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en sorte que le même chemin que l'Infante a fait en trente cinq jours, la Princesse n'y a mis que dix et arrivera le même jour 19 a Gogollos a h lieues de Lerma ; le Roy d'Espagne y envoya le même jour 19 le Duc de Larcos son grand ecuyer pour la complimenter, et se déroba luy même avec la Reyne d'Esp- et M'"' le Prince des Asturies, sans que personne de leur cour, en eut connaissance, dans l'impatience de voir eux mêmes la Princesse; ils entrèrent chez elle un moment après que le Duc de Larcos eut fait son compliment, et qu'il en eut demandé la permission à la princesse, comme pour des gens de sa suite qui avoient la curiosité de la voir ; personne de ceux qui etoient a Gogollos n'avoit part a la confidence, mais aucun n'osa faire semblant de rien. Fort peu de temps après que L. M. G. furent entrées , M. le duc de Larcos dit à la Princesse, que ses domestiques etoient devenus ses maîtres, et cette galanterie, ne déconcerta point la Princesse que le Roy, et surtout la Reyne, embrassèrent très tendrement, et a plusieurs reprises; leur visite dura une heure debout en présence de tout le monde; après quoy le Roy, et la Reyne d'Espagne et M='' le Prince des Asturies revinrent a Lerma ; la Princesse y arriva le "20, sur les deux heures après midy et fut recïie par le Roy et la Reyne d'Espagne, et par le prince, au bout de la cour qu'ils traversèrent pour aller au devant d'elle et la menèrent dans l'appartement quy luy estoit préparé, avec la plus grande marque de joye peinte sur leur visage. La Reyne m' ayant apperceu me dit avec transport de joye qu'elle tenoit maintenant la princesse, qu'elle estoit présentement a eux, qu'elle n'estoitplus a nous, et qu'ils la sceauroient
bien garder; ils furent plus d'une heure tous quatre ensemble et, quelque temps après s'estre séparés, la Reyne luy envoya un beau collier de pierreries, des boucles et des pendants d'oreille de grand prix, dix montres d'or avec des chaînes enrichies de diamants, 18 tabatières en or, plusieurs étuis d'or de différentes façon avec des diamants, et quantité d'autres bijoux. Apres quelque repos, le Prince et la Princesse furent mariés en présence du Pioy et de la Pieyne d'Espagne et de tout le monde, par M. le Cardinal de Borgia, et ce fut au moment que le mariage venoit d'estre achevé, et dans le lieu même, que le Roy d'Espagne voulut marquer la satisfaction extrême, qu'il ressent d'une union intime avec \otre Majesté en me comblant de ses grâces, que V. M. m'a fait celle de me permettre d'accepter et que je luy dois toutes entières comme a leur source. Un moment après le Pioy d'Espagne donna aussi la toison d'or a M. de la Fare, pour montrer, en toute manière, qu'elle estoit son infinie satisfaction. L. M. G. et le Prince, rammenerent la Princesse dans son appartement, où ils furent plus de deux heures tous quatre ensemble. Le Pioy et la Reyne d'Espagne souperent ensemble a leur ordinaire, et le Prince et la Princesse chacun séparément; a 9 heures il y eut un grand bal, ou jamais L. M. G. n'ont fait paroitre tant de gayeté. Un peu après minuit on fut du bal dans l'appartement de la Princesse qui fut deshabillée et mise au ht, en présence de la Reyne d'Esp" et des Dames ; le Prince se deshabilla cependant dans la pièce voisine, en présence du Roy d'Espagne, et de toute la cour, et de tous ceux qui voulurent entrer ; le Roy paroissoit transporté de
joye et parloit a tout le monde; et la Reyne fit plusieurs allées et venues d'une chambre a l'autre, hors d'elle même de contentement. Lorsque la Princesse fut au lit on appella le Prince, et dès qu'il y fut luy-même, le Roy et la Pieyne d'Esp' firent entrer tout ce qui se présenta a portes ouvertes.
Ils voulurent que chacun s'avançât autour du lit, dont tous les rideaux estoient absolument ouverts, et après un temps qui fut même considérable, le Roy et la Reyne d'Espagne, qui parloient cependant a tout le monde, dirent qu'il falloit se retirer, et sortirent des premiers en souhaitant mille bénédictions a ces augustes mariés.
Hier '11. Les cérémonies ordinaires du mariage ont été suppléés, a la manière de ce pays cy, par la cérémonie qui s'appelle Vclation, et qui se fait avant et pendant la messe; M. le Cardinal de Borgla a fait toutes ces fonctions et a dit la messe, pendant et après laquelle la joye a continuée d'éclater sur le visage de L. M. C. et du Prince. Il y avoit des divertissements et un bal ordonnés pour le même soir, mais la Princesse s' étant trouvée extrêmement fatiguée et devant partir ce matin, il a été jugé a propos de la laisser reposer et de ne se point divertir sans elle. Le Roy et la Reyne d'Esp' sont partis sur les deux heures après midy, le Prince et la Princesse faisant les mêmes journées, pour arriver tous a Madrid le 26 ou on prépare quantité de festes. J'ay eu soin. Sire, suivant les Commandements de Y. M., de me conserver le premier lieu, en toutes ces fonctions, en quoy je n'ay pas trouvé la moindre difficulté, ni témoigné non plus la moindre affectation.
M. le M. de Maulevrier et moy estions l'un auprès de l'autre a la célébration du mariage, mais, comme il prit le lendemain les devans pour Madrid, j'étois seul a la cérémonie de la Velation. Je ne puis dire a Y. M. avec quelle tendresse le Roy et la Reyne d'Espagne ont embrassé la Princesse, et après la célébration et en quelques autres occasions de son mariage, et même devant le monde qui en a été véritablement touché ; ni combien aussy la Princesse paroit d-^ja accoutumée et reçoit avec respect et avec grâces infinies toutes les marques d'affection.
Je compte de me rendre aussi dans 5 jours a Madrid et de partir demain.
Je suis avec un très profond respect Sire
de Votre Majesté Le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet.
Le Duc de St-Sinion.
AU ROI
A Villalmanzo ce 22 janvier 1722.
Sire,
Le nom de V. M. est tout puissant, et par sa permission, j'en ressens les plus grands effets ; je ne puis