Volume
11 ajoutte que L. M, C. n'attendent que mon arrivée pour se mettre en chemin pour Bourgos, peu de jours après, ou elles sont résolu de conduire l'Infante ; qu'il prit la liberté de leur représenter qu'elles pourroient se dispenser, de ce voyage, en cette saison, et ({u'il craignoit dailleurs qu'il ne fît une sorte de peine a V. M. et a M. le Régent, qui ne pourroit pas repondre a cette démarche par une pareille, dans les circonstances présentes, quelques désirs que S. M. et S. A. R. en pussent avoir. Sur quoy le Roy d'Espagne luy auroit répondu, qu'il seroit très fâché, que V. M. n'y S. A. R. le Régent penssassent un moment de sortir de Paris ; qu'il sentoit touttes les justes raisons qu'il y avoit au contraire, qu'il ne pretendoit point que la demarche qu'il faisoit tirât a conséquence, qu'il ne pouvoit nonplus que la Reine refuser a leur tendresse si naturelle pour l'Infante de l'accompagner jusqu'à Burgos, et que L. M. C. ont ajouté, de la manière du monde la plus gracieuse, quelles seroient bien aise d'avancer d'ailleurs, autant quelles pourroient, le plaisir qu'elles se font de voir Madame la princesse des Asturies ; c'est de ce terme qu'il se sert, et il m'ajoutte, de luy même, que la resolution pour ce voyage ne peut changer ; que L. M. G. seroient extrêmement mortifiées si le départ de Paris de M"^ de Montpensier estoit retardé d'un moment du temps qui a esté fixé, et qu'elles seront dans une véritable impatience jusqu'à ce qu'ils la sachent en chemin, que M. le M. de Grimaldo, luy envoyoit au moment qu'il m'écrivoit un courrier pour m'apporter sa depesche en diligence, et lui apporter incessament ma réponse.
Je la fis, Sire, des que j'eus reçeu cette lettre, et je fis entendre au sieur de Sartine, que je n'avois rien a obvier, pour me liaster d'arriver a^Fadrid, de touttesles précautions que j'avois crû y estre nécessaires de ma part, mais que le retardement des passeports du Roy d'Espagne dont je ne pouvois accuser que les circonstances des temps et qui ne sont arrivés icy que le '19 avoit rendus mes désirs et ma prévoyance innutiles, parce que outre, que mes équipages n'auroient pu passer, il n'avoit pas esté possible de rien préparer sur la rouile qui me la put faire diligenter, et que ces passeports estant pour la routte de Yittoria, je ne pouvois prendre celle de Pamplune que j'avois choisie, pour estre de beaucoup plus courte ; que je le priois de représenter a S. M. G. que mon arrivée a Madrid, plus ou moins avancée, ne pouvoit rien influer sur le depart de Paris de M"*" de Montpensier, qu'il estoit fixé au 15 de ce mois, et que quelque envie que V. M. ait eue de le presser et quelque désir que Monsieur le Régent ait fait paroitre de l'avancer, les préparatifs indispensablement nécessaires ne le pouvoient permettre, ce qui m'empéclieroit de depescher un courrier exprez a V. M. la dessus, dont l'effet ne pourroit estre qu'inutile par l'impossibilité effective de précipiter ce départ, que l'on comptoit aussy que le voyage depuis Paris jusqu'à la frontière seroit de cinquante jours, par la difficulté des chemins et le grand nombre de l'accompagnement et de la suite, et que de tout cela il resultoit que l'Infante, qui n'avoit guères que le tiers du chemin a faire depuis Madrid jusqu'à la frontière, ne pouvoit estre pressée de partir, pour se trouver juste au lieu
d'échange des deux princesses et que j'avois par conséquent tout le temps nécessaire pour faire aMadrid touttes les fonctions dont il a plûst a Y. M. me faire l'honneur de me charger, et qui sont préalables au départ de l'Infante sans que, de moy, il fut retardé d'un moment, et que, je le priois d'asseurer S. M. G. qu'encore que la promptitude du départ de l'infante soit toute a fait indépendante de ma diligence, je n'oublieray rien pour faire, d'icy a Madrid, toutte celle qu'il me serapossible, pour satisfaire l'impatience de L. M. G. par cette marque de mon respect.
Qu'a l'égard du voyage de Burgos; que dès que L. M. C. veullent bien qu'il ne tire point a conséquence a l'égard de Paris, je ne doutte point que cette marque de tendresse qu'il plâist a L. M. C. de donner a l'Infante, ne rende, s'il se peut, sa personne encore plus chère a V. M. et plus respectable a Monsieur le Régent et que V. M. ne veuille bien s'en tenir elle même gratifiée par la part si intime quelle prend déjà en l'Infante. Comme ce voyage doit estre entrepris li ou b jours après mon arrivée, et que Y. M. m'a commandé d'y accompagner la cour d'Espagne, j'ai crû devoir, par cette même réponse, prier le S"" de Sartine d'en parler a M. le M. de Grimaldo, et de le supplier de ma part, de demander et de faciliter la permission pour moy, de suivre L. M. G. aflln que cela puisse être préparé, avec plus de loisir, et qu'il ne se trouve point d'obstacles a l'exécution de vos ordres par la breveté du temps entre mon arrivée et ce départ.
En exécution des ordres.de Y. M. j'envoyay hier au matin, un gentilhomme a la Duchesse de Lignares
caméra major de Reine douairière d'Espagne pour demander audience a cette princesse. Je l'eus l'après diné, aprez avoir receu un compliment de sa part, et je fus conduit dans ses carrosses dans une petite maison de campagne, qu'elle habite a la porte de cette ville. J'eus l'honneur de luy faire le compliment de V. M. et de luy dire que j'avois celuy d'estre chargé d'elle de luy donner part de son futur mariage avec l'Infante d'Espagne et de lui présenter la lettre, quelle luy a écrilte, de sa main.
On ne peut marquer plus de satisfaction et de joye quelle m'en témoigna; et quelle m'en a encore témoigné aujourdhuy, lorsque jay eu l'honneur d'aller prendre congé d'elle. Elle m'a extrêmement chargé d'avoir l'honneur de faire a V. M. ses très humbles remerciements de l'honneur quelle luy a fait (elle s'est servie de ces termes) et qu'elle repondroit incessament a la lettre de Y. M. Au sortir de l'audiance d'hier, elle me fit invitter, par le premier oiïlcier de sa maison, avec tous ceux que j'avois eu Ihonneur de luy présenter, a diner aujourd'huy, dans la maison quelle a en cette ville ou je me suis rendu, sur l'exemple de M. le comte de St Estevan, a son passage pour Cambray et de M. le Duc Dossone, allant présentement a Paris; et dont ce p"' officier a fait les honneurs.
Je finiray. Sire, par ou peut être j'aurois dû comencer. C'est qu'il ne se peut rien ajouter à la joye et aux acclamations sur vôtre futur mariage, par touttes les provinces de votre Royaume que j'ay traversées, et j'ay esté ravi de voir, et d'entendre par moy-inème quelle en est la satisfaction universelle.
Je compte de coucher demain a Irun et de faire, d'icy a Madrid, toutte la diligence qui me sera possible.
Je suis avec un très profond respect
de Vostre Majesté Le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet.
Le Bue de St-Siuion.
Yl
AU DUC D ORLEANS
Baronne, ce 10 novembre 1721.
Monseigneur,
Aprez m'estre acquitté hier de ce dont Votre Altesse Pioyalle, m'a fait l'honneur de me charger de la part du Roy, auprez de la Reine Douarière d'Espagne, je ne manquay pas d'executter aussy vos ordres particuUers, et de luy présenter la lettre que vous luy avez ecritte de vôtre main. Elle la receue avec beaucoup de ioye, et de reconnoissance, et me chargea beaucoup d'en faire ses remerciements a V. A. R. Elle s'informa ensuitte de vôtre santé, et a plusieurs reprises de celle de Madame, ce qu'elle a répété aujourd'huy quand j'ay eu l'honneur de prendre congé d'elle; elle m'a autant de fois chargé de luy faire ses compliments avec de grands