Ils nous dirent est probablement oublié
nos instructions, et que si cela estoit, cela jetteroit l'affaire dans un grand embarras, et une grande longueur. Je repondis, que nos instructions ne pouvoient rien contenir, sur une formalité a la quelle on n'auroit pu penser, en France, puisqu'elle ny estoit point d'usage, en pareille occasion, mais que je croyois qu'il nous suffisoit, qu'il n'y eût rien, ny pour ny contre, pour nous renfermer a ce qu'elles contenoient, cest a dire a ne jjoint admettre de témoins, que je ne ferois aucune difficulté qu'il y en eût de la part de l'Espagne, pourvu, qu'il ny en eût point de la nostre, comme avec la même condition, je n'en ferois pas même, pour des Gomm" d'Espagne, si ces Messieurs trouvoient, qu'il y en pût avoir, le Roy et la Reine stipulant en personnes, et signant eux-mêmes le contract ; mais que je les supliois de considérer que L. M. G. pouvoient agir a leur égards, en souverains chez eux sans que nous y puissions trouver a redire, au lieu que pour nous, nous étions bornés aux ordres que nous avons reçus et aux termes de nôtre instruction sans pouvoir les outrepasser. Ils insistèrent toujours sur la complaisance de L. M. G. de signer eux mêmes contre la coutume, sur la nécessité des témoins, pour la validité de l'acte, par la coutume d'Espagne, sur ce que des témoins navoient aucun besoin de pouvoirs, sur ce que nous ne pourrions alléguer qu'il y eut rien de contraire de porté dans nos instructions, et que par conséquent, ce ne seroit point les outrepasser. Je continuay, a me deffendre, par mes précédentes raisons, et nous passâmes ensuitte a voir le changement a faire, dans la préface du contract de mariage, par rapport a la signature du Roy et de la Reine d'Espagne. Cette Gon-
ference, Sire, se passa avec beaucoup de politesse, et il me parut que le M. de Grimaldo ne respire que l'union intime, entre S. M. et le Roy son maistre, dont il est principal Ministre pour ne pas dire le seul, de sa confiance la plus particulière.
Il nous proposa ensuitte, la signature des articles pour cet après midi, dont M. le marquis de Bidmard et luy sont nommés Comm'"*% et celle da contract de mariage pour demain après diné, l'un et l'autre, dans l'appartement de S. M. G. Nous eusmes ensuitte quelque conversation, de pure civilité, et nous prismes congé de luy.
Gomme il me reconduisoit, il rappella M. de Maulevrier a qui il demanda les noms des personnes principales que j'ay amenées, et le pria de les luy envoyer le soir. Je ne scù a quel dessin, mais je soupçonnay qu'il n'estoit pas battu sur l'article des témoins; le soir très tard M. de Maulevrier m'envoya dire par son Secrétaire que M. de Grimaldo attendoit les noms et qu'il vouloit les voir absolument avant de se coucher tellement que je les fis écrire, et remettre a ce Secret''*; ce matin, Sire, comme je commençois d'avoir l'honneur d'écrire a Y. M. jay reçu un paquet de M. de Grimaldo, contenant une lettre pour moy et 5 lettres pour MM. les Gomtes de Lorges et de Gereste, M. de St Simon, et celuy de mes enfants qui est icy. J'ay l'honneur d'envoyer a V. M. la copie de la lettre qui est pour moy et de celle qui est pour mon fils, les !i autres estan pareilles; jay récrit sur le champ, a M. le M. de Grimaldo, en réponse les ordres que jay reçus de V. M. pour ne point faire d'entrée, et que sur le reste, je le supliois que jeusse un moment d'entretien avec luy,
dans la fin de la matinée. Jay envoyé, sur le champ, ce même paquet a M. de Maulevrier pour le lui communiquer, mais j'ay esté seul chez M. le M. de Grimaldo, pour m'expliquer, avec luy, de ce qu'il entendoit par ces lettres, M. de Maulevrier estant occupé a ses dépêches, jay donc interrompu celle de V. M. pour faire cette visite de la quelle j'arrive tout présentement.
Il m'a dit nettement, que S. M. G. dans le désir, et dans l'empressement, de finir promptement cette aiïaire si désirée, ayant condescendu, de si bonne grâce, a signer elle-même avec la Reine le contract du futur mariage de V. M. avec l'Infante, contre la coutume et l'usage des Roys ses prédécesseurs, il estoit juste aussy, que je condescendisse de ma part, non pas a une simple complaisance, mais a un point nécessaire alavaliditéde l'acte, qui est celui des témoins, que, depuis nôtre conférence d'hier, le Roy d'Espagne a cherché les moyens de concilier la dessus sa délicatesse avec nos difficultés, et qu'il a cru prendre l'expédient le plus convenable de convier, luy même, les cinq personnes susd'' a estre témoins, pour lever la difficulté que nous faisions d'en nommer, et qu'en cela, S. M. C. a prétendu joindre a une sûreté nécessaire dans l'occurence présente une marque de distinction pour moy, que je ne pouvois refuser, puisque, outre quelle n'est pas de mon choix, je ne pouvois alléguer quelle se trouvast, en rien contraire, aux termes de mon instruction. J'ay répondu a cet honneur inattendu et non désiré avec tout le respect possible sans m'engager a rien, que je n'eusse vu jusquou il voudroit porter l'usage de ces témoins, et s'il avoit dessin de leur faire signer le contract de mariage,
mais il est convenu avec moi qu'ils nauraient point cet honneur, que S. M. C. secontenteroit qu'ils fussent présents, a la signature de notre part, comme de la leur, le Majordome major, le Somelier de corps, le grand Ecuyer , le grand Maistre de la Reine, et son grand Ecuyer qui est le prince de Castellamarre, y assisteroient de leur part, en pareilles fonctions, qui sera exprimée par un acte séparé, lequel sera seulement signé du même Secret''' d'estat, tout seul qui recevra aussy le contract de mariage, en qualité de Nof^ du Roy d'Espagne.
Javoue, Sire, que je suis demeuré fort embarrassé entre la resolution ferme quej'ay rencontré, et lacrainte qu'en y cédant V. M. ne me soupconnast un peu destre séduit, par cet honneur fait a des personnes presque toutes de ma famille, et que jaurois peut être disputé encore moins ce matin si j'avois eu icy d'autres personnes à leur substituer en cette occasion, pour la plus grande partie ; mais jay considéré, qu'il s'agit en effet d'une formalité, a la quelle ils sont opiniâtrement attachés, dans la circonstance singulière d'un mariage futur, et a la quelle je me suis apperçu enfin qu'ils ont sacrifié la signature de L. M. C. dans le contract pour faire passer ces deux choses lune pour lautre chacune contre nos usages respectifs, avec cette différence i, appartient, a leur sens, a la validité de l'acte.
La qualité des témoins qu'ils choisissent de leur part, et qu'il ma en même temps nommés, si disproportionnée des nôtres par le poids de l'âge et des charges, me confirme encore dans cette opinion, et ce qui a
i. Saint-Simon a sans doute omis que la seconde.
15/j LETTRES ET DÉPÊCHES.
achevé de me faire rendre, outre l'impossibilité que jay vue a résister sans nous exposer aux longueurs du retour d'un Courier, qui auroit infiniment déplût et agité icy, cest que ces témoins ne signeront rien, qu'ils ne paroisteront que dans un acte séparé, qu'il nest question icy de rien de contraire a vos ordres, que la dignité de V. M. s'y trouve toutte entière, et qu'il paroit par les copies cy-jointes qu'il ny a rien de nôtre choix. Jespère, Sire, que par toutes les raisons que jay Ihonneur de représenter a V. M. elle me fera celuy d'approuver ma conduite, destre parfaittement convainciie de mon attachement infini a l'exécution laplus ponctuelle desesordres.
En cet endroit de ma lettre je reçois un nouveau paquet de M. le M. de Grimaldo, sans autre lettre pour moy, et qui me surprend encore plus que le premier, il contient cinq lettres pour les mêmes personnes, touttes pareilles de Tune desquelles qui est pour mon fils je joins icy une copie : V. M. verra que ce n'est en soy que la même chose dont je viens davoir l'honneur de lui rendre compte et qu'ils se sont seulement prévalus de €0 que je viens de cedder pour employer dans cette nouvelle lettre le terme de témoin qui leur est si prétieux, comme il l'auroit esté également dans l'acte séparé qui fera mention, de leur présence. Cette nouvelle lettre de plus ou de moins est forte indifférente, ainsy je ne voy pas qu'il y aitmattière a rien reclamer Ja dessus. Je suis avec un très profond respect, Sire de Vôtre Majesté
Le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet
Le Bue de St-Simon.
AU ROI
Madrid, 24 novembre 1721.
Sire,
Jemploye le peu de temps qui reste d'icy au départ de l'ordinaire pour rendre compte a V. M., que jem'expliquay hier, que je pretendois, que les articles du contract de mariage de V.M. avec l'Infante, qui devoit être signé aujourdtiuy par M. le M. de Maulevrier et moy, et par M. le M. de Bedmard et M. le M. Grimaldo, commissaires nommés par le Roy d'Espagne, d'autre part, le fussent chez moy, a moins que S. M. C. n'aimâ mieux que ce fut dans son appartement, ce que j'esiimois encore plus convenable a la dignité de cette fonction, et une facilité aussy qui pourroit estre agréable, a S. M. C. Cest en effet ce dernier parti qui a esté choisy. >(Ous nous sommes rendus a cinq heures du soir, M. le M. de Maulevrier et moy auPallais, ounous avons trouvés M. le M. de Bedmard, et M. le M. de Grimaldo qui nous attendoient. Ils nous ont fait aussy tost passer dans le cabinet, ou se doit faire demain la signature du contract de mariage de Y. M. Ils nous en ont faits les honneurs et nous avons pris la droitte, nous avons collationné, avec beaucoup d'exactitude, les deux Instruments que nous devions signer avec la copie des mêmes articles que nous avions apportés et, ensuitte, les ins-