).

Un membre présente au Conseil un prêtre nommé Lépicié,

administrateurs des travaux publics emploieront tous les moyens d'améliorer ces établissements, tant pour U propreté que la salubrité, et les secours à des créatures aussi intéressantes. » A la fin de V^jjicbe se trouve la pièce de vers suivante :

n Vers pour être placés dans la ci-devant église ^otre-Davic, aujourd'hui le temple de la 'Jiitiseii :

Français, la raison vous éclaire, Venez l'adorer dans les lieux Où, BOUS le voile du mystère, Les prêtres trompaient nos aï'.'ux.

HnHn, l'infaillible nature, (induite par la liberté, Fait du temple de l'imposture I^ maison de la vérité.

Siguè : Les Commissaires-rédacteurs, Blin, Paris et Guyot. >»

Le Moniteur ne donne aucun détail nouveau relativement â cette séance du 22 brumaire, mais la version du Courrier républicain et du Journal de 'Paris du 34 brumaire complète sur deux points, d'une manière intéressante, tes détails donnés par Chaumette ou par les ».-ifficbes de la Cotumune.Voïci ces deux incidents d'après celte nouvelle source: «Avant la lecture du procés-verbal, les membres du Comité révolutionnaire de la section de la Réunion se présentent au Conseil, la télé couverte d'une mitre, le corps^atiublé d'une chasuble, portant dans leurs mains des calices, des ciboires, des saints-s;icrements, des crosses d'évèques, des croix, des bannières, etc. Les ornements du culte judaïque et catholique se trouvent en ce moment confondus, et c'est avec la fameuse tunique qui, dit-on, a été portée par Moïse, que l'orateur prononce sa harangue philosophique. Un membre de cette députation observe que, parmi les objets qui viennent d'être déposés, quelques-uns appartiennent à des individus de la secte juive. Une discussion allait devenir orageuse, lorsqu'un juif, nommé Jacob Benjamin, l'a terminée en déclarant qu'il sacrifiait volontiers à la nation tout ce qui pouvait lui appartenir parmi tes instru. mcnts rabbiniques, et qu'il préférait le titre glorieux de citoyen français à toutes les richesses. Le (U)nseil applaudit au désintéressement de ce citoyen ; le président lui donne l'accolade fraternelle. Un membre du (x)mité révolutionnaire rend hommage au xéle patriotique des juifs domiciliés dans la section de la Réunion ; mention civique. Le (Àmseil arrête que toutes les reliques du culte israélite et papiste, même la tunique de Moïse, seront portées â la Monnaie. • Ht plus loin : t La société populaire de la section du Muséum entre au Conseil en criant: Vive la raison ! et porttnt au bout d'un bâton les restes d'un livre encore fumants. Klle .mnoncc que les bréviaires, les missels, les heures, les oraisons de Sainte-Brigitte, l'ancien et le nouveau Testament, etc., ont expié dans un grand feu, sur la place du temple de la Raison, les sottises qu'ils ont fait commettre â l'espèce humaine. 0

(i; Ce dernier alinéa est en note dans le manuscrit, — ■ La version la plus complète de cet incident est celle du Journal df la O^oulagne, t. II, n' 2, du 2 S brumaire. La voici : « Une députation des protestants de la section du Muséum présente au Cx)iiseil quatre vases d'argent en forme de calice. Le citoyen Movron, président de la députation, donne lecture d'un arrêté et d'une adresse dont la

2o8 PAPIERS

qui, après avoir dit la messe, allait visiter les malades et qui s'est fait médecin.

Le Conseil l'exhorte à servir l'humanité sans aucune espèce de charlatanisme et arrête mention civique de sa conduite et le renvoie à l'administration des établissements publics pour l'employer, s'il est possible (i).

24 brumaire. — Le procureur de la Commune donne lecture d'un arrêté, approuvé par les représentants du peuple, et tendant à détruire entièrement le fanatisme et à fournir des fonds à la nation. La commune de Strasbourg a adopté les arrêtés des représentants du peuple qui annoncent que le fanatisme est tout près d'expirer dans ce département (2).

teneur suit : Délibération du consistoire de la société religieuse des protestants de Paris. Attendu le besoin de la République, l'appel fait aux différents cultes par les autorités constituées et des exemples respectables, le consistoire arrête qu'il ira déposer demain en offrande patriotique sur le bureau de la Commune ces quatre coupes ou calices, seules pièces d'argenterie employées à notre culte. » Puis le Journal de la Montagne donne le discours prononcé par Movron au Conseil général, ainsi que la réponse du président, qui était Lubin. On trouvera ces deux textes au OiConiteur, réimp., t. XVIII, p. 426.

(i) Je ne trouve pas ailleurs cet arrêté. Pour cette séance du 2; brumaire, les i.4Jfiche! de la Commune, n" 141, du 24 brumaire, ajoute)it à la version de Cliauniette deux incidents que voici: « Le citoyen Dutillct, la citoyenne son épouse et la citoyenne Montoison, leur tille, foiit hommage au Conseil d'un calice, de sa patène et de tous les ornements d'une chapelle domestique. Le Conseil a accepté ce don patriotique avec d'autant plus de satisfaction qu'à l'âge de 86 ans, on revient difficilement de ses préjugés. Ce don, fait en faveur des pauvres, est vivement applaudi. Le Conseil en arrête la mention civique au procès-verbal. — Le citoyen Lauvin, membre du Conseil, ayant été demandé par la comntune de Vézelay pour achever l'œuvre de la destruction du fanatisme dans le département de l'Yonne, le Conseil a adhéré à cette demande. Le citoyen Lauvin, pourvu en conséquence d'une autorisation du pouvoir exécutif, demande un passeport. Le Conseil arrête que, vu l'urgence, le présent pouvoir lui servira de passeport, et autorise son viceprésident et le secrétaire-greffier i apposer leurs signatures et le cachet de la Commune. »

(2) 11 s'agit dans ce paragraphe d'un arrêté pris par les représentants du peuple en mission auprès de l'armée du Rhin. Les affiches de la Commune, n° 142, du 25 brumaire, disent que Chaumette lut l'arrêté et que le Conseil en décida l'insertion aux affiches. On en trouvera le texte aux n°' 143 et 144 des ^iffichei. Les affiches de la Commune, n° 142, et le Courrier répuHicain, du 26 brumaire, rapportent encore un autre incident de cette séance : Chaumette aurait annoncé que le pape était dangereusement malade et que le Sacré-Collège avait ordonné diverses mesures : des prières publiques, la fermeture des spectacles, etc.

25 brumaire. — Déclaration de l'assemblée générale de la section de l'Homme-Armé, par laquelle elle ne reconnaît plus d'autre culte que celui de la liberté et de la raison.

Le Conseil arrête mention civique et insertion aux Affiches, de l'arrêté de cette section.

La section de la Réunion vient faire part de l'arrêté par lequel, suivant les grands principes de la philosophie et de la raison, elle déclare qu'elle va ordonner la fermeture des églises de son arrondissement et le renvoi de ses prêtres.

Le Conseil applaudit à cet acte de philosophie, arrête mention civique et insertion aux Affiches.

La section de Guillaume-Tell vientannoncer que. renonçant au culte de l'erreur et du mensonge, pour ne reconnaître que celui de la liberté et de la raison, elle a déclaré qu'elle fermerait les églises de son arrondissement et renverrait ses prêtres.

Le Conseil arrête mention civique au procès-verbal de ces opérations philosophiques.

La section de Mutius-Scaîvola se présente en masse pour dire qu'elle renonce au culte catholique ; c'est un hommage public qu'elle rend à la vérité, à la raison, et tout le peuple s'écrie : « Vive la République ! ». L'orateur annonce que décadi prochain, elle ferait sur le maître-autel l'inauguration des bustes de Marat. Le Pelletier et Mutius Scsvola. trois saints qui valent bien ceux du calendrier.

Le Conseil nomme quatorze commissaires pour assister à cette inauguration.

La section des Piques vient annoncer qu'elle ne reconnaît d'autre culte que celui de la liberté et de la raison.

Le Conseil arrête insertion civique au procès-verbal, et insertion aux Affiches du discours de l'orateur.

La section de l'Arsenal vient déclarer qu'elle ne reconnaît d'autre culte que celui de la liberté et de la raison.

Le Conseil applaudit à son zèle philosophique, en arrête mention civique et insertion aux Affiches (i).

26 brumaire. — La section des Marchés se présente en masse et annonce qu'elle a rendu hommage à la raison et à la philosophie, en enlevant tous les objets du fanatisme et de la superstition, elle a renvoyé saint Crépin au ciel, pour y (aire des souliers, et la Madeleine pour y pleurer ses péchés.

Les frères de la Charité remettent les joujoux avec lesquels ils aveuglaient le peuple.

Le Conseil général ariête que ces objets d'argenterie et de vermeil seront renvoyés au comité révolutionnaire de la section de l'Unité, avec injonction de faire son devoir.

La section de la Fraternité vient en masse déclarer au Conseil qu'elle a renvoyé tous ses prêtres et fermé toutes les églises de son arrondissement.

Le Conseil général en arrête la mention civique au procèsverbal, l'insertion aux Affiches de la Commune.

L'administration des Quinze-Vingts apporte les objets de charlatanisme des prêtres, entre auties la fameuse chemise de saint Louis, qui se trouve n'être qu'une chemise de femme.

(i) Cette analyse des arrêtés relatifs aux cultes, pris au cours de la séance du 25 brumaire, est très semblable au compte rendu des <.4jjiclxs de Ui Coininmie, qui est le seul complet. Les ..iffiches ajoutent cependant plusieurs détails à la version de CUaumette : en ce qui concerne d'abord la section de l'Arsenal, elles disent que cette section « a résolu de fermer les portes de 1 église Saint-Paul et de congédier tous les prêtres ». Mention civique; insertion aux t^//if/vs. De plus, elle note deux incidents qui sont complètement passés sous silence par Chaumette, les voici ; {.^iffichcs de U Commune, n" 143, du 26 brumaire) : «■ Le citoyen Mathê, ci-devant prêtre, déclare au Conseil qu'il y a dix aiis qu'il a renoncé au métier de prêtre; il dépose ses lettres de prêtrise et annonce qu'il fait l'abandon de la pension qu'il recevait de la nation. Mention honorable au procés-verbal. » Et plus loin: « Le Conseil général déclare, sur la réclamation de Legrand, et en présence d'une dépuration de la section de la Cité, que ce n'est pas sur la motion de Legrand que le Conseil a arrêté que cette section porterait le nom de section de la Raison. La députation annonce que le changement qu'elle a proposé au Conseil général u'étiit point relatif au nom de la section, mais au pont Notre-Dame, à la rue, a la place, au parvis Notre-Dame, et qu'à l'égard du nom de la section de la Cité, elle désirait conserver ce nom. Le Conseil rapporte son arrêté à cet égard, et laisse subsister les noms de pont, de rue et de place de la Raison. » (Cf. ci-dessus la séance du 21 brumaire.) ;

Le Conseil général arrête que cette chemise sera brûlée dans le sein du Conseil, que les objets d'or et d'argent seront renvoyés à la Monnaie et mention civique de la conduite de l'administration des Quinze-'Vingts et insertion aux Affiches de la Commune (i;.

2^ brumaire. — Arrêté qui recommande à la commission des passeports de redoubler de surveillance lorsqu'elle aura à en accorder à des ci-devant prêtres.

Le Conseil arrête, sur le réquisitoire du procureur de la Commune, que les sections, d'après la mesure de celle des Lombards, seront invitées à séparer les pierreries de l'or et de largent, à les faire estimer avant de les déposer et enjoint aux comités révolutionnaires qui ont déjà déposé les effets précieux du culte à la Monnaie, à s y transporter avec les gens de l'art, faire ôter les pierreries des métaux déposés, en dresser procès-verbaux en présence de deux membres du Conseil ; desquels procès-verbaux ils garderont minute ; arrête qu'ils feront transporter de suite à la Trésorerie nationale les pierreries et les diamants ; arrête en outre que les noms des membres des comités révolutionnaires seront inscrits au bas des procès-verbaux.

La section de la Fontaine-de-Grenelle fait part au Conseil d'un arrêté par lequel l;i paroisse ci-devant Saint-Thomasd'Aquin sera appelée le temple de la fraternité et par lequel

i) Avec quelques diriércnces sans granJ iutérct, ce compte rendu de la séance du 26 brumaire reproduit la version des ^1/fichfs de la Commune (n" 144, du 27 brumaire) qui y ajoute ce seul fait : u La section de Montreuil déclare qu'elle ne recounait d'autre culte que celui de la raison. Mention civique au procès-verbal . « Le SUouiteur et les ^uiiaki paliiotiquis présentent des textes très écourtés. Le Journal de la SXConlagiie (t. II. n" j, du 28 brumaire) donne quelques détails au sujet des /réres de la Charité. El la version du Courrier républicain et du Journal de Paris, du 28 brumaire, développe quelque peu l'incident de la section des Marchés et celui des aveugles des Q.uinze-Vingts. On trouvera l'arrêté de la section de la Fraternité parmi les fragments du registre des procés-verbaux de l'assemblée générale de cette section conservés à la préfecture de police, carton des sections de Paris, 4" liasse, pièce 57.

312 PAPIliRS

la fête de la fraternité y sera célébrée en présence de toutes les autorités constituées, sociétés populaires de Paris.

Le Conseil applaudit aux heureuses dispositions de cette cérémonie (i).

Primidi de frimaire {2). — Inhumations. — Sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le Conseil général renouvelle son précédent arrêté, qui porte qu'un commissaire civil assistera aux convois des citoyens, et arrête que les commissaires qui refuseront de se conformer à l'arrêté du Conseil seront destitués de leurs fonctions.

Le Conseil arrête de plus qu'il sera fait un jalon par chaque section sur lequel seront inscrits ces mots : « L'homme juste ne meurt jamais ; il vit dans la mémoire de ses concitoyens. »

.Arrête qu'à la place du drap mortuaire employé jusqu'à ce jour, il y ait un drap aux trois couleurs.

Arrête enfin que l'administration des établissements publics

(i) Cette séance du 27 brumaire est très écourtéc dans Chaumctte : les ^Affiches de la Commune (n<> 145, du 28 brumairei y ajoutent plusieurs incidents: la section de rHommc-Arnié déclare ne plus reconnaître d'autre culte u que celui de la liberté et de la raison » et « elle demande que le Conseil fixe un mode pour les funérailles de nos frères ». Le Conseil décide u que l'administration des travaux publics fera un rapport sur les cin-ctières le quintidi de frimaire i». La section des Invalides « renonce aux erreurs du culte catholique ». La section de la Fontaine-de- Grenelle baptise l'église Saint-Thomas-d'Aquin « temple de la Fraternité a. A ces divers incidents, le Courrier rèpnblicnin et le Journal de Paris du 29 brumaire ajoutent celui-ci : la section de Popincourt « abjure également le papisme ». Enfin le d^fConitenr àw 29, réimpr., t. XVIII, p. 451 : « La société populaire de la section de la Maison-Commune dénonce que des dévotes et des fanatiques se rassemblent encore autour des bénitiers; elle invite le Conseil à prendre des mesures pour otcr i ces imbéciles l'espoir de la résurrection du fanatisme. Le Conseil arrête que le commandant sera invité à prendre toutes les mesures pour empêcher ces sortes de rassemblements. »

(2) Le manuscrit de Chaumette passe complètement sous silence les séanees des

28 et 2g brumaire. Voici ce que ie trouve à ce sujet dans les Affiches et dans les journaux. Séanci£ du 28 bkumairi; {Courrier Républicain et Journal de ^Paris du 30) : « I.a section de l'Observatoire informe le Conseil qu'elle a dédié son ancien temple au culte de la liberté et de la raison. » Cet incident est placé à la séance du

29 par le Journal de la Montagne. — Séas'Ce du 29 brumaihe (Affiches de la Commune, n° 147, du 30 brumaire) : (i La section de Le Pelletier déclare au Conseil quelle ne reconnait d'autre culte que celui de la liberté et de la raison. On applaudit beaucoup à ces progrès de la philosophie. »

sera invitée à faire un rapport sur le mode d'enterrement des citoyens, etc. (i).

La section de l'Observatoire déclare qu'elle ne veut adopter d'autre culte que celui de la liberté et de la raison, et demande que l'on change les noms des rues de saints ou de saintes.

Le Conseil arrête mention civique (2).

La section des Amis de la Patrie déclare qu'elle ne reconnaîtra désormais d'autre culte que celui de la liberté et de l'égalité et d'autre divinité que la raison.

Le Conseil applaudit à ces sentiments, en arrête mention civique et lui donne acte de la remise qu'elle a faite des clefs de l'église.

La section des Champs-Elysées fait la même déclaration ; le Conseil en arrête pareillement la mention civique (3).

Sur la lecture du procès-verbal dressé par les commissaires de la section du Panthéon-Français, du dépouillement de la châsse de sainte Geneviève,

Le Conseil général arrête que ce procès-verbal sera inséré dans les Affiches, envoyé h toutes les sections et au pape. Et, sur la motion d'un membre, le Conseil général arrête que les ossements et les guenilles ecclésiastiques seront brûlés à la place de la maison commune.

Le Conseil arrête, sur la proposition d'un autre membre, que les sections seront invitées à nommer des commissaires

(i)Cet arrêté sur les inhumations est resté célèbre. La version qu'en donne ici Chaumette est à peu près celle des ^Jficbts de la Commune, n° 148, du i" frimaire. Le « précédent arrêté » dont il s'agit ici est celui du 27 brumaire. (Cf. plus haut le compte rendu de cette séance.)

(j) Seul le Moniteur du 5 frimaire mentionne le nom de cette section, qu'il joint à ceux des Champs-Elysées et des Amis de la Patrie, que Chaumette donne également plus loin.

(j) Outre ces sections, les xAfficlies de la Commune, n" 148, du 2 frimaire, mentionnent encore celles de Bondy, du Faubourg du Nord et de Poissonnière, qui, disent-elles, « déclarent qu'elles abjurent les erreurs et l'imposture du culte catholique, pour, désormais, ne reconnaître d'autre divinité que la raison et d'autre culte que celui de la liberté et de l'égalité ».

014 papii:rs

pour vérifier si la châsse est dans l'état où ils l'ont vue avant le transport à la Monnaie (i).

Sur la proposition faite par la section des Quinze- Vingts, que le Conseil général consacre l'église de Saint-Antoine à la liberté et y fasse élever un aiittl sur lequel brûlerait un feu perpétuel entretenu par de jeunes vestales,

Le Conseil général, considérant que la raison et la vérité ne permettent plus qu'aucun simulacre frappe les regards ou l'imagination du peuple, afrête qu'aucun signe matériel, quel qu'il soit, ne sera élevé dans aucun temple, que la saine morale et les principes républicains sont les seules choses qui doivent frapper- non les yeux, mais les oreilles, mais l'esprit (2).

Le Conseil entend la lecture d'une lettre du procureur de la

(i) Sur cet incident de h\ chnsse de f.Tinte Cicncvièvc, voici comment s'expriment les t^4lftchcs de In Conwinite^ n" 148, du 2 frimaire: « Les commissaires, préposés i l'inventaire de la châsse de sainte Geneviève, se présentent au Conseil ; ils font lecture du procès-verhal qu'ils ont rédigé. Ils déposent devant le président une espèce de tombeau, décrit dans le procês-verbal, dont le Conseil a arrêté l'insertion aux *,4ffîcbes. Nous le donnerons incessamment. Après la lecture du procèsverbal, il a été arrêté que cette châsse et tout ce qu'elle contient sera brûlée en face de la maison commune. L'exécution a suivi immédiatement l'arrêté. 1) On trouvera le procès-verbal dont il est question ici aux affiches de la Commune, n°' 149 et 150. Le Courrier rêptibliaiin du 3 frimaire en donne un assez long extrait. La version du Mointeur du 3 frimaire, relative à l'incident de la châsse de sainte Geneviève renferme des détails nouveaux. La voici ; îSCouiteurj réinip., t. XVIII, p. 482-483 : « Le Conseil entend ensuite lecture du procès-verbal du dépouillement de la châsse de sainte Geneviève et arrête que ce procès-verbal sera envoyé à toutes les sections, ainsi qu'au pape. Arrête en outre que les ossements et les guenilles, qui se sont trouvés datis cette boite, seront brûlés sur-le-champ sur la place de Grève pour y expier le crime d'avoir servi à propager l'erreur et à entretenir le luxe de tant de fainéants. La dépouille de cette châss2 a produit 23.830 livres. Un membre observe que ce produit lui parait bien médiocre, attendu que l'on pouvait à peine supporter l'éclat du brillant de cette châsse. Le rapporteur répond que tous les objets qui l'ornaient sont encore en nature et que la majeure partie des diamants sont faux et notimment le fameux bouquet, dont le prix serait inestimable, s'il était en pierres fines. Le Conseil arrête que les sections seront invitées à nommer des commissaires pour vérifier si lesdits objets sont dans le même état qu'avant le transport de cette châsse à la monnaie. » — Voyez encore plus haut, au sujet de la translation de la châsse de sainte Geneviève, la séance du 17 brumaire.

(2) Cet arrêté est aussi rapporté, et d'une manière à peu près semblable, par les ^ilfiche! de la Commune, le Journal de la Montagne du 3 frimaire et le Moniteur. Il a été imprimé, dans des termes presque identiques à ceux que donne Chauniette, en firme d'affiche in-folio piano: Bibl. nat. I.b'" ii;4"' (Recueil factice).

DE CH ADMETTE 21 =j

commune de Ville-Affranchie, dnns laquelle il rend compte d'une fête civique qui a eu lieu dans sa commune en l'honneur du patriote Chalier, darts laquelle, après avoit" promené gravement un âne chargé d'instruments du culte, comme calices, ciboires, etc., et de vêtements d'église, on a fait un joyeux autodafé avec lesguenilles sacerdotales, et on a changé les vases en belles et bonties espèces destinées Au plus grand bien de la République.

Le Conseil général applaudit à l'énergie du procureur de la commune de Ville-Affranchie, arrête l'insertion de sa lettre aux Affiches et mention au procès-verbal (0.

Duodi de frimaire. — Rien (2).

Tridi Je frimaire. — Arrêté sur la fermeture des édifices qui servent au culte quel qu'il soit, qui exclut les prêtres de toutes les fonctions, administrations, manufactures, etc.

Cet arrêté à été rapporté le nonidi du mois frimaire (1).

(l) A cette sé.mce du i" frimaire, eut lieu encore un autre incident que je relève dans le Courrier rèpuhlirnin et le fonrttal de P iris du 3 frimaire, ttn voici le texte: « Le comité rcvolutionniire de t.i section de la Fontaine de Grenelle apporte le collier de l'ordre de Saint-Micliel, une médaille d'argent et une croix de Saintl.ouis, trouvés chez le cardinal de Loménie, ex-ministre. » Ce fait ainsi rapporté n'était d'ailleurs pas tout à fait exact, et le comité révolutionnaire le rectifia par une lettre adressée au Courrier républicain, et que celui-ci inséra dans son numéro du 10 frimaire (p. 241).

(j) Je trouve cependant pouif cette séance, dans les tAfficbes âe la Commune (n° 149, du ; frimaire), un incident relatif aux inhumations. Le voici : « Des députés de la section de la Fontaine de (jrenelle annoncent que l'assemblée générale a applaudi à l'arrêté du Conseil général touchant l'inhumation des citoyens qui doit cire précédée d'un commissaire civil ; cependant ils observent au Conseil que leur section est dans un cas particulier aux autres sections 'jiV ; que leur cimetière est près de Vaugirard et que les chemins pendant l'hiver sont impraticables; ils demandent que, conformément k l'ancien usage, les morts soient mis dans un dépôt et que de grand matin ils soient transférés à leur dernier domicile dans une petite voiture .à ce destinée. I.e Conseil renvoie cette observation à l'ailministraticm des travaux publics qui doit, dans le plus court délai, faire son rapport sur les cimetières. »

(3j C'fcst en ces termes presque insigniiiants que le rédacteur de Chaumette rapporte le grand arrêté du 5 frimaire, ordonnant la fermeture des églises. Cet arrêté a été imprimé à part sous forme d'affiche : Bibl. nat., dcp' des manuscrits : Fonds français, nouv. acq. carton 2649 'fol. 5). Il fut précédé d'un gr.ind discours de Chaumette sur le réquisitoire duquel l'arrêté fut ensuite pris. Les .^f/iches île la Commune [n" 150, du 4 frimaire) donnent de ce discours une version très êcourtée.

2l6 PAPIERS

La section de la République déclare qu'elle ne reconnaît plus d'autre religion que la vérité et la raison.

Le Conseil applaudit à cette déclaration et en arrête mention civique (i).

Quartidi de frimaire. — Rien.

Quintidi de frimaire. — Sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le Conseil désavoue l'article 5 de son arrêté du 3 sur les prêtres, article dans lequel se trouvent ces mots : « pour quelque classe d'ouvrage que ce soit » (2).

La section de Guillaume-Tell déclare qu'elle renonce à la religion catholique et à son culte et rend compte de la

Au contraire le OiConileur le rapporte tout au long. Quant à l'arrêté, il esta peu prés le même dans le Motiiteur et dans les ^Ifichti. Le Court ter lépublicain, le Journal de. 'Paris et le Journal de la Montagne iunx d'autre part presque identiques au mtcuiteur, je me bornerai à renvoyer pour le réquiiitoire de Chaumette et pour l'arrêté du Conseil général au Motiileur du 6 frimaire, réimp., t. XVIII, p. 506. (i) Cet arrêté se trouve également aux affiches de ta Coinntutw, n° 151, du 5 frimaire.

(2) Voici le passage des ^/fiches de la Comtnune, n° 152, du 6 frimaire, relatif à cet incident : « l.i; procureur de la Commune a réclamé contre un réquisitoire sur les prêtres, dans la séance de tridi frimaire, qui lui est attribué et qui, dit-il, renferme les dispositions les plus contraires aux principes de l'humanité et à la Déclaration des Droits de l'homme; il proteste contre les articles de cet arrêté, qui blessent cette déclaration, et notamment contre l'article V qui porte: « Qu'il sera fait une pétition à la Convention pour l'inviter à porter un décret qui exclut les prêtres de toutes espèces de fonctions et d'administrations publiques, ainsi que des manufactures d'armes, pour telle classe d'ouvrage que ce soit. » Le procureur de la Commune demande, et le Conseil arrête, que l'on insérera au procès-verbal son réquisitoire, ainsi qu'il suit: a J'ai lu un arrêté pris par le Conseil général, le } frimaire, et qu'on a faussement indiqué avec ces mots : « Sur le réquisitoire du procureur de la Commune ». Jamais je n'ai pu requérir les articles que porte cet arrêté; je les désavoue et j'en requiers le rapport, quant à ce qui tend à réveiller et aigrir le fanatisme, ainsi que tout ce qui tend i empêcher les ci-devant prêtres de gagner leur vie, au moyen d'un travail quelconque. Le Conseil désavoue la partie de l'article V de son arrêté du 3 frimaire, dans lequel se trouvent ces mois : 'l'onr quelque classe d'ouvrage que ce soit, déclarant qu'il n'a jamais entendu priver des moyens de gagner leur vie les ci-devant prêtres qui exerceraient un métier ou profession quelconque ». — Dans la séance du 13 frimaire, Chaumette accusa Duiiouy d'avoir été linspirateur de l'article V de l'arrêté du 5 frimaire: <i Je lui reproche aussi d'avoir rédigé et fait prendre un arrêté tendant à réveiller le fanatisme, cet arrêté qui tendait à exclure les prêtres de toute sorte de travail dans les manufactures. » [!\Co. Heur du 15 frimaire, réimpr., t. XVIII, p. jSo]. Kt Dnnouy fut rejeté du Conseil général.

DE ÇHAUMETTE 2I7

cérémonie qui a eu lieu dans la ci-devant paroisse de cette section.

Le Conseil l'invite à ne placer aucune statue et à ne brûler aucun livre (i).

Sexiidi de frimaire. — R'\en.

Septidi de frimaire. — l.a section de la Réunion apporte un vase de brocatelle, dans lequel étaient renfermées des reliques; à ce vase était jointe une tête de saint Méry en terre cuite, une enveloppe de plomb, etc.

Le Conseil général renvoie le vase à la société populaire de la section avec invitation de le porter à la commission des ails; les reliques sont envoyées au comité révolutionnaire pour être biûlées (2).

Septidi (sic) de frimaire. — Rien (3).

Nonidi de frimaire. — Sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le Conseil arrête : 1° que le Conseil n'entendra aucune proposition, pétition ou motion sur aucun culte ni sur aucune idée métaphysique ou religieuse; 2° il déclare que

(i) Cet arrêté se trouve également aux affiches de la Coinmaiie, n" 152, du 6 frimaire, qui disent que le Conseil invite la section à n ne brûler aucun livre, mais de les déposer dans lu salle pour en faire de mauvais papiers. »

(2, Voici cet incident d'après les .^jficlxi de U Cominunr,-n° 154, du S frimaire: « La société populaire de la section de la Réunion entre au Conseil précédée de la croix, de la crosse et du buste niitré du ci-devant saint Médéric et d'un vase paraissant être en marbre. Ouverture faite de ce vase, il s'y est trouvé quelques petits os, qu'on dit être les reliques de ce s.iint. Le Conseil renvoie le vase à la la commission des arts et invite la société populaire à faire cette remise. A l'égard des reliques, on décide que le feu les anéantira. » Le Courrier rèpubluain et le Journal de 'Pnris du 9 frimaire donnent de nombreux détails au sujet de cet incident : « Un député portait sur la tcte le chef en terre cuite doré et mitre de saint Merrj' ; un autre portait une crosse ; un troisième une croix d'archevêque en bois noir, trouvée dans une chapelle souterraine de la basilique dédiée i ce saint personluge a, etc., etc.

(j) Sur cette séance du 8 frimaire, je trouve cependant l'incident suivant dans le Courrier républicain et \e Journal de l'aris du 10 frimaire ; « La société populaire de la section de la Montagne a invité le Conseil à nommer des commissaires pour assister .i une fête de la Liberté, qui doit avoir lieu décadi prochain. Le président a répondu que le Conseil ne pouvait se rendre à cette cérémonie, parce qu'il craint qu'on n'élève autel snr autel, qu'on ne remplace d'anciennes divinités par des nouvelles. Il a de plus observé que c'est en plein air que l'Être su-

âl8 PAPIRRS

l'exercice des cultes étant libre, il n"a jamais entendu et qu'il n'entendra jamais empêcher les citoyens de louer des maisons, de payer leurs ministres, pour quelque culte que ce soit, pourvu que l'exercice de ce culte ne nuise pas à la société par sa manifestation; que du reste il fera respecter la volonté des sections qui ont renoncé au culte catholique pour ne reconnaître que celui de la raison, de la liberté et des vertus républicaines (i).

Treille frimaire. — Une lettre de la commune de Senlis annonce au Conseil que le fanatisme a été anéanti dans cette

prênie doit recevoir les hoinmages des mortels. Le Conseil, a-t-il ajouté, aime la liberté, mais il ne veut de culte public pour aucune idole; il serait dangereux qu'à côté d'un nouvel autel on vit reparaître de nouveaux prêtres, et que le fanatisme ne renaquît un jour de ses cendres. » On trouvera à la Bibliothèque nationale [Lbm 1986 (Recueil factice)], en un imprimé in-4'' piano, l'invitation à la fête du 10, adressée le i"'' frimaire par la section de la Montagne aux autres sections. Malgré le refus du Conseil général d'y assister, la fête en question eut cependant lieu. Le Moniltur du 11 frimaire donne le texte d'unt Hymne à la "Bsiisan chantée à la siction lie la Montagne, dccadi frimaire, paroles de Ch'nier, musique de Méhul, et il existe plusieurs exemplaires d'un Diseouis fait et prononcé par te citoyen Monvel dans la section de la Montagne, te jour de la file de h Haisou, célébrée dans la ci-devant église de Sainl-Rjch, le 10 frimaire an II de la 'République une et indivisible. Imprimé in-8° de 32 pages {cote de la Bibl. nat., Lb '" 1987). Le Courrier républicain du 14 frimaire, dans un article intitulé « Nouvelles de Paris, 13 frimaire », donne un compte rendu delà « Fête célébrée en l'honneur de la Montagne, décadi dernier, dans la ci-devant paroisse de Saint-Roch ». Voici un pass.ige de ce compte rendu : « Tous les symboles du catholicisme avaient été chassés du temple, où l'on ne remarquait que les emblèmes de la philosophie et de la raison. Le citoyen Monvel, acteur du thé.itre de la République et ministre du culte de la Raison, monta en chaire. Il portait une sorte de dalmatique aux couleurs nationales, sur laquelle étaient brodés en gros caractères les mots 'Riiisou, Vérité. » Suit un résumé de son discours « snr les crimes des rois et le malheur des peuples, depuis Louis XI jusqu'à Louis XVI ». Et le journ.il continue : • Nous avons vu avec regret qu'il n'ait pas cru i l'existence d'un Être suprême qui punit ou récompense après la mort. On conçoit difficilement, a-t-il dit, qu'il existe un créateur qui ait peuplé le globede victimes qu'il devait un jour ihmiolcr à sa vengeance ». Puis le journal donne la prière par laquelle Monvel termina son discours : « Et toi, suprême intelligence, àme de la nation qui peut-être es là nature elle-même !... » etc.

(1) Cet arrêté du 9 frimaire, par lequel le Conseil général rapportait son arrêté du 3, constitue de la part de Chaumette, sur le réquisitoire duquel ces deux arrêtés furent pris, une véritable palinodie, beaucoup plus grave que sa première reculade du 5 frim.aire. Voici à ce sujet une note de Léonard Gallois dans la réimpression du Moniteur (t. XVIII, p. 547) : « 11 est évident que Chaumette chantait en quelque sorte la palinodie; il .avait entendu Danton tonner contre les

commune, et [que] les boutiques des prêtres et leur charlatanisme ont été détruits.

Le Conseil arrête l'insertion de cette lettre aux Affiches de la Criiimiiiie (i).

mascarades antireligieuses; il avait entendu Robespierre déclarer que ceux qui voulaient empêcher les prêtres de dire la messe étaient plus fanatiques que les prêtres eux-mêmes, et Chaumette avait du modifier ses opinions; mais il rencontra une vive opposition dans le Conseil général, car le culte de la Raison avait déjà ses partisans exclusifs. » Chose digne de remarque, il n'y a pas un mot sur le réquisitoire de Chaumttte au compte rendu de la séance du 9 frimaire dans les Affiches de !a Commune, n" 156. Mais on trouve le texte officiel et complet de ce réquisitoire, à la suite des séances du Cx)nseil général et sans aucune espèce d'explication, dans les Ajficlies, n°' 158 et 159. Ce texte ne présente, avec la version du Moniteur (réimpression, t. XVIII, p. 5461, que des diftereiices insignifiantes, dues sans doute à ce que le rédacteur du journal a voulu en certains endroits rendre un peu plus compréhensible la prose trop souvent obscure de Chaumette. A la suite du réquisitoire du procureur de la Commune « quelques membres, dit le Moniteur, demandent la parole pour combattre le réquisitoire ». Mais Chaumette invoque la Déclaration des Droits de l'homme et le maire déclare qu'il rappellera] à l'ordre « quiconque se permettra de discuteraucun article de la Déclaration des Droits de l'homme ». Le réquisitoire est adopté. — Le Journal de la Montagne, n" 19, du 12 frimaire, donne du réquisitoire uhe version identique ïi celle du Moniteur. Voici comment il rapporte la discussion qui suivit : « Un silence religieux a Succédé \ ce discours: il n'a été rompu que par quelques réflesiotls enfantées par la crainte de voir la superstition reprendre son empire; une légère discussion s'est engagée à ce sujet. De nombreux applaudissements ont prouvé au procureur de la Commune que la voix de la vérité ne se fait pas entendre en vaiii. Un membre s'est avisé de réclamer contre la Déclaration des Droits de Ihonmis; le citoyen maire a déclaré qu'il rappellerait à l'ordre ceux qui voudraient discuter sur les bases de notre constitution et le silence a régné de nouveau; une seconde lecture de l'arrêté proposé par Chaumette a convaincu tous les esprits. Le réquisitoire et l'arrêté ont été mis au» Tol-t et adoptés â 11 très grande majorité. •

(n La lettre de la commune dtSenlis fut publiée par les Affiches de la Commune, n" 165, du 18 frimaire. La commune de Senlis félicitait dans cette lettre celle de Paris de son arrêté du ) frimaire. Il y a deux mois, dit la lettre, que la société populaire de Senlis a arrêté d'exclure tous les prêtres de son s;in et un mois qu'on a dansé dans la ci-devant église paroissiale de cette commune : « Vous voyez que la société de Senlis était au pas, avant même que ces individus [les prêtres!, toujours perfides, n'ajoutassent à toutes les ruses celle de renvoyer quelques vieux parchemins [leurs titres de prêtrise] qui ne peuvent plus servir. » ■

Arrêté de la section des Marchés du i 5 frimaire an II

CONTRE ChaUMETTE (i)

Extrait du registre des délibérations de l'assemblée générale de la section des Marchés, du i 5 frimaire l'an 11 de la République française une et indivisible.

L'assemblée générale, après avoir pris connaissance de l'infâme réquisitoire de Chaumette : considérant que ledit réquisitoire est une véritable calomnie contre les opérations des comités révolutionnaires qui exécutent les mesures de sûreté générale qui leur sont déléguées par la Convention et nécessitées par les circonstances et la scélératesse de nos ennemis;

Considérant que cet homme est d'autant plus coup;ibIe qu'il a, d'une part et au moyen des intrigants qui le secon dent, trompé la bonne foi du Conseil général, et, de l'autre, cherché, en réunissant autour de lui tout ce qu'il y a d'impurs, modérés, feuillants et aristocrates dans Paris, et par ce moyen (sic), à se faire un parti à l'aide duquel il espérait arrêter la marche du gouvernement révolutionnaire,

Arrête que Chaumette a perdu sa confiance, qu'il est indigne d'occuper aucune fonction publique et que le présent sera communiqué aux quarante-sept autres sections, aux sociétés populaires, aux Jacobins et aux Cordeliers dont il est membre, laissant à la sagesse desdites sociétés à examiner s'il est digne de rester plus longtemps dans leur sein.

Pour copie conforme :

.MoiZIN.

Vu à la société populaire de la section de Bondy, le 17 fri-

(t) Arch. n.it., F' 4644. — Autre exemplaire manuscrit, moins les adhésions de la fin, parmi les papiers du comité révolutionnaire de la section des Piques : Arch. nat., I-' 4778.

DE CHAUMEÏTE 331

maire l'an 11 de la République française une et indivisible, avec promesse d'y adhérer.

Maillé, Briffaut.

président. secrclaiic;

Section du faubourg du Nord Comité révolutionnaire établi par la loi du 21 mars 1793.

Paris, le dix-septième jour du mois de frimaire de l'an II de la République française une et indivisible.

Nous, membres composant le comité révolutionnaire de la section du faubourg du Nord, certifions et attestons que le citoyen Martin, nommé commissaire par l'assemblée générale de la section des Marchés, nous a remis et donné copie d'un arrêté de ladite section relatif à Chaumet ; fait au comité, le 17 frimaire l'an II de la République française.

L'assemblée générale de la section du faubourg du Nord en a pris dans son sein un pareil arrêté (sic) le dixième jour frimaire.

Laurhnt,

secrétaire.

Note de l'imprimeur Patris (1)

j'ai été nommé imprimeur de la Commune de Paris à l'époque du 10 août par les révolutionnaires qui connaissiiient bien la conduite que j'avais tenue depuis ma nomination d'officier municipal, et notamment aux deux époques fameuses du 20 juin et du 10 août.

A peine j'eus été nommé imprimeur de la Commune, que je m'empressai décéder mon fonds de pension, afin de me livrer tout entier à mon nouveau service.

(I) Arcb. nat. T 604', Imss: ro", pièce 36.

aaâ PAPIERS

J'ai dans mes mains l'extrait de l'arrêté de ma nomination ; il porte en termes exprès que je suis nommé à la place de Lottin, qui est renvoyé pour cause de négligence et à'incivisme. 11 est bien étonnant que cet homme, contre qui j'ai une arme aussi forte, cherche et même réussisse à s'intéresser dans les administrations pour m'enlever une partie de mes occupations.

j'aurais cependant d'autant plus de droits à la bienveillance ou même à la justice de différents administrateurs, que j'ai employé le reste de ma fortune tout entier à l'acquisition des presses et des caractères dont j'avais besoin pour faire un service aussi important que celui de la Commune à l'époque du 10 août.

J'ai quinze presses en état de rouler et toutes montées et du caractère environ cinquante milliers pesant (sic), de sorte que je pourrais faire rouler cinquante presses s'il en était besoin. J'occupe, en vertu d'un arrêté de la Commune, une maison que je paye 9,200 livres de loyer; est-il juste de donner à d'autres une besogne que je puis faire? Car je n'ai jamais eu plus de quatre presses travaillant pour la Commune et souvent je n'en ai qu'une ou deux.

L'administration des domaines et finances ne m'a jamais donné à travailler et cette administration seule est une des plus fortes branches de la Commune, à cause des impositions. Celle des subsistances partage entre nous deux, mais je n'ai pas le meilleur lot.

Observations sur la fourniture du papier blanc :

Je pourrais, comme un autre papetier, faire cette fourniture. Je tire des manufactures, comme celui qui fournit actuellement, et comme j'ai déjà quelques bénéfices sur l'impression, je pourrais m'en contenter ('s/^^ d'un moindre sur la fourniture du papier et donner à meilleur marché que le fournisseur actuel, d'ailleurs je m'y soumets formellement.

Patris.

DE CHAUMEÏTE

Mémoire ?ur l'épucation nationale ( i )

Depuis la Révolution il a paru une infinité de plans d'éducation nationale ; quelques-uns ont été lus ; presque tous ont été oubliés, parce que presque tous ont manqué leur but : la formation d'une nouvelle race absolument différente de la nôtre; et les traités les mieux faits ont cela de commun avec les autres que l'homme social y est tout, l'homme de la nature rien ; dans tous, on veut former des Français et l'on néglige de faire des hommes libres. J.J. Rousseau nous a laissé le modèle hardi d'un Spartiate; s'il ne nous est pas encore possible de l'imiter, tâchons au moins d'en saisir quelques traits.

Presque tous ceux qui ont écrit sur l'éducation ont avec raison insisté sur les mœurs ; ils ont senti qu'une fois réformées, k reste ne sçrait plus difficile. Mais qu'est-ce que la morale dont ils font la base de l'institution? Est-ce cette raison éternelle fondée sur les rapports que la nature a établis entre les hommes, tels que la piété filiale, l'amour et l'amitié? Non, celle dont ils nous parlent n'a presque pour base que les rapr ports sociaux, ils ont {mois illisibles) dans le patriotisme, vertu essentielle il est vrai, sans laquelle toute société se di.ssout; mais, à force d'élaguer les branches principales de la morale, ils les ont presque desséchées ; ils ont voulu les plier jusqu'à notre faiblesse plutôt que de nous élever jusqu'à leur hauteur; enfin ils ont voulu former la morale pour nous au. lieu de nous façonner pour elle. La piété filiale a été remplacée par le respect; l'amour a été défiguré, peint sous les couleurs dégoûtantes du vice, et qu'en est-il arrivé? La galanterie a pris.

m) Arch. liât., ï 604', liasse 9", pièce i.

324 PAPIKRS

la place de la délicatesse de sentiment et le jeune homme trompé, pour éviter l'amour, est tombé dans la débauche. L'amitié, dans les descriptions qu'ils en ont faites, n'a plus été cette vertu héroïque des Castor et des Pollux ; à force de vouloir l'accommoder à notre corruption en la surchargeant de précautions sociales, on est parvenu à l'éteindre ; elle n'est plus pour la jeunesse que la familiarité, une conformité dans les goûts et les passions, enfin une affaire de convenance qui cesse comme elle a commencé, sans que le cœur y entre pour rien.

Voilà les principes sur lesquels ont raisonné presque tous ceux qui ont écrit sur l'institution de la jeunesse, ils en ont déduit leurs préceptes, et c'est pourquoi ils se sont trompés dans l'application. Ainsi, Y Emile excepté, nous n'avons aucun traité sur l'éducation; tous les plans, tous les prospectus, tous les livres élémentaires se ressemblent en un point: l'ancienne routine y est reproduite sous mille formes différentes, plus ou moins rajeunies. Ce sont toujours des collèges et point de gymnases, des régents avec tout l'attirail de la pédagogie et point d'instituteurs. Encore tout étourdis de la secousse qui vient de revivifier la France, les auteurs de ces nouveaux plans, n'osant plonger leurs regards dans l'avenir, ont cru voir les hommes futurs dans ceux d'aujourd'hui; ils ont regardé autour d'eux et, craignant de fouiller dans la carrière, ils ont pris les matériaux d'un vieil édifice qui croule de vétusté pour en construire un nouveau, sans songer qu'il faut nécessairement le reconstruire à neuf et que jusqu'au souvenir même des anciennes pratiques doit être entièrement effacé.

L'éducation telle que nous l'avons reçue polissait les mœurs en les usant, façonnait le corps en l'amollissant, cultivait l'esprit en gâtant le cœur; or, on sent que tout ce qui tient à un pareil mode est vicieux et ne pourrait que nous éloigner du but que nous nous sommes proposé, qui est d'assurer à nos neveux la liberté et la force de la conserver. C'est un dépôt

DE CHArMKTTn 2 2 S

Siicié que nous devons leur transmettre; il faut donc les rendre dignes de le posséder.

On croit avoir tout fait en changeant la marche des études, en leur donnant pour base un caractère militaire; mais, dans le premier cas, nous ne nous occupons que des accessoires sans toucher au fond; c'est un champ que nous cultivons d'une nouvelle manière et que nous ensemençons toujours du même grain, tandis que nous devons jeter dans son sein une tout autre semence.

Dans le second cas, le principe est bon ; mais nous ei ions dans lescotiséquences. Nous avons, il est vrai, un régime militaire, mais sous une forme vicieuse ; en conservant le mode règimentaire. nous n'aurons qu'une petite soldatesque, qui prendra tous les vices des grandes corporations armées, qui ne verra la patrie que dans son étroite enceinte et la loi que dans son commandant épauleté ; accoutumés de bonne heure à la vie de soldat, les enfants en prendront l'insolence au lieu de cette fierté mâle qui distingue l'homme libre, digne de l'être; et, bien loin de justifier l'exergue qu'ils portent sur les fiammes autour desquelles ils se rassemblent, l'espoir de la /)a/r/£', nos enfants enrégimentés n'en seront que la honte; réunis en masse, ils se corrompent nécessairement.

Ou ils apprennent à se servir avec dextérité de leurs armes, c'est un bien ; mais surtout éloignez-les de ces corps armés qu'ils singeront de préférence dans leurs vices. Qui ne sait que déjà nos petits soldats font sur eux-mêmes l'essai de leurs armes, que les cartels se proposent entre eux comme une partie de balle, et si le duel est l'ennemi des lois et de l'humanité, comment veut-on que des enfants qui s'y accoutumeront de si bonne heure soient un jour les défenseurs des hommes et des lois ?

D'un autre côté, les distinctions honorifiques que vous introduisez dans un troupeau d'enfants sont un poison qui les

2a6 I>.\1>!FKS

gâte; elles rendent ceux qui en sont décorés vains, arrogants et mauvais, les autres envieux, traîtres ou flagorneurs. De tels préjugés, semés dans leur âme neuve et facile, ne peuvent manquer d'y laisser des traces d'autant plus profondes, que lorsqu'ils s'y glissent dans le premier âge, ils croissent avec l'homme et ne le quittent qu'au tombeau. D'ailleurs, le système que nous attaquons ici est un vieux reste des écoles militaires et l'on sait quels hommes elles ont produits....

Ne nous occupons donc plus à fouiller inutilement des ruines pour y trouver un trésor. Ce ne sera pas dans l'histoire du passé que nous trouverons un mode d'éducation convenable, mais bien dans celle du présent et dans le pressentiment de l'avenir. Supposons nos successeurs libres, et ils le seront à coup sijr; tout a changé autour de nous, il faut que l'éducation change entièrement et ne ressemble en rien à celle de jadis ; que cet appareil imposant et vain des sciences et des arts soit donc rayé du catalogue des choses qui doivent former la génération future. Qu'Athènes leur ouvre ses portes à ces arts perfides, la ruine de nos mœurs; Sparte doit les exclure de son sein.

Ou nous voulons une république de .savants ou une république d'hommes libres. Si nous voulons des savants, que nos maisons d'éducation deviennent des académies, qu'on y enseigne l'art de séduire avec éloquence, que les systèmes de la philosophie scolastique reviennent y jeter des jours faux sur les premiers principes, que les éléments de langues qu'on ne parle plus et dont on ignorera toujours l'esprit, reviennent consumer un temps précieux ; faisons (si nous voulons joindre à l'ignorance la brillante des talents frivoles qui en masquent la grossièreté) que nos collèges soient des salles de danse et de concert, que la peinture et la poésie occupent une place distinguée, donnons enfin tout à l'art et rien à la nature.

Mais si vous voulez des êtres libres, que les exercices du

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corps développent les facultés de l'âme ; brûlons les livres des poètes et des philosophes, substituons leur les instruments grossiers, mais utiles, des arts de dernière nécessité ; que le jeune homme, sous les yeux de ses concitoyens, s'instruise à labourer la terre, à faire ses habits et ses meubles, qu'il s'exerce à la course, qu'il apprenne à passer les rivières à la nage, le dos chargé de ses armes, qu'il se couvre de poussière en domptant des chevaux, qu'il supporte la faim et la soif, le froidet lechaud, qu'il sache conduire une barque, queses mains s'habituent à fléchir les métaux les plus durs pour les approprier à son usage. Voilà pour le corps. Qiiant à son esprit, il est aisé, dans de courtes et faciles instructions, d'y faire entrer les principes invariables de la morale et les notions historiques et littéraires suffisantes pour adoucir son caractère et le rendre d'un commerce agréable. Comme il est fait pour vivre en société, qu'il apprenne les lois qui doivent le gouverner, qu'il sache sa langue dans toute sa pureté, celles des autres peuples avec lesquels sa nation entretient des relations oommerciales. Voilà à quoi doit se borner l'éducation nationale.

Si, par hasard, on accorde une petite place aux arts d'agrément, qu'on n'en use qu'avec parcimonie, qu'on en fasse un objet de délassement et jamais un devoir. Hélas! nous sommes parvenus à un tel point de dépravation, que nous ne pouvons presque plus nous en passer. Mais que ces arts ne soient le partage définitif que de ceux qu'une constitution faible ou quelque infirmité mettraient hors d'état de se livrer aux tra- \ aux pénibles. Du reste, il faut donner à nos entants une éducation forte et austère, sans rudesse: c'est en les préservant de la mollesse que nous les affranchissons de l'esclavage.

Le jeune Français qui, dans les premières années de sa vie. aurait appris des arts à qui tient sa subsistance et sa conservation, sans lesquels il aurait été forcé à rester dans la dépendance de ses semblables, aura tout pour être parfaitement

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libre; mais, pour cela, il faut que notre système d'institution soit entièrement refondu, qu'à la place des salles d'études, où l'on n'apprenait qu'à être ignorant, se trouvent des ateliers, des cirques et des places d'armes. Ah ! surtout, qu'on les éloigne à jamais de nos gymnases, ces froids célibataires, ces prêtres dont l'égoïsme était le principal caractère; c'est à des pères de famille qui, dans chacun de leurs élèves, verront leurs propres enfants, que nous devons confier les nôtres. 11 faut être père pour pouvoir former des êtres qui doivent le devenir à leur tour, et, comme l'a décidé un grand homme, Lhôpital, avoir des enfants est un titre pour en élever d'autres.

C'est en adoptant un plan tel que celui dont nous traçons une esquisse qu'avant peu l'espèce serait entièrement changée et rendue à sa destination primaire, que nous aurions une génération saine et robuste, digne de jouir de la liberté et capable de la conserver.

Fiers de pouvoir se procurer par eux-mêmes les objets de nécessité et de fantaisie, nos descendants ne seraient pasobligés, comme nous, d'avoir recours aux bras des autres pour se les procurer ; ils n'auraient pas besoin de se servir de mille subterfuges pour satisfaire à leurs désirs; la fraude et la fourberie seraient bannies de la France et iraient se réfugier chez des peuples esclaves.

Nos jeunes gens ne seraient plus si polis, si maniérés, il est vrai; ils auraient quelque chose de plus âpre dans le caractère, mais la candeur serait sur leurs fronts, la vérité siégerait dans leurs cœurs comme sur leurs lèvres ; ils auraient des moeurs et sans elles point de liberté; accoutumés de bonne heure à une vie active et laborieuse, la mollesse ne les tiendrait pas ensevelis dans le duvet pendant que leurs amis escaladeraient les remparts de nos frontières. Ceux d'entre eux qui commanderaient dans notre armée ne feraient pas leur toilette comme de jolies femmes; ils auraient un extérieur plus rude que nos

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officiers actuels, mais ils seraient de véritables, d'invincibles défenseurs de l'Etat. Peut-être, un jour, n'aurions-nous plus besoin d'armée de ligne ; chaque jeune homme, pour apprendre le métier de la guerre, pourrait par la suite être obligé à passer un certain laps de temps dans les camps placés sur les frontières et à la solde du corps politique; puis, remplacés par d'autres, ils reviendraient dans leurs foyers se livrer à des professions de leur choix et payer d'une autre manière leur tribut d'utilité à la mère patrie. Ces temps sont bien éloignés encore, dira-t-on sans doute; mais c'est une raison de plus pour nous engager h les hâter. L'éducation est un des principaux moyens qui soient en notre puissance. Mettons tout en œuvre pour la diriger, de manière à assurer le bonheur de ceux qui courront après nous la carrière de la liberté.

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