Volume 313. Do la main du Duc
sensible de ma joye et la grâce la plus homogëne à mon cœur qu'il soit capable de recevoir, J'oseray néanmoins vous en demander encore une. C'est que Y, E. ait agréable de m'obtenir en réponse de cette lettre une lettre de remerciement de S. A. R. au Roy d'Espagne, et de m'en envoyer en môme temps deux de vous pour M. le M. de Grimaldo et pour le P. D'Aubaaton qui ont fait merveille, car encore que j'aye eu Thonneur de vous rendre compte des raisons qui m'ont entraîné malgré moy a ne point rendre celle de S, A. R. au Roy d'Espagne et de V. E. a M. de Grimaldo qui demandoient ces grâces, il est vray que ce n'a esté que figure de retorique, que S. M. G. et son ministre ont sceu ce quelles contenaient, que ce sont ces lettres qui ont achevé de déterminer ce que l'opinion des bontés de S. A. R, et de l'honneur de vôtre amitié pour moy avoit fait résoudre, et que ce qui y donna le d"" coup pour l'exécution fut une lettre de S. A. R. en réponse de ce que le Roy d'Espagne m'avait chargé de luy demander pour l'instruction de l'Infante dans la Religion et qui estoit pleine de bunlés et de désirs pour ces grâces.
Je ne leus au Roy d'Espagne que l'article concernant rinfante; après quoy je le fus montrer au P, D'Aubanton, qui y trouvant le reste, la voulu faire lire au Roy d'Espagne, à quoy je consentis parce quelle ne contenoit que cela et l'article de l'Infante. Il le fit le lendemain avec l'effet qui suivit le jour mesme de si près. Je ne pourrois donc estre a mon aise, n'y jouir honorablement de ces grâces sans ces remerciements de qui je les tiens primordialement et en entier et sans qui je
2!i!i LETTRES ET DÉPÊCHES
n'eusse jamais pu songer a y atteindre, et je conjure étroittement V. E. de me combler sans delay d*une grâce qui m'est si prétieuse.
V, E, trouvera cy-joint, outre la lettre ord*^ au Roy, une autre particulière et de pur remerclment à S. M. Vous scavez mieux que moy qu'il lui faut tout rapporter et les malins usages qui seraient faits conti'e moy d'une telle omission si je la commettois. Je vous suplie donc que cette lettre particulière soit leûe au conseil tout de suitte avec l'autre, tant a cause de tous ceux qui y entrent et du public qu'a cause du Roy mesme, et je me flatte que vous ne trouverez point cette précaution iuutile et que S. A. R. en voudra bien porter le mesme jugement.
Le P. D Aubauton doit m'envoyer une lettre pour S, A. R. C'est ce qui fait que je le nomme dans celle-cy.
Il ne me reste qu'a rendre compte a V. E. du delay de l'expédition de ce courrier. Je n'eus pas un instant a moy le jour du mariage et je ne revins icy qu'après une heure après minuit. Il fallut retourner hief mat n à Lerma ou M. le Duc de Larcos m'avoit prié de disner avec les principaux de ceux qui sont avec moy. Il y eut musique et grand nombre de personnes de cette amv en sorte qu'il estoit six heures quand je revins. II faut aprCis dépendre d'un secrétaire pour mettre en chiiïros les réponses aux ai*ticles qui sont en chiffres dans les dépêches de Y. E. Gomme ce courrier est plustost de bienséance que pour vous rien apprendre sur quoy il faille des ordres, j'espère que vous en recevrez mieux celte excuse et cette nécessité.
Le disner cv dessus me fait souvenir d'avoir Thon-
neur de vous dire qu'il faut un parrain pour la Grandesse et pour la toison dans la cérémonie que le Roy d'Espagne fait toujours pour conférer Tune et l'autre et les raisons de mon choix. J'ay prié le Duc de Larco pour mon second fils parceque ce Duc a été- fait grand par le Roy d'Espagne et qu'il a touttes les grâces et touttes les marques de favori, qu'il m'a paru a Paris agréable a S. \. R. et que ses manières, depuis que je l'ay veu et oui parler de luy icy, luy font mériter de l'estre ; pour la toison j'ay prié le Duc de Liria dont j'ay reçeu plus d'honnestetés que je ne puis l'exprimer et qui se professe tout François, mais encore plus comme fils de M.deBerwickduquel S, A. R. m'a expressément ordonné de parler au Roy d'Espagne, c^. que j'exécuteray en arrivant a Madrid. Je désire infiniment que S. A. R. et V. E. approuvent ces choix et leurs motifs.
M. de la Farre, qui eut la toison aussy a l'instant du mariage et qui desireroit mieux, en quoy je serois ravi qu'il eust satisfaction et d'y pouvoir contribuer, m'a prié de lui laisser le courrier du cabinet qui arriva hier matin. Je l'ay fait d'autant plus volontiers que ce courrier a esté retardé en chemin par la fièvre et qu'il a apporté de vos dépêches pour M. le M. de Maulevrier qui partit hier matin sans avoir paru du tout a Lerma pour la cérémonie de la Velation, et qui aura peut être a vous repondre par ce courrier mesme. Celuy que je depesche à V. E. est un homme de condition de la Franche Comté, des P" Cap®^ en pied du Reg* de mon fils aine, et j'ay cru aussy plus convenable de charger un homme de distinction d'une nouvelle si intéressante pour S. A. R. et de l'heureux accomplissement de
2li6 LETTRES ET DÉPÊCHES.
vostre grand et sçavant ouvrage qu'un courrier ordinaire. Si celuy cy, par la protection de Y. £., peut se ressentir en son avancement et en son traittement de l'agrément de ce qu'il porte^ je puis asseurer qu'il en est entièrement digne et que je vous en auray une obligation très particulière.
Pardonnez la transposition. Le Duc de Liria est en peine de ne pas avoir receu de réponse d'une lettre qu'il a écrite a V. E. et que je luy ay envoyée de Madrid dans mon paquet ; je scay de reste qu'elle a autre chose a faire de plus pressé, mais si d'aventure il y ayoit quelque raison sur la manière dont il vous a écrit, je dois vous rendre compte que je ne me serois chargé de la lettre s'il ne m'avoit asseuré quelle estoit telle que tous les Cardinaux les reçoivent sans difficulté des Grands d'Espagne.
Je finis par ou j'ay commencé, c'est a dire par l'effusion de cœur la plus tendre, la plus fidèle et la plus respectueuse pour V. E. et par les protestations les plus ardentes d'une reconnoissance et d'un attachement qui ne finiront jamais.
Le Duc de Si-Simon.
AU DUC d'oRLÉANS *.
VillalmaDzo, 22 janvier 1722.
M^. — Vous ne serez pas plus remercié de raccotnplissement de vos bontés infinies, sur moy et sur ma maison, que de leur volonté parceque vouloir et faire sont la même chose pour V. A. R. et, comme j'ay déjà eu l'honneur de luy mander, je ne vous en seray pas plus dévoué, parce que mon attachement pour elle ne peut plus augmenter. Plaisez-vous donc de grâce, M«', dans des bienfaits si grands et si gratuits, c'est la plus touchante que je puisse recevoir pour comble de tant d'autres; daignez aimer de plus en plus votre ouvrage et souffrir, malgré toutte la disproportion, qu'il ose vous aimer de tout son cœur, puisque rien ne peut affoiblir le profond respect avec lequel je suis, M8% de V. A. R. le très humble etc.