Volume 299. Minute conservée par Saint-Simon
l'executter diiigem' de point en point et de mander a M. le C\ qu'outre ce que je luy écris, je vous fais une autre dépêche en réponse à ce que vous m'avez mandé de concert avec luy, dont je ne mesle rien dans la sienne, parceque je ne doutte pas que vous ne luy en rendiez compte.
S'il s'étoit agi de touite autre matière que de celle en question, j'aurois attendu le retour de cette cour^ partie le matin de l'arrivée de Baniëre, et qui ne devoit être en tout que A jours absente; ma raison est que L. M. C. n'ayant mené que le plus court nécessaire, et ne m'ayant point fait proposer de les suivre quelque bonté qu'ils ne cessent de me témoigner et quelque curiosité qu'ils me connussent de tout voir, je jugeay bien que ma présence leur pourroit estre importune et leur façon (le penser embarrassante dans un lieu de lil>erté et de dernier particulier, et je croy m'ètre apperceû dans mon voyage de la justesse de ces idées, a travers tout ce que j'ay reçu de gratieux de leur part. Ce qui la donc emporté en moy sur ces considérations est la nature de l'affaire par le fonds, et que, comblé comme je le suis des bontés de S. Â. R., des offres et de Tamitié de M. le Gard* Dubois, je n'ay pas voulu laisser soupçonner a l'un n'y a l'autre qu'aucune nature d'affaire, me venant de leur part, peut être ralentie entre mes mains, de quelque manière qu'elle m'affecte, n'y affoiblir en rien mes sentiments a l'égard du Prince et du ministre, en quelqu'occasion que ce puisse estre ; il m'a paru aussy de l'empressement a recevoir mes réponses par ce même courrier et c'est a tout cela que j'ay voulu satisfaire sans y perdre un seul moment.
Jevenois de sortir poui commancer mes adieux dans la ville lorsque Banière arriva, heureusem* on me trouva assez près de chez moy, ou je revins dans le moment et, dès que j'eus vu mes lettres, j'allay chez M. le M. de Grimaldo, avec le quel je commencay par la matière ostensible de Tarrivée de l'Infante et des dépêches de cour dont j'étois chargé ; il approuva que je présentasse le soir même au P«* et a la P"* des Asturies celles qui étoient pour eux et que je portasse le lendemain a Balzain au Roy et a la Reyne d'Espagne celles qui étoient pour eux. Ensuitte je luy dis, que j'étois encore chargé de rendre compte au Roy d'Espagne de ce qui s'estoit passé au conseil de Régence, touchant l'entrée et la place qui y avoit été donnée a M. le Gard* de Rohan ; il me repondit avec beaucoup de sui*prise en me demandant pourquoy, et qu'est ce que cet intérieur de notre cour avoit de commun avec le Roy d'Esp., qu'il falloit que nous nous gouvernassions a notre mode et que nous trouvassions bon aussy que, pour l'intérieur de leur état, ils se gouvernassent à la leur, que ce qui était arrivé a Paris était Causa juris critiqua et il me répéta ces termes a 5 ou 6 reprises pendant notre conversation ; il ajouta que, causant la veille avec son frère au coin de son feu, il s'étoient tous deux conjouys de ce que je m'étois trouvé icy dans le temps de cette affaire, et qu'il auroit été bien a désirer qu'on n'eut rien fait de nouveau au conseil. Cette réponse, meslée d'autres choses moins importantes, me fut faitte avec tant de rapidité que je tentay vainem^ deux ou trois fois de l'interrompre et, quand j'eus trouvé enfin lieu de parler, je luy dis qu'en peu de mots je luy ferois sentir com-
bien ce fait était peu considérable pour ses suittes, et sitôt que je voulus entamer quelque chose il m'interrompit, et me demanda de nouveau avec son p^ éton* nement qu'est-ce que cette affaire avoit de commun avec le Roy d'Espagne. Pour luy en rendre compte, je luy repondis que ce n'étoit point que S. A. R. en eut conçu la moindre apréhension ni de delà ni de deçà, mais, qu'unie comme elle étoit par les liens les plus étroits avec le Roy d'Esp., elle secroyoit en bienséance et en un espèce de droit de l'informer elle même, jusque des moindres choses qui arrivoient. M. de Grinialdo m'inten'ompit encore et me demanda, avec agitation, si je parierois de cette affaire au P'*des Asturies et si les lettres dont j'étois chargé pour luy en conlenoient quelque chose; je me pris a sourire et je luy repondis que je n'en avois nulle charge, que je n'avois point de copies de ces lettres qui estoient fermées, mais qu'a Tâge de ce prince j'étois persuadé qu'il ne pouvoit être question que de compliments avec luy. M. de Grimaldo prit a cette réponse un air plus tranquile, et me dit que le Roy d'Esp. aimoit tendrement tous ses enfants et singulièrement le Prince, mais qu'il ne luy donnoit aucune connoissance d'affaires, et qu'il ne verroit pas avec plaisir que personne luy en parlât. Je le rassuray fort la dessus pour ce qui nous regarde et j'obtins enfin audiance ; je luy dis que une des choses qui m'engageoit le plus a m'acquitter promp* de ma commission particulière, étoit la protection, l'attachement et la liaison avec le Roy d'Espagne, dont s'étoient toujours parées les personnes qui, parmi celles qui sont retirées du conseil, ont le plus de considération et
de poids et la nécessité de faire comprendre icy quelles elles sont puisque celles la même n'ont pu contenir leur douleur du futur mariage du Roy, au moment ou il fut déclaré et depuis, et que ces mêmes personnes, qui ne cessent de Timprouveret qui jusque la s'étoient portés pour les trompettes des louanges du Roy d'Esp., avoient tellement changé de langage sur ce dernier point et si fort a coup depuis, que le respect que j'avois pour L. M. G. et ma considération pour celuy a qui je parlois m'empeschoîent de lui rendre la façon dont ils s'en expliquoient; que, dans le nombre de ceux qui s'estoient retirés du conseil, il y en avoit qui n'avoient agi que de bonne foy, et pour Tinterest de leur dignité qu'ils avoient toujours uniformément soutenue en toutte occasion, qu'il s'en trouvoit d'autres aussy qui n'avoient fait qu'en prendre le motif, qu'ils avoient naguères abandonné les plus pretieux intérêts de leur dignité pour soutenir ce qui y étoit le plus contraire, dans les mêmes vues qu'ils avoient montré de l'attachement et puis de l'éloignement pour le Roy d'Espagne, mais que leur foiblesse étoit tellement reconue que je les avois vus souvent trembler au seul sérieux de S. A. R., qu'un entre autre étoit tombé dangereusement malade lorsque plusieurs personnes furent arrestées, et n' avoit visiblement repris santé que lors de leur élargissement, et que leur crédit étoit tel dans le Royaume qu'ils ne s'y pourroient pas faire suivre par 4 personnes ; que les Comp" se trouvoient dans le même affoiblissement et que l'Autorité Royalle étoit telle, entre les mains de M. le Régent, qu'il pouvoit tout sans rien apréhender. M. de Grimaldo me repondit, et avec un air qui nie parut
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très franc, que je pouvois compter que le Roy d'Eap. n'avoit jamais eu ni liaison, ni conGaDce,Di commerce, avec aucun de tous ces H", qu'il m'en asseuroit nettement et de bonne foy, et que quelques recherches que l'on eût pu faire il ne s'en trouveroit aucune trace, qu'il étoit fort aise, en son particulier, que l'autorité de M. le Régent fut aussy bien affermie, et qu'il me pouvoit repondre que le Roy d'Esp. n'cntreroit jamais en rien qui y pût être contraire; et cependant il reveuoit toujours a SOB Causa juris critiqua^ et qu'il étoit très fâcheux que tant de gens considérables se fussent retirés du conseil. Je lui répondis que ce seroit 12 hommes de moins dans un conseil si nombreux qu'il étoit difficile d'y confier beaucoup de choses et que je pouvois bien l'en asseurer qu'il n'en seroit rien au bout, que j'étois très aisé d'estre asseuré par sa bouche, que plusieurs d'entre eux s'étoient vantés a faux par rapport au Roy d'Esp. et d'avoir eu occasion de luy faire connoitre des personnes sur la volonté des quelles on ne pouvoit compter, que par opposition a S. A. R., et sur la force et le crédit des quels on ne peut en rien faire aucun fonds.
Je luy nommay M. le Duc de Noailles, au seul nom du quel il se prit a rire de tout son cœur, avec des gestes et des expressions peu avantageuses ; il me dit qu'il l'avoit bien vu et bien connu icy et m'en lascha h ou 5 traits avec vivacité, qui me marquèrent bien jusqu'à quel point il s'est perdu icy ; il me repetta encore sa joye de ce que je m'étois trouvé icy en cette occasion, dont je luy fis mes remercim*' et j*ajoutay que j'en étois aussy fort aise, parceque, encore que je fusse
Duc et Pair, rien n'affoibliroit jamais en moy tout Tattachem^ que je dois aux bontés et a la protection de S. A. R., n'y ne me separeroît de la personne de M. le €* Dubois après touttes les solides marques d'amitié que j'en ay receu. Je le quittay en le priant de nouveau d'estre bien persuadé que cette affaire n'étoit pas de l'importance qu'on auroit pu croire, quelle n'auroit sûrement aucune suitte, et que le compte que j'étois chargé d'en rendre au Royd'Esp. n'étoit, si j'osois m' exprimer ainsy, qu'une attention et une marque d'amitié de S. A. R. pour S. M. G.
J'allay ensuitte rendre les lettres qui étoient pour le P** et la P*^®**® des Asturies, et je m'en allay le lendemain a Balzain, avec des relays partie en voiture et partie en mule, parceque je n'aurois pu y arriver autrement a travers une montagne qui peut de tout point parier avec les plus affreuses des Alpes, et dont tout le travail de la veille pour le passage du Roy d'Esp. me fut inutile, come je m'y attendois bien, par la quantité de neige qui ne cesse point d'y tomber.
J'arrivay a Balzain a 5 heures et me chauffay dans Toffice du Duc de Larco, faute de mieux, jusqu'à 7 heures que je montoy chez le Roy d'Esp. Il arriva un quart d'heure après et quoy qu'il sçût des midi que je devois arriver, comme me le dirent les gens du Duc de Larco, et comme M. de Grimaldo me dit qu'il luy manderoit luy même par le courrier qu'il alloit luy envoyer, le Roy d'Esp. ne me dit rien et s'approchoit déjà de la porte de sa chambre, lorsque je le suppliay de me permettre de l'y suivre. Je m'y acquittay envers luy et la Reyne, de ma commission aparente après laquelle je luy dis que
j'étois aussy chargé de leur rendre compte de ce qui s'étoit passé au Conseil de Régence. Le Roy ne répondit rien et se tourna vers la Rejne, corne un homme qui pensoit que cela ne luy faisoit rien , mais la Reyne prit un air de curiosité et d'envie de m'entendre. Je leur dis le fait très succinctement auquel j'ajootay, qu'il en avoit été usé de même pour les Card' de Lorraine, de Richelieu et Mazarin, et pour les C qui de leur temps avoient été admis dans les conseils; j'ajouttay même que ceux la avoient même été admis aux lits de justice, avec la même préséance, qu'a la vérité le feu Roy n'en avoit mis aucuns dans ses conseils et que, sur ce qu'il n'avoit pas jugé a propos de leur donner le même lieu qu'ils avoient occupé aux lits de justice, les Gard' ne s'y étoient point trouvés de son règne, n'y dans les deux que S. A. R. a fait tenir au Roy. Je fis ensuitte un abrégé léger de ce que j'avois dit a M. de Grimaldo, parceque je reconnus dans le Roy d'Esp. de l'indifférence pour ce récit et assez l'envie qu'il fut fini, et je conclus par asseurer le Roy d'Esp. du néant de cette affaire, et que S. A. R. ne luy en faisoit rendre compte que pour n'obmettre aucune des occasions qui pourroient le plus luy marquer son respect, son attachement et sa confiance. Le Roy d'Esp. me repondit, que je pouvois asseurer M. le Duc d'Orléans qu'il luy donneroit toujours en touttes occasions des marques de son amitié, ce fut tout ce que j'en tiray. Je remarquay, tout pendant que je luy parlay, qu'il prenoit peu a ce que je disois, qu'il avoit hâte que j'eusse fini, et que la Reyne, qui temoignoit de la curiosité la contenoit par rapport a luy ; je nie retiray donc en luy demendant la permission de les
suivre le lendemain a la Granja et d'y voir ce qu'ils y font faire ; c'étoit moins une curiosité de ma part que le désir de leur donner lieu, en passant la 3 ou 4 heures avec eux, de me reparler de l'affaire dont je leur avois rendu compte et de la réception faite a l'Infante Reyne, mais je me trompay en l'un et en l'autre ; ils ne me demandèrent point ou je souperois ni ou je coucherois, ils ne m'en parlèrent point le lendemain ; et quoy qu'en me demandant si j'avois renvoyé le courrier, en me priant de ne point le depescher qu'ils n'eussent repondu aux lettres que je leur avois rendues, en me remettant la relation de la réception de l'Infante Reyne, ils eussent les Occasions du monde les plus naturelles de me parler de cette réception, et aussy de l'autre affaire, toute la promenade qui dura 4 heures se passa sans qu'ils m'en disent un seul mot; ils me parlèrent continuellement l'un et l'autre sur leurs ouvrages et sur mil autres bagatelles, et aujourd'huy au mail ils en ont usé de même. Jamais le Roy ne m'a tant attaqué, autant qu'il est capable de le faire, et n'a jamais été si libre et si ouvert avec moy €t la Reyne de même. Je vous marque exprès cette façon de me traiter, pour vous montrer que ce silence obstiné sur les affaires qui m'ont mené a Ralzain et cette negligeance a scavoir ce que j'y deviendrois n'ont pas été sans dessins. J'en revins hier, avec autant de difficulté et de fatigue que j'y estois allé, et je sors de chez M. de Grimaldo, pour scavoir le succès de la prière que je luy ay envoyé faire des le matin pour la prompte expédition des réponses de L. M. G. qui retarde celle de Ranière ; il m'a dit qu'elles ne luy avoient pas encore parlé des lettres que je leur ay portées, et qu'il
leur rendra compte ce soir de mon envoy et de ma visite pour les presser; il n'est pourtant guëres naturel que la chose soit ainsy puisque M. de Grimaldo travailla hier avec le Roy a son arrivée, qu'il y alloit retourner quand j'ay envoyé ce matin, et qu'il m'a mandé que l'expédition seroit prompte. Vous remarquerez encore que non seulem^ le Roy et la Reyne, mais qui que ce soit ne m'a parlé de la réception de l'Infante Reyne, ny a Balzain n'y icy, et qu'en même temps que le Roy et la Reyne d'Esp. ont gardé ce silence, ils ont envoyé chercher de Balzain icy le courrier de M. de Grimaldo venu avec Baniëre et qui y estoit resté. J'ay sceu encore que depuis mon retour, il ctoit échapé dans le plus intérieur a la Reyne, que la relation que je leur avois donnée étoit trop flatteuse, pour y ajoutter foy, et de faire perquisition de lettres de France venues a des particuliers pour y voir comment sa fille avoit été receue.
Je ne dois pas vous laisser ignorer, puisque nous sommes sur ce chapitre, que cette afTsdre du conseil a fait icy un très grand bruit et y paroit d'une grande conséquence et de beaucoup de suitte. Plusieurs personnes principales m'en ont parlé, mais j'ay coupé si court que si elles n'ont pu tirer de moy aucun éclaircissement sur le fait, n'y aucune lumière sur la façon dont il m'afecte, je n'ay pu aussy scavoir tout ce que l'on en pensoit, si non qu'en gros cela fait beaucoup de bruit et donne beaucoup d'attention. Pour venir maintenant au fait en luy-même, je regarde comme un très grand bonheur de m'être trouvé éloigné, lorsqu'il est arrivé, hors le seul cas, qu on m'en eut bien voulu faire confidence auparavant, et entrer dans ce que j'aurois proposé, qui
eut evitté tout ce bagarre. J'aurois donc été d'avis, de n'en point faire a deux fois, car il en est grand temps ayant la majorité, et les mariages faits, S. A. R. ne peut plus croitre d'icy a ce quelle arrive, j'aurois été d'avis, de remercier tout franchement le Conseil de Régence dont tout le monde et ses membres mêmes connoissent et sentent la parfaitte inutilité, de faire dès a présent un conseil effectif, ou S. A. R. entretenut, ou tous, ou quelqu'un des princes qu'elle auroit jugé a propos d'y joindre, les deux Gard*, les secret'®* d'Estat, le Controlleur g^ et un magistrat versé en finance eten judicature et de s'en tenir la sans y ajoutter qui que ce soit autre; par la on auroit eu un véritable conseil, de tous gens de travail et de departem' qui n'eût esté que de 7 personnes outre les princes, ou toutte affaire se seroit vue, et depèschée, comme on auroit voulu, ou le Roy eut assisté quand il en auroit eu envie ou en contraire cas il auroit esté suplie de venir et que parvenant a sa majorité il auroit trouvé tout établi; par la point de difficulté de rang, point de prétexte d'interresser personne et * vainem* preveue d'une manière ou d'un autre, et sur lequel on se seroit fait justice sans bruit. Rien de plus judicieux que la distinction que vous me faittes de ceux qui agissent de bonne foy en cette occasion, pour Tinterest de leur dignité, d'avec ceux qui agissent sous bouclier par des vues moins droittes; la distinction n'est pas difficile a en faire, les uns ont suivi cet interest dans tous les temps et en touttes occasions sans s'éloigner du respect et des interest mêmes de
i. Il y a évidemment en cet endroit une ou deux lignes oubliées.
S. A. R., les autres, toujours Gdëles a leurs Tues tortueuses, luy ont sacrifié leur dignité jusqu'à l'emportem^ et bien en connoissance de cause dans TaflEûre qm a porté le nom de M. le Duc de la Force, et il seroit bien malheureux pour les premiers d'estre maintenant confondas avec eux.
Je suis si comblé des grâces de S. A. R. et de Tamitié effective de M. le Card^ Dubois, qu'ils sont parvenus a faire en moy un espèce de miracle que j'ayois cru toujours impossible, qui est de me rendre plus reconnoissant envers eux qu'attaché a ma dignité ; c*est dans ce sentiment, que je ne craindray point de vous dire que S. A. R. abuse du mépris qu'ont mérité M" les Ducs, et que maltraités par luy, sans cesse et sans mesure, dans tous les points les plus importants a leur dignité, il les réduit enfin a force de coups les uns a essayer de ruer et de mordre, et les autres a se coucher par terre pour les recevoir tous sans vouloir plus donner un coup de colier.
Je puis vous asseurer que qui que ce soit d'eux ne m'a écrit de cette affaire, et qui que ce soit sans exception, hors vous. M"" de St-Simon très succinctement, et M. le O Dubois, car pour M. le Gard* de Rohan, ce que nous nous en sommes mandés l'un a l'autre ne peut passer pour s'estre écrit. Vous scavez, M., ce qui se passa au commencement de la Régence, lorsque M. le Gard' de Noailles voulu venir rapporter a notre conseil cônie les prc'sidents des autres conseils, et vous avez esté témoin de ce qui s'est passé, lorsque M. le Cardi Dubois s*en voulu bien abstenir lorsqu'il receu la pourpre. Au surplus je detesteray toujours avec une indigna-
lion active, tout ce qui s'élèvera contre S. A. R.et contre la personne de M. le Gard^ Dubois de la quelle rien ne me détachera ; je vivray en paix parmi ces troubles sous le bénéfice de l'absence, pour vous porter a mon retour un esprit net de toutte prévention ; je seray fidèle jusqu'au bout a, les rejetter touttes, et a continuer, côme j'ay fait jusqu'à présent, de m' abstenir d'en écrire a qui que ce soit; je me flatte que je suis assez connu de S. A. R. et M. le G^ Dubois pour ne pas craindre qu'ils me demandent rien contre mon honneur et qu'ils douttent jamais aussi de mon attachem^ inviolable et invariable ; du reste les gens que vous me désignez sont ti'op mes ennemis pour que je veuille rien dire en cette occasion contre eux; je les connois, et les ay sentis tels audela de ce que vous m'en pourrez dire, et, comme je ne cbangeray pas a leur égard, je suis plus que persuadé qu'ils seront les mêmes au mien. G'est a S. A. R. et a son ministre a faire leurs sages redections et leurs mures délibérations sur le passé, le présent et l'avenir, et a moy d'estre content de tout pourvu qu'il leur réussisse ; je vous dis cela par rapport au gros des affaires, car pour rien craindre de celles du jour, il faudroit être de l'autre monde et n'avoir pas la moindre notion de celuy-cy. Je souhaitte qu'on soit content de mon voyage de Balzain, de ma diligeance et de mon empresement sur ce qui, par sa nature, m'en donneroit le moins.
J'attends avec beaucoup d'impatience le courrier qui doit suivre Banière de 6 jours mais s'il ne vient pour estre icy le 8 ou .10, je supposeray, qu'estant annoncé depuis plus de 3 mois, il pourroit bien encore estre retardé de 3 autres par la multitude d'affaires dont
M. le C* est accablé et je partiray ; je n'en ay aucune icy entre les mains comme vous scavez que je Tay toujours désiré. M. de Maulevrier est icy qui, par parentaize, s'est fort recrié a M. de Grimaldo contre mon voyage a Balzain et qui mieux est M. de Cfaavigny, qui a la confiance; il est vray que M. le Card^ me le recommande, et me prie de l'accréditer icy autant qu'il me sera possible, et c'est sur ce principe que luy ayant coupé dernièrement court corne a tous les autres surl'affaire du conseil, je l'instruisis hier au soir de la véritable raison de mon voyage a Balzain, pour le mettre au fait de tout. Quant a l'accréditter, j'y ay fait de mon mieux avant et depuis son arrivée et je continueray de même jusqu'à mon départ, mais aux préventions qu'il a trouvées icy ce nest pas un ouvrage aisé ny de peu de jours, il y pourra luy-même plus que personne et ce sera son user qui persuadera ; il a pour cela tout l'esprit et tous les talents qu'il faut.
Courrier ou non courrier, j'useray de la liberté qui m'est laissée dans la semaine de la Passion, et vous serez avertis par M"*® de St-Simon du jour de mon arrivée. Vous me ferez un extrême plaisir de vouloir bien, comme vous me le faites espérer, me mettre au fait de bien des choses, très nécessaires a scavoir avant que d'entrer dans la bonne ville. Cela m'avancera d'autant le plaisir de vous embrasser que je me propose comme un des plus grands de mon retour, par la cordialité avec la quelle je suis a vous, M., et les sentiments avec les quels je vous honore.
LYIII
AU CARDINAL DUBOIS *
A Madrid, ce 16 mars 1722.
Je reçois, en ce moment, la lettre du 8 mars dont V. E. m'honore, par Tesprès de M. le Duc d'Ossone et que M. le M. de Grimaido vient de m'envoyer. J'ay fait remettre sur le champ a M. de Chavîgny le paquet pour luy, qui y estoit joint, et je porteray dans une heure a S. M. G. les deux lettres de Madame qui s'y sont trouvées, je donneray a M. de la Roche, qui doit diner avec moy, celle qui est pour luy.
J'ay toujours a commencer toutes mes réponses par les plus véritables remerciements; la liberté que vous me laissez de partir, et la confiance, dont cette lettre est remplie, exciteroit en moy la plus parfaitte gratitude, si la mienne pouvoit croistre, pour vous, et Votre E. doit compter, quelle la trouvera pleine et entière, en quelque pays que je puisse habiter ; je viens maintenant a vous détailler tout ce que je pense sur ce que vous m'avez fait Thonneur de me mander.
Je n'ay rien a ajoutter a ce que j'ay eu celuy de vous écrire touchant M. de Ghavigny. J*ay fait de moy tout ce qui â pu dépendre pour l'accréditer icy, et j'y demeurerois un an que je n'y pourrois rien ajoutter au delà ; ce point donc, tout important qu'il est, ne
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peut )>oint estre considéré comme dépendant d'autres que de luy même, de la façon dont il se conduira, et de la nature des choses qu'il aura a exécuter icy ; ce ne sera point une plus longue suitte de marques d'estime, d' affection, de considération d'un Ambassadeur quand il les luy a touttes données, qui changeront la disposition qu'on a pris soin de luy faire trouver, c'est l'user, qui applanit les unes et qui fait évanouir les autres S et c'est dans cet usé aussy que je mets toutte ma confiance, parce que M. de Chavigny a touttes les qualités nécessaires pour se les rendre extrêmement favorables ; ainsy, je crois pouvoir espérer, avec fondement, que sa capacité et son adresse luy procureront bientôt, par l'usage des négociations dont il sera chargé, les agréments et les facilités qu'on a essayé de luy barrer, et qu'il ne peut trouver que dans ses proprés ressources, après ce que j'ay fait pour luy en ouvrir les plus larges voyes qu'il m'a été possible, mais ce qui contribura le plus a le faire réussir, et que je ne dois point vous cacher, seront les moyens que vous savez, mieux que personne, employer pour marquer icy. Rondeur, Candeur, Simplicité, et très occupé a examiner nos démarches de fort près. Autant que je puis voir, leur esprit icy est de se présenter a tout de bonne grâce, et de ne faire sur rien que le moins de difficultés qu'ils pourront, mais toujours dans cette vue d'éprouver notre sincérité et nôtre bonne foy, et dans le désir de la rencontrer, pour se livrer a nous
1. Voici encore une de ces phrases enchevêtrées, comme cette correspondance en contient beaucoup, où la pensée est rendue si obscoréinciit que Ton se demande si quelques mots n*ont pas été oubliés.
de même, s'ils s'en peuvent une fois bien convaincre, ou pour s'en retirer sans retard. Ce sont donc toutes choses, auxquelles l'alongement de mon séjour icy est entièrement inutile ; tout ce qui peut dépendre de moy, est d'instruire, par le menu, M. de Ghavigny de tout ce que je puis avoir aqui de connaissances de ce pays, depuis que j'y suis, et a mon retour vous l'exposer a vous même. Je n'ay eu aucune véritable affaire entre les mains, comme je vous en avais suplié ; je n'en ai aucune a suivre, et les duplicata dont le courrier que vous me destiniez sera chargé pour d'autres, s'il ne me rencontre plus icy, les mettront en estât d'entamer, ou de suivre ce qui m'auroit été nouveau, et c'est sur toutes ces raisons que je me fonde a croire pouvoir user de la liberté que vous m'accordez sans craindre d'en abuser.
En cet endroit de ma lettre, M. de Ghavigny m'est venu montrer les lettres de créance que vous Iny envoyez, fondées sur le retour de M. de Maulevrier ; après avoir raisonné, ensemble, j'ay estimé devoir le mener ce matin, a M. le M. de Grimaldo, ou, sous prétexte de luy demander s'il depescheroit un Exprès a Paris sur celuy qu'il en venoit de recevoir pour profiter de cette occasion, je luy ay dit que M. de Ghavigny venoit de recevoir ses lettres de Gréance; que comme elles supposoient le départ de M. de Maulevrier dont nous n'avons aucune autre notion, je prenois le parti de luy en rendre simplement compte, et M. de Ghavigny celuy de différer de les présenter jusqu'au départ de M. de Maulevrier, mais que cette présentation n'estant qu'une forme et le fond estant d'^n
estre muni, nous les luy apportions pour qu'il les vit luy même, et qu'il n'eût aucune occasion de douter du ministère public de France dont M. de Cbavigny se trouve deshormais honnoré ; j'y ai ajoutté les louanges, que la présence de M. de Chavigny m'a pu permettre, et me suis référé a ce que je luy avois déjà dit de luy dans le particulier. M. de Chavigny a pris ensuitte la parole avec l'éloquence et la délicatesse que vous luy connoissez et M. de Grimaldo m'a paru recevoir avec joye la nouvelle de ces lettres de créance, et la personne de M. de Chavigny avec beaucoup de satisfaction. Il vous rendra luy même compte de cette visite, dont je m'asseure qu'il aura esté content, parce qu'il a tout lieu de l'être. L'arrivée de ces lettres de créances estoit tout a fait necess"» puisqu'elles luy donneront estât de consistance, que la mission de M. de Parme, ne pou voit procurer a un François chargé ailleurs des affaires du Roy.
Au sortir de chez M. de Grimaldo, qui a approuvé ce que j'allois faire, je suis monté chez le Roy d'Espagne, que j'ay fait suplier de me donner un moment avec la Reine. J'ay eu Thonneur de leur présenter les lettres de Madame et, a cette occasion, de leur dire sur M. de Chavigny ce que je venois d'apprendre a M. de Grimaldo; j'y ay ajouté ce que la beauté du temps, entre la messe et le dinar, m'a paru permettre, sur l'esprit, les talens et le désir de plaire a L. M. C. que M. de Chavigny apporte icy, sur la confiance dont vous l'bonnorez et sur l'opinion que j'ay conçu que ce nouveau Ministre leur sera agréable, quand il aura l'honneur d'èlre une fois connu d'elles. C'estoit pour moy une
occasion trop naturelle de suivre vos intentions pour la manquer, de chercher a accreditter M. de Ghavîgny, auprès de L. M. G. Elles ne m'ont rien répondu, ni sur luy ni sur le prochain départ de M. de Maulevrier ; mais comme ce silence leur est devenu habitude, je n'en augure aucun mal. Je reviens toujours a vous dire que ce ne sera que l'user de M. de Ghavigny, la nature des affahres qu'il aura en main, et sa façon de les traiter dont je ne suis pas en peine, qui pourroit l'accréditer. Je ne dois pas obmettre, que ni ce matin, ni ce soir au mail, d'oâ j'arrive, et ou L. M. G. m'ont continuellement fait l'honneur de me parler, ils ne m'ont pas dit un seul mot de l'Infante ni de sa réception, et que je suis d'autant plus surpris de l'opinialreté de ce silence que U. deGrimaldo nous a dit ce matin, a M. de Ghavigny et a moy, et fort au long, quoy que pressé d'affaires, qu'il ne se pouvoit rien ajoutter au compte que M. le Duc D'Ossone, et surtout M. Laules, ont rendu, par ce courrier, de tout ce que S. A. R. et V. E. avait fait pour l'Infante, et de l'extrême satisfaction qu'en ont témoigné L. M. G. a la lecture de ces lettres, qu'il leur venoit de faire, sur quoy il ne douttoit pas quelles ne se répandissent avec moy.
Puisque vous m'ordonnez de vous dire ce que je pense sur la continuation du séjour de M. de Maulevrier icy, il me paroit, que son départ, annoncé comme il l'est par les lettres de créances de M. de Ghavigny, est une raison pour ne pas le beaucoup différer et que néanmoins, il le peut estre si vous le jugez a propos, parceque la connoissance que nous avons donné ce matin de ses lettres de créance fait a l'égard de M. de
Chavîgny le même effet que s'il les avoît réellement présentées, puisque M. de Grimaldo les a lues, et croit bien que la présence de M. de Maulevrier ne sera pas icy un grand usage, et je pense que vous ne m'improuverez pas de ne pas m'étendrela dessus; maisjecroys, aussy, qu'il y a dans leur fait un coin de Pmiio de se trouver dépourvus d'Ambassadeurs de France, tandis qu'ils en ont deux a Paris, et un de la qualité du duc D'Ossone, qui est toujours censé y estre puisqu'il ne revient icy que par congé. C'est ce qui me ftdt estimer que le plus court intervale d'Ambassadeur, icy, sera le mieux, et s'il m'est permis d'aller audela de ce que vous m'ordonnez de vous dire, j'ay bien cru, qu'il seroient fort peines d'y avoir un Ambassadeur inférieur au Duc d'Ossone, et qu'une différence en ce point, ne seroit pas au succès de celuy qui viendroit icy. Je scay bien que le choix n'en est pas aisé a faire, et c'est ce qui me consolleroit si M. d'Ossone, ne retournoit point, parce que votre choix en deviendroit plus libre, parmi un plus grand nombre de gens.
Je ne vous prolongeray pas, avec la même indifférence, sur le séjour de M. Robin icy; la matière du commerce y est capitale en elle même et capitale encore par la façon inouïe, et insoutenable, dont les François y sont traités ; M. de Chauvigny, a qui j'en ay parlé, prétend n'y estre point du tout versé. Je ne voys donc que M. Robin qui les puisse suivre, et il me paroitroit n'en devoir pas être rétiré, jusqu'à ce qu'il luy fut venu un successeur en ce genre et qu'il eut le loisir de l'instruire a fonds de ces matières icy.
y. E. s'exprime d'une manière trop flatteuse sur les
motifs de son désir de mon retour, pour que j'y puisse rien repondre, elle peut estre parfaittement certaine, que si je voyois la moindre utilité a prolonger icy mon séjour, toutte autre raison y seroit sacrifiée, avec joye, mais encore une fois je n'y vois pas la moindre ombre d'avantage, pour le service du Roy et de S. A. R. que je regarderay toujours comme une seule et même chose. Je partiray donc la semaine prochaine, suivant la liberté que vous achevez de m'en donner, après avoir continué a prendre touttes les mesures qui me seront possibles pendant ce reste de séjour, et a mon départ, pour laisser M. de Chavigny instruit de touttes les connaissances que je puis avoir acquises en ce pays-cy, et avoir achevé tous mes efforts pour continuer a l'accréditer auprès de L. M. C. et de leurs Ministres, et de leur cour, a n'y pouvoir plus rien ajoutter quelque séjour que j'y fisse.
Je vous repetteray encore ce que j'ay déjà eu l'honneur de vous mander, les expressions de V. E. ne me gasteront point assez pour me persuader d'estre de plus d'usage a Paris, qu'en ce pays cy, et beaucoup moins d'être nécessaire, dans un lieu ou vous estes, mais vous y pouvez compter, de la façon la plus solide, sur mon plus inviolable attachement pour S. A. R. et sur ma plus parfaitte reconnaissance pour V. E. sans que rien les puisse altérer, et que ma plus pressante impatience est de vous en pouvoir asseurer moy même, et du respect très sincère que je vous ay voué pour toujours.
Le Duc de St-Simon.