‹ Papiers de Joseph HubertChapitre 10 sur 11 · KM · texte numérisé non relu

KM

Le plus beau giroflier de l’île de France a au moins trois ans de plus que le mien, qui n’est que de l’expédition de 1772. il était gros comme ceux de six mois d'ici Au Jardin du Roi, on en a eu en 1770, et les plus granls de tous ceux qui ont été apportés, auront sans doute été destinés pour ce Jardin. Je crois donc qu’on p >ut avancer, sans se tromper, que mon giroflier est plus jeune de quatre ans que ceux de Mont-Plaisir, et cependant il a quatre fois plus de surface que le plus beau de ce Jardin. Il avait trente pieds, il y a un an, et actuellement plus de cinquante pieds de circonférence dans tous les points de sa hauteur, Il a tardé à donner ; mais il m’a bien dédommagé l’année dernière. Les arbres vigoureux sont ordinairement tardifs.

Vous n’êtes pas content de la giroflerie de M. Géré. Les plants sont fluets ; ils ont une *pnaladie qui les couvre de crasse. Vous ajoutez que vous ne croyez pas que le giroflier soit jamais un oijet de commerce, mais seulement de curiosité. Voilà a que vous me marquez en différents temps. Si la réussite des girofliers entre les mains de M. Ceiéest douteuse, que doit-on penser de ceux qui ne sont pas soignés par M. Ceré. Eh bien ! mon cher Monsieur* tous les gin fliers de cinq ans ici sont plus beaux que le mien ne l’était à cet âge ; ils donnent plus tôt, les clous sont plus beaux, et Je nombre des baies plus grand à proportion. Ils ont tous depuis douze jusqu’à quatorze pieds de haut; ils sont forts et vigourtux ; ils n’ont pas une feuille crasseuse.

M. Cerejuge, d’après ceux qu’il cultive, quelegirofli r n’est qu'un fort arbuste. 11 le plante à neuf pieds de distance, le traite comme le caféier, comme un arbuste enfin. Messieurs le baron de Souville et le comte d’Innisdale, après avoir vu les nôtres, estiment qu'il faut que nous les espacions de 25 à 30 pieds. D’après cette comparaison, vous conviendrez, Monsieur, que votre température ne convient pas mieux que la nôtre aux plants des pays chauds.

Nous espérons bien que le gin Hier ne sera pas ici qu un objet de curiosité. J’avais été un peu dégoûté de cette culture par les grandes pertes que j’avais faites de petits plants ; mais ceux plantés dans un terrain pierreux n'ont presque pas souffert de mortalité. D’ailleurs, quand nous aurons de grandes pépinières, nous nous consolerons de la perte d’une partie de nos jeunes plants.

lime paraît, par un article que vous avrz traduit de Rump, dans votre lettre sur les épiceries, que ces arbres sont incertains aux Moluques, jusqu’à ce qu’ils aient atteint la hauteur de cinq pieds. File est (la transplantation), dit Rump, pénible et inceitaine, jusqu’à ce que les arbres aient atteint la hauteur d’un homme. Il me paraît qu’il est moins pénible de transplanter un arbre de cinq à six pouces qu’un de cinq à six pieds, ef, en enlevant le premier à la motte, Ja transplantation ne serait pas incertaine. Je pense donc que Rump a voulu dire que les plants d’une girifierie sont incertains jusqu’à ce qu’ils aient atteint la hauteur d’un homme. Je suis porté à pencher pour cette interprétation, paice qu’ede me rassure sur la mortalité de nos jeunes plants, qui éprouvent le même inconvénient dans leur sol natal, si j’interpiète bien ce passage de Rump.

Vous décidez, Monsieur, que nous ne serons jamais une colonie à sucre ; mais vous ne dites pas pourquoi. Vous avez trouvé celui que nous faisons ici tiès-beau. Il se fait sans peine, par des noirs, conduits par des blancs qui n’ont jamais vu de sucrerie. Mon beau-frère, M. Beaudeu, en fournit déjà presque à toute l’île, de la plus grande beauté. Je vous en envoie, qui est de la cassonade, c’est- à- dii e du sucre mut ou moscouade, terré une fois ; son prix est de 30 sous la livre. Il en a vendu à 25 sous. Nous a\ons beaucoup de terres propres aux cannes à sucre ; nons avons assez d’eau pour les mouiins. Je ne vois pas pourquoi nous ne serions jamais une colonie à sucre;je ne vois pas non plus pourquoi l’île de France aurait cet avantage sur nous. Il y a tiois ans que vous aviez environ douze sucreries montées ou près de l’être, ce qui peut donner douze milliers de sucre par vingtquatre heures, et le sucre est souvent rare à l’île de France, quoiqu'on en tire d’ailleurs, et le plus beau que j'aie vu n’approche pas du nôtre.

Vous dites, Monsieur, que, au surplus, Bourbon remplit mieux sa destination politique, en ne cultivant que les grains. Je crois, au contraire, que c’est l’île de France qui doit s’attacher à cette culture. Si vous faisiez les grains nécessaires pour nourrir les escadres, les troupes, etc., il ne coûterait pas au Roi un suicroît de dépenses pour tirer d’ici ies grains qui vous manquent ; dans un temps de guerre, vous ne seriez pas exposés à être pris- .par famine, si l’ennemi s’emparait d’abord de Bourbon,

ou s’il faisait seulement des descentes pour brûler les magasins. Si vous faisiez asstz de blé, bientôt nos terres, qui sont occupées par cette culture, seraient couvertes de cotonniers et peut être de cannes à sucre; c’est le vœu que j’ai toujours fait pour la prospérité de notre île; mais malheureusement il ne sera jamais accompli» Les besoins que vous avez de nos grains engageront toujours les administrateurs à encourager ici cette culture, et on aime mieux faire une plantation qui rapporte dans quelques mois, que d’attendre des produits plus grands, mais plus longs à recueillir et incertains en temps de guerre.

On oppose ici à votre projet de nous transporter tous à l’île de France celui de vendre aux Espagnols votre île, et, avec le produit de cette cession, on ferait un port ici, soit à Sainte-Marie, ou à Saint-Gilles, ou à Sainte- Suzanne, ou à la Rivière d’ Abord. Il faudrait moins de troupes pour nous garder. La nature a rendu notre île inabordable. Les milices augmentei aient le nombre des défenseurs, sans qu'il en coûtât rien au Roi. lien coûterait moins pour la nourriture des tioupes et des escadres, puisqu’il ne faudrait pas la chercher ailleurs ; on ne pourrait, pour cette raison, nous prendre par famine. Ou trouverait ici, sous la main, des mâtures et des affûts, que vous êtes obligés de tirer d’ici, parce que, quoique votre île soit encore couverte de bois, il n y en a pas d aussi beaux qùe les nôtres, pour l’usage dont je viens de parler.

L ouvrage qu on a tenté ici à la mer, et dont vous avez fait mention, n était qu’üne jetée faite en ce quartier, pour seulement mettre les pirogues à i’abri de la lame dans les chargements.

Voilà, mon cher Monsieur, tout ce que j’avais à répondre sur ce que vous dites de Bourbon dans votre ouvrage. Ma qualité de Bourbonnais ne m’empêche pas de rendre justice à l’île de France, et j’ai souvent dit â mes compatriotes que j’avais vu des caféiers très- beaux chez vous, dont, il est vrai, le rapport n’a pas répondu à vos espérances. Nous avons tous vu avec plaisir que Vous ne passez pas à M. Sonnerat le mal qu’il a dit de votre île et de ses habitants, et nous applaudissons de bon cœur à votre critique, et moi particulièrement, qui sais combien! sont fausses lès imputations envers les colons. Je suis bien fâché de n’avoir pu lire l’ouvrage dé

M. Sonnerai, et l’espérance de le trouver est une des causes qui m'ont tait différer de vous écrire sitôt la lecture de votre brochure.

Je vous tais mes remercîments particuliers de la publicité que vous avez donnée à votre secret pour la préparation de la cannelle. Tout ce que vous dites de cette culture est tait pour réveiller l’attention des colons des deux î'es sur cet objet, et, quant à moi particulièrement, je tenterai une petite plantation, en diminuant celle des cacaoyers, d’après ce que vous me marquez du vil prix du cacao. Il m’est venu une réflexion, Monsieur, sur votre découverte, c’est que les habitants des Moluques fixent, sans s’en douter, le parfum de leurs muscades, en employant la bouillie de chaux pour les conserver. Si M. Ceré n’a pas employé ce moyen pour celles qu’il a envoyées en Europe, ne craignez-vous pas qu’elles ne puissent perdre de leur parfum en vieillis* sant, comme la cannelle ?

En parcourant, dans l’instant, votre lettre sur les épiceries, je lis que vous dites, d’après Valentin, qu’on enlève la première et la seconde écorce du cannellier, et qu’on ne touche plus à la troisième , sans quoi, l’arbre en serait incommodé. Vous dites, dans votre nouvel ouvrage, que c’est la troisième écorce qu’il faut prendre pour épicerie. Ces deux méthodes si différentes ne feraient-elles pas soupçonner que vous n’avez pas le même cannellier dont on tire la meilleure cannelle à Ceylan t ici, nous rebutons la première et la seconde écorce ; la troisième est notre cannelle, et, là-bas, on laisse la troisième, on se sert des deux premières pour épiceries.

Marquez- moi, je vous prie. Monsieur, ce que vous pensez de la cannelle que je vous ai envoyée. Je vous en enverrai d’une espèce que M. de Souville a portée ici, il y a 25 ans. La nôtre ne peut venir de l’îie de France; 'il y a plus de 25 ans que nous l’avons. Il serait bien nécessaire de fixer à quelle espèce il faut donner la préférence; c’est à vous, Monsieur,de nous guider là-aessus ; c’est un surcroît d’obligation que nous vous aurons.

Adieu, mon cher Monsieur ; voilà une bien longue lettre , pour laquelle je réclame toute votre indulgence ; mais j’aurais craint de ne pas répondre à votre estime, si j’avais tenu un silence d’indifference, lorsque j’ai cru voir que vous aviez, vis-à-vis de nous, des torts. Je

vous prie d’embrasser pour moi vos enfants, et d’être persuadé que rien ne peut altérer les sentiments que je vous ai voués pour la vie.

Votre très-afïèctionné serviteur et ami,

J. Hubert.

Brouillons d’obscrvaüous (f 9§9)

L avancée faite à la mer de 60 toises environ, en juin et juillet 1787 (Brûlé de la Table), a déjà été entamée par la mer, dans l’endroit le plus avancé de cette pointe. On remarque 3, 4 et 5 couches de lave basaltique séparées par plusieurs pouces, et, ailleurs, par plusieurs pieds de lave scorifiée, rouge et grise.

Les laves basaltiques ne sont pas partout d’une contexture également compacte, ni renfermant, en quantité , des matières vitreuses.

Les matières vitreuses sont, dans cette lave nouvelle, comme presque partout ailleurs, en plus grande quan tité dans le bas des laves; on n'en trouve presque pas vers le haut.

La hauteur de la nouvelle jetée est de 14 à 18 pieds. Llle est la même, presque dans l’étendue de deux lieues, que parcourent successivement les matières que vomit notre volcan.

Les dernières laves sortant par ruisseaux séparés de cette éruption ( juin 1787) et poussées à la mer, ont été

arrondies en galets par la mer et réduites en sable, sur ses bords.

Les ruisseaux de lave sortent entre les couches de basalte, et quelquefois coulent dans le milieu d’une pièce de basalte, où ils trouvent une issue.

Les ruisseaux de lave coulent quinze jours, et souvent plus, après que le mur basaltique est formé.

Il arrive quelquefois que, après que le mur basaltique est terminé, les laves, rassemblées dans de grandes Gavités, au lieu où la mer était, et où. il se trouve une grande épaisseur de lave, se taisant une issue, coulent en grande masse à la mer, et forment des jetées étroites, de 60 et 100 pieds de long, qui prennent une telle

solidité, ne formant qu’une masse sans couchas, que la mer ne les détruit pas. Ces jetées sont toujours moins élevées que le mur basaltique de la côte.

La coulée de lave s’étend toujours en largeur, en arrivant à la mer, souvent trois et quatre fois plus que la largeur qu’elle avait en arrivant.

Cette augmentation de largeur se fait toujours plus sous Je vent qu’au vent.

L’épaisseur du courant s’élève peu au-dessus du sol voisin, lorsque la lave coule sur le sol ; mais elle prend partout une épaisseur de 15 à J 8 pieds, et quelquefois de 40. lorsqu’elle arrive à la mer ; seulement, presque toujours, cela ne passe pas 25 pieds.

Cette épaisseur est à peu près ce que les lames, toujours terribles de cette partie de l’î'e, inondent, après s’ëtre bridées contre le pied du mur basaltique.

La mer a, sur toute cette côte, beaucoup de profondeur.

Les murs basaltiques ne sont pas t rnjours séparés par des couches horizontales.

Ces couchés ne sont pas toujours séparées par de la lave scorifiée.

E les ne le sont quelquefois que comme si elles avaient été simplement brisées.

Les couches sont d’autres fois simplement tracées par des pores dans la lave, comme on pointe une ligne sur du papier.

E les se tiennent si\ bien que le marteau ne les sépare qu’en brisant la pierre, comme dans d’autres points.

J’ai vu de ces couches dont quelques pieds étaient séparés par des laves scoiifiées, d’autres, comme simplement brisées, d’autres, enfin, pointées.

Les laves de différentes couches adhèrent plus ou moins, suivant leur degré réciproque de chaleur.

J’ai vu des colonnes isolées formées par des, gouttes de lave tombées de haut, et qui ont fait, corps ; ce qui prouve que les laves adhèrent.

On voit d’anciennes montagnes, de 10 et 150 pieds de hauteur, terminées ü’aplomb a la mer, et formées par des couches de laves. De chaque côté de ces montagnes, Ja mer est bordée de murs d î 15 à 18 pieds.

* Je connais un endroit où un-rempart de cent et quel-

ques pieds borde la me”. Ce mur est composé de petitsmorceaux de lave poreuse, comoacte, basaltique, tout cela de formes diversifiées, et uni par un sable qui donne tant de solidité à ce massif, que des morceaux qui s’échappent d’en haut, d’une grosseur énorme, ne se brisent qu’en grosses masses, comme si c’étaient des pièces de lave compacte. On y trouve, à la profondeur de 50 pieds, plus ou moins, des morceaux de bois, qui ne sont pas pétrifiés, preuve que cette éruption n’était pas en feu,

A 13o toises du bord de la mer, et à 50 pieds audessus de son niveau, il s’est trouvé, à huit pieds en terre, dans un soi graveleux vo'canique, un morceau de madrépore, réduit extérieurement en ch^ux.

On trouve quelquefois, dans le basalte, des espèces de canaux, que les laves de seconde coulée suivent. J'ai remarqué un charmant filet de lave, coulant dans un canal horizontal a sa base et voûté au-dessus. Il arrive toujours que les parois intérieures de c^s canaux sont scor fines, et que, plus loin, Je basalte est poreux. Ces pores diminuent en s’éloignant du passage de la lave.

Sur la superficie des courants de 1 ive, il se forme des courbas minces, et successivement. J’ai vu ces couches se f »rmer lorsque la première est d 5 j à solide. Il arrive que la lave intérieure se gonfl i, ou, en trouvant un obstacle, brise la couche consolidée, coule quelques moments dessus, et se refroidit bientôt, ce qui forme des couches successives.

Il arrive, et je i’ai vu, qu’une nouvelle coulée, passant près d une ancienne, la lave s’insinue dans les cavités qui existent dans l’ancienne coulée, et on la voit fumer par ses fentes.

Après la consolidation de la superficie de la lave, il sort des ruisseaux de lave, comme je fai déjà dit, p ir le gonflement de la lave autant que paF sa pente; mais ces ruisseaux se touchant, on en voit d’une lave poreuse, dont la croûte seulement paraît contenir beaucoup de matières vitreuses, qui donnent les couleurs de l’iris, d autres dont la pâte est graveleuse et contient, en grande partie, des grains vitreux.

Dans les endroits où la lave a coulé à la mer, on voit, mais rarement, des buttes de 15 et 20 pieds

hauteur, au-dessus du niveau de la superficie de la lave* Ces buttes lument encore, lorsque partout les laves sont éteintes.

J’ai vu des arcades formées par la lave qui tombe de hiut. La première couche qui se présente sur le bord du mur à pic, forme une grosse goutte, qui tombe ; mais il reste en avant une petite avancée. Une seconde couche fait 1a même chose, et chaque couche, travaillant à cette arcade, lui donne en même temps de la force.

La mer jette quelquefois des morceaux de basalte de quatre pieds de diamètre, et pesant des milliers délivrés; ils ne sont point enlevés du fond, mais détachés du haut, par le choc de la lame, après quelle s'est brisée, parce que le bas du mur basaltique étant excavé par le choc des lames, la dernière couche se trouve comme suspendue. La lame la prend en dt ssous, et l’enlève aisément, eu égard à la mauvaise mer de cet endroit. Cela m’avait embarrassé. J’en ferais application pour les pierres lancées des cratères.

Je n’ai jamais vu, dans l’île, de cavité évasée qui me fasse croire que ce peut avoir été un cratère. Cependant, je connais cent endroits d’où la lave a pris naissance très-anciennement, et apulé à la mer. Je n’ai pas été surpris de n’y point trouver de cratère, d’après les observations suivantes, faites sur les nouvelle buuches vomissant de la lave, éloignées de 3 et 4 lieues de la fournaise agissante.

Il y a 80 ans que, à mi-côte de la montagne, près du quai La Rose, et distante de trois quarts de lieue de la mer, il est sorti, au milieu des arbres, une source de lave, qui est parvenue jusqu’à la mer. Il n’y est jamais resté d’ouverture, ni d’éminence.

Il y a douze ou quinze ans, à quatre lieues de la bouche dont je viens de parler, et a quatre ou cinq lieues du cratère agissant, il s’est fait une issue de la lave, à 150 toises du niveau de la mer, et à la distance de mille toises du rivage. Cette immense éruption a formé un promontoire, à la mer, de plu* de deux cents toises au-delà de son ancienne limite, et de près d'une lieue en suivant la côte, le tout pris sur la mer, et ayant, quinze, vingt, jusqu’à quarante pieds d’épaisseur.

I« Lune et les Ouragans (1)

Mémoire sur l’opinion qu'il existe des rapports entre les phases de la lune et les époques des ouragans , suivi d’observations de ces rapports , depuis plus de 60 ans, aux îles de France , de Bourbon et aux Antilles.

Je dois prévenir qu’il y a des lacunes dans la série de ces observation^, par suite des interruptions qu il y a eu dans ma correspondance avec MM. Ceré, de Cossigny de Pal i a, et Le Comte Favéta, et aussi parla perte de mes journaux ; aussi suis-je bien loin de prétendre à la publication de ce mémoire; je l’adresse, non à des sociétés savantes desquelles je suis correspondant, mais je le confie à M. Bosc, de qui j’ai eu déjà l’occasion plusieurs lois d’éprouver l’indulgence et l’amitié.

J’ai puisé mes recherches dans les mémoires de M. Ceré, ainsi que je viens de le dire, lesquels datent de 1757, et par suite, dans sa correspondance ; dans celle de M. de Cossigny de Pal ma, tous deux résidant à l’île de France, et dans celle de M. Le Comte, médecin à Saint-Denis, homme très-instruit, qui s’est occupé, pendant trente ans, de météorologie.

Le premier (M. Ceré) n’a tait aucune mention de l’état de la lune; ses pronostics des ouragans sont tirés, plusieurs mois d'avance, des mouvements et bruits de la mer, des vents, de l'état du ciel, de la marche du baromètre et du thermomètre.

M. Le Comte a tenu rigoureusement compte des phases de la lune, dans les jours qui précèdent et où se trouvent les ouragans, sans avoir egard cependant à d’au très points lunaires que la nouvelle et pleine lune et les quadratures. Comme M. Ceré, il observait les vents, la mer, les mouvements des nuages, la marche du baromètre et celle du thermomètre ; il y joignait celle de l’hygromètre.

M. de Cossigny, en m’écrivant les désastres des ouragans et leurs dates, ne me disait rien des pronostics qui les avaient annoncés..

(1) Voir page 50,

Partout où j’ai pu trouver des relations de ces grandes, calamités, je lésai rapprochées, dans mon tableau, de l’état de la lune.

Privé des ouvrages de beaucoup d.e savants, qui ont traité de l'influence de la lune sur les phénomènes météorologiques, je n’ai eu occasion que de lire, dans quelques anciens journaux de physique, les observations du Père Cote, qui donne pour un de ses axiomes la certitude de cette influence, acquise ron-seulement par ses propres observations, mais par celles de tous les météorologistes dont il a consulté et recueilli les' observations. M. Sennebier nie formellement cette influence, et M. de Lamarck plus nouvellement l’a admise.

Ces sa vants d’ailleurs n'ont dirigé leurs recherches que sur des observations journalières de l’atmosphère correspondantes aux dix points lunaires, et sur leur retour à la période de 19 ans.

Moi, je ne me suis occupé que des rapports qui pouvaient se trouver entre les époques des ouragans et les nouvelles et les pleines lunes, négligeant les quadratures, parce que, d’après ceux qui croient aux, effets de cette influence quatre fois dans un mois, nous aurions à craindre vingt-quatre jours sur vingt-huit, puisqu’ils étendent à trois jours avant et trois jours après chaque phase, les eff -ts de ces points lunaires.

Nous voyons, pur le mémoire de M. Morau de Jouanes sur l’ouragan des Antilles du 21 octobre 1817, que, selon l’opinion générale des habitants de l’archipel, l’époque des ouragans serait déterminée par une influence astronomique. Il ajoute: « Il y a lieu de remarquer qu’ici ce grand phénomène atmosphérique a précédé la pleine lune d’octobre de quatre jours. »

Ainsi donc, cette opinion est commune aux habitants des colonies occidentales et orientales, et à beaucoup de marins. La’uteur de l’Annuaire de cette île, de 1820, y avait imprimé la note ci dessous (l). Il y a, je le sens, d’après cela, de la témérité à émettre mè ne des doutes contraires ; mais depuis combien de temps ne croit-on

pas à l’influence de la lune sur le l’époque des

semailles? Leur énumération form et cepen-

dant toutes les personnes raisonnables et de bonne foi

(I) Cette note a disparu avec le bas de la page.

n’v croient pa=, lorsqu'elles savent répéter des observations. J’y ai cru aussi dans ma jeunesse; c’est le vieux. La Quintinie qui d’abord m’a fait douter ; mes observations ont achevé de me dissuader entièrement.

J’aime à penser d’avance qu’on ne me soupçonnera pas d’avoir des doutes sur les eflds de la lune dans les marées de l’océan, et celles aériennes même

Je vais me permettre de faire les observations suivantes sur cette prétendue influence de la lune dans les ouragans :

Gommant concevoir qu’une cause qui agit à la distance de 80,000 lieues, ne produirait ses eff -ts que sur un espace de quelques degrés du globe L Nous en avons des exemples dans plusieurs ouragans, qui on t dévasté une d1 nos colonies, sans que l’autre, qui n’en est qu’à trente lieues, s’en soit ressentie.

Comment, peut-il se faire que les mêmes points lunaires, qui reviennent vingt fois peut-être sans causer de grands changements dans i’atmo«phère, produisent une fois dans cet espace de l’hémisphère, ouragan I-. Les mêmes causes les mènes

effets comme dans . . les ouragans. D’ailleurs l’eau, n’arrivent..

une très-grande part. Nous avons eu p!usieurs ouragans avril ; le dernier a été le 19. La

iune était déjà loin ; un, le J5 juin.

Il ne m’appartient pas d’examiner les écrits de plusieurs physiciens, qui sont venus jusqu’à moi, sur les causes locales d ;s ouragans. D’ailleurs, ces savants n’ont eu en vue que les colonies des Antilles, et ont établi leurs hypothèses, sur les vents régnants dans ces contrées et le voisinage du continent de l’Amérique, ce qui ne peut se rapporter à nos deux îles, qui sont à peu près isolées au milieu des mers, et, comme je J’ai dit, l’espace que parcourent les ouragans n’est pas assez étendu pour que ceux-ci reçoivent une influence de Ja Nouvelle-II >1 lande, qui se trouve au vent de nos deux îles, à 1,250 lieues.

S’il me fallait adopter une opinion sur les causes qui produisent les ouragans, je m’arrêterais sur ce qu’en a dit l’auteur de l’LLsîoire naturelle générale et particulière, citée par M. Libes.

Après avoir décrit les tempêtes qu’on éprouve au cap

les vents con-

fie Bonne- Espérance et à la côte de il ajoute : ..... .

L’aires. . .

ÎS. B. II existe, au bas de la page, une lacune équivalente a huit lignes d’écriture, si l’on compare cette page à une autre qui est entière.

...... en tournant en même temps de droite à gauche. En abordant de ses bords notre île, par exemple, nous éprouverons un ouragan du Nord ; nous aurons calme, lorsque son centre parviendra au même endroit, et J ouragan sera du Sud, lorsque le mouvement circulaire de la partie opposée de la circonférence à celle qui nous a donné 1 ouragan du Nord, viendra nous frapper.

Si ce grand tourbillon ne frappait i’île que par une partie de sa circonférence, nous n’aurions l’ourag-an que d’un côté.

Cette hypothèse rend surtout raison des calmes que nous éprouvons dans les ouragans, suivis de vents aussi forts du côté opposé à celui d’où ils ont d’abord soufflé.

Il me semble que ces grands tourbillons expliquent encore pourquoi, lorsque nous n’éprouvons pas les ouragans de l’île de France, la mer est ici aussi furieuse que lorsque nous en ressentons les effets. Il me semble que

dans ce cas la mer doit être aussi

une certaine dist

Ouragans

Mentionnés dans les papiers d’Hubert

1/51. M. Sonnerat a eu raison de dire que nous avions eu ici un ouragan en 1772. Il aurait pu dire un autre en 1773, et, depuis 1751, on n’a point eu d’exemple de üi furieux ouragans que ceux de ces deux années de suite. ( Voir page 159 — Lettre à Cossigny ).

1760. Pal ma, le 3 avril 1780. Vous aurez appris que le. vent avait été très-fort *à l 'île de France, moindre cependant qu’en 1760 et en 1772. La force de la tempête s’est fait sentir , aux. Pamplemousses et à Port-

Louis, le lundi 21 février, entre onze heures du matin et une heure de l’a près midi, venant du S. S. E. A Moka, aux plaines de Wilihems et chez m )i, le fort du vent a été, le même jour, depuis 6 heures et demie du soir jusqu’à 11 heures et demie, et soufflant de la partie du Nord.

Cossigxy fils.

1770, 18 et 28 novembre. Pa'ma, le 24 novembre 1779. Je crains bien, pour les vaisseaux qui sont à Madagascar, et pour ceux qui sont à Bourbon, l’ourag in que nous venons d’essuyer du 21 au 22 de ce mois. Il a commencé à sept heures du soir, dimanche 21, et a fini le lendemain à 2 heures du matin. Les rafales n’ont pas été fréquentes, ni iongues; mais il y en a eu de trèsfortes, surtout de la partie du large. Je désire bien que ce coup de vent n’ait. . à Bourbon. Voilà le premier que je bre. Je n’en avais point encore

vu avant Je i9 décembre. Je sais que, en 1770, il en a passé deux à Bourbon, l’un Je 18 novembre, l’autre le 28 du même mois.

Cossigxy fils.

1772, 15 avril. Hubert à Ceré, 12 mars 1806. Nous avons eu ces jours derniers une mer terrible. Le vent d’ü. a soufflé assez fort pour faire beaucoup de mal. Cela ne me tranquillise pas pour le reste de la mauvaise saison. Je n’oublie pas que, en treize mois, en 1772 et 1773, nous avons eu un coup de vent et deux terribles ouragans, tous deux le 15 avril.

1773, 15 avril. Voir, ci-dessus, lettre à Ceré.

1776, 18 mars. Le Comte à Hubert, 31 mars 1788. Je ne suis pas surpris des effets terribles de ces affreux météores ; j’en ai déjà eu l’expérience en 1776. Dans un très- gros temps, deux jours avant la nouvelle lune, qui était le 20 mars, il s’éleva de la rade un tourbillon qui fracassa, enleva tout ce qui se trouva sur sa route.

1778, 13 janvier. La première fleur de mon giroflier qui s’est épanouie a été le 3 janvier 1778. Tous les clous ont coulé avant le 25. Il y a eu, le 13, un coup de vent qui sans doute m’a fait ce tort. (Journal de mon jardin.)

1778, 20 décembre. Le 20 décembre, il y a eu un ora-

ge comme il n'y en avait jamais eu d'exemple; les éclairs étaient terribles. ( Journal de mon jardin.)

1779,21 et 22 novembre. Voir, page 173 — Lettre de Cossigny du 24 novembre 1779.

1719, 21 et 22 novembre. Voir , page 173 — Lettre ce Cossigny, du 24 .novembre 1779.

1780, 21 février. Voir , ci -dessus , page 172, lettre de Cossigny, du 3 avi il 1780.

1781, janvier et lévrier. Les grandes pluies do janvier 1781 ont lait couler des clous très-beaux ; tous étaient conlés le 15 lévrier, après bix semaines d’une pluie continuelle et de débordements ttriib.es. (Journal de mon jardin.)

N.-B. Ou sait qhe les plüies de cette violence lie sont jamais occasionnées, à la Réunion, que par un cyclone plus ou moins rapproché.

1783, 22 décembre. Il est tombé environ 700 clous de mon giroflier, dont partie épanouis, par une grosse pluie venant de Saint-Paul. (Journal de mon jardin.)

N.-B. Pas (le grosse pluie avec vent d’Oüest, sans un cyclonë plus ou moins rapproché dans le SM.

1785, juin. Ceré à Habert, le 20 avril 1786*. Toutes nos noix, au nombre de plus de 500, n’ont donné que 30 à 40 plants, par suite du coup de vent de juin.

1786, novembre. Habert à Le Comte, 18 novembre 1766. Nous avons ici beaucoup de pluie depuis quelques jours, amenée par les vents de N.-O. Il a lait une chaleur étouffante ; on a entendu quelques coups de tonnerre.

1788, 14 lévrier. Le Comte à Huüert, 31 mars 1788. Voilà trois gros orages en deux îhois , le 14 et Je 25 février et le 26 mars. 11 est singulier qu’ils soient toujours venus de la même partie du N.-E. et du N.

1788, 25 février. Même lettre.

1788, 26 mars. Même lettre.

1791 , novembre. Bert (1) à Hubert, 1« décembre ; 1791. Apièsdouze jours de traversée, je viens d’arriver ici, non sans quelques craintes d’un coup de vent, dont il y avait plusieurs apparences. Le deuxième jour, nous étions déjà à la tête de fîie, quand, tout à coup, assaillis par des vents en proue, nous fûmes obligés de faire utie route qui nous conduisit jusqu’à 80 lieues sous le vent de J ne de France. I.s furent tout à coup remplacés par un calme plat, qui dura trois jours entiers. A celuici succédèrent de gros nuages, qui obscurcissaient tout le ciel* et qui, au so.eil couchant, rendaient toute l'atmosphère cuivrée, telle que je n’ai jamais tien vu de pareil. Sur hr fin apparurent des grains, qui se succédaient toujours de plus en plus forts, et qui nous confirmèrent dans nos craintes d’un coup de vont, desquelles nous ne lûmes rassurés qu’apiès avoir pris pied à terre. L'espoir de revoir votre île remplie de je ne sais quel charme, dans l’espace d’une quinzaine de jours, diminua beaucoup lit peine que je devais ressentir en quittant un paradis terrestre, pour y revenir je ne sais quand. 7 ■ J

1793. Hubert à Le Comte, 13 février 1800. Nous avoès eu ici l'annonce "d’un coup de vent, qui s’est terminée par une biise de 1 Ouest. Depuis ce temps, la pluie n’a pas discontinué par intervalles. Saint- Joseph a souffert du vent. Depuis 1793, la mer n’à pas été aussi mauvaise.

1791, 1er décembre 1793 : Il fait, depuis 15 jours, une grosse pluie continuelle. 6 et 7 janvier 1794 : Grande pluie avec vent du N., pluie sans cesse, débordement général dans l’île pendant neuf jours. (Notes d’un journal.)

1795, 16 novembre* Le 16 novembre 1795, nous avons eu uu petit coup de vent, qui a commencé par le N .-O.* ensuite a passé a ü S. O., et après au S. vF. (Notes d un journal.)

1796, décembre. Après une sécheresse, une pluie abondante a commencé le 22 décembre, avec apparences de Coup de vent; elle a duré trois ou quatre jours. (Notes d’un journal.)

(1) Il existe dans les papiers d’Hubert plusieurs lettres de Bert, signées Bert sahs h et lion Berfb, écrnfne quelques Uns écrivent.

1799, 16 avril. Hubert à Le Comte, 29 germinal* an VU. On vous parlera sans doute de l'orage que nous tuons eu avant hier soir, ce qui me détermine à vous écrire Je vrai. Le temps, à 5 heures du soir, n'annonçait rien de mauvais ; point de chaleur étouffante dans la journée. A 5 heures, Ja pluie augmenta beaucoup, poussée par un souffle à peine léger de vent d’E.-N.-E. A l’entrée de la nuit, les éclairs parurent et la pluie augmenta ; elle tombait à verse. A 7 heures, point d’interruption entre les éclairs et le tonnerre, qui s’était rapproché. A 7 heures et demie, le tonnerre éclatait coup sur coup, sans interruption.. On voyait au loin comme en plein jour. La pluie était extraordinaire; on avait, dans les emplacements, de l’eau à mi-jambe. La rivière très* haute. Jusqu’à neuf heures le tonnerre n'a cessé d’éclater, avec des variations, comme je n’en avais jamais entendu. Il s’est ensuite éloigné peu à peu. A onze heures c’était fini.

1800, 6 février. Le 6 février l800, bourrasque du S. O., avec une mer des plus mauvaises, pas autant qu’en 1772 et 1773. Il y a eu un fort coup de vent à l’île de France. M. Malartic y était descendu une heure auparavant. C’est lorsqu’il est venu ici pour le projet d’indépendance. (Notes d’un journal.)

1800, i9 février. Le 19 février 1800, encore un coup de vent de S. S. E., d’abord, ensuite du N. O., le lendemain. Il n’a pas été assez fort pour abattre des arbres en ce canton. (N. tes d’un journal.)

1800, 3 mars. Le 3 mars 1800, très-mauvaise mer, les vents au S. S. E. Tout le monde craint un coup de vent ; on ramasse les riz. Le 4, le vent se ralentit ; il passe au N. jusqu’au 9. La piuie a été continuelle, la rivière haute. On ne se souvient pas d’une pluie plus longue que celle-ci, qui a régné tout février jusqu’au 9 mars. Le 10, les vents sont au N. O. ; brise forte ; la pluie a cessé. Il ne reste pas dans tout le canton une saisie (L) qui ne soit employée à sécher le riz, dont on a perdu beaucoup. (Notes d un journal.)

1802, janvier. Hubert à Bory, 18 janvier 1802. Les gros temps, l’orage, les mauvaises mers, les apparences de coup de vent, tout cela se succède depuis quelque

(1) Saisie , natte en vaquois, dont on se sert pour exposer des objets au soleil.

temps, et me fait perdre beaucoup de girofle ; mais les maïs et les riz sont superbes, ce qui me console de mon mal particulier.

1806, 121 février. Hubert à Ceré, 9 mars 1806. Par celle ci j’ai à vous instruire des dégâts que j’ai éprouvés dans l’ouragan du 21 février. (Voir, page 19, Ja perte du premier giroflier.)

1806, 10 et 11 mars. (Voir, page 173, lettre à Ceré du 12 mars 1806.)

1806, décembre. Hubert à Cossigny, 9 août 1807. Par ma lettre au Président de la Société d’agriculture de Paris, du 17 mars dernier, après avoir rendu compte des désastres causés par les ouragans du 21-22 février 1806 et du 11 mars suivant, et plus encore par les inondations désastreuses et sans exemple, dans la Colonie, de décembre 1806, j’avais annoncé, etc.

1810. Les pluies d’été ne sont tombées que le 6 décembre. Le 30, débordement pas très-considérable. M. Joseph de Souville no\ré ce jour à la rivière (Notes d’un journal.)

1811. Le jour de l’an a été très pluvieux. Grande chaleur depuis le 8 janvier. Le 11, pluie. Le 12, peu, mais le temps menace toujours. Le 13 à midi, averse ; vent du N. ; débordement. Le 14, grand débordement. Le 15, les vents, toute la nuit dernière, ont été du N., tirant à l’E. ; pluie par grains ; la mer s’enraidit. Le 15, mardi soir, vents à l’E. Grande brise le 17. Pluie le 18, du même côté.

Le 28 et le 29 janvier, chaleur extraordinaire; le ciel annonce gros temps ; mer belle. Le 29, l’après-dîner, gros nuage à l’E., pluie. Le 30, pluie , vents à l’E., mer grosse. La pluie continue et le vent à l’E., tirant à l’E. N. E., jusqu’au 2 février. Vent tirant un peu au N. le 3; pluie sans discontinuer la nuit. Le vent par rafales le 4, un peu revenu à l’E. N. E. Sept heures du matin , la pluie augmente ; jusqu’à ce moment, le Bourbier pouvait être passé même par la vieille Rosalie. Le reste du 4, pluie, vent au N.; la nuit de même. Le 5, même temps; le vent tire à l’O. La nuit, le vent et la pluie moindres, mais du même côté. Le 6, à 10 heures du matin, le vent tombe ; la pluie par petits grains de loin en loin. La mer s'est calmée. Le 6, dans la matinée, vent léger de N. O. toujours; temps couvert. Le 8, beau temps, vent de N. 0.

Le 20 lévrier, vers trois heures de l’après-dîner, une mauvaise mer se déclare. Temps très-chaud depuis la veille; quelques grains de pluie, mais légers; des nuages, clairs comme du coton cardé, sont poussés le matin assez doucement par des vents d’E. Le soir, ciel trèsrouge. Le 21, au matin , mer toujours très-grosse ; le vent un peu plus fort; temps plus couvert sans pluie ; les lames semb'ent venir du couchant. Le même jour, bourrasque violente en un moment, et n’a duré que trois minutes, pendant lesquelles le vent a passé à l’E. N.E. A une heure , vent très-léger de terre. La mer s’est calmée depuis la bourrasque. Nuit sans vent, pas de pluie. 22 au matin, la mer est tombée, vents à LE. faibles, pluie ; temps doux, le soir.

3 mars, ras de marée ; mer plus mauvaise que dans le coup de vent ; tombée en 20 minutes.

5 mars. Vilain ciel, forte brise. Le 6, les nuages vont très- vite du S. ; mer assez belle.

18 mars. Brise très-forte du S. E. Le 19, encore plus forte; mer mauvaise. Le 20, mer terrible, brise terrible; le soir, ciel rouge, effrayant. La nuit calme, un. peu dé pluie. Le 21, on voit, sur les montagnes, que les vents sont S. O., faibles ; pluie douce.

Depuis la fin de juin, tout juillet, jusqu’au 10 septembre , une sécheresse sans exemple ; brises des plus fortes. Les plantations de maïs et de haricots perdues.

Nous avons une bonne pluie, le 10 septembre 1811, encore Jes 19, 20, 21, 22, 23. Le 24, le temps paraît se remettre au beau; il fait froid; pas un nuage.

Octobre a donné quelques grains de pluie ; mais les maïs ont souffert du beau vers la fin d’octobre.

Le 5 et le 6 novi mbre, nous avons eu quelques bons grains jusqu’à ce jour 18 novembre. Quelques coups de tonnerre dans le lcintain. Le 22, forts coups à la montagne. Les rivières et les ruisseaux sont plus bas que jamais. Depuis ce jour, stc et brûlant jusqu’au 30 novembre au soir. Lu 30 au suir et le 1er, bonnes pluies. (Notes d’un journal.)

1817, février. Hubert à Faujas de Saint Fond, 22 février 1817. Après une interruption très-extraordinaire de 17 jours du service de la poste, par les débordements des rivières, et un coup de vent, le courrier est enfin arrivé ce matin.

BMscours à .EeaaB -Louis

Le jour de son affranchissement (I)

Vous êtes libre, Jean-Louis. Ce jour est sûrement le plus heureux de votre vie ; c’est aussi un des plus beaux de la mienne. Ma satisfaction est d'autant plus grande, que c’est votre probité et vos soins toujours soutenus pour mon jardin, qui m’ont décidé à vous donner votre liberté. Mais partagez votre reconnaissance envers la mémoire deM. Poivre et Madame son épouse. L’un, en nous procurant les plants des épiceries, vous a donné l'occasion de les faire prospérer ; l’autre, par le beau présent quelle m’a fait du portrait de son illustre mari, m’a déterminé à avancer le moment de votre affranchissement.

Je sais que vous désirez rester à mon. jardin. Je désire aussi que vous n’abandonniez pas les soins des plantations précieuses que nous avons élevées ensemble, ti;t qui sont nos entants.

J’ai à vous taire des propositions pour votre salaire, qui, j’ose le dire d’avance, vous seront avantageuses ; mais j’attendrai quelque temps, afin que vous appreniez à jouir de la liberté, avant de contracter. Je craindrais que, en le faisant actuellement, vous n’obéissiez encore en esclave docile à mes propositions.

Je me flatte que votre estimable conduite sera toujours la même ; mais eussiez-vous le malheur de changer, je ne ferais que m’en chagriner; car jamais je n’aurai de regret, parce quq votre liberté est le prix de vos services passés, et non de votre conduite à venir.

A mon jardin, le 27 mars 1791.

(t) En marge , Hubert a écrit :

« Jean-Louis n’a survécu que trois ans à peu près à sa liberté. »

Correspoiidànëc

Avec fcory de Saint-Vincent

A Monsieur Hubert .

Saint-Denis, 8 fructidor an IX (26 août 1801

\JC v * + . ■ j

Monsieur,

„ que je n’aie pas l’honneur de vous être connu, je prends la liberté de vous écrire. Venu dans votre île pour en examiner les raretés, et en connaître les choses les plus intéressantes, je ne voudrais pas les visiter sans en conférer avec un homme aussi instruit que vous. Mon ami Lislet, qui a l’avantage de vous être connu, m^avait fait espérer une lettre pour vous ; mais je ne pus le voir avant mon départ, ët prendre sa recommandation. Je puis me flatter que, malgré ce contre-temps, vous voudrez bien me permettre de faire votre connaissance, lorsque je passerai par votre quartier. En attendait, je pars demain pour les hauts de la plaine des Chicots ; ce sera un voyage de [quatre à cinq jours, qui mè rapprochera des Salazes, que je compte aussi voir une autre fois, en détail.

Yotreîfë, Monsieur, nie paraît l’une des plus extraordinaires qui existent. J’ai vu les Canaries, aussi volcanisees, et je serais inconsolable de ne pouvoir les compa^eç ayeic celle-ci, où les feux ^pùtefraihs exercent encore toute leur action dans une partie du sol ; une autre

J. l’abri des révolutions volcaniques. Le rapprochement entre cés deux parties de votre colonie a été heureusement saisi et présenté par M. Bert, que vous avez accompagné dans son voyage au volcan, et qui me paraît minéralogiste observateur, et géplpgue ingénieux.

Quant à la botanique, elle est admirable. Du Petit- Thouars me l’avait vantée; mais elle est encore au-dessus de ce qu’il m’en a dit. C’est, au reste, votre empire. M. Ceré m'a souvent parlé du zèle avec lequel vous la cultiviez, et surtout de votre^grande expérience en agriculture. Je réclamerai, à ce sujet, votre bienveillance pour la 'Sbciété des Sciences dé Pile de France, dont je suis secrétaire, et qui espère que, de temps en

temps, vous voudrez bien lui offrir le résultat de vos travaux.

La zoologie, qui est la partie pour laquelle j’étais en chef sur l’expédition de M. Baudin, n'offre pas ici de grands résultats ; mais la privation d'animaux est commune à beaucoup d’îles ; la minéralogie et la botanique nous en dédommageront bien.

je termine une lettre déjà bien longue, dans la crainte d’abuser de vos moments. Je compte me reposer quelques jours, en revenant des hauts, pour mettre en ordre ce que j’aurai ramassé, et, sous dix jours environ, je me mettrai èn route pour la partie dû Vent.

Je suis, Monsieur, en attendant l’honneur de vous voir et de voqs demander des conseils sur l’accès du voïcàft,

Votre dévoué et très-respectueux,

Bory de Saint- Vincent.

Ghez M. Le Houx, à Saint-Denis.

A Monsieur Bory de Saint -Vincent,

Saint-Benoit, 23 septembre 1801.

Monsieur ,

Vous aure? sans doute delà peine à croire que ce n’est qu’hier que j'ai reçu là lettre que vous m’avez fait l'honneur de m’écrire le 8 fructidor , laquelle m'a été envoyée par la famille Du Trévou, arrivant de Saint-Denis. J.e me propose de m’informer de M. et Mme Du Trévou de qui ils tiennent cette lettre, ayant à cœur, Monsieur, de vous désabuser sur l'opinion que vous avez dû prendre de moi, par le retard de ma réponse.

Ce sera, Monsieur , avec beaucoup de plaisir que je vous recevrai, à votre passage pour le volcan. Quoique je sois assez bien logé à. ma campagne, ce sera chez ma mère que je vous attendrai. La perte de sa vue et sa caducité me 'font un devoir, depuis longtemps, de revenir près d’elle, tous les soirs, et de ne la plus quitter.

Je dois vous prévenir,- Monsieur, que vous reconnaîtrez que vous avez pris une opinion de mes connaissances que je ne mérite nullement. Je lis quelquefois, et j’ai a

beaucoup voyagé dans cette île, que je n’ai jamais quittée; mais je n’étudie rien. Je m’occupe, par état et p .r goût, de l’agriculture, non de la botanique ; ne sachant pas le latin, cela m’était bien impossible.

Ce n’est guère qu’à la fin d’octobre que je fais mes voyages au cratère, à cause des pluies. Hier encore nos rivières étaient gonflées. Mais c’est bien le temps de voir les coulées de lave à la mer, et les éruptions qui sortent du liane de la montagne. Ce voyage par le bord de la mer est, suivant moi, plus curieux et plus instructif que celui du cratère, lorsqu’il n’est point entravé, comme en ce moment.

La poste va partir, je finis ma lettre, pour en profiter. Il m’est pénible de penser que peut-être vous vous êtes plaint de mon silence.

A Monsieur B or y , à la plaine des Cafres.

17 novembre 1801.

Hier matin, enfin, mon cher M. Bory , on m’a porté de la poste , par Sainte-Rose , votre lettre de Saint- Joseph, du 9. On allait se mettre à table pour déjeûner. Je n'ai plus eu d’appétit ; j’ai laissé tout le monde, et suis allé dans ma chambre, voyager et m’instruire avec vous. Mais quelle a été ma surprise ( car je n’avais pu en croire votre noir) lorsque j’ai vu que vous aviez été réellement du Bois-Blanc au cratère , sans guide , sans provisions, sans tente, vous frayant une route nouvelle, qui sera toujours appelée chemin de Bory, par les curieux et par les chasseurs ! C’est bien par là que je passerai, la première fois que j’irai au cratère ; mais je n’y coucherai pas, comme vous. Je conserverai, autant qu’d dépendra de moi, les noms que vous avez donnés aux pitons et cratères; mon amour-propre y aura son intérêt.

Votre entreprise appartient à l’esprit français actuel. On voyage et on entreprend pour l’avancement et la gloire des sciences, comme on fait la guerre. Moi, qui

suis du vieux temps, lorsque je ferai ce voyage fl

est toujours vrai que, si la pluie vous eût pris, la nuit , sur la montagne, vous étiez en danger de périr de froid ; car, comme vous l’éprouverez, la sensation de froid , sur

nos montagnes, est plus sensible que celle que le même degré de froid fait éprouver dans vos zones froides. La raison en est, sans doute, que nous passons ici subite ment, et du matin au soir, d’une température très-chaude à une autre où l’eau se glace. Vous aurez encore éprouvé que la différence, sur les montagnes, entre la chaleur du haut du jour et celle de 3 à 6 heures du matin, est

plus grande qu’en Europe, .

Revenons à ce voyage, que j aime mieux faire de ma chambre, que de l’entreprendre comme vous. Il faut que vous soyez instruit de quelques faits relatifs aux troiscratères Bory, Dolomieu et Mamelon central.

J’ai vu vomir des laves par le cratère Bory, et alors le Mamelon central n’existait pas. Je chercherai la date de son élévation.

C’est en 1791 (je pourrais en dire le jour) que le cratère Dolomieu a vomi, pour la première fois, des laves. Le fracassement de la montagne et l’éruption ont effrayé ce canton. J’étais à Saint -Paul ; on allait à la messe. J ai encore vu sortir de la lave du flanc de la montagne et parvenir jusqu’à la mer.

Toutes ces issues, celles de l’éruption de la Table, de Tremblet, de Sainte- Rose, Citrons-Galets, Baril, etc., me semblent venir d’un même foyer principal. Ce sont des fusées d’un grand dépôt du corps humain. En examinant le tour de l’Enclos, vous rectifierez sûrement votre conjecture que tout ce qui est hors de son enceinte n’appartient pas au volcan actuellement agissant; car vous aurez vu que les bords de l’Enclos sont des coulées qui indiquent, par leur inclinaison, et surtout par la forme de leur surface, quelles avaient leur source au centre

de l’Enclos. J’ai pensé que... base d’une

montagne qui s’est enfoncée, d’où se sont élevés ensuite, comme les autres buttes, le piton Boiy, et les autres après.

Vous aurez remarqué les deux sections de l’Enclos, dont je vous ai parié dans ma précédente. Quand on observe les coulées, les formes de leurs surfaces, il n’est pas possible, ce me semble, de ne pas supposer un cratère plus élevé qui les a vomies, et ensuite encore un affaissement. Il se pourrait encore que la fracture en V de la rivière de l’Est fut la même que celle de Langevin, que des laves ont remplie au sommet.

Quant à toutes les buttes soit à cratère ou autres, qui

se trouvent dans les environs du volcan, à la plaine des- Catres, et même dans toute l’île, sur nos habitations, il me semble qu’elles ont toutes été formées comme la butte Hamilton. Peut-être est-ce la même force qui élève de nouvelles îles, et peut-être enfin celle-ci lui doit sa formation ; dans les premiers temps, elle vomissait des laves de toutes ses montagnes, partant d’un même loyer plus vaste que celui d’aujourd’hui.

Quand vous serez au Brûlé de Saint-Paul, vous verrez encore là des courants de laves qui ont pris leur ori-

fine sur le Gros-Morne ; et vous verrez que le Groslorne est une montagne volcanique, depuis sa base jusqu’au sommet; vous y verrez une butte où la lave a conservé les formes des coulées.

C’est du Gros-Morne des Salazes que j’ai pris l’idée que notre île s’est élevée de la mer; mais, pour lui donner plus de vraisemblance, il faut se ressouvenir : 1° qu’il est prouvé que les volcans vomissent des éruptions boueuses ; 2° que les laves se décomposent et deviennent terre ; 3° que les coulées reculent la mer, et qu’en fin les rivières la reculent aussi. Tout cela est arrivé ici. A Saint-Paul, vous verrez que son anse est formée de la pointe des Galets que la rivière a faite, et de la pointe de. la Houssaye, qui est une coulée du volcan.

Voici l’idée que je me suis faite sur la formation des fils de verre. Je pense que, dans fétat où vous avez trouvé le cratère Dolomieu, le feu, plus actif vers la bouche, parce que l’air y pénètre, réduit en verre la surface du cratère ; que la lave réduite en verre tombe en filant, comme on le voit des laves de nos forges, qu^nd le fluide aériforme, qui pousse les scories, comme vous l'avez vu, chasse au loin aussi les fils de verre. Les globules qui, presque toujours, se trouvent à une extrémité du fil, s’expliquent en supposant la tension du fil par le poids de la goutte de verre, et sa rupture. Mais pourquoi les autres volcans n’en donnent -ils pas!

M. Bory, soyez bien assuré que je ne mets aucune confiance dans les conjectures que je viens d’exposer. Avant de vous connaître, ou plutôt avant de vous aimer, je ne vous eusse pas plus écrit tout ceci qu’à la société de l’île de France, ou autre ; mais on hasarde ses pensées à des personnes à qui on veut donner des marques de confiance.

J. Hubert.

A M. Bory, à la plaine des Cafres .

22 novembre 1801.

Je voudrais bien que vous pussiez rencontrer, dans la^ rivière du Mât, un filon de trapp, qui se termine par des ramifications, dont quelques-unes n’ont pas deux pouces de largeur. Les trapps me tiennent si fort au cœur que, si je ne puis vous faire trouver d’ici ceux de la montagne de Saint-Denis, dont je vous ai parlé, je ferai exprès le voyage pour vous y accompagner. Je les vois d’ici.

Après avoir visité les montagnes depuis leur sommet jusqu’à leur base, le haut et le fond des vallées, après avoir examiné les galets de la mer et des rivières, qui sont les mêmes, vous serez persuadé, comme moi, que la masse entière de l’île est toute volcanique. Comment pourrait-on expliquer autrement sa formation ? Au surplus, l'opinion que des îles s’élèvent de la mer n’est sûrement pas de moi; mais je crois que la nôtre a eu cette origine.

Cela supposé, ne peut-on pas expliquer ces filons de trapp qui tourmentent l’imagination, en disant que, à l’époque où l’île est sortie de la mer, indépendamment de ces grandes fractures qui forment nos vallées, il s'est fait des fissures, qui ont été remplies ensuite par la lave du foyer intérieur '{

Je n’ai pas été satisfait de la manière dont M. Faujas explique, dans son hypothèse, les cellules qu'on trouve dans les trapps, qu’il ne croit pas être un produit volcanique. 11 pense que ces cellules n’existent que parce quelles ont contenu des globules de spath calcaire, qui se sont détruits à l’air. Mais vous remarquerez que le spath calcaire, comme la zéolithe, se forme dans les laves en remplissant lentement des cellules et des fissures déjà existantes. Ce travail de l’eau se fait, pour ainsi dire, sous nos yeux, puisque nous voyons des cellules où le spath et la zéolithe ne commencent qu’à paraître, d'autres à moitié, plus ou moins. Je crois donc que M. Faujas a pris l’effet pour la cause. Mais comment des filons de trapp se trouvent-ils dans des montagnes non volcaniques '( J’ai bien envie de répondre à cela ; mais maman que j’accompagne à la messe, est prête. Je profiterai de l'occasion pour demander les lumières du

Saint-Esprit, afin d expliquer tout cela, pourvu que ce ne soit pas à la manière de la Genèse.

Joseph Hubert.

A Monsieur Hubert.

Saint- Denis, le 14 frimaire an IX.

Monsieur, je pars ce soir pour l’île de France. Je reviens au galop de la Rivière d’Abord. Je n’ai pas le temps de vous écrire une bien longue lettre, même de relire ces lignes; mais je profite d’une minute pour me rappeler votre souvenir. Je vous prépare un volume ou une épître de plusieurs pages sur mes dernières courses. Je vous prie de me donner bien des éclaircissements, vous qui avez tant et si bien vu. Elle vous viendra par la première occasion de l’île de France. Je serai demain soir devant Sainte-Rose avec Hoareau.

Je suis, en attendant J’honneur de vous écrire, votre respectueux et dévoué concitoyen.

Bory de Saint-Vincent.

A Monsieur Hubert.

Port N. O., le 21 de ventôse an X.

Je commence à craindre, mon cher Monsieur, que vous n’ayez pas reçu ma dernière assez longue, et dans laquelle étaient incluses une carte détaillée des environs du volcan, et plusieurs observations, sur lesquelles je crois que l’on doit s’arrêter. Au reste, dans le cas où vous m’accuseriez d’oubli, je suis bien aise de vous prévenir que je m’estime trop heureux d’avoir l’avantage de vous connaître pour jamais vous oublier.

Je n’ai reçu qu’il y a cinq jours votre dernière, et elle m’a encore fait naître le désir de vous revoir, et d’aller avec vous visiter le volcan. Si les circonstances le permettent, je ne tarderai pas à retourner ch' z vous ; mais on parle encore trop du départ du Prince pour que je m’absente. Au reste, comme je désire prouver, en France, que je ne suis pas demeuré, dans vos îles, les deux

pieds dans un soulier, et que je tâcherai de présenter an Gouvernement le résuméde mes observations sur votre pays, résumé que je tacher \i de rendre le plus complet possible, je vais tacher de ramasser de suite tous les matériaux nécessaires. En cas donc de prochain départ, je réclame de vous les plus prompts secours. Vous ne devez pas douter du plaisir que j aurai à vous citer, dans un ouvrage dont vous aurez le plus grand honneur.

Hâtez-vous donc, je vous en conjure, de mettre la main à la plume.. Voici ce que je vous prierai de m apprendre ou de me donner :

1° Combien d’éruptions il y a eu depuis que vous observez le volcan, leur histoire, dates, effets, etc.

2° Histoire détaillée de l’éruption qui tonna le ma-

me on central. .

3° Quand et comment fut comblée la ravine Criais.

4° Où vous avez trouvé, et comment on trouve, des basa'tes contenant du soufre.

5° Votre opinion sur la formation de cette lave, qui paraît la plus fréquente de votre île, et contenant presque toujours chez vous des points de chrysolithe.

6° Votre opinion sur la chrysolithe qu’on trouve par gros blocs, souvent avec morceaux de basalte, a la plaine des Sables, et qui ont évidemment été roulés; mais, pour cela, il fallait qu’ils vinssent de plus haut, et je ne vois rien de plus élevé. Qui les a donc portés là pour les rouler \ Auraient-ils. dans le principe, jailli d’un cratère ?

7° Qu’est* ce que ce basalte dur, noir, et faisant le milieu entre lis laves compactes et les verres volcaniques, que Bert dit que vous trouvâtes dans son voyage dans les hauts de la rivière de l’Est ? Envoyez-m’en aussi quelques échantillons, etdites-moi s’il est par blocs, ou prismes, ou fragments, s’il contient jamais de la chrysoiithe.

8° D’où viennent ces basaltes à grain fin, ou pierres de touche, dont vous me fîtes remarquer un bloc dans la jetée qui soutient le pont de votre rivière, et dont j’ai vu, aux parties latérales de votre île, si souvent des tragments, mais que je n’ai rencontrés nulle part tels que la nature les forma ? En avez-vous jamais vu dont la cassure contînt quelque corps étranger, soufre, chrysolithe ?

9J Je n’ai point vu de trapps dans l’Enclos du volcan, ni au rempart de la plaine des Sables, rivière des

Remparts, etc. Y en a-t-il à la rivière de l’Est? Ou

S0Iîn1 üGXC Usifs ** lytique volcanisation des Salazes ?

lü° Pensez -vous que les volcans extérieurs à l’Enclos, tels que les Ramond, Haüy, Hubert, du Cirque, etc., se soient éteints de longtemps, et ne leur rapportez*

vous pas ces coulées du Tremblet, de la Table, du Baril, etc?

11° Ne pourrait-on pas se souvenir, dans le pays, que, lorsque le petit brûlé du quai La Rose eut lieu, on eût vu brûler ou fumer quelque cratère, hors de l’Enclos ?

• *raPPs exposés à votre soufflet de forge se

vitrment-ils comme les basaltes, et aussi vite? Envoyez-moi de ces trapps exposés au feu , et de ces basaltes vitrifiés, avec les analogues, comme on les trouve, pour que je compare.

13° Description de ce mur de trapp de Saint-Denis, que je n ai pas eu le temps de voir, avec vos vues, à ce sujet.

14° Description de ces trapps de la rivière du Mât, et vos observations sur le cours de ce petit fleuve, que je n ai pu voir, sa source, ses bras, la coupure des Salazes qui le produit, la hauteur des remparts qui encaissent son bassin ; ce que c’est que la mare à Poule d Eau , qui y est contenue, et sa position par distances de lieux qui me soient connus. Vous remplirez, par là, une grande lacune de mon voyage.

15° Vos observations sur la formation des nœuds néolithiques de vos laves.

16° Quelques échantillons de laves qui peuvent m’avoir échappé, avec ce que vous en pensez, le lieu où on les trouve, etc.

Et, comme la minéralogie n’est pas la seule partie de mon travail, je vous serais bien obligé de me donner quelques notions exactes sur la culture du girofle, son rapport, etc. ; sur vos procédés pour rapprocher les muscadiers mâles de leurs femelles, et épargner, par là, un terrain perdu, et vos expériences sur l’arbre à pain, etc. etc. Tout cela me fournira un chapitre intéressant, où je parlerai de l’accueil aimable que vous nous fîtes, et où, par suite, je décrirai ce beau Bras- Mussard. Ne manquez pas, pour que le travail soit complet, de me donner l’âge et l’histoire de votre mangoustan, de papa giroflier, etc. Le carré Poivre ne sera, pas oublié dans la relation.

•Que dites-vous de l’ayapana? Qu’en avez- vous 0btenu l

Mais, en vérité, j’oublie qu’il n’est pas clair que je n’aille pas moi-iiuêmè vous demander tout cela, de vive voix. On dirait que je fais un testament. Cependant, dans l’incertitude de vous revoir ou non, je prends mes précautions à l’avance. Pardonnez-moi donc les peines qüè je vous donne. Je termine ; car je suis bien occupé à la rédaction d’une carte de vos rochers, que le général me demande, et qui, quoique de moi, sera si belle, que, si jamais Vous venez ici, je vous engage à la voir; elle serà Sans doute au gouvernement.

Bory de Saint-Vincent.

Post-scriptum.— Si cela ne vous gêne pas, et si c’est la saison, vous m’obligerez bien en m’envoyant une certaine quantité de baies de girofle, avec le pro cédé delà culture. Parléz-moi des tremblements de terre et des eâtrëc thermales du pays.

A Bory.

(Sans date.)

Voici, mon cher Monsieur Bory, les réponses aux questions que votis m’avëz faites :

1° Cë n’est que depuis l’ânnée 1785, époque où j’ai été hommé commandant de Saint-Joseph, que j’ai fait aü Brûlé des voyages fréquents. Depuis cette époque, le volcan à voHrii des laves, au moins deux fois par an ; mais hüit Coulées seulement Sont parvenues à la mer, en pîbs ou moins de temps. Je né connais que celle du 24 juin 1787, qui y soit arrivée én 7 jours, du Grand-Cratëfe. Les autres ont mis plus longtemps, quelquefois plus d’un mois,; ces dernières sont faibles.

L'érüptioh (jüi est sortie au haut du rempart du Tremblât, qui est tombée ensuite dans le lit du Brûlé, à environ 100 gUülettes de la mer, et a couvert la ravine Criais, a brûlé Ses îléts, etc., a été de 1774.

L’éruption fameuse de la ravine de La Table a été en 1776. Je l’ai vue le nëuviètne jour. La jetée avait déjà environ 30 gaülettes à la mer. J’ai calculé, sur mesures prises quelque temps après, que cette éruption avait

'donné plus de matières que la terrible érup-

tion du Vésuve, en 1737, qui a vomi 595,348,000 palmes cubiques, la palme étant moindre d’un sixième que le pied de Paris. Le terrain envahi à la mer, par la lave, a été de 100 gaulettes dans le plus long, sur ] ,000 d’étendue suivant la côte, sur 15 à ‘25 pieds d’épaisseur. Depuis, les mauvaises mers ont détruit une partie de cette jetée, qui forme cependant encore une longue pointe.

Le Pays-Brûlé de Sainte-Rose a coulé, pour la première et dernière fois, il y a à peu près 90 ans. Les anciens habitants m’ont dit qu’on bâtissait alors l’église de Sainte-Suzanne ; mais on a été sûrement plusieurs années à ce travail ; je n’ai pas su si c’était à la fin ou au commencement.

Il est essentiel d’observer que toutes ces éruptions qui sont sorties des fîmes des montagnes, et hors du cratère principal, n’ont coulé qu’une fois, ce qui me semble prouver que ce n’est pas là que se prépare le travail des éruptions ; mais les nouvelles bouches ne sont seulement que des issues de la lave de la montagne. Ces issues, se trouvant remplies par le courant de lave qui s’y est refroidi, sont obstruées, et le passage est fermé à une autre éruption. L’orifice de ces nouvelles bouches se trouve toujours rempli à l’extérieur aussi.

L’éruption de Criais et du Tremblet, la dernière venue à la mer, semblerait être sortie, à peu de chose près, à la hauteur de l’Enclos. La lave a passé sous terre, pour s’élever et sortir au haut du rempart du Tremblet. Cela se conçoit, quand on songe à la grande fluidité de la lave, dans les cratères, qui doit suivre les lois des fluides. Rappelez-vous la liquidité de ce ruisseau de lave que vous avez observé au bas du cratère

Dolomieu, et surtout l’éruption du Vésuve du

décrite par M. Hamilton, où la lave s’est élevée en jets à deux mille pieds du cratère.

Le cratère central a vomi ses premières laves en 1766 ; mais il ne s’est élevé en mamelon que graduellement! Le cratère Bory a donné de la fumée longtemps après. J’en ai vu sortir, il y a 6 ou 7 ans^

Le cratère Dolomieu a vomi ses premières laves le 17 juillet 1791, à neuf heures du matin. Lors de l’affaissement qui a formé le cratère, il s’est élevé un nuage rouge noir, ressemblant à celui qui vient de répandre

des cendres. Dans ce même temps, une éruption du pi-* ton central, vomie trois semaines avant, parvenait à la mer, en coulant sur la lave de la ravine Criais.

Je pense que, avant l’affaissement qui a formé l’Enclos, affaissement pareil à celui qui a eu lit u à l’Etna, en 1669, le grand cratère était au-dessus , vers la p'aine des Sables peut-être, comme il a été clans d’autres endroits de l’intérieur de l’île, et que c’est alors que se sont formés tous ces pitons. Il me semble que, à mesure que l’îie s’est accrue en circonférence, par des coulées à la mer, tant de celles qui sont sorties du cratère, que de celles, remarquées en grand nombre dans toute l’île, sorties des flancs des montagnes, comme à la Table, Barii, etc., le foyer principal s’est éloigné de l’intérieur de file, pour se rapprocher de la mer, sans doute nécessaire aux éruptions.

On a cherché souvent, dans les anciens volcans, le cratère qui a pu donner des courants de lave qu’on observait. Ces courants ont peut-être pris naissance dans les flancs des montagnes, en des lieux éloignés du cratère, comme ceux de Sainte-Rose, de la Table, du Tremblet, etc. Vous savez que là où la lave est sortie, il n’y a ni cratère, ni monticule. Les arbres de la forêt au-dessus de i’issue, et à 20 pas, existent verts. L’aacienne éruption, au haut du Tremblet, est sortie d’un trou qui n’a pas peut-être quatre pieds, et, dans les premières gaulettes (1), le lit de cette lave n’est pas plus large ; cependant cette éruption est parvenue à la mer.

Je crois que c’est toujours du foyer du cratère principal que partent les fusées de laves. C’est lorsque la lave est parvenue assez haut dans le cratère que son poids ouvre des issues. C’est une barrique pleine qu’on perce dans le bas. Le jet de lave doit suivre la loi des fluides. Le choc de ces courants souterrains de lave, contre les inégalités et les obstacles du canal qu’ils suivent, doit donner des secousses à la terre. Si le canal va en s’élevant près de son orifice, la lave doit s’élever en sortant, et former une butte. Il s’en trouve ici qui sont allongées vers la pente de la montagne, et c’est a cette cause que j’attribue leur formation, qui n’est pas la même que celle de la butte Hamilton. Seraient-ce de ces jets de

(1) Mesure de 5 mètres.

lave, -poussés très-loin, qui auraient formé les basaltes que l’on trouve dans les carrières de gypse de Montmartre ?

Les couches qui forment l’Enclos du volcan, ont dû être formées par des éruptions successives d’un cratère alors plus élevé. La couche supérieure témoigne qu’il y a eu une haute montagne à cratère. Cette montagne pourra s’élever encore, remplir l’Enclos et couler ses laves vers la plaine des Sables. Quand on visite les volcans, et tout ce qui les environne, il faut que l’observateur croie à des montagnes abîmées et relevées, à des vallons ouverts et comblés.

Je n’ai jamais trouvé de soufre dans de grandes masses de lave, soit vieilles ou nouvelles, mais j'en ai trouvé dans des basaltes très-fins, dans, d’autres poreux, et j'en ai envoyé un échantillon à M. Faujas, dans une’lave à moitié décomposée et très- poreuse. Je pense cependant qu’il doit se trouver du soufre dans de grosses masses de basalte, d’où viennent les morceaux que j’ai recueillis.

Partout où les montagnes sont formées de couches de lave séparées, qui paraissent avoir coulé successivement, comme le rempart de l'Enclos, je n’ai jamais trouvé de trapp. Il ne faut pas confondre ces couches séparées avec celles qui ne sont que comme tracées ; les trapps coupent celles-ci. Cette observation est à remarquer, pour parvenir à connaître l’Origine des trapps, sur laquelle je m’étendrai peut-être trop ; mais c’est en raison de ce qu’elle m’occupe, j’allais dire me tourmente.

C’est dans les escarpements des rivières qu’on trouve beaucoup de filons de trapp. (Copier ici ce que j’ai écrit de mon voyage à la rivière du Mât.)

(Cette relation est malheureusement perdue.)

Je pense qu'il existe, dans l’intérieur de la terre, un liquide basaltique homogène, qui se modifie :

1° En dissolvant des matières étrangères, qui varient sa couleur et sa contexture ;

2° Par sâ rencontre avec l’eau ;

3° Surtout par le travail de sa porosité, qui ne se fait que lorsque la lave parvient à éprouver les effets de l’air extérieur.

Voici les observations qui me font naître cette ide'e :

Des laves exposées trois minutes au moindre feu dé forge d’un soufflet de deux pieds de longueur, coulent en verre. Comment concevoir que la fluidité de cette matière puisse feu que le nôtre?

Les mêmes courants de laves ont des couches basaltiques sans pores, et les pores commencent par de trèspetits, et vont en augmentant. Il est donc certain que la même pâte de lave peut être compacte et poreuse. Sur cent pierres de taille choisies, pas une peut-être n a ses pores égaux dans ieur épaisseur de 4 à 5 pouces, et, si le marteau frappe un endroit où il n’y a pas de pores, ce morceau saute en éclats comme le basalte.

Cette différence en lave compacte et lave poreuse, ne peut être un caractère distinctif. Je regarde ceci comme une vérité incontestable. J’ai vu un ruisseau de lave couler dans un petit canal, qui se trouvait dans un mur basaltique déjà refroidi. Ce ruisseau a porosié ce canal, à la distance où sa chaleur a pu se faire sentir, et les pores étaient plus larges vers les parois intérieures du canal touchant au ruisseau, et allaient en diminuant, comme la chaleur. Si les laves qui ont été en contact avec l'eau sont compactes, c’est que le prompt refroidissement n'a pas donné le temps au travail de la porosité de se faire.

Le mouvement progressif de la lave vers la fin de sa course, sur un terrain presque de niveau, comme sur les coulées à la mer, ce mouvement a en partie pour cause la porosité de la lave, qui, en augmentant le volume, porte la lave en avant et sur les bords du courant. La lave retenue dans des cavités, ne pouvant couier sur les côtés en se boursoufflant, élève sa croûte et forme des buttes Hamilton. Comment ne sait-on quelle espèce de gaz se trouve dans les pores de la lave ?

Je vous invite, mon cher monsieur Bory, à méditer sur la cause et les effets de la porosité des laves après leur sortie du cratère. Je ne puis me satisfaire de ce qu’en ont dit les naturalistes. JVI. Faujas en attribue la cause à l’expansion de la chaleur. Sans doute, c’est bien la chaleur ; mais comment agit-elle sur les laves, longtemps après leur sortie du cratère ?

Vous me demandez mon opinion sur l'origine du basalte, la formation de ses prismes, etc. Je ne puis m’ê-

ire formé des idées nouvelles sur ces grandes questions * mais voici celles quej ai ou adoptées ou imaginées, et auxquelles je ne tiens nullement, n’ayant rien fait ni rien à dire, pour inspirer de la confiance et m’en donner a moi-meme.

Je crois : 1° à une lave homogène fluide, et non mise en fusion par les causes imaginées qui allument les incendies souterrains, comme le volcan de et la

décomposition des pyrites, etc.

2° Que tout ce que nous trouvons d’étranger à la lava a été détaché des canaux dans desquels elle coule ;

3° Que la lave n’éprouve l’action du feu que lorsque l’air peut pénétrer jusqu’à elle ;

4° Que la lave ne devient poreuse que par l’action du feu, et que, refroidie avant cet effet, elle est compacte et disposée, dans cet état, à se former en prismes par le refroidissement ;

5° Que le refroidissement, par l’air et par l’eau, forme des prismes, mais que l'effet de l’eau faisant cesser promptement l’effet du feu, qui tend à rendre la lave poreuse, produit de plus beaux prismes.

6° Je ne sais trop si c’est le retrait qui forme les prismes, ou si c’est par cristallisation. J'ai vu des colonnes de basalte avoir d'assez grands vides, qui annonceraient le retrait ; j’en ai vu d’autres où à peine on apercevait des séparations. Les prismes de trapp sont souvent si î approchés, qu’on ne peut les distinguer dans une partie de leur longueur ; le reste, marqué à peine par une ligne seujement tracée. Enfin un prisme de trapp qui paraît «être qu’un, se divise en plusieurs, étant mis au feu. Je vous en envoie 37 échantillons. Il faut convenir que ceci ressemble plus à une cristallisation qu'à un retrait.

Je pense que les laves et basaltes à surface lisse, comme vernie, ont éprouvé, hors des cratères, l’action du feu alimenté par l’air, qui produit l’effet du feu de nos forges sur la lave. Les basaltes de la rivière de l’Est ont pu être dans ce cas, avant des affaissements qui les ont isolés.

Lorsqu’on met au feu des basaltes, ils se brisent presque toujours par couches, mais avec le bruit quelquefois d’un coup de pistolet. Les noirs qui mettent des pierres pour élever les pieds de leurs marmites, savent bien taire la différence d’une lave poreuse, qui ne saute

pas, d’avec les basaltes, qui renversent la marmite et jettent au loin des morceaux, avec force. Qu’est-ce que c’est que ce fluide pxpansible qui fpnd et lance ainsi avec bruit les basaltes ? Est -on bien sûr que ce soit l’eau ou l’air? Ne serait-ce pas le fluide, quel qu’il soit, qui forme les pores de la lave dans le travail de la porosité des laves? L’état de noblesse de la lave cède à son effort. Ce fluide n’entre-t-il pas dans la composition des cristaux qui se forment dans les pores de certaines laves ?

Dès aujourd’hui, je suis tranquille pour mon existence, celle de ma mère, de ma famille, de mon pays. Je me propose de me préparer d’avance à plusieurs expériences sur la première coulée. Me voilà en entier aux observations. Vive mille fois Bonaparte !

Les basaltes en tables s’expliquent par les couches dont j’ai parlé ; ceux en boules pourraient provenir aussi de la même disposition. La forme ronde accidentelle peut s’expliquer de plusieurs manières.

Vous verrez, par les échantillons que je vous envoie, que le trapp coule en verre ; mais il se divise auparavant en petits prismes.

Il me semble qu’il faut plus longtemps et un plus grand feu pour réduire en verre les laves des autres volcans. Ici, en trois minutes, un soufflet de 18 pouces de long coule en verre. Les morceaux que vous recevrez n’y ont pas été plus longtemps. Vous étiez chez moi.

J’ai vu, dans la rivière des Marsouins, un mur basaltique considérable, qui avait été rompu, quelques jours auparavant, par la chute d’une pierre monstrueuse. Toute cette masse était par couches horizontales, seulement marquées par des nuances presque insensibles. Lorsque je fixais ma vue, tout me paraissait confondu ; mes compagnons ont vu comme moi. Depuis ce jour, je vois presque partout des couches dans les basaltes homogènes, et la preuve du feu me le confirme.

Qu’est-ce qui rend poreuse une lave homogène % C’est le leu sans doute ; mais le feu n’est donc pas la cause de la fluidité des laves homogènes, non poreuses \

M. Bory a vu, dans le mur d’aplomb qui borde la rivière des Marsouins, des prismes bien formés, à la hauteur où l’eau a pu parvenir, et le reste du mur au-dessus, quoique basaltique, ne montre que des linéaments de pnsmes. Mais comment concevoir ensuite que , à ,200 toises au-dessus de l’eau, dans les rivières, on trouve de

!T40bnS^d0nneSde baSalte • Comment concevoir que d 1,100 toises, comme au rempart de la rivière de l’Est

on trouve aussi des colonnes de basalte1' II faut dire lé pour et le contre : j’ai vu, dans une jetée à la mer d'une

tS'dlJn' ? ét6 rf?ouv,erte malheureusement par une i- . ire, es prismes bien formés, à la hauteur où la mer fcppe cette jetée, et, au-dessus, ce ne sont que des ékiuchés de prismes. Le dessùs était sccrifié

la rivière' ^ ‘f C°'°nneS de baSàlte de a nyiere de 1 Est ont pu se former par le refroidissement par 1 air et peut-être de grandes pluies et ceUés plus belles, plus nettes des rivières, comme lemur que 1 ai montré a M. Bory dans la rivière des Marsouin? je les attribue a des éoufées qui ont rencontré l’eau delà rivjère. La ligne qui marque la hauteur de ces prismes se distingue bien, au reste, plus bas; en suivant la rivière vers la mer, on voit que la coulée repose sur un lit de galets du lit de la rivière. Quant auxPcolonnes bien belles qu on trouve dans les vallées de Pin téneur de 1 de, a 200 et 300 toises, je pense toujours qu elles se sont formées lorsque nos montagnes sont sorties de la mer.^- 6

Je vous envoie une substance pierreuse, que i’ai rencontrée dans la grotte Rosemont, qui en est J presque entièrement tapissée. M. Bert avait pensé, ainsi que moi, que cette substancé était gypseuse; mais nous n’avions fait aucune expérience pour nous en assurer, ce

que j ai fait hier, après avoir retrouvé les échantillons queje vous enverrai.

Cette substance ne fait point effervescence avec les acmes ; au feu, elle se dessèche, et prend une couleur d un blanc mat. Dans cet état, elle se réduit en poudre blanche, en s écrasant entre les doigts, et forme une bouillie avec i eau. En ôtant du feu l’échantillon aue i’v avais mis, contenu par une pince de fer, il donnait une lumière bleue. Le morceau n’était pas assez gros pour que j aie pu en conserver, pour voir s’il serait phosphonque dans l obscunté. ^ F

Je ne crois pas qu’on puisse douter que la substance en question ne soit un vrai gypse ; mais comment se trouve-t-elle, meme par incrustation, dans les courants de lave nouvelle Comment se forme-t-elle, lorsque la lave est encore chaude ? Ce ne peut güère être par infiltration de l’eau chargée d’acide vitriolique et de subs-

tança calcaire, qui composent le gypse. Cette combinaison se ferait-elle par sublimation ? L’examen des échantillons pourra donner des lumières sur cette question, et je la crois intéressante, parce que ni M. Faujas (Minéralogie des volcans), ni ni

ni enfin ne mettent cette substance par-

mi les produits volcaniques.

Cependant M. Faujas, dans son ouvrage sur les volcans du Vivarais, fait avant celui que j’ai cité, parle de mine de gypse trouvée près delà ville du Puy. L’origine de cette mine paraît beaucoup l’embarrasser ; mais de plusieurs suppositions qu’il émet sur cette origine, aucune ne suppose l’action du ieu dans la formation du gypse. Si les échantillons que j’envoie sont de gypse, il n’y aura aucun doute que le feu des volcans n’en produise. Dans les belles carrières de gypse de Montmartre, on trouve des ossements, des basaltes. Quand les faits observés seront assez nombreux, quelque jour la théorie de la terre expliquera cela.

La chrysolithe des volcans , appelée ainsi par M. Faujas, et olivine par M.. ...... est, je pense, une

substance étrangère à la lave originaire, mais entraînée par elle. Je ne sais que penser des masses réunies de cette pierre qu’on trouve dans toutes les laves. Peutêtre cette pierre était-elle originairement en masses ou filons , et que ce que nous trouvons séparé dans les laves a été séparé par le mouvement des laves.

La zéolithe qui se trouve dans le lit des rivières, formée dans les fentes des pierres baignées par l’eau, est presque toujours saillante et faisant bourrelet en dehors de la fente, indépendante du dedans.

Je distingue la zéolithe par tous les caractères indiqués par M. Faujas, excepté l’analyse, et, comme sa cassure ressemble quelquefois au spath calcaire, je m’en assure par l’acide nitreux. Quelquefois une partie d’une cellule de lave fait effervescence, et l’autre, gelée. On pourrait en recueillir par quintaux, dans le haut de la rivière des Marsouins, et surtout dans celle du Mât.

Notre volcan ne rejette point, ou presque point, de quartz, pierre à chaux, granit, schorl, etc.

La chrysolithe des volcans, appelée depuis olivine, a été observée, dans les autres volcans, sous tous les rapports que nous voyons ici. Les morceaux roulés en. galets, qui vous embarrassent, ont été observés par M,

Faujas. Il croît que l’eau les avait ainsi arrondis, avant d’être saisis par la lave. Peut-être la fluidité des laves,; dans l’intérieur de la terre, peut-elle arrondir les pierres quelle entraîne, comme l’eau le fait. Il paraît que la çhrysolithe se trouve par masses ou par filons, comme le près, et que, si on la trouve disséminée dans les laves, c’est que le mouvement des eaux avant, et de la lave, en aura, détaché des parties. La çhrysolithe se décompose ici, comme M. Faujas l’a observé.

Ce pays de volcan est moins sujet qu’aucun autre aux tremblements de terre. A peine se souvient-on d’un ou deux qui ont été sentis de tout le monde, mais n’ont occasionné aucun dégât, ni écroulement dans les montagnes et les vallées. Les grandes éruptions n’ont même pas causé de ces secousses locales qui ne peuvent être considérées comme des tremblements de terre. La cause n’est sûrement pas la même ; un écroulement de cratère pourrait faire trembler la terre des environs du volcan ; les tremblements de terre se font sentir le plus loin possible des volcans.

On a déjà observé, au Pérou, si sujet aux tremblements de terre, que la ville de Quito éprouve moins de tremblements de terre que. ...... qui en est à quatorze

lieues, et on croit que c’est parce que les environs de Quito sont coupés par de profondes ravines. Il est possible que la même raison nous préserve des tremblements de terre.

C’est ici l’occasion de parler des vents chauds qui viennent la nuit quelquefois, avec le vent de terre des montagnes. Sont-ce des vapeurs souterraines, ou l'air échaufté dans les vallées par le soleil du jour, et poussé, la nuit, par le vent de terre \ Ils ne se lunt sentir que par bouffées, et cessent ensuite.

Les vents de terre ne se font sentir que dans les beaux temps ; on ne les sent que la nuit, surtout le matin, peu avant le jour ; ils viennent, dans toute l’île, du centre à la conférence; on les sent en mer, quelquefois à 2 et 3 lieues.

J’ai toujours observé, dans les beaux temps, étant sur le penchant de l’île, au dessus de la hauteur où l’on éprouve les vents de mer, que les feuilles des palmistes sont poussées vers le haut de l’îie, par un vent léger, ayant ceci da singulier, qu’il est sans alternatives de plus et de moins fort, comme les vents ordinaires ; c’est

un souffle toujours égal. Les feuilles des palmistes sont poussées légèrement, mais non agitées. Le vent de terre est plus fort que ce souffle, et il varie de force. Il est plus fort dans la direction des vallées. Je pense que la chaleur du soleil, le jour, sur les montagnes, et son absence, la nuit, peuvent eauser ce flux et ce reflux da l’air.

La mare à Poules d’Eau est une espèce de bas-fond, où il y a une mare, qui se trouve à mi- hauteur du rempart de l'Est, qui forme l’encaissement de la rivière du

Mât.

Je ne connais point d’eau thermale à Bourbon. J'ai questionné, sur ce point, tous les chasseurs de cabris et de fouquets, et tous les noirs marrons que j’ai eu occasion de voir. Je sais seulement qu’il y a une différence sensible de température entre l’eau du bras de Cilaos et celle du bras de la Plaine, à leur réunion, qui forme la rivière Saint-Etienne; mais je n’ai jamais eu occasion d’en voir la différence par le thermomètre. J’ai toujours pensé que l’un de ces bras était plus exposé aux rayons du soleil que l’autre. Ici, d’une rivière à l’autre, on trouve la même différence.

Je ne connais pas d’eau gazeuse.

Je n’ai pas connaissance qu’on ait analysé nos eaux, ce qui n'est pas aisé, comme on le sait. Il est toujours vrai quelles sont de la plus grande limpidité, et saines. Je suis cependant porté à croire qu’elles contiennent une dès parties constituantes de la zéolithe,. parce que cette substance se forme souvent dans les pores des pierres exposées immédiatement, ou plutôt baignées par l’eau ; ce qui ne serait pas ainsi, si l’eau ne faisait qu’entraîner et déposer les parties constituantes de la zéolithe existantes dans les pierres.

Je ne puis m’empêcher d'engager M. Bory, avant de rien imprimer, à relire les Recherches sur les volcans éteints , etc., de M. Faujas ; il s’y trouve un chapitra aussi sur les volcans agissants. Ce grand naturaliste semble avoir tout observé et tout dit.

Je ne saurais trop témoigner de regret de ce que ce naturaliste n’ait pas continué à me communiquer ses ouvrages. J’en sens bien la raison; c’est qu’il attendait plus de moi ; mais le moyen de me rendre digne, jusqu’à un certain point, de sa correspondance, était de m'instruire* Je vous demande en grâce, M. Bory, de vous informer.

de M. Faujas, s’il a reçu toutes les caisses de lave et autres envois de ce genre que je lui ai faits, en grande partie en 1791, accompagnés d’observations.'4

Je dois vous prévenir que j’ai remis à M. de Cossigny quelque chose sur les objets que je traite ici ; je lui ai remis aussi 100 livres de girofle, pour m’avoir des livres, surtout ceux sur les volcans. Je vous engage à le voir, afin que, si vous avez la bonté de m’en envoyer de votre côté, ce ne soient pas Fs mêmes. Je vous engage beaucoup à faire naître à M. Faujas le désir visiter cette île, et vous à venir avec lui. Je vous demande son ouvrage sur la minéralogie des volcans. Je l’ai en brochure, et déjà en bien mauvais état. Un moyen de m’instruire vite serait de m’envoyer des échantillons. Donnez-moi , mon cher Monsieur Bory, mon jeune et savant ami , cette marque ds votre amitié. C’en sera une aussi pour \ U les sciences que vous aimez tant. Cet envoi m’instruirait j ^ plutôt et mieux que toutes les bibliothèques du monde. | Joignez -3r au moins une ou deux bonnes loupes. J ai le ? __j projet de vous faire quelques autres demandes et de vous \ p remettre du girofle. Adressez tous vos envois et vos j lettres à M. Descombes. ! -j

N. B. Sur l’une des feuilles volantes où j’ai pris ce qui précède , se trouvent ces mots : « Suite de mes brouillons de lettres à M. Bory, sans ordre ; cela n’en vaut pas la peine. »

La culture du giroflier se réduit à peine à sarcler , deux ou trois fois par an, le terrain, lorsque cette plantation est faite. Le giroflier réussit dans les cantons pluvieux de cette île et pas du tout dans les quartiers secs, en sorte que, si on avait placé les premiers plants dans la partie Sous-le-Vent de 1 île, on aurait conclu que cette épicerie ne pouvait prospérer à Bourbon. 1^ faut abriter les girofliers contre les vents généraux du S. E., et ne pas les planter trop au-dessus du niveau de la mer; je n’en ai pas vu de bien productifs passé 80 ou 10U foises au-dessus.

Le giroflier, ainsi placé, pousse toute 1 année et sem-

ble se plaire ici plus qu’aucun arbre exotique, et meme, plus que beaucoup d’indigènes. Des girofliers qui n ont point été sarclés depuis un an, ne paraissent point sont frir- mais la crasse noire (lichen) qui gagne .es feuilles , fait souffrir les arbres et les empêche de beaucoup don ner. Un ouragan les détruirait entièrement; c’est le plus fragile de tous les arbres. . , . . -,

Je crois bien que la récolte actuelle monte a 151) milliers de livres. Celle de l’année prochaine sera peut-etre d’un tiers moindre ; nous n’avons que tous les 3 ou 4 ans la grande année du rapport. On ne manquera jamais de plants; car, au moment actuel, la terre en est jonchée, qui poussent sous les arbres, de baies qu on ne récolte plus. Je suis obligé, chez moi , de faire arracher ces

plants, avec les herbes. .. , . n. T ,

Le muscadier a été apporté ici avec le giroflier. Il est unisexuel, et, sur 4 ou 5 individus, il y a a peine une femelle. U donne beaucoup moins de fruits que e

^ftLCeré a fait des recherches suivies, pour reconnaître les noix qui doivent donner des individus mâles ou femelles, afin de ne planter que très-peu de mâles, mais ses recherches ont été infructueuses. N ayant plus d espoir de ce côté, j’ai pensé que d un muscadier male on pourrait faire une femelle par la greffe. J ai tenté toutes les manières de greffer. J avais pour guide un ouvrage sur la végétation, de M. Mustel, et plusieurs autres, et mon expérience même ; mais, excepté la greffe en approche, aucune autre ne m’a réussi. J ai varié tous les procédés; j’ai varié dans l’âge des sujets, et de la greffe ; j’ai essayé dans toutes les saisons. La greffe en approche présente des difficultés pour le rapprochement, mais gI]g est sûre.

Je n’attendrai pas que les plants aient montré leur sexe pour les greffer; j’en perdrais dans l’enlèvement des plants adultes, et cette opération me coûterait beaucoup d’ouvrage ; mais je ferai mes greffes à l’âge où j enlève ordinairement mes plants des pépinières, pour les mettre en place. Il ne m’en coûtera de plus qu’un petit panier pour contenir la motte , pendant le temps que la greffe sera à prendre , et, de là , je la mettrai en place, avec l’assurance d’avoir des arbres tous fructifiants . Je sais que, sur 4 ou 5 plants ainsi greffés, un le sera inutilement, parce qu’il était femelle; mais que l’on calcule ce

potit inconvénient, qui n’est que la perte du temps qu il laut pour faire l’opération, et la dépense du petit panier, avec les avantages de l’opération en totalité.

J’ajouterai même que je ne crois pas la greffe de la femelle inutile, parce que nous avons déjà observé que certaines femelles donnent 4 ou 5 fois plus que d’autres , et cela constamment. On trouverait donc de l’avantage , en s’assurant que les jeunes femelles soient aussi fécondes, à les greffer avec des arbres aussi productifs.

On pourrait laisser une branche mâle à chaque arbre, la fécondation serait plus sûre, parce que les fleurs des deux sexes doivent s’épanouir en même temps, ce qui n’arrive pas, lorsque les sexes sont sur des arbres séparés, et c’est peut-être pourquoi la nature a donné plus de mâles que de femelles. Je ne puis me détendre d avouer que, de beaucoup de recherches que j ai faites sur les différentes cultures, celle-ci m’a fait le plus de plai-

sir » . * j*

Si la greffe en approche n’eût pas réussi , j aurais dirigé mes recherches d’un autre côté. J’avais remarqué que les noix provenant d’un même arbre donnaient plus de moitié de femelles ; et que d'autres donnaient 4 a 5 fois plus de mâles. J’espérais qu’on pourrait s assurer que certains arbres donnaient plus de femelles, comme on le remarque dans certaines femelles d animaux.

Voici une observation que je vous donne comme un fait constant. J’ai un muscadier qui m a toujours donné des muscades longues. Depuis qu un second male donne des fleurs dans le voisinage , il. donne des muscades, les unes longues et les autres rondes. La fécondation du mâle pouv îit-elle changer ainsi la forme des fruits .

Aux Moluques, il y a une préparation d’eau de chaux pour la conservation des noix muscades; nous devonslaire d’autres essais, pour en venir au meme but. Nous avons trop à nous féliciter de n’avoir pas suivi leur méthode pour la dessiccation des clous de girofle. G est a M.Beaumé que nous devons les principes qui nous ont conduits à la méthode de sécher le plus promptemenfe^possib'e nos clous au soleil. Quant aux muscades, y aurait-il donc un si urand inconvénient dans un peu plus d encombrement, en*5 envoyant nos noix dans leurs coques, dans lesquelles elles se conservent bien. Il est possible que nous n ayons pas le ver qui les pique aux Moluques.

Je ne parlerai pas rie la culture du caféier, mais dtt café comme denrée de commerce.

Le café de Bourbon a été longtemps le premier après celui de Moka ; mais, depuis la révolution et la guerre, notre café, à la vente en France, s’est vu au-dessous de celui de plusieurs colonies qui, avant ce temps, ne pouvaient entrer en concurrence avec nous. Il ne nous est pas difficile, à nous sur les lieux, de connaître la cause de l’espèce d’avilissement qu'éprouve cette denrée, la plus précieuse de cette colonie, ou, du moins, la plus recherchée.

On peut dire que le commerce s’est fait ici révolutionnairement. pendant la guerre et la révolution. On nous portait, par la voie des neutres, d’assez mauvaises marchandises, qu’on nous vendait à des prix fous. En mettant le prix de ces effets à un taux raisonnable, notre café ne nous représentait que 3 ou 4 piastres la balle. L’habitant, de son côté, ne se donnait pas beaucoup de peine à bien préparer une denrée qu’il vendait à vil prix, et qu’on recevait sans choix. D’ailleurs, toujours dans les angoisses du fatal décret qui vient d’être anéanti ( Vive la constitution de l'an VIII ! et vive Bonaparte ! ) l'agriculteur s’est négligé ; il croyait bientôt toucher à sa dernière heure. Mais la cause qui a le plus contribué à la perte de la réputation de nos cafés, c’est que le commerçant le recevait de l’habitant sans aucune distinction de prix pour les différentes qualités, surtout lorsque, calculant mieux que l’habitant, il le payait en papier qui perdait chaque jour. Les neutres le recevaient sans plus de façon, parce qu’ils gagnaient assez.

Il en est résulté que l'habitant qui employait beaucoup de temps et de soin , et de belles terrasses, pour faire du beau café, ne le vendait pas plus que son voisin qui en fournissait de détestable, sans être bien sec ni trié. S’il était déposé dans des magasins publics de dépôt, tout était pêle-mêle, et on ne trafiquait que du reçu de dépôt.

Enfin, une raison de plus a contribué à rendre notre café de mauvaise qualité: c’est que quelques négociants, pour être payés avant les autres, ont exigé des obligations payables en juin, temps de la récolte, lorsqu en tout temps les fournitures de café se faisaient en octobre. Il a dû arriver qu’on a fourni du café dont la coque

seule était sèche, et qu’on pilait et fournissait, en est état. Ce café blanchissait tout de suite.

Une seule mesure donnera bientôt au calé de Bourbon son ancien rang dans le commerce; il faut seulement que le négociant, en achetant nos cafés, paie plus cher le beau, le bien sec, et le bien trié, et qu’il exige des sacs plus serrés. Il faudra que, dans les magasins de dépôt, chaque habitant ait sa marque, et que, lorsqu’il trafiquera de son reçu de dépôt, ce soit le café qu’il a fourni qui soit livré.

J. Hubzrt,

Saint-Benoit, le 19» février 1802.

La Petite ■ Funny , mon cher Bory, est sur notre rade. Je viens d’expédier la caisse de minéralogie dans un des magasins du bord de la mer, et mon gros paquet de mémoires à madame iVlalavois, avec prière de le mettre dans une de ses malles. Actuellement je vais attendre que M. Girardeau soit descendu pour le prier de se charger de la caisse. Desbains a fait porter le sac de laves chez M. Zamuiio.

Vous savez actuellement tout ce que je sais, ou plutôt, que je ne sais rien en histoire naturelle; mais je suis assuré que, arrivé en France, vous ne ferez pas comme M. Faujas, qui, désabusé sur ce qu’il attendait de moi, ne m’a plus écrit. Vous m'avez témoigné des sentiments indépendants de ceux qui ont des rapports avec les sciences, et qui seront durables, j’en suis bien sûr. Je vous connais assez pour être convaincu que vous aimez comme vous méritez d’être aimé.

Je vais actuellement suivre avec plus d’ardeur mes observations sur le volcan, et je dirigerai mes recherches, avec une espèce de pressentiment du succès, sur Je travail de la porosité des laves, et sur l’effet de la mer sur les laves qui y arrivent. Ce qui m’encourage, c’est que je vois qu’on fait grand cas des observations de ce genre du Père Délia Torre, qui n’était pas plus minéralogiste que moi.

M. de Cossigny ne me parle pas encore de m’envoyer des livres. Voyez -le, je vous en supplie, à Paris, rue Mazarine, n° b6. S’il ne m’a pas encore fait d’envoi à votre arrivée, vous pourrez lui indiquer les ouvrages que vous me croyez nécessaires ; mais, mon cher M. Bory,

voulez-vous me donner une preuve d’attachement % voülez- vous être utile à la minéralogie ? Eh bien! laissez* si vou9 voulez, les livres, et envoyez-moi une caisse d’échantillons de la minéralogie des volcans décrite par M. Faujas. Cela me fera gagner plusieurs années d’étude, et les années me deviennent bien précieuses, vu mon âge. Aucune description ne pourra m’instruire autant que des échantillons.- Je le sens si bien, que j’ai fait venir un échantillon de toute la minéralogie du globe. Quant à celle de volcans, je l’ai plus encore désirée, mais inutilement. J’ai envoyé trois fois une collection de toute notre minéralogie, en gardant les doubles des mêmes tnoiceaux. rompus, numérotés ici, afin qu’on pût me dire : le numéro tant est telle chose. Mon premier envoi, à M. Faujas, a été sans même accusé de réception ; le deuxième, par Bert, dont je n’ai plus aucune nouvelle ; le troisième, en partie seulement par M. de Cossigny, qui, par deux lettres, ne m’en parle pas. Ce sera resté à l’île de France, ou égaré à bord, comme partie de ce qu’il a porté.

J ai oublié jusqu’à ce jour, mon cher M. Bory, de vous parler de l’air contenu dans les cavités du bambou, et je regretté surtout de n’y avoir pas songé, lorsque vous étièz ici, afin de répéter ensemble les expériences que j’ai déjà faites, et d’en faire d’autres, avec mon appareil pneumato- chimique. C’est en 1786 que je fis mes premières expériences. J’en écrivis à M. l’abbé Rozier, qui inséra ma lettre, tout entière, dans le Journal de Physique d’août 1788. J’ai, depuis, envoyé des bambous en France; mais ils y sont arrivés piqués. Cette observation n’a encore été faite que par moi. Je. la crois bien propre à ajouter aux preuves d’Ingenhousz, sur la vertu que les plantes ont de donner, dans l’obscurité, un gaz méphitique. Ainsi que je l’ai observé, un bambou vert, scié en le tenant dans la position verticale, en y plongeant une bougie suspendue par un fil de fer, l’éteint jusqu’à soixante fois, si le bambou contient à peu près deux pintes. Velus pensez bien qu’il faut pour cela enfoncer, à chaque fois, la bougie promptement et peu profondément.

La position concave, dans la partie supérieure cle^ cloisons du bambou, m’avait intrigué autrefois ; mais j’a1 pensé, depuis, que cela peut venir de ce que le bambou, encore tendre et en asperge, va en diminuant, en allant

de terre vers son extrémité. Je vous soumets cette explication.

Serait-ce parce que Je bambou a un vernis qui empêche I air absorbé par les branches et les feuilles d’en sortir, qu il est creux ? Le rotin, le jonc, qui ont aussi un vernis, ont des canaux fistuleux, que l’on voit aisément. 11 est vrai cependant que la canne à sucre est couverte

aussi d un vernis ; mais peut-être l’air se combine- t-ii avec son suc.

J ai fait aussi quelques expériences ( autrefois ) sur 1 air contenu dans les pétioles des feuilles du papayer • il m a paru très-bon, mais aussi la lumière y pénètre, cornrne il vous S6r& faciis do vous en assurer.

J. Hubert.

A. Monsieur Hovy de Saint- Vincent, à Paris .

Saint-Benoit, île de la Réunion, le 6 avril 1802.

Votre lettre, mon cher M. Boiy, du 26 ventôse, jour de votre départ pour France, ne m’est parvenue que le 6 germinal. J avais déjà su que vous ne passeriez pas par Bourbon ; ce que j ai appris avec peine, ainsi que ma famille, qui me charge de vous le témoigner, particulièrement mon neveu Hubert fils, qui va vous écrire.

Ces jours derniers, le volcan a fait une éruption, dont la lave est parvenue à la mer. J’ai été sur les lieux, ^ et je vais vous faire une relation de ce voyage et de mes remarques. Il faut auparavant prendre les observations de plus loin.

Vous savez (car vous l’avez vu de près) que, dès le mois de novembre, le cratère Dolomieu était en travail, et vous avez même vu sortir du bas de ce cratère un ruisseau de lave, lequel s’est éteint depuis votre départ, après s’être avancé très-lentement jusqu’à 200 toises environ de la mer. Vous trouverez cette coulée tracée au crayon noir sur le plan que je joins ici.

Tous les mois de décembre et de janvier, et presque tout février» le volcan poussait une fumée qui s’élevait de plusieurs fois la hauteur de la montagne. Les nuages et la fumée éclairés se voyaient de toute J’île. C’est le 30 janvier qu'uu orage terrible qui a causé des domina-

gps en ce canton, venant du côté du volcan, était précédé d’une odeur sulfureuse. C’est le 17 janvier que le nuage rouge- noir, sorti du cratère, répandit ses cendres jusqu’à Saint-Denis.

Cependant la lave ne fut point vomie, et, à la fin de février, les annonces d’une prochaine éruption avaient cessé. Je prévis alors, et je crois vous l’avoir marqué, que je ne serais pas surpris de voir la lave sortir des flancs des montagnes de Saint Joseph ou de ceux du cratère même*

Le 21 mars, à la nuit, j’aperçus une lueur sans fumée au cratère, qui paraissait avoir plus de surface que son orifice; je crus que la lave était enfin vomie. >-

Le 22, nous vîmes tous une grande lumière bien au dessous du cratère, vers la mer. Je ne doutai plus d’une éruption, et je me proposai d’aller l’observer; maisj étais bien éloigné de penser quelle pût parvenir à la mer avant peut-être quinze jours, parce que je supposais qu’elle était sortie du cratère, lorsque, le 30, des habitants, qui allaient à Saint Joseph, furent forcés de revenir, ayant trouvé la lave rendue à la mer. Je me préparai alors à partir, et, le 1er, j’étais à midi sur le bord de cette coulée. *

Dès que je fus au bas du Bois-Blanc, et que je pus voir la mer, je remarquai, ainsi que je l’ai toujours observé, lorsque la lave coule à la mer, que, jusqu’à 200 toises environ du rivage, l’eau de la mer était d'un vert jaunâtre, pas uniformément, mais par nuances irrégulières. Plus près de terre, il y avait une bande, tout le long de la côte, d’une écume de couleur aurore-foncée. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour recueillir de cette écume, mais elle ne parvenait à terre qu’après avoir passépar le brisant de plusieurs lames, qui la mêlait à l’eau. Cette couleur de la mer et de la bande d'écume se prolongeait le long de la côte, à plus d’une lieue du point où nous étions, quoique ce fût contre le vent. J'ignore où portaient les courants.

Nous mîmes 25 minutes pour nous rendre du bas du Bois-Blanc à la coulée. Nous la trouvâmes ne versant des laves à la mer que du fond seulement, et pas en grande quantité. Je la prolongeai en montant, et, à 100 toises à peu près de la mer, je trouvai un autre courant, qui s’avançait lentement, chargé de scories; mais je vis clairement, du point où je me trouvais, que l’éruption

se faisait du pied de la montagne, dans un petit enfoncement. N’en étant qu'à une demi-lieue à peu près, je remarquai, à la vue simple, et mieux encore avec une longue-vue, que la matière sortait de plusieurs sources, dont la plus forte me paraissait être au plus bas possible de la montagne, les autres à 10 et 15 toises au-dessus. Je résolus alors d’y aller; mais le soleil était couché, et je remis la partie au lendemain. Je passai la nuit dans la caverne du bas du Bois-Blanc. La fumée et les nuages éclairés par la lave nous faisaient paraître le ciel en feu. Nous voyions comme en plein jour. Je n’avais pour compagnon que le plus jeune des fils de mon frère.

Dès avant le jour, nous étions au même endroit que la veille au soir, et nous montâmes par la coulée superbe que vous avez appelée du Retour. Il était impossible de pouvoir me flatter que je serais aussi favorisé.

A 150 toises environ des sources de l'éruption, nous rencontrâmes un nouveau courant de lave, qui descendait avec impétuosité. Il coulait sur les laves refroidies des jours précédents, qui étaient encore chaudes cependant. Ce courant entraînait devant lui des scories, et poussait de grosses masses de laves anciennes, après avoir entraîné la nouvelle qui est en graton. Sa vitesse, après avoir vaincu ces obstacles, et s’être formé un lit, était celle de nos rivières débordées; sa largeur était de 30 toises au plus. Dans les terrains unis, le courant, toujours couvert de scories, formait bassin ; mais , s'il se trouvait de grosses pierres ou des inégalités dans un terrain en forte pente, on voyait là les mêmes ondulations que les mêmes causes produisent dans nos rapides

rivières. . A ,

Les grosses pierres n’étaient pas toujours entraînées. J’en ai remarqué deux qui ont tenu dans le milieu du courant en pente ; elles n’ont même pas bougé, du moins la partie qui était au-dessus de la surface de la matière.

Après avoir examiné quelque temps ce courant, nous continuâmes notre route vers les sources, qui n’étaient point éloignées. Nous nous en approchâmes jusqu’à ce qu'une chaleur insupportable nous forçât de nous arrêter. C’était à 25 toises à peu près. Nous 'vîmes que deux* de ces sources avaient à peu près trois pieds de diamètre, qui donnaient deux courants séparés. Sept a huit autres plus petites, à diverses hauteurs au-dessus des preinièrés, se joignaient. On en voyait d’autres plus

élevées encore, qui ne donnaient plus de matières, mais qui en avaient évidemment fourni les jours précédents.

Pendant que nous faisions ces remarques, nous vîmes de la fumée sortir d'un point peu distant des sources, où il y avait des broussailles, qui prirent feu tout de suite. Au même moment, il sortit de ce point une nouvelle source de lave, qui se joignit aux autres. Cette circonstance, peu importante par elle-même, servit à m'éclairer sur une observation de la veille, qui m’avait intrigué. En regardant du bord de la mer, à la nuit, les sources de lave, j’avais remarqué de jolies flammes, qui semblaient voltiger au-dessus de la lave d’une de ces sources. Je vis la même chose de plus près et sans longue-vue, à la nouvelle source qui venait de s’ouvrir sous mes yeux. C’étaient des rameaux et des feuilles de petits arbrisseaux séchés, allumés, et qui s’élevaient et voltigeaient ainsi enflammés au-dessus de la matière. J’avais cependant fait des conjectures sur ces flammes. Voilà comment nos sens nous trompent, et notre imagination nous égare par suite. Je faisais cette réflexion sur les lieux mêmes, et les communiquais à mon neveu, lorsque nous pensâmes être encore dupes de notre imagination. Nous trouvant au pied de cette montagne en travail, et presque à toucher la sortie de la lave, nous portâmes une grande attention, pour nous assurer si nous n’éprouverions pas un tremblement de terre local , et si nous n’entendrions point de bruit. Nous ne sentîmes très-sûrement aucune secousse ; mais nous crûmes, un moment, entendre du bruit dans la montagne. Nous prêtions l’oreille avec plus d’attention, lorsque celui de mes noirs qui portait une calebasse d’eau, presque vide déjà, s’approcha de nous pour écouter aussi. Nous reconnûmes alors que ce bruit était celui produit par le vent qui soufflait dans la calebasse, x

Je vous ai cité ces deux faits pour vous assurer que, si mes sens et mon imagination me trompent, ce ne sera pas parce que je ne m’en méfie pas assez.

Avant de m être approché du lieu d'où sortait la lave , je croyais que, vu la rapidité des courants près des sources, vu encore que la lave de cette éruption a peut-être débordé aussi le cratère ordinaire, qui est bien à 12 ou 13 ! cents toises perpendiculaires au-dessus des sources dont il s'agit, je croyais, dis-je, que le poids d’une si immense quantité de matière en fusion devait pousser

en jets les sources du bas de la montagne que j’observais. La lave sortait avec force, mais non comme je le présumais; la rapidité du courant venait de la pente du terrain, de la fluidité de la matière et de sa quantité. Les sources de lave qui ne biulaient pas de broussailles, étaient presque sans fumée sensible, ce qui prouve que les. grosses fumées qui précèdent et accompagnent les éruptions, ne sont pas produites par la lave seule en fu—

"10JNous étions encore aux sources, lorsque la réunion de plusieurs ruisseaux de lave, que I enfoncement de la montagne favorisait, forma un nouveau courant, qui fut bientôt par notre travers. La rivière de l’Est ne coule pas avec plus d’impétuosité. Ayant à notre gauche ce nouveau torrent, mes noirs virent paraître une fumée à droite, sur la coulée du Retour, où nous étions toujours.^ Ls en furent effrayés, par la crainte que là sortirait aussi une source, ce qui était très-probable. Nous nous décidâmes alors à redescendre, en nous tenant, sans êtie brûlés, le plus près possible du courant que nous venions de voir se former. Je ne pouvais marcher que très-lentement, m’étant enfoncé, jusqu’à la cuisse, dans une cavité, que couvrait une croûte d’ancienne lave, qui s était rompue sous moi, et qui m’avait blessé la cuisse. Nous n’avions fait qu’environ 300 toises en descendant, que nous nous aperçûmes que le courant que nous avions rencontré le premier, le matin, en montant aux sources, s’était dérangé de sa route, avait traversé la couiée du Retour, et nous coupait notre chemin. Nous nous mimes alors à courir, et moi aussi, malgré le mal que ] éprouvais afin d’arriver avant que la iave atteignit les broussailles et les buissons que vous connaissez le long de la coulée du Retour, du coté du Bois-Blanc. 11 était temps ; n ne s’en fallait pas plus de 8 à 10 pieds, lorsque le dernier de nous passa. Au même instant le leu prit au bois. Nous nous mîmes alors en avant de la lave qui s était lort élargie, et avait à peu près 150 toises de lace, le second courant l’ayant jointe. Son mouvement progressif s’était extrêmement ralenti. Elle se chargeait de scories, et se tonnait en morceaux dejnême tonne, bon épaisseur était alors de 4 à 5 pieds. Cette épaisseur diminuait cependant, lorsque la coulée trouvait une pente rapide. Il se formait alors, là seulement, un courant mais très-lent et embarrassé de scories. En précédant

ainsi la marche de la coulée, nous vîmes 7 à 8 oiseaux du tropique, qui, quoique passant à portée de fusil audessus de la lave, y tombèrent presque au même moment où ils se trouvaient dans cet air brûlant. Un seul ( celui-là avait peut-être déjà vu le feu ) se releva en reculant, et se sauva. + ' i

Ma blessure d’une part, et les inquiétudes que ces sortes de voyages donnent à ma mère, me déterminèrent à reprendre la route de Saint-Benoit. Etant au haut de la montée du Bois-Blanc, nous vîmes un troisième courant, qui avait pris naissance depuis notre départ du lieu des sources, et qui se dirigeait vers le bord opposé à celui qu’avaient suivi ceux que nous avions observés.

Je pense, mon cher M. Bory, que, en copiant votre p;an du voican, il me sera plus facile de vous indiquer le lieu de la sortie de la lave, et les différents courants qu’elle a formés. Ce que j’ai tracé au crayon rouge, c’est du moins ce que je voyais le 2 avril, à une heure de l’après-midi.

Il paraît que la lumière que j’avais vue au cratère, le 21 mars, n’était point l’effet de la lave vomie par cette bouche, ou du moins qu’elle n’en a pas rejeté assez pour former un courant, puisque la lave n’a pas paru dans la pente de la montagne, ni sa lumière sur les nuages.

Avant et après l’écoulement que j’ai observé, le cratère n’a cessé de donner de la fumée, mais peu, et de la couleur de celle qui suit les éruptions, si différente de celle qui les précède. Quoique je vous aie beaucoup parlé de la fumée de la lave à ia'mer, dans mes précédentes lettres, j’y reviendrai encore dans celle-ci, après avoir achevé ma relation.

J'avais porté un électromètre de Saussure. Je l’ai mis en expérience aussi près que possible, sans lui faire courir le risque de fondre la cire d'Espagne qui le garnit ; les boules ne se sont pas éloignées du tout.

La lave encore rouge, prise au bout d’un bâton, a fait mouvoir le barreau aimanté, comme les laves refroidies.

Je regrette que les cheveux de mon hygromètre de Saussure se soient rompus, et de n’en avoir pas eu de préparés pour le remonter. Il y avait longtemps que je voulais m'assurer si la fumée, faible et basse, des laves

en fusion, contenait de l’eau, comme le dit le Père Del la- Torre. *■

Vous savez que je me proposais de suivre l’effet de la lave en stagnation dans les espèces de bassins quelle f pouvait remplir dans sa route, parce qu’il me semble que c’est lorsque la lave est ainsi stagnante quelle forme les laves poreuses, et que c’est en multipliant ainsi son volume qu’elle soulève de grosses masses, comme la butte Hamilton, que je vous ai fait remarquer ; mais il ne m’a pas été possible de rien trouver dans la marche des courants qui pût favoriser ce projet d’observation. La nature de la lave que je vais décrire s'y opposait aussi.

Vous savez que la belle coulée du Retour est unie, et qu’on y marche comme sur un pavé, et cela depuis la ^ montagne jusqu'à la mer. Eh bien ! la dernière éruption, qui la prolonge et la couvre en partie, présente le contraste le plus frappant. La coulée entière, dans toute sa longueur, comme dans toute son épaisseur, n’est formée que de morceaux scoriformes, qu’on appelle ici gratons, et dont la surface est couverte d'un vernis vitreux noir ; mais ce serait à tort qu’on prendrait ces * morceaux pour de vraies scories, comme celles qui ont surnagé dans les laves en liquéfaction ; celles dont il s’agit sont pesantes, quoique poreuses. La pâte en est fine, et n'a pas les reflets chatoyants de la plupart des vraies scories. C’est un beau sujet d’observations que la différence de ces deux coulées voisines; je me propose, après le parfait refroidissement de la dernière, d’y aller et de faire les recherches dont je suis capable, et d’en recueillir, pour vous, des échantillons comparés , pris à diverses distances des sources de chaque coulée et à leurs sources mêmes. A

Je vais joindre à cette lettre un échantillon de la dernière coulée ; vous y remarquerez que le tiers au moins de la masse est formé de grains de chrysolithe des volcans (l'olivine), ou du moins ce que je prends pour tel. Veuillez me dire, d’après M. Faujas ou autres minéralogistes, si je connais bien cette pierre. Peut-être estce cette quantité de matières étrangères à la lave qui a donné à la coulée entière cette forme de scorie. La comparaison que je me propose de faire des deux coulées, pourra donner du poids à cette conjecture ou la détruire.

Il est à remarquer que Ja lave que vous avez vue sor-

tir au niveau* à peu près de l’Enclos, étant tous au haut du cratère Dolomieu, en novembre dernier, est de même forme et qualité que celle que je viens de décrire, et que vous allez recevoir. Je les regarde comme provenant du même foyer d’éruption, i .

Cette qualité de lave scoriforme, sortant ainsi de la montagne, pourra peut-être être expliquée par la formation de pareils gratons, qui se forment quelquefois ainsi ça et là, dans les coulées unies de l’espèce de celle du Retour. Voilà un article à ajouter à mon agenda ,

sans être cependant nouveau.

Revenons à la fumée. Vous vous rappellerez que je vous ai marqué que, me trouvant enveloppé de la fumée de la lave à la mer, dans l’éruption de la ravine Citrons-Galets, qui a eu lieu Je 2 novembre 1800, je me trouvai couvert, ainsi que les pierres et les plantes, d'une poussière blanche de sel marin, et que j'en mangeai avec du citron, par un goût créole. La manière dont j'ai expliqué la formation de ce sel, et comment il s’élève avec la fumée, qui est l’eau réduite en vapeur , n’était pas difficile à concevoir. J’ai produit, depuis votre départ, le même effet en petit, en jetant de l’eau de mer sur un morceau de lave rougi au feu. Un vase de verre, que j’ai placé sur cette vapeur, s est trouvé terni par le sel, que je tirais ensuite en y passant le doigt. U nier rouge a produit le même effet. ^

Cette fois-ci, je vis la même chose ; mais je remarquai des parties noires dans cette même fumée, ce qui m’intrigua. Je me rappelai que M. Hamilton a observé, au Vésuve, ces deux couleurs de fumée dans les éruptions, très-blanche, comme des balles de coton, et trèsnoire, et je ne manquai pas de conclure, de la double analogie , que la mer et la lave se réunissent, comme on a bien d'autres raisons de le présumer, dans le lieu des foyers des volcans. Cependant, en observant mieux ces deux fumées blanche et noire sortant du même point, je remarquai que la noire se trouvait du côté opposé à celui où le soleil éclairait, et je vis clairement que la prétendue fumée noire n’était qpe l’ombre de celle qui était devant. Cette ombre était même très-marquée sur les laves anciennes et nouvelles.

Je dois vous prévenir que je ne conclus pas, de cette observation rectifiée, que toutes les fumées noires que l’on voit sortir des cratères, en même temps que les

blanches, soient un effet de l’ombre. Je ne voulais que rendre compte d’une méprise reconnue, que j'aurais négligé d’écrire, si ma relation n’était pas que pour vous. Je dois ajouter que la teinte de cette fumée, noircie ainsi par I ombre, est à peu près couleur ardoise, au lieu que celles qui sont chargées de cendre, par exemple. sont bien plus sombres.

Rico de p.us ressemblant que la description que donne M. Hamilton des fumées blanches qui précèdent les éruptions du Vésuve, avec celles que la lave forme par sa rencontre avec la mer. M. Hamilton les compare à des balles de coton, ayant un mouvement en spirale. C’est bien cela même que j’ai toujours observé à la mer. Je me suis assuré de plus que la blancheur de cette fumée était due au sel en poussière dont elle est chargée, et que sa forme rappelant la spirale venait du poids de cette poussière de sel, qui, après avoir été poussée d’abord, en formant de gros flocons, par la force de l’eau réduite en vapeur, s’abaissait un peu sur elle même, en tournoyant par l’effet du mouvement du vent. Cet abaissement provient de la chute de la poussièie de sel, et de l’affaiblissement de la force de l’eau réduite en vapeur. Aussi cette blancheur de la fumée, et l’apparence de sa forme en spirale ne se montrent plus les mêmes, à une certaine hauteur au-dessus du point d’où elle s’élève. *

Cette ressemblance de la fumée blanche du Vésuve décrite par M. Hamilton, avec celle que produit la lave à Ja mer ici, est trop frappante pour ne pas croire que celle du Vésuve entraîne de la poussière de sel. M. Hamilton a remarqué aussi, dans l’éruption du Vésuve; d’août 1779, que les fumées portaient a quelque di-tan*' ce du Vésuve un sel très-blanc, corrosif. Il t ût été bien intéressant de recueillir de ce sel, qui peut-être n’était que du sel marin, comme ici.

Je vous engage à faire en plus grand mon expérience de verser de l’eau de mer sur des laves rougies. Vous poutrtz faire mieux ; c’est de mettre un long morceau de lave en état de fusion, et de l’enfoncer lentement dans un baquet d’eau de mer, en agitant un peu l’eau, pour imiter les lames, qui couvrent et découvrent les laves, ce qui forme des flocons successifs, et qui contribue à donner la forme de spiiale aux fumées, et à former le $el, lorsque les lames se retirent. Cependant il

faut ajouter à cette dernière cause la grande chaleur du la lave sur l’eau déjà réduite en vapeur et entraînant du sel, fût-il même encore dissous. Si vous tai tes cette expérience, veuillez m’en dire le résultat. On pourrait faire la même expérience, pour comparaison, dans l’eau

dt Pendant longtemps je croyais que le volcan donnait trois espèces de fumées différentes; mais I analogie que je viens d’indiquer, confondrait en une même espèce celle qui précède et celle qui accompagne les éruptions, avec cede que la lave en fusion produit, lorsqu elle coule à la mer. .

Je vous avoue que je ne suis pas encore satisfait de

cette distinction; car l’eau réduite en vapeu'- est-elle bien une fumée, qui est le produit de la combustion l Chargée de sel qui s’épaissit et la blanchit, chargée de cendre qui la noircit, elle n’est pas plus fumée que l’air qui enlève et formeMes nuages de poussière. Je sais que les volcans poussent aussi des fluides aériformes. Mais je m’écarte de l’objet de cette iettre. /-

Beaucoup de personnes, hommes et femmes, ont été apiès moi voir cette éruption ; mais, dès le lendemain de l’arrivée des laves à la mer, elies étaient formées en gratons dans toute leur épaisseur. Cette forme doit nécessairement beaucoup avancer le refroidissement de la coulée, tant à l’extérieur que dans I intérieur. La même forme de lave et son prompt refroidissement se sont opposés à ce que la coulée avançât à la mer.

Voilà, mon jeune et savant ami, une bien longue lettre, et qui n’a rien de bien intéressant; notre volcan ayant été pour vous ici un objet chéri, tout ce que je puis vous en apprendre doit vous faire quelque plaisir.

J’accepte de nouveau vos offres de services pour me procurer des livrés sur les volcans. Je n’ai, comme vous le savez, que les œuvres de M. Hamilton, un volume, édition de Paris, de 178L, et la Minéralogie des volcans, par M. Faujas, 1781. J’ai aussi de ce dernier auteur son ouvrage sur les volcans éteints duVivarais. Je voudrais Jes ouvrages de M. DolomicU, et aussi le Père Della- Torre.

Je vous demande aussi ce qui a été écrit de mieux raisonné sur la théorie des volcans. M. Faujas semble promettre un ouvrage sur ce sujet. Je sens le besoin de lire des autorités qui me désabusent sur les idées que

je me suis formées sur ce grand sujet; je m’habitue trop à regarder comme une vérité que la lave ne s’allume pas, mais qu’elle existe de tout temps à l’état de fluidité, et qu’elle circule dans l’intérieur de la terre, comme le sang dans nos veines. On a dit et M. Fourcroy l’a dit aussi, que le sang pourrait bien être une chair coulante. Eh bien ! la lave sera une roche coulante. Vous pensez bien que je conçois ensuite la cause des éruptions, des tremblements de terre, etc. ; mais je ne veux pas vous entretenir sérieusement de ces rêveries. Aidez-moi à me détromper, en m’envoyant ce qu’on a écrit sur ce sujet, v

Post scriptum du 11 avril.

Le 7 de ce mois, nous vîmes d’ici le volcan en feu. Il n'y avait pas de doute qu’une nouvelle source de lave ne se fût ouverte, à peu près au même endroit que celles que j’ai observées. Le lendemain, la fumée m’assurait que la lave était à la mer. Nous eûmes„bientôt la nouvelle de Sainte-Rose qu’il s'était répandu beaucoup de cendre jusque vers le milieu de ce canton. On m'envoya de cette cendre, dont je joindrai un cornet à l’échantillon de lave déjà annoncé, qui sera joint à cette lettre.

Je fis alors partir un des noirs qui m’accompagnent toujours au volcan, pour savoir le lieu de la sortie de la matière, et la marche de la lave. Il m’a rapporté que cette nouvelle source s’était ouverte à droite, et un peu au-dessus de celles que j’ai décrites, et que le courant avait traversé, au pied de la montagne, la coulée du Retour, et s’était dirigé à la mer, sur le bord des coulées précédentes du côté du Tremblet. La matière ne coulait

fûus drjà; elle est encore en gratons. Dans le temps que a lave coulait, le cratère fumait plus que les jours précédents.

J. Hubert.

A Monsieur £ory>

10 juin 1802.

Il y a eu ici un phénomène météorologique sans exemple, dans cette colonie ; c’est la chute de la grêie. C’était le 6 mai, à 4 heures un quart du soir, pendant un orage fort élevé. Les grains n’étaient point égaux, les uns gros comme des haricots ( c’était le plus grand

comme la famille des orangers, et tant d’autres, dont les graines ne se conservent pas, et qui poussent de racines.

J. Hubert.

A Monsieur Bory

Le 20 septembre 1802.

Voici îe temps qui approche, mon cher Bory, que, apprenant l’arrivée d’un vaisseau de France, je me rendrai avec empressement à la poste, les jours de courrier, pour voir si je n’aurais pas de vos lettres; car je compte beaucoup que vous me donnerez ce témoignage de votre amitié, peu de temps après votre arrivée dans le sein de votre famille, et auprès de votre épouse..

Je viens de recevoir une lettre de M. de Cossigny» de germinal an X, et point de livres, et il ne m en annonce pas. Ah ! si j’avais su cela, je n’aurais pas lu le Moniteur de l’an IX, et partie de l’an X, où j ai vu que le célèbre Doiomieu avait lu des mémoires sur la chaleur modérée des laves, et plusieurs extraits de mémoires sur le galvanisme, etc. Je suis actuellement comme lorsqu’on fait goûter un bonbon à un enfant, pour le^ lui refuser après. J’ai l’eau à la bouche; je suis privé d ouvrages que je dévorerais. Si vous m aimez, mon jeune ami, la plus grande preuve que vous puissiez m’en donner, c’est de me mettre à même de connaître les ouvrages des savants en physique et en histoire naturelle, où se trouvent les découvertes nouvelles. J ignore 1 origine de la découverte du galvanisme. Je n ai lu que 1 extrait de trois ou quatre expériences isolées, faites par M. Fourcroy. Envoyez-moi, de grâce, un appareil de cette nouvelle découverte, pour répéter ici des expériences. Faites faire ces emplettes de livres et d instruments par la maison Journu Houbert, en bornant les envois à une trentaine de volumes et une pile de Yolta.

Faisant la médecine pour mes noirs et mes voisins, je vous prie de m’envoyer un bon livre d’anatomie, et, si cela se trouve, des gravures de squelette de 2 à 3 pieds de haut, comme j en ai vu.

Je compte toujours sur la promesse que vous m avez faite d’échantillons de matières volcaniques, étiquetés

d’après la Minéralogie de M. Faujas. Sans tout cela, je vous aimerai toujours, mais vous ne recevrez plus de nouvelles de notre volcan. Je vous en fais la menace, et tiendrai parole. ^

A Monsieur Bory

Du II novembre 1802.

Je prie Du Petit-Thouars de dire à M.. de La Billardière, qu’il n’y a que deux jours que j’ai lu sa lettre au rédacteur du Moniteur , n° 55, du 2o brumaire an X, où je vois que c î naturaliste savait très— bien que les boutures de racines de l’arbre à pain poussaient. Je l’aurais sûrement cité, si je lavais appris plus tôt; mais, à l’époque meme de la date de sa lettre, j avais déjà essayé ce moyen.

A Monsieur Bory

29 novembre 1803.

Je n’ai rien reçu de M. Faujas. J’aurais bien voulu lire sa Géologie et ses ouvrages, comme souscrire au Dictionnaire d’Histoire naturelle, dont M. Bosc m a envoyé le prospectus; mais cette malheureuse guerre vient encore contrarier mon désir de m instruire; je serai tropvieux à la paix.

J. Hubert.

Paris, 20 novembre 1821.

Mon cher ami, et ancien compère d’excursions d histoire naturelle dans le plus beau pays du monde, la dernière que j’ai reçue de vous m’a été remise par M. Habet le jeune, à son retour, et quand je revenais de mon long exil. Je n’y ai pas répondu plus tôt, faute d’occasions, et parce qu’il est cruel d’écrire de longues lettres qui ne parviennent pas. Depuis votre lettre, j ai eu occasion de rencontrer, dans le monde, votre nièce, Madame Pignolet. Elle ne m’a prévenu de son départ qu’au moment de monter en diligence, de sorte que je

n’ai môme pas pu lui remettre celle-ci, que je confie à la diligence, avec un petit paquet, pour Jui courir après par la route de Bordeaux, dans l'espoir qu’elle rattrapera en route, et vous parviendra de la sorte. Je n’ai pu voir ici Madame Pignolet autant que je l’eusse désiré. Je sors fort peu, horriblement occupé de la direction et collaboration dans un Dictionnaire d’histoire naturelle, et de divers autres ouvrages non moins considérables. Lors de mon retour, loin de me rendre justice, on ne m'a même pas rendu la pension à laquelle vingt ans de services me donnaient un droit réel ; mais je me résigne. La réputation ne consiste pas dans des appointements que ma plume me rend bien, et l’on m’a rendu philosophe pratique. '

Revenant donc à ce qui fait le bonheur de ma vie, l’histoire naturelle et les sciences, je viens de publier un petit opuscule intitulé Voyage souterrain. Peut-être vous sera-t-il agréable de lire cette bluette. Je vous l'adresse donc, avec le désir qu’elle vons soit agréable. Vous verrez comment, tirant parti des temps de proscription, j’en profitais pour faire encore de l’histoire naturelle. Je joins à cet ouvrage un petit mémoire sur les foiêts soutei raines de ia Haute- Autriche, que je publiai en revenant d’Austerlitz, quand je n’étais encore que capitaine ; un autre petit mémoire sur un vieux monument d'Espagne appelé les Toros de Guiffando, et, enfin, quatre exemplaires d’une notice sur notre volcan, d’après une lettre de Le Gentil. Vous pourrez, si quelque voyageur, passant par chtz vous, veut visiter le volcan, lui donner ce rien, afin qu’il tâche d'y trouver quelque chose. Ce volcan et votre île sont les choses dont j ai conservé le plus doux souvenir, parce que le vôtre s'y mêle. Il n'est pas de joies, de succès, de peines et de traverses où le souvenir de Mascareigne, des cratères qui s’y voient, et de l’hospitalité que je reçus à Saint-Benoît, au Bourbier et au Bras-Mussard, ne soient mêlés. Ce sont les premiers souvenirs j’avais vingt ans, la fraîcheur de tête de la jeunesse, cette première exaltation que devaient agiter et provoquer les choses que je voyais dans votre pays, et ma mémoire est souvent étonnée de la localité de mes idées, quand je pense à ce temps de ma vie. Je vous dirais d’ici comment est faite votre maison, ou plutôt, comment sont faites vos maisons, comment sont disposées

— ni

^09 armoires vitrées et vos collections, où «ont vos arum à spadice brûlant, devant quelle croisée j’étais placé pour en dessiner un pied ; je vous ferais un plan de vos jardins, de vos plantations, de ce quinconce de palmiers que vous formiez, entre votre Boudoir et la grande route ; quelles laves formaient le récif vis-à-vis, où sautaient ces boujarons de mer qui sont des Blennies de Linné.'Je ne pense pas à ces choses, sans désirer les revoir. Avec la presque certitude de n’y jamais revenir, je me berce de l'idée de revoir votre île, et un sentiment si fort de ce retour m’a toujours poussé malgré moi, que j’ai souvent usé trop libéralement des collections que j’y avais faites. C’est vainement que je vous ai demandé quelquefois de me dessécher des plantes de vos forêts. Cela vous coûterait bien peu. Ne pourriezvous donc pas, avec deux rames de papier, me préparer des fougères, des mousses, des lichens, etc.? Un nègre n’aurait qu’à changer le papier, et le faire sécher au soleil, jusqu’à parfaite préparation. Vous mettriez ensuite le tout en paquets, et me l’adresseriez, soit par le Hâvre, soit par Bordeaux, avec lettre d’avis. Vous avez tant de ressources dans vos pays pour nous enrichir; tout est rare pour nous, dans vos climats. Vos petits poissons, vos insectes, mis dans des bouteilles de rhum, vos moindres graines et vos pierres nous sont des trésors. A propos de pierres, j’ai aussi abusé de mes récoltes de laves. Ne pouvez-vous m’en faire une caisse ? Ce serait pour moi un bien doublement précieux. Mais c’est assez vous entretenir de mes désirs. Parlez-moi de vous; dites- moi que vous vous portez bien, que vous vous occupez toujours de vos choses chéries, que tout prospère autour de vous, que votre bonheur ne se dément pas, et je serai content de vous voir traiter par le sort comme vous le méritez. Adieu donc, mon cher, respectable, savant et excellent ami. Présentez l’assurance de mon amitié à ceux qui se souviennent de moi. Madame Pignolet pourra vous dire que je n’ai pas oublié le nom d’une seule des personnes que j’ai connues. Ma mémoire, à cet égard, me surprenait toujours. Je vous embrasse bien tendrement, et suis, pour la vie, en attendant de vos nouvelles, votre bien sincère. *

Bory de Saint-Vincent.

&iir Sa maladie du liai»- noir

A Monsieur Raoul , rédacteur de la Gazette de cette île , par un habitant de Saint-Benoit.

J’entends dire souvent , et je le vois imprimer dans nos gazettes, dans celles de l’île de France et même de France, que la maladie des bois-noirs est la cause de la destruction de nos cafèteries. Si cela était évident , nous devrions provoquer une loi qui en ordonnerait l’entière destruction. Ce serait bien le cas où il faudrait couper le mal dans la racine. Mais nous avons tant d’intérêt à conserver cet arbre, et à continuer des plantations, soit pour protéger nos jeunes caféiers, soit pour en faire du charbon et du bois à feu, que je ne crois pas inutile d’assurer, par des observations, que la maladie dont on attribue le principe au bois-noir , ne lui est pas particulière, quelle se montre et fait périr beaucoup d’autres espèces d’arbres, qui ne sont pas à portée de la prendre par contagion du bois-noir.

Je dois prévenir que je ne parlerai que d’après des observations faites depuis la rivière du Mât jusqu à Saint- Joseph. 11 y a si longtemps que je n’ai visité les autres parties de l’île, que je ne veux rapporter que ce

que j’ai vu. , , . . ,

M. Joseph Hubert n’a jamais eu de bois-noir a son établissement appelé le Boudoir, où sont ses plantations de muscadiers et de cacaoyers. Il ne s en trouve meme pas à une distance de cinquante gaulettes, ou deux cent cinquante toises. Pour protéger ses deux plantations, cet habitant a planté des pignons d’Inde , au lieu de boisnoir, et il fait voir que, depuis quelques années, et encore en ce moment, cette maladie a détruit une partie de ses pignons d’Inde, et, par contagion, des muscadiers ; que des cacaoyers, au milieu d’arbres bien portants, en sont attaqués, et la propagent à leur tour. Il montre enfin des manguiers, qui en ont péri, sans avoir été à portée d’arbres malades, et qui la communiquent à d’autres manguiers et à des bibassiers qui se trouvent dans leur voisinage. x ,

Vingt-quatre cocotiers, qui déjà avaient donné plu-

sieurs rapports, chez ce même propriétaire , sont tous morts sans en excepter un seul. Ils étaient à au moins soixante gaulettes d’arbres malades.

Tous ces arbres sont attaqués par les racines, comme le bois-noir; mais leur perte ne s’observe pas comme celle des bois-noirs, parce qu’on n’en couvre pas les cafèteries, et que la plupart n’ont pas de racines aussi étendues que Je bois- noir. J’ajouterai que, longtemps avant que celui-ci ait été atteint, nous avons perdu, en ce quartier, une grande partie de nos orangers , citronniers, et tous les arbres de cette famille de bons et beaux fruits.

Je m’étais livré à des recherches sur la cause de cette maladie, dans les premiers temps qu’elle s’est montrée. Je l’attribuais à des insectes introduits, depuis peu, dans la Colonie, comme il en paraît malheureusement trop souvent de nouvelles espèces. J’avais dirigé ces recherches sur les racines du cacaoyer, parce quelles s’étendent peu, sont faciles à être enlevées sans se rompre, et à nettoyer et laver. J’ai pris les premiers de ces arbres dans l'état de santé, mais près d’un pignon d’Inde malade, et j’ai suivi d’autres individus à plusieurs degrés de maladie, jusqu’à leur mort. Le résultat a été que je n’ai rien appris sur la cause éloignée de cette épidémie. J’ai bien vu des insectes attachés à ces arbres, mais seulement lorsqu'ils étaient déjà languissants ; c’était un effet, et non une cause. *

Je me serais évité beaucoup de peine, si j’avais eu connaissance alors que la même maladie se voyait sur plusieurs arbres en France, et quelle était contagieuse comme ici, et qu’on n’en donne pas la cause. C’est ce que je viens de lire dans le nouveau Dictionnaire d’agriculture, au mot Assolement, tome II. En voici l’extrait :

« Le mûrier, et d’autres arbres qui meurent, donnent <t la mort aux arbres voisins, et à ceux qu’on y remet place. Les cultivateurs de l’Ardèche observent éga- « lement que, s’il périt un mûrier de maladie, dans « peu les arbres périssent aussi ; qu’il ne faut que peu a d’années pour voir détruire les plantations les plus a florissantes, ce qui leur fait dire qu’il empoisonne le « terrain. Ces faits, ajoute le même article, sont com- « muns à d'autres végétaux d’après un très-grand

« nombre de témoignages irrécusables et surtout d’après « ceux de MM. Tessier et Thouin. »

Un habitant provençal de ce quartier m’a assuré que, chez son père, il en était de même, lorsqu U périssait

un amandier. .

Ce n’est pas, d’ailleurs, la seule maladie qui attaque

les plantes. MxM. Tallard frères, qui se sont beaucoup occupés de la physiologie des plantes, en comptent au moins vingt, et, indépendamment de plusieurs causes nu’ils leur attribuent, ils admettent meme des antipathies entre plusieurs plantes, dont les unes versent sur les autres un fluide ou gaz qui les font périr, en y déterminant des ulcères et la pourriture (Nouveau Dictionnaire d’Histoire naturelle). Que conclure de ces laits observés en France et ici l Qu’il faut taire comme en Ardèche, où on n’a pas renoncé a cultiver le mutier, ni en Provence, l’amandier. Il faut, dis-ie, continuer a planter des bois-noirs et des caféiers. Il ne faut pas mettre de ces premiers dans les cafèteries déjà formées ; ils pourraient y porter la contagion; mais, de 1 avis de beaucoup d’habitants excellents cultivateurs, nous ne pouvons en former de nouvelles, dans les terres découvertes sans le secours de cet arbre protecteur. /

Je vais rapporter, à cette occasion, un essai sans succès pour former une cafèterie dans une excellente terre mais découverte, et cultivée en grains depuis long: temps. Cet essai a été tenté par un habitant riche, qui culture presque exclusivement le caféier, depuis quarante ans. Son terrain a été planté d avance en figuesbananes songes, ambrevades, et tout ce qui pouvait être substitué au bois- noir. Les fosses ont été faites, ainsi que les pépinières, avec la plus grande attention ; les plants ont été levés à la motte ; pas un n a souffert le moindrement de la transplantation ; les soins ont pu être appelés des caresses. Eh bien! quelques mois après, malgré la saison la plus favorable, ces jeunes élèves ont donné des signes de souffrance, et, peu a peu, n’ont plus montré que des feuilles languissantes, aux extrémités seulement des rameaux. Ce cultivateur vient de se décider à planter des bois-noirs dans ce meme terrain et à former de nouvelles pépinières de caféiers. L’exemple de plusieurs habitants, qui sont parvenus a se former des cafèteries par ce moyen, et lui-meme

dans d’autres terres, ne laisse aucun doute qu’il aura,, dans celle-ci, le même succès.

Longtemps avant l’introduction du bois-noir, la plupart de nos jeunes caféiers périssaient après leur premier ou second rapport, et même quelques-uns avant, par une cause qui n’a rien de commun avec celle qui nous occupe, et qui attaque encore aujourd’hui les caféiers de cet âge sous les bois-noirs. C’est à quelques pouces de terre que le mal se montre. L’écorce s’obstrue, se fend et se détache du bois. C’est ainsi que meurent aussi les caféiers du même âge, aux colonies de l’Amérique, ce qu’on attribue à une mouche appelée la mouche à café, qui, sans doute, a été apportée ici ; car il est bien certain que nous n’avons pas toujours perdu nos jeunes caféiers de cette maladie. Anciennement, on n’en faisait pas de pépinières ; on plantait, à racines nues, des plants pris sous les arbres, de semences restées après la récolte. Ils étaient espacés à sept pieds et demi, c’est-à-dire deux rangs à la gau lette de 15 pieds, et deux plants dans chaque fosse, faite seulement de la grandeur nécessaire pour que les racines fussent couvertes. Il ne fallait plus que quelques remplacements et la cafèterie était formée pour toujours.' Il n'y avait plus à craindre que les forts ouragans ; mais on avait la ressource des remplacements,

C’est à ce terrible fléau, c’est surtout au furieux ouragan du 15 avril 1772, et à celui du 15 avril 1773; que nous devons la destruction, dans toute l’île, de nos anciennes cafèteries, formées il y avait plus de trente ans, comme je viens de le dire. Il n’y en avait pas eu de si violent ni de si désastreux, depuis celui de 1751.

Je reviens encore à la mortalité des bois-noirs et à celle des caféiers. Nous avons eu des bois-noirs pendant plus de vingt ans sans maladie, il en reste de ceux-là , dont on peut faire des pièces d’un pied carré. Cette épidémie peut cesser ; peut-être trouverons-nous un moyen préservatif ou curatif, ou enfin celui d’isoler l'arbre malade de ses voisins.

Je me résume :

1° Je crois avoir prouvé que la maladie dite du boisnoir n'a pas son principe dans cet arbre seul; que d’autres en sont attaqués, sans avoir été exposés à la contagion ;

2° -Qu'il est au moins imprudent de planter des bois** noirs dans une cafèterie faite ;

3° Que le moyen le plus sûr , pour en former de nouvelles, dans des terres nues, c’est d’y planter cet arbre protecteur;

4° Que sa culture, pour en faire du bois à brûler et du charbon, le rend précieux.

C’est ici l’occasion de rappeler aux colons de cette île que nous devons l’introduction de cet arbre à un de nos compatriotes, M. Gresle, qui Ta apporté du Bengale, avant M. de Cossigny à J’île de France, en 1767.

Ces conseils donnés de réformer des cafèteries, à la création desquelles le haut prix du café nous invite déjà, cet espoir qu’il partira encore de mon pays des cargaisons de ce bon café de Bourbon, qui, préparé avec plus de soin, reprendra rang avec celui de Moka, j’ai hésité un moment à les publier avec cet écrit; une arrière-pensée affligeante m’avait arrêté. ^

Je me suis dit : Déjà beaucoup de terres à vivres sont occupées en sucreries. Les petits habitants qui en sont voisins plantent des cannes pour les leur vendre ; d’autres terres sont cultivées en girofliers, depuis Sainte-Suzanne jusqu’à Saint- Joseph ; si celles qui restent sont encore plantées en bois noirs et caféiers , comment nourrirons- nous nos noirs, et nous-mêmes ? Cette idée a été suivie du souvenir de la disette affreuse de 1807. Je voyais encore les riches disputer, pour leurs noirs, aux pauvres dans les montagnes, de mauvaises racines de fougère et, dans les bas, celles du safran marron (balisier d’Inde), nourriture qui, par ses mauvaises qualités a été suivie d’épidémies mortelles. Je me rappelais, en frémissant, que, chaque nuit, j’entendais des cris : Au voleur ! et que je tremblais d apprendre bien* tôt que des malheureux mouraient de faim, ou, ce qui est encore plus malheureux, que de fidèles et courageux gardiens avaient été tués à leur poste.

6 Mais mes inquiétudes se sont calmées, par 1 assurance que la prévoyante sollicitude de M. le commandant et administrateur de cette île encouragera, sans prédilection, toutes cultures d exportation, et obligera, en meme temps celle des grains nourriciers et des racines.

Monsieur, pendant la maladie d’un jeune homme, dont l’état m'inquiétait, je me suis trouvé forcé de passer prèsque tout mon temps à une nouvelle habitation éloignée de

mon bureau, ce qui m’a empêché de vous adresser plus tôt mon mémoire sur la maladie des bois-noirs. Vous verrez que, pour ne pas vous faire attendre plus longtemps, c’est mon brouillon que je vous envoie. D'ailleurs, malgré les corrections que j’aurais pu y faire, je n’aurais pu éviter des fautes de langue et d’orthographe, parce que je n’ai jamais eu occasion d’apprendre par principes notre langue. Veuillez donc vous charger de cette correction, ce qui vous sera facile, après vous être pénétré de ce que je veux dire. Je crois inutile de signer.

J. Hubert.

Sur le Cannellier

Réponse à une Lettre de Milius du 13 mai 1819.

M. Hubert Montfieury, mon frère, m’ayant communiqué la lettre que M. le commandant et administrateur lui a écrite, le î 3 de ce mois, en m’invitant à y satisfaire, en tout ce que mes recherches et mon expérience ont pu m’apprendre, sur la culture et la préparation des différentes espèces de cannelliers que nous possédons en cette Colonie, je vais ie faire, sans me flatter que mes renseignements seuls puissent en tout satisfaire ce que désire M. le commandant.

Je vais, d’abord, faire connaître ce que j’ai appris des époques où les différentes espèces de cannelliers ont été apportées ici, et des lieux d’où on les a tirées.

Le cannellier est un des arbres exotiques qui ont été les premiers introduits dans la Colonie. J’en juge par l’ordonnance du Conseil supérieur de la Compagnie des Indes, du 29 avril 1733, qui obligeait chaque habitant à planter au moins vingt pieds de cotonnier et de cannellier, par chaque tête d’esclave, ce qui suppose que les premiers plants ont été introduits au moins douze ans avant cette époque, puisque déjà on avait assez de jeunes élèves pour obliger d’en planter une si grande quantité. J’ai vu de ces premiers arbres plantés d’après cette ordonnance, qui avaient trois pieds de diamètre à 5 à 6 pieds de terre. Il en reste sûrement encore de cette grosseur et de cet âge.

Je n’ai pu parvenir à découvrir d’où la Compagnie avait tiré ces premiers cannelliers, ce qui doit se voir dans ses premiers registres de correspondance, que j’ai

désiré parcourir, en proposant de le faire dans le lieu, même des archives, ce que je n’ai pu obtenir, par la difficulté de retrouver ces premiers registres entassé* sans ordre, par l’effet de plusieurs déplacements.

M. de Surville, capitaine de vaisseau de la Compa- . gnie, qui avait une habitation en cette île, dans les hauts du quartier Sainte-Marie, a rapporté de l’Inde, en 1753, et déposé sur cette propriété, beaucoup d'espèces d’arbres curieux ou utiles. J’ai visité ces arbres, et rapporté chez moi des plants de deux espèces, dont l’une m'a paru être la même qu’on tient de Ceylan, à l’île de France, et l’autre, de la côte Malabar. Nous avons aussi tiré du Jardin du Roi de l’île de France l’espèce venue de Ceylan, et celle de la côte Malabar.

Je compte donc trois espèces de cannellier introduites dans cette île, dont celle de la côte Malabar ne peut .être cultivée que par curiosité, et pour l’élégance de sa foliature; elle est peu aromatique et perd, quelques mois après sa dessiccation, presque tout son parfum et sa saveur.

Celle introduite par la Compagnie étant traitée comme celle de Ceylan , c’est-à-dire par des coupes tous les trois ans, est bien éloignée d’approcher de la qualité de cette première ; mais sa dernière écorce, c’est-à-dire celle qui touche le bois des grosses branches, a beaucoup de piquant et de parfum, mais non ceux si recherchés dans celle de Ceylan. J’en ai envoyé en France, qui n’a été estimée que le prix de celle dite de Chine. J’en ai extrait aussi de l’huile essentielle, qui a été jugée de la même infériorité que l’écorce.

Le cannellier de M. de Surville, que je crois etre le même que celui dit de Ceylan, a été aussi jugé de la même qualité et du prix de celle de Chine.

M. de Cossigny de Palma, excellent cultivateur et chimiste, a publié, en 1784, un mémoire sur la préparation de la cannelle dont nous venons de parler, et a fait part d’une découverte qu’il avait faite, d’un procédé qui assurait à cette espèce des qualités qui la rendaient précieuse (ce sont ses termes). Ce procédé était de jeter les écorces, encore vertes, dans une eau de chaux, qui, rajoute M. de Cossigny), par son action sur les huiles essentielles et les résines, forme avec elles une substance savonneuse, dont l’effet est ici de s opposer à 1 é= vy^poration de l’huile essentielle de la cannelle.

La réussite de ce moyen n’a pas été constatée pai l’expérience, puisque, après cette découverte connue, on ne s’est pas livré à la culture du cannellier, que le gouvernement de l’île de France voulait encourager, et que ce n’est qu’à ce moment que les Anglais s’en occupent.

Il est mis en doute si on a le cannellier de Ceylan, qui donne la cannelle fine, ou si l’infériorité de celle qui existe provient de la préparation. C’eût été l'occasion de parler du procédé de M. de Cossigny, et de s’en servir. ^

Il ne me reste plus, avant de hasarder les conclusions auxquelles m’ont conduit les recherches et les expériences qui font le sujet de cet écrit, qu'à communiquer une dernière observation, qui ne laisse aucun doute , ce me semble, que nous n’avons pas le vrai cannellier de Ceylan, ou, comme je suis porté à le croire, que notre température, et plus encore notre sol, produisent 1 intériorité

du nôtre. , . , ,

Il nous vient quelquefois de Ceylan des fruits de ca,nnellier encore recouverts de leur calice charnu, très-odorants, et agréables à mâcher ; les nôtres, préparés de la même manière, n’en ont pas les qualités. __ ...

Je viens de dire que je croyais que l’infériorité de notre cannelle, espèce de Ceylan, provenait de la différence des climats, et plus encore du sol. Je vais appuyer cette opinion de l'analogie, indépendamment des laits que j ai

cités. A

On sait, sans sortir même de France, et dans la même

température, la différence qui existe entre les fruits et les autres productions végétales; on connaît celle qui ne varie jamais, entre les différents crus des vins de Bedeaux et du Cap ; à plus forte raison, on ne doit pas etre étonné qu’il y en ait dans les arbres transportés des contrées éloignées de leur sol. Je pourrais en citer beaucoup d’exemples ; mais je ne m’attacherai qu’à suivre le caféier, et la différence de ses qualités, dans plusieurs colonies où il est cultivé.

Je crois qu’on peut avancer, avec preuves écrites, que les premiers caféiers enlevés de leur pays natal ont été portés de à Batavia, et de Batavia a

Amsterdam, de ce dernier lieu aux colonies de l’Amérique, et ici, et à la Martinique, par des plants tirés du Jardin du Roi de Paris, qui les avait eus toujours d Amsterdam, et cependant chacune des colonies produit de cette denrée de qualité différente. Les négociants de

Bordeaux les distinguent à la simple vue, et le consommateur gourmet encore mieux, par le goût et le parfum..

La qualité du café de Bourbon, qui approche le plus de celle de Moka et l’égalerait peut-être, si on en cueillait, comme les Arabes, les fruits au plus haut point de maturité, fournit à mon opinion une nouvelle force.

Le café que nous cultivons, ainsi que je l’ai dit , nous vint par Saint-Malo du Jardin du Roi ; nous l’avons donc de la troisième génération, et tous dans des contrées et des serres qui doivent avoir détérioré sa qualité , même partant de sa première station (de Batavia), et cependant il s’est amélioré dans notre île ; c’est que la nature, qui nous a donné trois espèces de café indigène , a formé notre sol pour les autres espèces.

Je termine cet écrit, en assurant que mon intention n’est pas de décourager les habitants de la culture du cannellier. Le café, dont je viens de parler , n’est pas même un meilleur objet de culture, quoique de qualité plus ou moins éloignée de celui de Moka. Il en est de même des vins, et de beaucoup d’autres productions ; mais, je le répète, je ne crois pas que nous portions jamais dans Je commerce de la cannelle comme celle de Ceylan, de la première qualité. Nous avons vu, dans la Feuille Flebdomadaire, que la cannelle de Ceylan, cultivée à la Guyane, qui est à peu près dans la latitude de Ceylan, ne s’est vendue, à Paris, que 5 livres, lorsque celle de Ceylan a obtenu plus de 30 livres.

11 me reste à parler de la cannelle de la Cochinchine , qui, jusqu’à ce jour, n’a point été portée dans nos colonies. M. Poivre assure quelle est supérieure à celle de Ceylan, mais extrêmement rare. J’en ai vu un petit morceau, apporté par l’évêque d’Adran, il y a plus de 35 ans; cette cannelle est épaisse d’une ligne au moins.

La mission de M. Philibert est, dit-on, pour la Chine et la Cochinchine ; ce serait une bien bonne occasion de nous procurer, s’il est possible, des plants. Nous sommes assurés que la sollicitude de M. le commandant et administrateur le portera à en prier notre compatriote , qui, de son côté, ne négligera rien pour en enrichir son pays. Il serait peut-être nécessaire de le prévenir que les baies de cannellier doivent être mises en terre fraîches ; sèches, elles ne poussent pas.

J. Hubert.

Mémoire

Sur le choix des lieux et des positions convenables à la culture des plantes nouvellement portées dans cette Colonie, et sur le moyen de nous préserver des insectes et des mauvaises herbes qui pourraient s’introduire avec elles.

Lu à la Société philotechnique par M. Joseph Habert, membre de la dite société .

Le Ministre nous a fait passer tous les arbres fruitiers d’Europe qui promettent des succès d’une culture raisonnée, dirigée par M. Bréon, jardinier botaniste du Koi, Gn cette île.

M. Philibert nous a porté, de Cayenne et des Philippines, un grand nombre de végétaux utiles que nous n’avions pas, parmi lesquels se trouve la vanille, que nous désirions et demandions en vain, depuis longtemps.

M. le baron Milius, après avoir fait des demamies partout où il a eu des relations de gouvernement, a expédié en mission plusieurs vaisseaux, qui reviendront avec de nouvelles richesses en ce genre, particulièrement des plants de caféier de Moka, tirés directement de leur

sol natal. . 1

Le Jardin du Roi, qui déjà est riche en plantes exotiques , en sera le dépôt, et rivalisera avec celui de Mon- Plaisir, à l’île de France.

Je ne m’occuperai que de celles destinées a nous procurer de nouveaux objets d’exportation, et de nourriture pour les hommes.

Des distributions de celles que nous possédons déj^ ont été faites, paF M. le baron Milius, dans tous les cantons de l’île. Il a jugé que des plantes d’espèces différentes exigeaient, pour prospérer, les unes, une température chaude et sèche, les autres, des pluies fréquentes.

Nous en avons un exemple remarquable dans le giroflier donné à Saint-Paul en 1772, et qui, malgré tous les soins possibles, après avoir langui vingt ans, a péri, sans avoir donné ni fruits, ni fleurs, lorsque le mien, qui m’a été confié en même temps, a été si beau et si fécond, parce que le premier se trouvait^dans un quar-

lier sec, qui ne lui convenait pas, et le mien, dans lë' plus pluvieux de la Colonie.

Je ne puis me défendre de faire la réflexion suivante, sur le succès si différent de ces deux arbres : si celui de Saint-Paul avait été le seul introduit dans l’île, on aurait pu en conclure que notre climat ne convenait pasaux arbres à épiceries, ainsi qu’on l’avait dit et imprimé, et c’eût été un sujet de triomphe pour les détracteurs de l’administrateur éclairé qui avait compté sur leur succès, en nous les procurant avec tant de peine et de danger.

J’ajouterai à cet exemple un autre plus frappant, en ce qu’il s’agit d’un indigène. A la découverte de la Colonie, il se trouvait une grande quantité d’oliviers sauvages, depuis à peu près la ravine des Chèvres jusqu’à. Saint-Pierre, c’est-à-dire, dans toute la partie sèche de la Colonie ; pas un ne s’est trouvé dans les autres cantons, qui sont pluvieux, quoique les baies en grand nombre de ces oliviers soient mangées par les oiseaux, qui pouvaient, par ce moyen, les semer plus loin que leurs limites. J’ai porté chez moi de jeunes plants qui ont végété avec force ; mais, quoique fleurissant tous les ans, depuis plus de 20 ans, ces arbres, qui en ont au moins 40, n’ont jamais donné un fruit. P en est de même de ceux plantés à Saint- André. Je ne crois pas,, d’après cela, que l’olivier d’Europe prospère dans les cantons pluvieux.

Ces exotiques, confiés à des agriculteurs, n’exigeront pas seulement les soins manuels du simple jardinier; ils auront, ainsi que je viens de le dire, à chercher quelles sont les hauteurs, au-dessus du niveau de la mer, qui conviennent à ces plantes de contrées et climats différents, prises, les unes, dans des plaines, et les autres, sur des montagnes.

Il ne faut pas qu’ils s’abusent et comptent trop sur l’espoir qui m’a trompé longtemps, d’acclimater et de naturaliser en rapprochant, par des générations successives, des arbres de régions de différentes températures.

Je pourrais citer, à l’appui de cette opinion et de mon expérience, ce qu’ont écrit plusieurs savants naturalistes, plus particulièrement la Géographie des plantes du célèbre Humboldt ; mais il me suffira, ce me semble, de faire observer que, si on pouvait ainsi naturaliser £

les arbres d’une grande différence de latitude, on aurait, depuis des siècles, autour de Paris, et même sur les bords du Rhin, des vergers d’oliviers et d’orangers. Le maïs, dont la culture est si utile dans le midi de la France, couvrirait les champs des provinces du Nord. Enfin, l’Angleterre ne nous porterait pas ses guinées

en échange de nos vins. ...

Si la nature ne se prête pas toujours, ainsi que je viens de le dire, au désir que nous avons de réunir, dans nos vergers* les arbres fruitiers d’Europe et ceux des tropiques, elle n’est pas plus complaisante pour ceux à qui elle a assigné, pour prospérer, de vivre au niveau de la mer, ou à peu près, et que nous voudrions cultiver sur les montagnes, pour leur donner une température plus froide, analogue au climat d’où ils ont été tirés. Je choisirai pour exemple l’oranger, dont je viens de parler, sous le rapport de la température.

Les oranges que l’on tire des Alpes-Maritimes, celles de Nice surtout, ont la peau mince, la pulpe juteuse et sucrée ; cependant le froid y est tel qu il y neige, et que le thermomètre de Réaumur descend quelquefois audessous de (J j et ici, à la hauteur de 500 mètres à peu près au-dessus du niveau de la mer, où le thermomètre ne se tient qu’à 7 ou 8 degrés au-dessus de 0, les oranges ont la peau épaisse de plusieurs lignes, leur pulpe est peu juteuse et peu sucrée, lorsque, dans les bas de nos habitations, elles ont la peau mince et la pulpe douce et succulente.

Cette différence ne peut donc pas s’attribuer à la température, mais bien à la hauteur au-dessus du niveau^ de la mer. Les orangers, près de Nice, ne se cultivent plus à 300 mètres dùlévation. (Extrait de l’histoire naturelle des orangers, bigaradiers, etc., cultivés dans le département des Hautes- Alpes, par M. Risso.)

Les physiciens ont observé que les plantes des montagnes ont des organes qui conviennent au poids de l’atmosphère qui pèse sur elles ; l'air qu’elles absorbent ne se compose pas non plus des mêmes gaz à différentes hauteurs. Mais, comme celles des lieux bas ne souffrent pas toutes au même degré des effets de leur élévation au-dessus du niveau de la mer, de même qu’elles ne sont pas toutes également sensibles à la différence des températures, nous ne devons pas nous décourager des essais de naturalisation. Mon intention,

ainsi que je l’ai manifesté plus haut, n’a été que d’inviter les cultivateurs à s’assurer, par de petits essais, avant de se livrer à de grandes plantations des végétaux dont ils voudraient suivre la culture. Je les engage encore à ne pas toujours s’en rapporter à l’analogie,, d’après le succès d’autres plantes originaires des hauteurs et des climats correspondants à celles qu’ils se proposent de cultiver. Je vais en rapporter un exemple dans la culture du cacaoyer.

M. Hubert Montfleury, mon frère, et moi, nous crûmes, par analogie, que le cacaoyer prospérerait à la même hauteur où sont nos plus beaux et plusjproductifs girofliers, dans le jardin où le mangoustan se plaît et fructifie, et qui n’est que de 40 toises au-dessus du niveau de la mer, et n’en est éloigné que d’une demi-lieue. Nous y avions fait de grandes plantations, que nous avons été forcés de détruire, parce que les arbres, quoique beaux, donnant même beaucoup de fruits, les amandes étaient en grande partie avortées, les autres ridées et maigres, enfin pas de qualité marchande. Nous en avons conservé quelques arbres pour nous assurer si, plus âgés, les amandes seraient moins défectueuses. Ces arbres ont à présent vingt-cinq ans, et leurs amandes n’ont éprouvé aucune amélioration.

Ces expériences ont été répétées, et ont eu le meme résultat, partout, dans ce quartier, où on a voulu former des cacaoyères, à la même hauteur ou au dessus des nôtres, lorsque, plus rapprochés du niveau de la mer, les fruits ou cabosses sont pleines d’amandes dont la qualité fait rechercher en France cette denrée de notre cm»

Le résultat de ces recherches connu, c’est-à-dire les positions les plus favorables aux végétaux dont on veut suivre la culture, il restera à s assurer, si, en raison du prix de nos terres , et surtout de notre maind’œuvre, nous pouvons soutenir, dans le commerce, la concurrence des mêmes productions fournies par d’autres contrées. C’est là ce que j’appelle la pierre de touche de leur valeur relative pour nous.

p.S. Je ne crois pas inutile de faire connaître ma

réponse à quelques personnes, sur l’objection quelles m’ont faite, que nous n’avons de beaux légumes que des graines qui nous viennent d Lurope,. ou du Cap. J ai ré-

pondu que les légumes dont nous tirons les graines deces deux endroits, sont annuels, qu'on les plante en Europe, en été, et nous ici, en hiver.

levais, Messieurs, vous entretenir à présent de l’introduction des insectes et des mauvaises herbes.

Si, d’une part, nous nous enrichissons de beaucoup de plantes utiles, d’une autre, il s'introduit avec elles des maladies, de mauvaises herbes et des insectes de toute espèce, qui bientôt pullulent et se répandent dans la Colonie. On n’a pas, en Europe, les mêmes craintes des herbes et des insectes des pays chauds ; s’ils s’échappent des serres, l’hiver en fait bientôt raison, et ils ne paraissent plus. J’invite les colons à surveiller attentivement la terre des mottes des nouvelles plantes qu’ils rece-» vront, ainsi qu’à visiter les branches et feuilles, et à détruire toute herbe, tout insecte qu’ils pourraient y découvrir, avant qu’ils se reproduisent. Je prends la liberté d’engager le jardinier botaniste du Roi à prendre le même soin, pendant l'espèce de quarantaine que les nouvelles plantes feront au Jardin, avant d’être délivrées aux habitants.

On est peiné, lorsqu’on compare la richesse de la végétation et les grands produits de nos terres, obtenus à peu de frais, il y a 40 ans, avec l’aspect affligeant de nos cafèteries détruites, de nos girofliers, qui, au lieu de cette riante verdure que la nature leur a donnée, sont couverts d’une crasse noire, qui déjà nuit beaucoup à nos récoltes.

Le cotonnier, qui a été un grand objet de produit pour les quartiers Sous-le-Vent, a un ennemi qui a fait renoncer à sa culture. Nos meilleurs arbres fruitiers ont disparu, et nous ne mangeons presque plus d’oranges que celles qu’on nous porte de Madagascar, nous qui en fournissions des cargaisons à l’île de F rance.

Cette différence de tableau n’a pour cause que des maladies, des insectes, de mauvaises herbes et des plantes cryptogames, tous exotiques. Leur nombre peut encore augmenter, et de nouvelles espèces peuvent attaquer nos céréales, nos racines nutritives et nos cannes à sucre. «

C'est cette crainte qui rn’a déterminé à exposer ici, et encore bien en abrégé, le mal que nous font les insectes et les mauvaises herbes. Je n’ai même pas parlé du tort qu’ils font à nos jardins potagers, qui sont souvent dé-

vastés dans quelques nuits. Cette crainte est telle, chez moi, qu’elle m’a porté à un acte qu’un botaniste de mes amis, dans sa colère, a caractérisé de crime. J’avais reçu, d’un voyageur naturaliste, une immense collection de graines recueillies dans un long voyage, sans autre intérêt que d’ajouter à nos indigènes, et de les offrir àl’examen des botanistes voyageurs. Après avoir choisi et conservé celles qui offraient quelque utilité, j’ai brûlé le reste. Je ferais le même sacrifice d’une cage des plus jolis oiseaux du monde, si je les reconnaissais d’espèces à nuire à nos récoltes, au risque de m’exposer à la colère du beau sexe, que je crains bien plus cependant que celle de mon ami le botaniste.

J. Hubert.

Mémoire

Sur plusieurs objets relatifs à la situation actuelle de la Colonie, considérée sous le rapport de sa population, de la pauvreté, de l’ agriculture, et de divers règlements à mettre en vigueur ou à modifier.

Adressé à M. Milius, commandant et administrateur pour le Roi en cette colonie , par MM. Hubert frères, habitants cultivateurs au quartier Saint-Benoit.

Nous réclamons de M* Milius de l’indulgence pour le peu d’ordre qu’il trouvera dans la rédaction de cet écrit, et pour les négligences et fautes de langue qu’ii remarquera à chaque ligne. Il n’en sera pas étonné lorsqu’il saura que, nés en cette île, n’en étant jamais sortis, nous n’avons pu, à l’époque de notre jeunesse, avoir l’occasion d'apprendre même notre langue ; mais il y verra le désir de contribuer en quelque chose au bonheur de notre pays, et de seconder les intentions manifestes du commandant pour le Roi de s’en occuper.

Nous devons prévenir que nous ne généralisons pas tous les objets que nous traiterons ; il y en aura qui ne seront que locaux. Ceux qui intéressent toute la Colonie mériteront plus de confiance, s’ils forment aussi les vœux des habitants des autres cantons.

De la population blanche.

Les états de la population blanche de la Colonie dewant se trouver, comme les autres, dans les bureaux de ^Intendance, nous nous contenterons de faire sentir la nécessité de connaître, par leur dépouillement, quelle a été son augmentation progressive depuis 30 à 40 ans. Par l’article qui suit, nous la faisons envisager comme inquiétante par les suites de son accroissement.

De la pauvreté y de ses causes et de ses effets.

Plusieurs causes conduisent la. plupart des familles à la pauvreté, sans qu’aucune puisse en arrêter la progression toujours croissante. Ce sujet est celui qui principalement nous a mis la plume à la main, et que nous tâcherons d’exposer de manière à y fixer l’attention et la sollicitude du représentant du Roi.

La pauvreté, dans cette Colonie, a pour cause radicale l’accroissement de la population et la division et subdivision des terres. Leur épuisement, faute de repos, est une suite nécessaire. Des causes secondaires s’y joignent très-souvent, comme l’inconduite des chefs de famille, la paresse et surtout l’ivrognerie. Ce sont des malades attaqués de maladies mortelles, qui auraient pu exister encore quelques années, en menant une vie sobre et réglée, et dont des excès et la débauche avancent la mort.

Des Européens nous ont dit souvent que cette cause principale de la pauvreté existait en Europe et dans les autres- colonies, et que les conséquences n'en sont pas les mêmes ; nous leur répondons :

Que, en France, il y a des indigents comme ici, et, plus que cela, des mendiants, qui obstruent les rues des villes et les avenues des riches; que, en Angleterre, le cinquième de la population vit de taxes spécialement levées pour les faire vivre et prévenir leurs séditions. Cependant, en Europe, vous avez les manufactures, le travail des fermes, les travaux publics, qui fournissent aux pauvres les moyens de subsister, et d’occuper aussi les femmes et les enfants. Vous avez encore l’armée, la marine. Nous n’avons rien de tout cela dans les colonies occidentales et même à l'île de France. Presque toutes les terres appartiennent à des propriétaires rési-

d'atit en Europe, ou se disposant à y aller avec leurs fa* milles, dès que leurs fortunes seront faites. Leurs propriétés ne se divisent pas ; une loi même le défend.

On nous dit encore : Pourquoi, comme en Europe, vos pauvres ne travaillent-ils pas pour les riches ? Nous répondons qu’avec un capital de 150 piastres nous avons un esclave, qui travaille toute l’année ; nous lui donnons un métier qui augmente sa valeur. Une négresse nous donne des enfants. Ce capital rapporterait d’intérêt 15 piastres ; avec ces 15 piastres par an aurons-nous un blanc? Ce blanc pourra-t-il, avec un si modique salaire, se faire vivre, s’habiller et sa famille?

A la Martinique, où les noirs coûtent 4 à 500 piastres, on ne se sert pas de blancs pour les travaux d’agriculture. 11 serait cependant facile de faire venir des laboureurs d’Europe.

On a essayé d’introduire à l’île de France des Chinois et des tisserands indiens ; les uns et ies autres n’y ont pu vivre avec le traitem-nt qui avait été convenu; ils s’en sont retournés. Si on eût augmenté ce traitement pour ies retenir, une pièce de toile eût coûté quatre fois îe piix de celle de la même qualité fabriquée dans l’Inde ; une clé eût coûté aussi cher que la serrure venue d’Europe.

Nous voilà parvenus à faire envisager quelles pourront être les suites de l’indigence, à l’époque où leur nombre ne pourra plus être contenu par ceux qui^ont encore des propriétés. Cet avenir n’a besoin que d’être considéré comme inévitable, pour en faire sentir tout le danger, surtout si on se représente que la population noire, par l’effet d’une disette , peut accélérer et rendre plus tuneste cette révolution. 11 nous est douloureux de n’avoir pas de remède à proposer pour éviter la catastrophe qui nous menace.

Une émigration volontaire serait sans doute un moyen efficace, lorsque même la nouvelle colonie qui en serait formée, n’offrirait d’autre avantage que d’alléger la surcharge de celle-ci, et de nous donner plus de terres aux cultures d’exportation. Cette grande et salutaire mesure ne peut être conçue et méditée que par le gouvernement ; nous, nous n’avons que des palliatifs^à proposer ; les voici : £ .

1° Augmenter, dans chaque canton, les fonds du bureau de charité, proportionnellement au nombre des in-

digents. La bienfaisance des habitants charitables ne peut plus y suffire. Ce bureau serait destiné à secourir les vieillards, les infirmes, et ceux qui , par des événements malheureux bien constatés , ou des maladies longues, se trouveraient manquer de nourriture. Ces secours, toujours tournis en vivres et en toile, seraient permanents pour les premiers, et temporaires pour les autres, afin de pouvoir les porter à d'autres qui se trouveraient dans la même position, et de ne pas favoriser la paresse.

2° Le renvoi de la Colonie, après avertissement et récidive des mauvais sujets reconnus, de ceux surtout qui ont des relations habituelles avec nos esclaves, qu’ils provoquent au vol et dont iis sont les receleurs. Que!ques exemples intimideront les autres. Nos créoles craignent plus la déportation qu’une prison perpétuelle dans leur

P Sous le répétons, l’époque n’est pas très-éloignée où ces moyens palliatifs ne pourront plus suffire à assurer notre tranquillité.

De l agriculture.

La mortalité des cafèteries et le bas prix de cette denrée, pendant longtemps, en avait fait presque abandonner la culture. On s’y ado’nne de nouveau , depuis que la paix et leur destruction, dans les.autres colonies, en ont fait augmenter le prix, qui, quoique moindre de moitié de ce qu’il est actuellement, en ferait encore une culture très-riche. Les soins qu’on prend actuellement dans la préparation de cette précieuse fève , lui feront reprendre bientôt le premier rang quelle avait dans le commerce apiès le Moka, avantage quelle avait perdu par la négligence des cultivateurs.

Des girofliers de tout âge se font voir sur presque toutes les habitations qui ne sont pas plantées en cannes à sucre, depuis Sainte-Marie jusqu’à Saint-Joseph. Cette culture n’a pas besoin de grands soins , ni de bonnes terres ; mais il lui faut des pluies fréquentes. Elle a l’avantage, ainsi que celle du caféier , de ne pas exiger de grandes avances , comme l’étabtissement des sucreries. Un propriétaire, qui n’a que quelques arpents de terre , peut s’y livrer; elles ont de plus celui de tripler au moins la valeur du sol où on les établit.

Le muscadier et le cacaoyer ne fourniront jamais des

«objets importants pour l’exportation. Il faut à ces (leux arbres de très- bonnes terres, des abris, une culture soignée, et des expositions surtout qui sont rares en cette île.

Depuis quelques années, on a formé des sucreries au Vent de l’ale. Leur grand produit a encouragé la culture des cannes à sucre. Il se forme, en ce moment, de pareils établissements dans les quartiers Sous-le-Vent. La métropole, le commerce et la Colonie tireront de leurs produits des avantages réciproques, et plus généreux et plus réglés que ceux que produisent les girofleries , qui non seulement ne donnent pas toutes les années , mais qui encore éprouvent de grands dommages par les ouragans.

Il est fâcheux qu’ après avoir envisagé avec satisfaction tout ce que nous promettent de richesses et de jouissances ces denrées d’exportation, il nous vienne la ré flexion inquiétante que leur multiplicité peut nous exposer à manquer de grains nourriciers et de racines nutritives d’une nombreuse population d’indigents et d’esclaves. Si nous visitons la plupart des sucreries, nous ne voyons que des champs de cannes immenses ; nous en voyons aussi sur les petites propriétés des voisins, destinées à être vendues aux sucreries.

Lorsque nous témoignons nos craintes du danger de manquer de nourriture, on nous répond : Faites du maïs sur les terres qui formaient ci-devant vos cafèteries, qui n’existent plus ; vous nous vendrez cher vos grains, et nous n’en manquerons pas ; il n’y aura pas dô disette.

Nous répliquons à ce raisonnement, que les terres cidevant en cafèteries sont plantées en girofliers, et se replantent en caféiers ; que le haut prix du maïs est un grand mal pour les pauvres, qui ne vivent que de la vente de leurs volailles, qu’ils n’élèvent qu’avec le maïs qu'ils achètent, et ne les vendent pas plus cher, parce qu’on leur fait toujours la loi, d’après le besoin qu’ils ont toujours de vendre. Nous croyons qu’on s’abuse encore lorsqu’on compte annuellement sur l’excédant des maïs des cantons Sous-le-Vent, dont les plantations manquent souvent par des sécheresses de 9 à 10 mois, devenues périodiques. Des coups de vent ne viennent que trop souvent ajouter au mal que font les sécheresses.

Le règlement de M. Bouvet, pour forcer tous les cultivateurs à planter des grains et des racines à propor-

-lion du nombre de leurs esclaves, était très-sage ; mais le mode d’exécution était illusoire. Il a été et devait être sans effet ; il n’a fait que des mécontents.

Comment, en effet, un habitant pourrait-il inspecter les champs de ses voisins et leurs magasins, et en rendre compte, s’il n’a rien lui-même de planté en grains nourriciers, et ses magasins vides I Comment celui encore qui vend tout ce qu’il fait de grains pour profiter du haut prix, qui donne le samedi, ou deux heures le soir à ses noirs pour se procurer leur nourriture, qu’ils ne peuvent obtenir qu’en volant ; comment, disons-nous, celui-là dénoncera-t-il son voisin, dont il suit le coupable exemple l

Rien ne prouve mieux que nos alarmes sont fondées, que la cherté excessive du maïs au Vent de l’île, où il y a le plus de sucreries et de girofliers. Déjà il ' est à plus de deux piastres le cent, et s’élèvera encore ; cependant nous n’avons éprouvé qu’un petit coup de vent.

La Colonie ne peut oublier la disette de 1807, et toutes les circonstances affligeantes qui en ont été les suites. C’est dans les bois qu’on allait se disputer des racines de fougère, et, dans les bas, celles du safran marron (balisier d’Inde). Nous avons toujours présentes à la mémoire les épidémies qui ont été l’effet de ces mauvaises nourritures. Qui peut oublier que, chaque jour, on apprenait l’assassinat de malheureux gardiens de nos champs, que des voleurs attroupés venaient attaquer armés; d’autres fois c'étaient les voleurs euxmêmes qui étaient victimes du besoin impérieux de la faim.

Des affranchissements

Il n’y a pas de règlement, excepté celui sur les guildiveries, qui ait éprouvé autant de dispositions différentes et de modifications que celui sur les affranchissements. Les deux derniers ont été d’une extrémité à lautre, dans la rétribution à remettre au Bureau de Chanté.

. .^es Anglais, dans les premiers temps de leur arrivée ici, accordèrent des libertés pour vingt-cinq piastres tout payé, sans prendre en considération la conduite de J affranchi, ni l’exécution des moyens offerts pour sa subsistance.

IG

Le général Decaen, par son règlement du 13 brumaire an XIII, et celui du Ier messidor de la même année, ne paraissait avoir d'autre but que d’assurer à l’affranchi des subsistances, en obligeant le maître à payer seulement trois pour cent de la valeur de la dotation au Bureau de Charité. Mais, par son arrêté du 27 août 1806, lequel est en vigueur en cette Colonie, il paraît ne plus s’occuper du sort de l’affranchi, et ordonne, par l’article 5, de verser à la Caisse de Bienlaisance ou Bureau de Charité tout ce qui devait être donné à l’affranchi par les deux premiers arrêtés, et ajoute cette phrase remarquable : « Pourront les maî- « très faire en outre une dotation à ceux de leurs es - « claves qu’ils affranchiront. »

Ce n’est plus qu’une mesure fiscale, et qui a manqué son but, parce qu’il taut être riche pour verser au Bureau de Bienfaisance 4, 5 et 600 piastres, suivant la qualité et l’âge de l’affranchi, payer en outre des frais et pourvoir aux moyens de subsistance. On a rendu, par ces dispositions, impossible à celui qui n’a qu’une fortune médiocre, de récompenser les services d’un bon sujet, ou de ne le faire qu’aux dépens de la fortune de ses enfants.

Ce dernier règlement semble vouloir atteindre et faire expier le tort de ceux qui donnent des libertés dont les mœurs condamnent le motif, de même que l’Eglise fait payer, au profit des pauvres, les dispenses qu'elle accorde quelquefois pour des mariages au degré prohibé de parenté. Nous pensons qu’il faut en revenir à rendre possible à un maître, possédant une fortune médiocre, de pouvoir, sans nuire à sa famille, récompenser par la liberté un esclave qui l’aura méritée. Le Gouvernement, par un règlement, s’assurera, par l’avis du Conseil de commune, si l’esclave en est digne, soit par le genre des services rendus, soit par sa bonne conduite. Nous voyons, dans un bon affranchi, une sentinelle placée entre nous et nos esclaves.

Nous allons communiquer, et non proposer une modification au mode d'affranchissement ; c’est un état mixte entre la liberté et l’esclavage. Voici ce qui nous en a fait naître l’idée.

Nous voyons trop souvent, à des partages de familles peu fortunées, qui n’ont pas les moyens d’affranchir un de leurs esclaves, qui l’a mérité à des titres légitimes,

vendre des vieillards à l’encan, parce qu'il se trouve des mineurs parmi les héritiers. Le nouveau maître étranger traite souvent ce nouvel esclave avec dureté, luHait taire des travaux au-dessus de ses forces et de son âge, auxquels il n’était plus habitué depuis longtemps.

Ne pourrait-on pas autoriser, par un règlement, les maîtres, en mourant, à mettre en manumission un esclave pour les mêmes motifs que ceux qui le rendent digne de la liberté, à la charge par la famille de lui donner des moyens de subsistance pendant sa vie, et qu’il restera sous la surveillance de cette même famille. La récompense ne sera que pour 1 individu qui 1 aura méritée et finira avec lui; ses enfants, si c’est une négresse, appartiendront aux héritiers du chef de famille, et ne formeront pas une nouvelle souche de libres, comme par l’entière liberté.

Ces esclaves en manumission pourront être vendus, s’ils se conduisent mal ; mais il est à croire qu’ils ne s’exposeront pas à perdre le bonheur dont ils jouissent, par un changement de conduite, ce qui arrive souvent à ceux qui ont obtenu une liberté entière.

Les affranchissements absolus continueront à être accordés, particulièrement à de nouveaux Figaros, si nous îious trouvons dans les circonstances où ce fidèle esclave s’est fait connaître. Nous pensons que, si ce règlement était en vigueur, il y aurait bien peu de libertés absolues demandées. Encore une fois, cette pensée demande à être mûrement discutée et vue sous plusieurs faces, d’autant plus que nous n'avons pas connaissance que la manumission, telle que nous la présentons, soit établie dans les autres colonies.

Bu Reboisement

28 octobre 1820.

A M . de Marigny , secré/aire du Comité consultatif de cette Colonie .

Monsieur,

Le Comité consultatif de cette Colonie demande « quelles sont les dispositions à adopter pour la conserve vation des bois existants, et pour l’exécution des plan-

« talions et semis qui seront reconnus nécessaires, k « l’effet de rétablir les rideaux préservatifs de noscul- • « tures, et de garnir les chemins et les bords des ri-

« vibres. »

La destruction inconsidérée des bois, la diminution des eaux des rivières et le tarissement des sources, sont, dans tous les pays policés, un sujet de la plus grande sollicitude du Gouvernement, et les écrivains qui se sont occupés du bien public en ont parlé avec le plus vif intérêt. Je ne puis me défendre de transcrire, à cette occasion, l’extrait d’un paragraphe de l’illustre Humboldt,

cité par M d’un mémoire sur le boisement des

Basses-Alpes.

« En abritant, etc. »

Je ne connais d’autre moyen à prendre pour conserver les bois existants, que de déterminer, par une ligne, une Pauteur au-dessus de laquelle les propriétaires ne pourront plus défricher, rétablir le garde des eaux et forêts, ou y substituer les maires des cantons, qui surveilleraient l’exécution de ce règlement. Ils en sont déjà chargés par le code rural, ainsi que je le dirai plus loin.

Jusque-là, la mesure que je propose, pour conserveries bois existants, est simple et facile dans son exécution ; mais le Comité aura à examiner si cette mesure ne touche pas à la garantie de la propriété, et si le propriétaire qui en souffrirait ne serait pas en droit de dire : « J’ai compté sur la culture de ce terrain pour y planter des grains nourriciers, ou y faire des cafèteries, qui périssent dans les bas de i’île. » Il pourrait arriver encore que les co-partageants d’une succession auraient eu en partage le haut des terres au-dessus de cette ligne qui les priverait. Je sais que le bien général autorise la souffrance de la propriété, moyennant indemnité préalable ; mais j’avoue que l’application, dans ce cas, de cet article de la Charte est d’une telle importance, que je recule devant les difficultés qu’elle présente.

La deuxième partie du programme de la Société consultative a un tout autre but d’utilité que la première, que je viens de traiter. Là, il fallait conserver, et, pour cela, faire de nouvelles ordonnances; ici, il faut rétablir et mettre à exécution des règlements déjà existants, mais non en vigueur. Aussi, vais-je, avec plus d’assu-

rance, montrer le mal déjà fait, ses causes, et en indiquer les remèdes.

Depuis 30 à 40 ans, j’ai vu les eaux de nos principales rivières diminuer sensiblement, des ruisseaux ne couler plus que quelques mois après la saison des pluies, et des sources tarir entièrement.

Cette calamité, indépendamment des grandes causes physiques observées sur presque tout le globe, est aussi l’ouvrage des hommes, et non pas, comme on le dit , causée par l’éloignement des pluies.Nos grandes rivières, par leur encaissement jusque dans le voisinage de la mer, ne peuvent éprouver l'effet d’une évaporation sensible; les pluies qui nous viennent de la mer ne se sont pas éloignées de nous, et les nuages plus élevés sont arrêtés par les montagnes de la moyenne région, et redescendent en pluie. J’ai entendu, du sommet des Salazes, l’orage au-dessous de moi, et j’ai vu l’endroit appelé les Sables inondé par la pluie, en même temps que j’étais éclairé par le soleil.

Les sécheresses, comme les grandes pluies, n’ont pas, en tout, les mêmes causes générales, dans une île trèshaute au milieu de l’océan, que dans les continents. Nous pouvons éprouver une période de 20, de 30 ans de pluies fréquentes, et autant de leur rareté, dépendante seulement des variations de l’atmosphère, ce qui déjà a été observé.

Dans les premiers temps de l’établissement de cette île, qui était alors boisée jusqu’au bord de la mer, il y a eu des sécheresses de plusieurs années, d’après le dire de vieillards, qui le tiennent de leurs pères. Je lis, dans les délibérations du Conseil supérieur de la Compagnie du 26 juin 1726, une ordonnance pour faire donner à chaque matelot du vaisseau l’ Alcyon une Livre de riz par four, à cause du blé manquant, par suite des sécheresses, depuis plusieurs années. M. Laboucherie, venu ici fort jeune, qui a habité la Rivière des Pluies, il son arrivée dans l’îie, m’a souvent dit qu’on ne cultivait pas la Mare, à cause des sécheresses habituelles.

J ai avancé que ce sont les hommes qui contribuent à la diminution des eaux de nos grandes rivières. Je dirai comment ; je dirai bientôt que ce sont encore eux, mais plus directement, qui dessèchent nos ruisseaux et nos sources.

Je ne parlerai que des rivières des Marsouins , des

Roches et du Mât; ce sont les seules que j’aie visitées souvent, à leurs sources. Ces rivières sont formées pur nombre de ruisseaux, que nous appelons bras , qui y portent leurs i-aux. Des | cvheurs d’anguilles, toujours en grand nombre , les détournent par des digues , pour les mettre à sec. Ils tournent et retournent les pierres, fouillent les bords pour suivre les anguill s qui s’y logent, et forment, par là, des issues à l’eau, qui s’y perd. Le iimon et les terres qui obstruent la filtration de l’eau, étant toujours remués, la laissent passer et se perdre. La même chose se fait dans les b is, où les rivières forment deux ou trois bras.

J’ai un exemple de ces différents effets sous mes yeux, dans le ruisseau dit le Bourbier, qui passe chez moi. Mon plus proche voisin, par les coupables manœuvres dont je viens de parler, a fait perdre toute l’eau de ce ruisseau, pendant l’espace de 15 gaulettes, qui est la hauteur de sa propriété. Heureusement qu’elle est venue, sous terre, reparaître en partie dans mon emplacement.

La source principale de ce même ruisseau le Bourbier se trouvait sur le terrain d’un M. Julien Robert. Le terrain environnant ne lui fut pas compté dans le partage avec ses frères. Conformément aux règlements, le père, pendant 50 ans, l’avait conservé religieusement couvert de beaux figuiers et de lianes. Son fils, mécontent de son voisin, et des noirs qui venaient prendre l’eau à la source, abattit tous les arbres, et les brû a sur la source même. Instruit de ce crime, j’engageai le maire actuel à s’y transporter ; nous y fûmes ensemble, et il constata cette criminelle action. Cet homme soutint qu il en avait le droit. Je me disposais à le poursuivre en justice, lorsque des pois amers, qu’il mangea étant soûl, en ont fait justice. J’ai acheté le meme terrain de ses héritiers, et l’ai revendu le même jour, avec la condition expresse que l’acquéreur rétablirait les arbres et la couverture de la source ; mais il ne faut qu’un moment pour détruire des arbres, et beaucoup d’années pour les faire venir.

Je viens au remède, et je le trouve dans les lois auxquelles il ne faut que l’execution :

Art. 3 , 4 et 5 , du livre VI du Code rural.

Xi est expressément défendu etc.

Il faut donc mettre à exécution l’esprit de ce règlement en obligeant les riveraine à replanter les rideaux qu’ils ont défrichés, le long des rivières et ravines qui leur servent de bornes, à recouvrir les ruisseaux, sources et réservoirs qui se trouvent sur leurs propriétés. Le plus difficile est sans doute l'exécution de ce règlement. Les maires n’ont personne pour les seconder, dans les visites à faire sur les lieux ; mais on peut suppléer aux gardes de police, qui manquent dans les cantons éloignés de Saint-Denis, par les gendarmes, qui, habituellement et par ordre, visitent nos habitations. Ce moyen, j’ose en donner l’assurance, sera suivi du succès.

Oiseaux, nuisibles; enterrements

Saint-Benoit, le 21 janvier 1821.

A Monsieur le Commandant et administrateur

pour Le Roi.

Le peu de moments que j’ai eu l’avantage de vous voir, dans le voyage que vous venez de faire en ce quartier, ne m’a pas permis de vous entretenir de deux règlements dont vous vous occupez, et qui n’ont point encore été publiés, celui sur la destruction des oiseaux, et celui sur le prix des enterrements.

Dans les règlements précédents sur la destruction des oiseaux, on recevait les nids d’oiseaux contenant des œufs, et cela comptait. Ce serait un abus, qui n atteindrait pas le but qu’on se propose ; car j’ai l’assurance , pour l'avoir vu, tque des oiseaux dont on a enlevé les nids, ou que des coups de vent ont détruits, en font de suite de nouveaux, lorsque leurs œufs n’ont pas encore éclos, et il est digne de remarque que, lorsqu’ils ont perdu leurs nids par 1 efLt des coups de vent, ils construisent les seconds très-bas. On pourrait cependant les payer le même prix que les têtes d’oiseaux, sans avoir égard au nombre des œufs qu’ils contiennent.

M. le curé de ce quartier m’a parlé, il y a quelque temps, du règlement pour le prix des enterrements, qu il était chargé de proposer, joint au maire et au înarguillier. J’y ai vu trois classes d’enterrements, et n’ai pas fait d’objection pour les différents prix, parce qu’on est

libre de faire enterrer ses parents en demandant telle classe de cérémonie et même gratis ; on met quelquefois de 1 ostentation à payer meme au-delà de ses moyens et des règlements. Mais il n’en est pas de même pour les cloches. Je n ai rien à dire sur ce qu’il propose de régler Je nombre des glas et du reste de la sonnerie suivant les différents prix del enterrement; mais je n’ai pu voir sans peine que, pour les pauvres qui ne paient rien, il ne sera pas sonné de cloches du tout. Malgré tout ce que j'ai pu dire au curé, je n’ai pu lui faire changer cette disposition. Je la crois d une telle conséquence , que j’ai cru devoir vous en écrire.

> Ne point sonner pour un blanc parce qu’il est pauvre, c’est l’assimiler à l’esclave, et encore j'ai entendu la cloche pour de bons esclaves, lorsque les maîtres le désiraient. Au même moment d’un enterrement d'un affranchi qui pourra payer pour être entené, et pour un respectable père de famille et une mère vertueuse , on ne lera pas sonner de cloehe ! Rien ne sera plus humiliant pour leur famille. Le créole le plus pauvre n'est jamais porté à la sépulture par des noirs ; ce service gratuit est recherché par les parents et les amis du mort, et n’est jamais oublié.

Le curé médisait que la troisième classé d'enteirement était peu coûteuse; mais ne faudrait-il qu’une piastre, où ta trouver pour des malheureux qui ont tout vendu, jusqu’à la dernière mère-poule, pour les besoins de la maladie, et qui vont demander par charité une bière à un voisin.

Monsieur le Commandant, je vois tous les jours des pauvres, et je puis vous assurer que, pour empêcher de sonner les cloches à l’enterrement de quelques-uns d’entre eux, il faudra des gendarmes aux clochtrs. On pourra le leur permettre, à condition qu’ils le fassent eux mêmes.

Noie écrite sur La marge d'un journal.

2 novembre 1600.

L’affaire de l’insurrection du canton du Sud, les calomnies répandues contie moi, les inquiétudes pour la Colonie, celles personnelles, etc., tout cela m’a fait abandonner, jusqu’à ce jour, sinon mes observations, du moins le souci de les écrire.

Passage extrait par Habert d'une de ses lettres à Cerc

6 juin 180 ?

Voilà donc, depuis 7 à 8 mois, trois de mes amis qui ont quitté ce monde. Est- ce un grand mal dans ces temps de révolution ? Notre île sort d’une crise qui m’a rendu la vie bien pénible. A h ! si tout le monde était des Le Comte, des Dumorier et des Désisle, nous serions bien tranquilles.

Correspondance avec divers

Hubert à Liste t Geoffroy.

4 mai 1802.

Je sais, mon cher Lislet, que vous suivez toujours avec exactitude les observations météorologiques. Veuillez me dire quel a été l’état du ciel le 16 et le 17 avril (vendredi et samedi saints). Il a été ici très extraordinaire, et, comme c’était deux jours après une éruption du volcan, qui a produit des cendres, je désirerais savoir si on peut en soupçonner la cause provenant des vapeurs poussées par cette éruption, ce qui serait probable, si les mêmes phénomènes n’avaient pas eu lieu à l’île de France. Si, au contraire, l’état du ciel a été le même chez vous, nous devons croire que cela a été l’annonce du temps horrible que nous avons ici depuis le 25 avril, et qui dure encore aujourd’hui, 4 mai. La mer a été extrêmement grosse ; les vents ont soufflé du S. S. E. au N. O., avec la force, par rafales, des coups de vent modérés. Les rivières ne peuvent être passées depuis douze jours.

Le ciel du vendredi saint, au soleil couchant, a été presque en totalité d’un jaune rouge. Le samedi, dès que la pointe du jour a paru, la rougeur du ciel, à l’horizon d’abord, éclairait comme si le soleil était levé. Tout le monde a quitté le lit pour voir une chose aussi extraordinaire. Le ciel s’est trouvé ensuite éclairé jusqu’à 45° à peu près ; le reste n’était pas blanc, mais ardoise ; il n’y paraissait pas de nuage. Le soir du même jour, le soleil couchant était le même que le matin ; mais on voyait, au-dessus de la forte teinte, une couleur lilas su-

perbe. La lune, qui était de l’autre côté, était pâle, et Jes nuages qui passaient devant elle se coloraient en indigo très-faible.

Après le lever du soleil, le samedi toujours, je vis que le ciel, au levant, était couvert d'un nuage ou vapeur légè-e, qui sans doute couvrait tout le ciel. Il fit beau èt calme cependant huit jours après ce ciel. La pluie et le mauvais temps n’ont commencé que le 25.

Du 7 mai. . .

Il y a eu, hier, un phénomène bien extraordinaire, dans ce pays-ci, et dont des vieillards de 80 ans n’ont point vu d’autres exemples; c’est de la grêle.

Le temps était assez beau, le matin ; ia chaleur a été forte- dès 8 heures du matin ; à midi, des nuages s’accumulaient sur les montagnes; à 3 heures après-midi, le tonnerre se fit entendre; les nuages orageux refluaient des montagnes vers la mer, mais à une très-grande hauteur . A 4 heures 1/2, de gros grains de pluie, larges comme une pièce de 3 sous, et loin les uns des autres, tombèrent, et, en même temps, de la grêle. Elle a été plus dure et plus grosse, à une demi- lieue de la mer à peu près. La plupart des grains étaient gros comme un haricot, mais longs. On m’a assuré en avoir vu de gros comme un œuf de poule. Plusieurs Européens, qui en ont vu, m’ont dit que cela ressemblait à du verglas. Je n'ai pas encore connaissance qu’il en soit tombé ailleurs que depuis la rivière des Marsouins jusqu’à celle du Mât. Nos habitants du pays, qui n’avaient jamais entendu parler de chose pareille, ont éprouvé une frayeur extrême. Beaucoup se sont jetés à genoux, croyant que c’était la fin du monde. On se rappelait le ciel extraordinaire du vendredi et du samedi saints. Vous pouvez, mon cher Lislet, consigner cette observation dans les registres de la S iciété, comme un fait certain et unique ici, du moins pour les cantons du Vent. Le temps qui a précédé la grêle a été le même que celui qui s’observe en Europe, dans les grêles d’orage. Je vais écrira à Saint-Paul, pour savoir des anciens si on y a vu de la grêle. Ayant brisé plusieurs baromètres dans mes excursions, je n’ai pu observer cet instrument.

J. Hubert. ^

Aubert du Petit- Thouars à Hubert

Port N. O., ce 30 mai 1802.

Il ne paraît pas, mon cher Habert, que la lumière du couchant que vous avez observée, le vendredi et le samedi saints, provinssent du volcan ; car ici je l’ai observée pareillement; je n’y fis attention, le premier jour, qu à cause du ciel magnifique qu’elle procurait. J étais a me promener sur le port ; je cherchai quelqu un à qui faire part de mon admiration ; mais je ne trouvai personne qui la partageât.

Chaque partie de l’horizon avait son, genre particulier. Je remarquai, entre autres, des nuages qui prenaient l i teinte du plus beau vert possible. Tous les objets terrestres avaient une manière d’être éclairés singulière, les figures des allants et des venants, entre autres.

J’y retournai le lendemain. Le spectacle fut aussi beau, quoique différent. Je présumai que cela tenait à ce que Ion appelle la lumière zodiacale; mais ce phénomène a été pareillement ici le pronostic de très-mauvais temps, pour la saison.

Nous n’avons pas eu de grêle. Il n’est pas donné à tout le monde d’être également heureux, bonheur cependant dont vous vous seriez fort bien passé. Voyant la grêle se former en Europe, dans des saisons où il fait quelquefois plus chaud que dans aucun temps ici, je ne sais ce qui vous préserve de ce fléau.

Aubert du Petit-Thouars.

Hubert à Bailly , naturaliste de l’ expédition Baudin

Le 25 octobre 1S03.

Il est bien vrai, Monsieur, que j’ai souvent visité le cratère de notre volcan, et suivi ses frequentes éruptions ; mais, privé de toutes les connaissances nécessaires à un observateur, j’ai joui de beaux spectacles, j ai regardé, mais je n’ai rien vu qui puisse être utile à la science, qu’en annonçant l’époque des éruptions, le nombre des coulées, etc. et cet aveu est la vérité même. Il en a été de même pour la botanique, qui convenait mieux à mon goût pour la culture des plantes. Je ne sais

pas- le latin, je ne puis lire Linné; vous voyez que je n’ai même pas appris le français. .

J. Hubert.

Hubert à Grisou.

An XI

Je ne sais comment il se fait que, dans les lettres qui arrivent dans les deux îles, on me gratifie du titre de Directeur du jardin des plantes. J’habite la Réunion, où il n’y a pas de jardin des plantes. Je vais écrire, à cdte occasion, au rédacteur du journal, pour désabuser le public. Je crains que mon silence ne me fasse soupçonner de consentir a cette usurpation d’un titre honorable. Qui ne dit mot cornent.

J. Hubert.

Faujas de Saint- Fond à Hubert.

A Paris,' au Jardin du Roi, le 10 septembre 17S8.

Monsieur de Melon, Monsieur, m’a communiqué la lettre que vous lui avez adressée relativement à la dernière éruption du volcan de l’îfe de Bourbon. Tous les détails de votre lettre m’ont infiniment intéressé, et, avec des yeux observateurs comme les vôtres, et Ja trèsbonne manière de décrire que vous possédez, vous pourriez rendre des services très-intéressants à 1 histoire naturelle. Je vous demanderai la permission de me servir de vos lettres dans un ouvrage que je publierai.

Faujas de Saint-Fond.

Hubert à Faujas de Saint- Fond.

22 février 1817

Monsieur ,

Après une interruption très- extraordinaire de dix-sept jours du service de la poste, par les débordements des rivières et un coup de vent, le courrier est enfin arrivé ce matin, et j’ai reçu, par lui, votre paquet et la lettre qui y était jointe.

Vous ne pouvez, Monsieur, vous représenter la satisfaction que je viens d’éprouver en ouvrant votre lettre , et en y voyant votre signature, qu’en vous pénétrant du désir que j’avais de savoir quelle était votre existence , ayant même des doutes sur votre séjour en France, ou du moins, quel pouvait être votre sort, après tant d’actions et de réactions qui ont eu lieu pendant la Révolution, et qui n’ont pas épargné des savants, qui ne prenaient aucune part active dans les différents partis. M. Bosc, dont j’ai appris l’existpnce et Je séjour à Paris, par une lettre qu'il écrivait à M. Marchant, a dû vous dire avec quel intérêt je désirais savoir de vos nouvelles.

Recevez, Monsieur, mes remercîments bien sincères de l’envoi que vous venez de me faire de plusieurs de vos ouvrages, et de la lettre obligeante et affectueuse qui les accompagnait. Je me trouve par là bien dédommagé de la trop longue interruption de votre correspon lance. C’est pendant que l’on coupe les feuillets de vos livres que j’écris celle-ci.

Bory, à la paix d’Amiens, s’annonçant devoir bientôt revenir ici, m'écrivait qu’il était chargé, de votre part , de me porter un exemplaire de votre Géologie. Ce voyage ayant manqué, c’est en vain que j’ai fait chercher, dans les bibliothèques de J’île de France, cat ouvrage. C’est vous dire avec quel intérêt je le lirai, lorsque vous aurez effectué le projet de me renv03rer.II en a été de même de tous vos écrits. Je me suis procuré, à différentes époques, votre grand ouvrage sur les volcans éteints du Vivarais, ce que vous avez écrit sur les aérostats, sur Ja pouzzolane, votre Minéralogie des volcans , sur Je trapp, votre Voyage en Angleterre^que M. Ch. m’adonné, et que j’ai fait relier.

Deux motifs, Monsieur, me font prendre intérêt à votre personne et à vos ouvrages : 1° sans une première lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, après avoir pris lecture d’une lettre que j’écrivais à feu M. Melon, à l’occasion d’une éruption du volcan, sans, dis-je, cette lettre encourageante, je n’eusse pas suivi et observé les éruptions de notre volcan ; j’en ai étudié les productions, afin de chercher à justifier ce que vous désiriez de moi ; 2° et, par suite , vous vous êtes livré au gûnre de recherches et d’études pour lequel j’ai du goût. Vous devez, d’après cela, compter que je continuerai à corres-

pondre avec vous, sur tout ce que j’observerai de notre volcan et qui pourra vous intéresser.

Vous pourrez être assuré que, par la première occasion, vous recevrez deux ballotins de 50 livres de café ; ce sera du café de l’année dernière ; je le ferai préparer comme pour vous, ce que nous ne faisons pas toujours , par les raisons que j’ai écrites à Bory, et qu’il a fait imprimer. Nous étab'irons, Monsieur, un échange, toutes les années, de trois balles de café, plus ou moins , comme vous le désirerez, pour des livres et un journal, qui me mettraient au courant des découvertes à ma portée, en physique, arts et histoire naturelle, comme les Annales du Muséum, dont j’ai vu anciennement quelques numéros chez M. Charles Desbassyns.

Ce que vous me dites, Monsieur, de votre santé , m’a intéressé vivement. J’aurai 70 ans en avril, et, quoique je n’aie aucune incommodité, que quelques atteintes de goutte, et que je me porte bien, ma mémoire se perd, et mes jambes se refusent aux voyages pénibles du cratère. Comme vous, je prends quatre tasses de café par jour , la première à la pointe du jour. Je ne bois ni vin , ni liqueur, pas même de la bière, ni limonade ; de l’eau et du café, pour suppléer au vin. Je mange dés carris pimentés. Je ne mange que pour vivre. Point de tabac d’aucune manière. Je suis doyen d’une grande famille, dont chaque individu me regarde comme un second père ; je suis enfin aussi heureux qu’on peut l’être. Pardon, Monsieur, de ces détails sur ce qui me concerne ; votre lettre affectueuse est mon excuse ; elle m’a mis dans une espèce d’ivresse.

Encore un mot, et je finis. On vient de me rapporter vos ouvrages. J’ai peu conservé de laves de ma collection, désespérant de pouvoir jamais vous en offrir. Cependant je vais m’occuper de vous en faire un envoi intéressant. Me voilà redevenu naturaliste , et toujours par votre influence. Je vous ferai la même demande qu’à Bory ; c’est de m’envoyer des échantillons, avec une étiquette qui désigne ces substances par les noms nouveaux que vous leur donnez.

Veuillez, etc.

J. Hubert.

Hubert à Faujas de Saint-Fond .

{Saint Benoit, ie 30 mai 1817.

Monsieur,

Il se présente enfin une occasion pour Bordeaux, par laquelle j’ai arrêté d’avance l’embarquement des deux balles de café, en quatre ballotins de 50 livres chacun , que mon ami M. Lory adressera à M. Corbin (?), négociant à Bordeaux, et dont il remettra le connaissement. Les ballotins ont double emballage en sacs de vaquois. Dans trois ou quatre mois, je vous ferai un envoi de deux ballotins de café de Sainte-Marie, près de Saint- Denis, où les pluies sont rares , et qui n'est pas encore récolté, en ce moment. Sur ce que vous me direz de ces différentes qualités, je ne vous ferai, à l’avenir, des envois que de celle que vous aurez jugée la meilleure.

J’ai embarqué, sur la frégate l’ Amphitrite , capitaine Philibert, partie le 8 de ce mois, une caisse d.e minéraux à votre adresse. Mon ami M. Patu, qui passe, avec sa respectable et nombreuse famille, sur cette même frégate, s’est chargé de ma lettre pour vous. Par ma dernière, je vous ai demandé le meilleur mémoire sur les aéroüthes. Veuillez y joindre un mémoire contenant les observations, celles d’Herschell surtout, sur les taches du soleil. Je désire savoir si la chaleur du soleil, observée au thermomètre, a été sensiblement moindre que dans les mêmes saisons. Ici, je n’ai rien observé de remarquable. Nous avons eu des pluies longues, de grands débordements de nos rivières, un fort orage ; mais tout cela se voit de temps en temps. Les girofliers ont annoncé une récolte considérable dans une partie de l’île , et rien dans d’autres. Nos plantations de grains ont été assez belles, et ont bien mûri. Le thermomètre ne s’est élevé, il est vrai, dans les jours les plus chauds, qu'à 25°. Il a été à 26°, il y a deux ans ; mais je l’ai vu plus souvent à 25 qu’à 26. Au reste, j’ignore l’étendue de ces taches, ainsi que leur nombre et leur mouvement.

J. Hubert,

B ose à Joseph Hubert .

Paris, 7 janvier ]817.

Monsieur,

Conformément à vos désirs, je vous ai proposé pour -correspondant à la Société royale d’Agricu'ture de nette ville, à la Société philomathique et à l’Institut. Vous avez été admis dans les deux premières, et vous devez espérer de l’être un jour à l’Institut, où le nombre est très-restreint (six pour l’agriculture), et où on a par conséquent un plus grand nombre de concurrents.

Bosc.

Hubert à L'abbé Minot, curé de Saint- A ndrè.

Saint- Benoit, le 15 janvier 1819.

Monsieur ,

Ce n’est que ce matin 15 que j’ai reçu la lettre que vous m’avez lait l’honneur de m’écrire Je 4. Notre curé a fait le voyage de Sainte-Rose depuis qu’il l’a reçue. Une autre cause de retard, c’est que vous me donnez le nom de Montfleury, qui est celui de mon frère, à qui je l’ai envoyée sans l’ouvrir.

11 ne dépendra que de ma santé et du temps que je me rende à votre invitation et à celle de M. et Madame Goudal, de me trouver à la grande cérémonie de la pose de la première pierre de l’église de Saint- André. Je suis extrêmement flatté de cette attention de votre part. Je vous prie, Monsieur le curé, d’offrir de ma part à votre Conseil de commune cent vingt piastres pour contribuer en quelque chose à l’édification de votre église, que je vois reconstruire avec beaucoup de satisfaction.

Je reçois avec reconnaissance les vœux que vous faites pour moi à l’occasion de cette nouvelle année ; de mon côté je renvoie les miens à tous vos paroissiens, pour que Dieu vous conserve la santé qui seconde votre zèle évangélique, dont les effets se font déjà sentir de Saint- André a Saint-Joseph.

Hubert à Milius,

Pour répondre avec plus de fondement à la demande que vous m’avez faite sur la quantité de girofle que le canton a faite, c'est à dire depuis la rivière du Mât jusqu’à celle de l’Est, j’ai consulté M. Commans qui est le négociant qui fait ici le plus d’affaires et qui spécule sur le girofle. Moi, de mon côté, j’ai fait aussi des recherches, et je me suis trouvé à très-peu près d’accord avec M. Commans, dou il résulte que nous croyons que le canton a fait de 550 à 600 milliers de girofle, dont il reste d’invendu, à l’époque actuelle, de 300 à 320 milliers, et qui ne le sera en grande partie que vers le mois de mai.

J. Hubert.

Hubert à Milius.

(Sans date)

A M. Milius commandant et administrateur pour le Roi, en cette île.

Monsieur,

Je partage la satisfaction que vous avez manifestée, dans un des derniers numéros de notre gazette, de ce que mes compatriotes ont répondu enfin à votre invitation d’envoyer leurs enfants au collège colonial ; et je suis persuadé que les premiers succès de cet établissement détermineront ceux des pères qui hésitent encore, à profiter de ce bienfait du Gouvernement. Il y a eu aussi, en ce quartier, non- seulement de l’hésitation, mais de 1 éloignement, de la part des pauvres, à envoyer leurs enfants à l’école primaire. Leurs motifs étaient qu’ils trouvaient si étonnant qu’on leur rendît un pareil service gratis, qu ils soupçonnaient que les enfants reçus dans cette école étaient destinés à faire des soldats. Désabusés, non sans peine, parM. le Curé et plusieurs de nous, ils augmenteront en nombre, après la récolte de girofle et les plantations de grains. M. Bernard, d’après nos conseils, conduit ses écfliers, dans les commencements, avec beaucoup de ménagements, pour ne pas les rebuter. Le succès de cette méthode d’instruction m’a bien

étonné, dans un jeune créole de vingt ans, que j'emploie à suivre le travail de mes noirs, et qui, après seulement huit mois, se trouve en état de me rendre des comptes par écrit, et M. Bernard m’a dit que ce n’était pas le plus avancé.

Depuis qu’il a été question, Monsieur le Commandant, de rétablissement d’un collège colonial à Saint- Denis, et de l’arrivée de maîtres et professeurs, j’ai fait connaître à messieurs vos prédécesseurs l’intention où j’étais de contribuer à son utilité, par le don de mes instruments de physique, et de ma collection d'échantillons de minéraux. Les circonstances, sans doute, n’ont pas permis d’accepter cette offre. J’ai pensé, Monsieur, que le moment était favorable de la renouveler. La collection minéralogique est complète, moins les découvertes faites depuis vingt ans; il s’y trouve plus de cinq cents échantillons. Elle a été faite par feu M. Desmarest, de l’Académie des Sciences (1). *

J. Hubert.

Milius à Hubert.

De la Rivière-des-Pluies, le 26 décembre 1818.

Monsieur,

C’est avec un vif plaisir que j’accepte, pour la destiner au collège, la belle collection des instruments de physique que vous avez la bonté de m’offrir. Il est difficile, Monsieur, de trouver réunis, à un si haut degré que chez vous, autant de science et autant d’amour de la répandre. Votre tendre sollicitude pour tout ce qui peut être utile aux colons de Bourbon, vous mérite, depuis longtemps, une reconnaissance générale; elle vous est due à tous les titres, et je me fais un véritable plaisir d’être auprès de vous, en cette occasion, l'organe de l’opinion publique.

J’adopte avec orgueil la proposition que vous faites de

(4) Hubert confond le père et le fils. Le père , mort en 1815 , géologue distingué , s’est occupé de l’origine des basaltes, mais n’appartenait pas à l’Académie des Sciences ; le fils, mort en 1838, était membre de l’Académie de médecine.

•placer au Gouvernement le buste de M. Poivre; cette idée était digne de vous ; je vous remercie de me l’avoir fait connaître, et je vous prie d’être bien persuadé que je mettrai toujours au rang de mes devoirs les plus doux à remplir, celui de provoquer la reconnaissance des colons envers le célèbre et immortel Poivre.

Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de tous mes sentiments.

Le Commandant et Administrateur pour le Roi ,

Bon Milius.

Milius à Hubert.

Sainte-Suzanne, le 5 janvier 1821.

Mon cher Monsieur,

Les bruits qui circulent à Saint-Benoit, sur mon rappel, sont vrais. Je vais plier bagage et abandonner à un autre le soin de faire le bonheur d’une colonie à la prospérité de laquelle j’ai sacrifié toutes mes affections ; si j avais été payé de retour, la mort seule aurait pu arracher ; mais les méchants m’ont abreuvé de dégoûts. Ils ont empoisonné les plus belles années de ma vie. J espère néanmoins que mon séjour en France pourra encore être utile à ce pays.

C est à vous seul, à votre réputation que vous êtes redevable de la nouvelle marque de faveur dont le Roi vous a honoré. J espère que ce ne sera pas la dernière.

J acheminerai à M. Bosc votre lettre et votre mémoire sur les abeilles. L’erreur de nos professeurs n’est pas pardonnable. Vous les éclairerez de vos lumières. 11 en seront reconnaissants.

Le Sylphe et le L y s ne tarderont pas à se rendre à leurs destinations respectives. Ils vous rapporteront de nouvelles richesses de l’Indoustan et de la mer Rouge. Bréon part pour Ceyian, où il trouvera M. Leschenault, qui a lait de nouvelles conquêtes en histoire na-

turelle, dans les diverses contrées quil a visitées. Il reviendra à Bourbon avec ses nombreuses collections.

Disposez de moi librement.

J’ai l'honneur etc.

B°" Milius.

Mes amitiés à M. de Montfleury.

Milius à Messieurs Hubert frères.

Saint-Denis, le 22 mars 1821.

Messieurs ,

Je reçois avec orgueil le témoignage de reconnaissance que vous m’adressez, à la veille de vous quitter. Deux ans et demi de séjour dans cette intéressante colonie m’ont appris à connaître ses bons habitants. Si, dans le nombre, il s’en est trouvé quelques-uns en opposition avec ma volonté de faire le bien, cela ne m’a pas empêché de rendre justice à l’immense majorité, à la tête de laquelle viennent se placer les noms de MM . Hubert frères. J’ai fait ma profession de foi, à la Cour royale, lorsque j’y ai porté la parole pour la dernière fois. Puisse ma voix avoir été entendue d’une extrémité de l’île à l'autre !

Oui, Messieurs, vous rendez justice à mes sentiments, en pensant que, de loin comme de près, je ne cesserai de porter un véritable intérêt au pays qui vous a vus naître. Cette pensée a été constamment dans mon cœur, et il ne dépendra pas de moi, je vous l’assure, qu’elle ne produise, pour la colonie que j’ai administrée, les fruits quelle a droit d'attendre pour son bonheur futur.

Je puis vous donner l’assurance que mon digne successeur est animé, comme moi, des intentions les plus pures, et qu’il a le plus grand désir de vous faire jouir de tous les encouragements que réclament vos cultures et votre commerce. Plus heureux que moi, il saura concilier ses devoirs avec l’amitié de ses administrés ; il achèvera aussi tous les travaux d’utilité publique que j’ai entrepris pour la prospérité de la Colonie.

Recevez, Messieurs, avec l’assurance de mon sincère •attachement, tous les vœux que je forme pour votre bonheur.

Bon Milius.

Thomas à Hubert

Saint-Denis, le 21 juillet 1819;

Venez donc, Monsieur, venez donc. Depuis que vous êtes annoncé, c’est à qui se prépare à vous arracher ; jq crains vraiment que votre voyage ici ne lasse naître une foule de querelles. Pour ne pas en avoir, je m’y prends de bonne heure, et vous prie de m'accorder un jour où je puisse, par une franche et cordiale réception, et en mangeant avec vous le pain et le sel, à la manière des Arabes, vous prouver tout mon dévouement, ainsi que le profond respect avec lequel j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Thomas;

Thomas à Hubert .

Saint- Denis, le 15 août 1819.

Arrivez donc, Monsieur, arrivez donc. Vous verrez , à Saint- André, le ^commencement de nos travaux du pont de la rivière du Mât et de l’église. En vous rapprochant, et depuis la rivière des Pluies jusqu’ici, vous verrez une route nouvelle, solidement faite, facile à parcourir, des radiers sur tous les torrents, des plantations commencées. Ici vous nous donnerez vos avis sur les travaux de ce port (1) si utile au commerce, si désiré, et qui s exécutera enfin, si nous sommes assez heureux pour n’avoir pas de coup de vent cette année. Vous verrez nos jardins parés, cultivés avec intelligence, avec soin , nos rues sablées et pavées, nos maisons qui prennent un air de fête. Saint-Denis ressemblera bientôt à ces jolies petites villes hollandaises qui font l’admiration des étrangers.

Vous voyez que je vante assez ma marchandise ; mais c’est que j’ai tant d’envie de voir le patriarche de la Colonie, que, ne pouvant aller le visiter chez lui, je

(l) Le Barachois de Saint-Denis.

fais tous mes efforts pour le déterminer à venir nous visiter lui-même. Le temps est beau, la saison convenable ; ne laissez échapper ni l’un ni l’autre.

Veuillez agréer, en attendant que je vous le présente de vive voix, l’hommage des sentiments de respect et de la plus haute considération qu’a conçus pour vous,

Monsieur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Thomas.

Thomas à Hubert .

Saint-Denis, le 8 avril 1822.

Mon cher maître,

Ils ont bien fait; les gens de Saint-Joseph, de vous demander pour poser la pierre angulaire de leurs puits , et vous avez bien fait de résister. Ce n’est pas le moment; vous eussiez eu une vive jouissance, mais vous l’eussiez peut-être payée cher.

Notre vie est toute de privations ; je viens d’en éprouver une très-grande. J’ai su qu’un homme que je respecte , que j’aime beaucoup , beaucoup, était malade. Mon cœur me disait d’aller vers lui, le consoler, le soulager, partager les soins qu’on lui donnait. Eh bien ! il in a fallu résister. Un devoir impérieux me retenait, je suis resté, et je ne le lui dis qu’à présent.

J’attends votre cannelle. Tâchez que je puisse profiter de l’ Apollon , sur lequel part Valentin Manès, dont le fils se marie avec la jolie Zélie Gamin. Ne viendrezvous pas à la noce? Vous n’auriez pas les inconvénients dé Saint-Joseph.

Adieu, mon cher maître. Je commence ma journée par vous écrire ; c’est bon augure, elle se passera bien. Continuez à vous mieux porter ; aimez-moi toujours et croyez à mon sincère et respectueux attachement.

Thomas.

Hubert à Gales, médecin.

4 octobre 1821.

Toddalie, écorce fébrifuge.

Ce remède contre la fièvre nous a été enseigné par les noirs de Madagascar. J’en ai éprouvé des effets surprenants. Voyez une lettre que j’ai écrite à M. Bosc au sujet de la guérison d’un malade presque désespéré. J envoie cette écorce à M. Galès avec instante prière de l’essayer sur des fièvres de différents caractères. Ce serait une grande découverte, si ce remède pouvait suppléer au quinquina, qui devient rare. Le bois des racines a autant de vertu que l’écorce. Faites des doses par gradation plus fortes que celles du quinquina. L’usage de ce remède ne peut être suivi d’aucun danger.

J. Hubert.

Hubert à Valentin Mânes.

8 avril 1822.

Ainsi que nous en sommes convenus, mon cher Valentin, je vous envoie ci-inclus votre billet de quatre mille piastres et les deux de cinq cents. Vous m’enverrez deux mille piastres sur celui de quatre mille. Les deux mille resteront chez l’ami Gamin, qui m’en fera un bon, soit comme dépôt, ou billet, comme il voudra. Si je me trouve en avoir besoin, je le préviendrai deux mois d’avance. Remerciez-le de me rendre ce service, en attendant que je le fasse moi-même. Quant aux deux billets de cinq cents piastres, après avoir réglé notre compte courant et tout payé, vous laisserez le reste à d’Ambelle, à qui je vais écrire, dans la persuasion qu’il voudra bien s’en charger.

Je vous renouvelle la prière de ne m’envoyer que de l’or pour les 2,030 piastres, si cela se peut. Onésime, mon domestique, avec un noir sûr, s’en chargera. Mais veuillez, mon ami, mettre cette somme-ci dans un sac bien cacheté, lequel sera dans un second bien cacheté aussi, que j’envoie, parce que les rivières peuvent arrê- • ter ces noirs, et Goudal se chargera sans difficulté de ce paquet, s’il est bien cacheté. Onésime restera un jour à

Saint-Denis. Vous aurez peut-être le temps de trouver tout l’or pour les 2,000 piastres. Si cela ne se peut et que ce soit en argent, je renverrai de suite chercher le reste, sachant votre départ fixé pour le 20.

J. Hubert.

Hôte extraite d’an Journal

Le 16 décembre 1823, j’ai passé la journée à mon jardin du Bras-Mussard, avec ma femme et Eaubel (1). Adolphe et Prévasi ont dîné avec nous. Ma santé était bonne. J’ai pu visiter tous mes vieux enfants, et tous les coins et recoins de ce jardin, que j’ai planté de mes mains, de plants que j'ai été chercher en trois voyages à 1 île de France, et où a été planté le premier giroflier, dont j’ai embrassé le tronc avant de partir.

Détail extrait du testament de J. Hubert .

Le respectable Raymond, mon esclave, restera où il voudra ; on lui laissera la vieille Catherine pour en prendre soin jusqu’à sa mort ; mon fils le nourrira et l’habillera.

Galant et Euphrasie choisiront leur maître dans ma famille, Eaubel compris, à charge seulement de les nourrir, loger et habiller.

Fait à Saint-Benoit, le 1er mars 1825.

J. Hubert-.

escCCCOCOOûrii.

(1) Joseph Eaubel Hubert, fils unique de notre J. Hubert ; Adolphe Duchemanc, son régisseur; Prévasi Bonnin.

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