Volume
no LETTRES ET DÉPÊCHES.
fois par leur lassitude a en faire moins, et cependant j'en ai crevées et laissées plusieurs sur la route, encore que j'aye laissé ma berline a Bayonne pour passer plus vile et plus légèrement avec des chaises.
J'arrivay le 15 a Vittoria ou je trouvai un courrier de M. de Sartine par le quel il me mandoit que l'impatience de L. M. G. de me voir arriver cstoit telle qu'il avoit cru m'establir des relais de 8 mules de h lieues en /i lieues depuis Burgos jusque icy affin que j'arrivasse toujours pour prendre mes audiances sans rien de ce qui m'accompagne et sans avoir pu achever aucun des préparatifs que je faisois faire icy pour ces fonctions : je vis par la datte de cette lettre qu'elle m'estoit écrite avant la réception de ma réponse de Bayonne, qui detruisoii les raisons de cette impatience fondée sur l'opinion du retardement du passage de l'Infante en France, que mon arrivée pourtant nepourroit avancer ; c'est ce qui me fit résoudre a remercier M. de Sartine de cette précaution, et a lui mander que ne douttant point que ma repon-e de Dayonne n'eust démontré a L. M. G. combien peu cette précipitation pourroit hâter l'échange des princesses, qui dependoit uniquement du départ et du voyage de M"'' de Montpensier, je ne me servirois point des relays qu'il avoit préparé; que si neamoins m'a réponse de Bayonne ne faisoit pas l'effet que je m'en estoit promis et quetout>3 raison démontroit quon en devoit attendre, je le priois de m'en avertir par un exprès, et de me procurer en même temps les moyens les plus promps pour haster mon voyage, autant qu'il seroit possible ; et j'aitoy le lendemain 16 courant a Miranda d'Ebro.
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Comme j'estois prest d'en partir a 5 heures du matin j'y reçu un courrier de M. de Sartine dépêché sur ma réponse de Bayonne par le quel il me mandoit que mes raisons bien que perempt jires, car ce fut son expression, n'avoient point ralenti l'impatience de L. M. G. et qu'encore quon ne put rien repondre a ce que je luy avoit mandé de Cayonne, sur l'inutilité de mon arrivée plus ou moins prompte pour accellerer léchange des princesses, dont il avoit rendu compte a L. M. G. elles persistoient a désirer tellement de me voir afin de partir incontinent après pour Lerma a 6 lieues de Burgos que je leur ferois mieux ma cour par une extrême diligence que par toute la magnificence que j'aurois préparée. Le courrier qui estoit dépéché a Viltoria pour quelque chose qui regardait la reine, et de l'occasion duquel M. de Sartine s'estoit servi ici continua sa route et repassa le soir a Bibriesca, ou il prit ma réponse que je ne voulus pas faire le matin affin de ne me pas retarder dans une si longue journée. Je marquay a M. de Sartine plus de regrets de m'estre trompé dans ma juste attente de l'effet de mes raisons écrites de Bayonne que du desordre que cette impatience alloit apporter à mon voyage et a mes préparatifs, que j'avois beaucoup de déplaisir de m'estre privé dans une conviction si raisonnable, quelle luy avoit partie telle a luy même, des relays quil avoit disposez, que je le priois de ne rien épargner de soins et de dépenses pour les rétablir, et que cependant j'allois continuer ma route jusqua Burgos, avec toute la diligence que mes misérables mules pourroient promettre.
J'y arrivay le 18, et le 19 au matin comme j'y
estois fort occupé de l'inquiétude de mon fils aine qui avoit la fièvre depuis h jours et dont Testât n'avoit pourtant rallenti en rien la continuation de mon voyage, M. Pequet arriva, qui m'apprit que la cause de l'empressement de L. M. G. estoit celui de la Reine de quitter Madrid dont le séjour lui deplaist, et de ne perdre pas un moment da plaisir de la chasse à Lerma, ou on lui auroit assuré qu'il y auroit beaucoup de cerfs, que M. le M. Grimaldo avoit fait inutilement tout son possible pour rompre ou retarder du moins ce voyage, fixé au 25 ; que M. de Sarline ne s'y étoit pas épargné, en tout ce qu'il avoit pu, et que ce dessin et cette impatience avoient été fort excités par le chagrin et la jalousie de gens qui auroient dû prendre entièrement des sentiments opposés, et qui dans la douleur de voir venir un ambassadeur de dignité personnelle, auroient supporté plus patiament en cette qualité M. le Duc de Yilleroy, M. le Duc de La Feuillade ou M. le P'^ de Pioban.
L'unique raison qui m'engage de le mander franchement a Y. E. est que je me crois obligé d'exposer a ses reflections une conduite, dont les motifs les merittent, d'autant que M. le P'^^ de P»ohan n'estoit pas connu comme il l'est a présent par rapport a S. A. R. lorsque celui dont il s'agit a quitté Paris.
M. Pequet massurâ que les relays estoient restablis et je crus devoir me faire l'effort de quitter mon fils pour satisfaire l'impatience de L. M. C. et faire le service du Roy, en leur plaisant, jusques dans une chose qu'on pourroit appeller fantaisie, s'il s'agissoit de personnes moins respectables.
Je partis donc sur le champ et ne trouvay de relays
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qu'a 3 lieues de Valladoîid ou j'eus peine de conduire ma chaise et ou je pris le carrosse du Corregidor, qui me mena, jusqu'à un lieu quon apelle Lespinarre, a 12 lieues d'icy que je ne pus passer en voiture. J'y pris donc la poste a cheval et j'arrivay icy a 11 heures du soir, sans avoir seulement pensé a me coucher depuis Burgos, ce qui estoit venu avec moy en cette ville est arrivé en poste a cheval, tellement qu'a l'except'on de ce que j'ay laissé auprès de mon fds et de quelques domestiques tombés malades que je supleray par des Espagnols je seray en estât de paroistre demain en la façon que je me l'estoit proposé, grâces aux soins de M. le Duc de Liria qui a bien voulu sy donner beaucoup et aux précautions que M. de Sartine a prises.
Tous les officiers de nos régiments, sont aussi arrivés avec leurs habits, et j'espère que je ne feray point de honte a l'honneur de mon employ, sur la manière de paroistre icy, ou je n'estois attendu que le lendemain samedi 22 par la supputation que M. Pequet en avoit faite et qu'il avoit rapportée icy.
Je vous ai fait tout ce détail pour vous faire voir que j'ay usé de toute la diligeance qu'il m'a été possible, et je puis avoir l'honneur de vous assurer aussy que si l'on peut compter sur ce qui me revient de toute part, et sur la réception dont jay esté honoré icy de L. M. G., elles en sont extrêmement satisfaites. Je désire infiniment que V. E. la soit aussy et qu'elle soit parfaitement persuadée de mon respectueux et très sincère attachement.
Le Duc de St-Sunon.
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AU ROI
Madrid, 2i novembre 1721.
Sire ,
J'ariivay ici le 21 avec toute la diligence qui m'a esté possible, pour me conformer a l'impatience extrême que L. M. G. m'en ont fait témoigner par quatre courriers que jay reçu sur ma route, et le lendemain matin, M. le M. Grimaldo vint chez mol une demie heure après que je luy eût donné part de mon arricée. 11 me temoigi)à la satisfaction de L. M. C, qui ne m'atlendoient pour le plustost que le lendemain 11 me donna le choix, de leur part pour avoir l'honneur de leur aller faire ma révéra nce, de cette matinée même ou du soir. Je crus devoir y aller sur le cliamp^ avec M. le M. de Maulevrier et M, le M. Grimaldo. J'eus l'honneur de saluer le Boy d'Espagne au milieu d'une nombreuse cour. S. M. C. me demanda des nouvelles de Votre Majesté, avec les termes de l'amitié la plus tendre et s'informa extrêmement de tout ce qui regai'de sa personne, sur quoy jeûs un agréable et vaste champ à mestendre pour satisfaire toute sa tendresse. Le Roy d'Espagne me fit Ihonneur de me parler sur sa joye du futur mariage de V. M., sur le désir extrême qu'il en avoit toujours eu, sur les satisfactions infinies qu'il ressent de l'alliance qu'il a ehoisie