Vul. 3J8. De la main du Duc
courrier de Paris tant pour avoir réponse de ce que M. de Maulevrier y a écrit par le dernier qu'il y a despéché que pour savoir des nouvelles certaines du départ de H'^* de Montpensier et de sa marche ou au moins du jour qu'elle a dû partir, sur lesquelles on puisse compter. Dans le premier quart d'heures que jeus Ihonneur de voir le Roy d'Espagne il m'en parla et, comme jignorois cette attente, M. de Maulevrier repondit. S. M. C. fit un sourire amer et marqua par quelques légères expressions une impatience qui commençoit à se lasser, ce qui me surprit au dernier point parceque je vous avoueray franchement que je ne me l'estois point figuré succeptible de ces mouvements. Comme cela se passa au milieu d'une nombreuse cour qui l'environnoit à la Française, j'aimay mieux hazarder quelque chose que de le laisser la dessus, et je pris la liberté de lui parler de chasse dans l'instant et du gros habit qu'il portoit pour y aller, ce qui réussit comme je le desirois. La Reyne que nous vismes une demie heure après en parla aussy a M. de Maulevrier avec le même empressement, et encore le lendemain a l'audience particulière, tellement que j'ay maintenant plus d'impatience de ce courrier qu'eux mesme pour faire cesser la leur. Je ne suis pas assez dans la confidence de M. de Maulevrier pour devoir compter d'apprendre ce que son courrier vous a porté mais l'ardeur extrême du départ de la princesse peut suffire pour produire une si vive impatience. J'en ay un peu aussy de recevoû* la lettre du Roy pour l'Infante et dans l'embarras ou je suis la dessus jay consulté M. de Sartine dans la pensée ou j'estoîs de dire a M. de Grimaldo que je l'avois perdue et
de le prier de m'aider a sortir de ce mauvais pas. Mais M. de Sartine que je vois en intimité avec M. de Grimaldo et en qui depuis trois ou quatre jours que je suis icy je remarque beaucoup d'esprit, de connoissance et d'attachement pour S. A. R. et pour V. E., me représenta qu'il faudroit donc aussy en avoir perdu la copie puisque je dois, selon l'usage, donner a H. de Grimaldo touttes celles des lettres de la main du Roy et de S. À. R. et que le peu de vraissemblance de cette aventure donneroit icy de fascheux soupçons ou on est très sujet a en prendre des moindres choses.
Cela m'a donc fait prendre le parti de voir M. de Grimaldo et de lui accuser vos commis.
Je lui dis que je ne m'estois apperçu que cette lettre me manquoit que le matin de mon départ, que j'avois eu Ihonneur de vous le mander en montant en caresse, et que celui que je vous avois envoyé m'avoit mandé en chemin que je recevrois incessamment ce que je vous demandois.
M. de Grimaldo m'a paru sensible a cette confidence, en peine pourtant si je recevrois bientost cette lettre.
Je l'ai assuré que le premier ordinaire ou courrier qui arriveroit l'apporteroit seurement, et il m'a promis de faire en sorte qu'on ne s'en apperoevra pas icy.
On y est aussy extrêmement en peine de n'avoir point de nouvelles de Paris de la dispense, ny de Rome quelle ait esté demandée. Je ne scay pas si cette inquiétude est venue dans l'esprit de L. M. G. mais elle agite beaucoup celuy de M. de Grimaldo a ce que j'ay appris de M. de Sartine.
Je fus hier avec luy, a faute de M. de Maulevrier, chez M. de Grimaido qui entend très bien le François mais qui n'en veut pas dire un mot, sur l'affaire des témoins.
Quand elle fut finie je crus ne devoir pas différer a macquitter des ordres de S. A. R. et des vostres sur H. LoUés.
Je connus a la manière dont cet office fut receu qu'ils sont icy très contents de luy, très aises que vous le soyez a Paris, et qu'ils embrasseront avec joye cette occasion pour marquer leur considération à la recommandation de S. A. R. et a la vostre personnelle en luy faisant du bien, à quoy deux mesmes ils sont portés.
Nous convinsmes que j'aurois l'honneur de faire le mesme office auprès du Roy d'Espagne, et je m'en acquitteray après demain, parce que je croy convenable de prendre une audience particulière après mon audience publique et la signature du contract qui seront demain, et avant son départ qui sera jeudi, parce quon ne le voit que par audiences.
Je n'ay point entendu parler du Duc d'Ormond a qui aussy je n'ay pas donné signe de vie. Je le vis hier pour la première fois au Palais mais je n'approchay point de luy adroittement ny luy de moy.
J'oubliois de dire a V. E. que dans la visitte que je fis a M. de Grimaido avec M. de Sartine je dis à ce Ministre de la part de S. A. R. et de la vostre tout ce qui le put flatter davantage et il me sembla y avoir bien reussy.
Il ne se peut rien ajouster aux témoignages d'attachements et de reconnoissances de joye des deux ma-
riages et de 1* union et il me dit qu'on pouvoit compter seurement que toutte impression estoit eOacee de l'esprit de S. M. C. sur S. À. R. et tous les nuages dissipés puisqu'elle s'estoit portée au mariage de M^'* de Hontpensier. Je vous avoûeray en confidence que quelque plaisir que cela me fasse je nose trop l'écrire a S. A. R. dans la crainte ou je suis que croyant tout fait il ne se livrast a croire aussy qu'il ne reste plus rien a faire pour confirmer et profiter de ces inesperables dispositions qui sont un chef d' œuvre de vostre main.
Quoy que mon affaire icy ne soit que fonctions de cérémonie je suis si neuf au mestier que j*ay une frayeur infime de mal faire.
Je vous supplie d'excuser avec bonté les fautes que je pourray faire parce quelles seront au moins sans présomptions, et de me mander avec franchise ce que vous trouverrés a reprendre et a corriger dans ma conduitte si le peu de temps que vous m'avez fait la grâce de me promettre que vous me laisserez en ce paîs cy vous en donne le loisir. Je puis assurer Y. E. que je n'en auray pas moins de reconnaissance que des autres choses plus grandes et si principales pour moy qui seront a jamais gravées dans mon cœur avec un devouement tel que je ne vous le puis exprimer.
Le Duc de St^Simon.