‹ Papiers inédits du duc de Saint-SimonChapitre 39 sur 91 · I. Volume · texte numérisé non relu

I. Volume

engagé a ne faire aucune difficulté, de rendre a L. M. G. un respect qui ne tire a aucune conséquence et qui auroit été compensé, par le lieu de la signature des articles.

Je vous suplie d'être persuadé, que je ne fis aucune attention a moy, lorsque je me mis en estât de signer a coté du dernier Infant : je le fis uniquement, pour suivre de point en point ce que V. E. m'avoit dit et sans aucune reflection sur la signature de M. le M. de Maulevrier qui devoit suivre, si bien, que je ne repondis a l'avis de D" Rodrigo, que par hausser ma main pour signer a côté du penultiemelnfant.il en est exactement de même de la difficulté que je fis sur les témoins qui ne vint uniquement que de ce qu'il n'y en avoit rien dans mon instruction et de l'ignorance ou j'etois sur cet article, et par cette raison je ne pu me résoudre a y consentir, que moyennant l'acte séparé; et quant a l'avantage de signer seul le contract de mariage avec M. de Maulevrier, je vous supplie d'estre persuadé que par mon choix jeusse de beaucoup préféré l'incertion du nom des témoins, et leurs signatures dans le contract, ou mon fils et deux de mes parents, de mon nom, se seroient trouvés figurer dans leur première jeunesse avec des grands d'Espagne, revestûs des plus grandes et des premières charges de cet estât, et fort avancés en âge.

Ce quelle veut bien me mander sur la confidence faitte a M. Laulés est une suitte de ses bontés sans fin dont je ne puis assez luy reiidre de grâces.

Je ne manqueray pas d'exécuter ce que V. E. me prescrit a l'égard du S' de Magny et luy rendray un

compte exact de la réponse qui me sera faitte ; j'en juge déjà par la façon dont je vois que l'on pense icy sur tous ces fugitifs : ils ont peu ou point de considération, mais ils sont fort a charge tant par rapport aux pensions qu'aux employs ; je crois que L. M.C.seroient ravies d'en estre débarrassées, en obtenant pour eux une amnistie ; je dois même vous dire, quelles m'ont sur cela fait faire des insinuations assez marquées, pour avoir l'honneur de vous en rendre compte. Quelque soit mon sentiment sur cet article, je me conformeray, volontiers, aux ordres de S. A. R. et de V. E. et au désir de L. M. G.

Je feray mon possible pour découvrir la raison de M. de Montalegre, sur le conseil de nous abstenir du Te dcu77i, mais V. E. se souviendra, que ce fut, M. le M. de Maulevrier et non pas moy, qui fit difficulté d'y aller sans information préalable, et que ce fut luy aussy qui la prit de M. de Montalegre.

M. l'abbé de St-Simon a eu l'honneur de rendre a V. E. un compte si fidèle et si exact de ce qui s'est passé entre le R. Père Daubenton (qui ne veut estre nommé dans aucune de mes dépêches) et moy, et avec M. le M. de Grimaldo, par rapport aux grâces que je puis espérer, que je ne crois pas pouvoir y rien ajoutter, que ce qui s'est passé depuis vostre dernière dépêche. M. de Sartine a qui j'envoyay sur le champ vôtre paquet, manda a M. l'abbé de St-Simon, qu'il seroit bien aise de le voir incognito sur le chemin de Lerma icy ; ils s'y trouvèrent ensemble, et là M. de Sartine conféra avec luy, sur l'usage qu'il devoit faire des excellentes lettres que V. E. luy avoit adressées et conclut, que si j'étois

de cet avis, il falloit en suspendre l'usage jusqu'à de nouveaux ordres de V. E. ; M. l'abbé de St-Simon m'en rapporta la raison que je n'aypu desaprouver ; quoy que j'eusse esté fort flatté de montrer icy les témoignages si authentiques des bontés infinies dont m'honore S. A. R. et de l'amitié si efficace de Y. E.

M. de Sartine vous rend compte des raisons qu'il a eus, celles aux quelles je n'ay pu me refuser est le ménagement convenable aux démarches de S. A. R. ; or il prétend, et cela me paroit aussy, que les canaux souterrains dont V. E. s'est servie, ont esté si efficaces, qu'ils ont déterminé entièrement les grâces en question, que M. de Sartine croit devoir être déclarées, même avant la célébration du mariage ; il craint d'ailleurs que la lettre de S. A. R. qui ne diminue en rien la grandeur de la grâce qui en est l'objet, ne fasse faire a L. M. G. des reflections contraires aux idées que M. le M. de Grimaldo a taché de leur inspirer ; pour diminuer le meritte et l'importance de la Grandesse, il leur a insinué, que cette dignité pour moy n'estoit pas une grâce, puisque par les conventions les ducs et les grands estoient au même niveau, que touttela grâce se reduisoit a me permettre de passer sur la teste démon second fils, la Grandesse, dont j'ay icy naturellement les honneurs. Cette idée, de la solidité de la quelle je laisse le jug' a V. E., a produit tout l'effet que desiroit M. le M. de Grimaldo, auprès du Roy d'Espagne, qui l'a luy même autorisée par citter a la Reine et a M. le M. de Grimaldo l'exemple de M. le Duc de Berwik, et a dit qu'il étoit vray, quelle estoit beaucoup moins considérable, pour moy que pour un autre. J'ay cru devoir sacrifier, a touttes

ces raisons, l'honneur et le plaisir, qu3 je me proposois, en faisant usage des lettres pleines d'adresse et de force que Y. E. m'a bien voulu procurer.

Les reflections de M. de Sartine m'auroient fait naître, un scrupule, sur l'acceptation des grâces de celte cour, au cas, comme je l'espère, qu'il y en ait plusieurs, mais je crois cette diiïlculté bien levée par ce que me fait l'honneur de me mander S. A. R. dans sa lettre du 16 x'''*; elle veut bien m'y marquer le désir quelle a que je recueille le premier fruit de l'union qui vient de se former, et qu'elle sera très sensible si je reçois des marques publiques et indubitables de la satisfaction du Pioy d'Espagne. J'ay eu l'honneur de m' expliquer si formellement avec S. A. R. et avec V. E. sur la multiplicité des grâces, et d'en recevoir des réponses si favorables, que je ne crois plus ce scrupule fondé, et que je ne dois avoir aucune difficulté, d'accepter, pourmoy ut pour mes enfants, les grâces qu'il plaira a L. M. C. de m' accorder qui partent si directement de S. A. R. et de Y. E.

Le contretemps fâcheux qui m'est arrivé a beaucoup dérange l'objet que M. Pequet s'est proposé en envoyant icy M. son fils ; il n'a appris, depuis 6 semaines, qu'a donner a un malade les soins les plus assidus et a l'amuser infinim' par l'esprit et les connaissances, fort au dessus de son âge, dont il est rempli.

Je ne puis m'empecher de réitérer a Y. E. les remerciments, que M. l'abbé de St-Simon luy a déjà faits, de fattention si effective qu'elle a bien voulu avoir pour l'oITicier que je luy ay dépêché.

Tout ce que je dois a Y. E. et mon désir de luy en

marquer, ma reconnaissance, dans les moindres occasions, luy doivent estre caution de tout ce qui dépendra de moy, pour procurer a M. de Chavigny, les facilités et l'agrément qu'il pourra désirer; je scay par moy même ce qu'il vaut, qui est infinim' relevé auprès de moy par la recommendation de Y. E.

J'exécutteray avec tout l'empres' possible vos ordres sur les 3 mémoires que vous m'envoyez ; tout ce qui appartient a S. A. R. m'est trop prétieux, et j'ay en particulier trop de considération pour M. Coche, pour ne pas faire de mon mieux sur ce qui le regarde.

M. le Ghev"" de Saintot, est si honnête homme et s'acquitte si dignement des fonctions de sa charge, que je seray ravi de m'employer pour le service de sa parente; la personne de M. le Comte de Rottembourg et la chose qui l'interresse merittent trop de considération pour ne me pas appliquer tout entier a lui procurer la satisfaction qu'il désire et par dessus tout le plaisir d'obéir aux moindres recommandations de V. E,

M. l'Abbé de Sl-Simon a regardé ce que vous m'avez fait l'honneur de me mander à l'égard de M. de Cheverni, comme une afl'aire provisoire. L'interruption du commerce avec la cour la obligé de s'adresser à M. de Sartine pour prévenir M. le M. de Grimaldo sur la demande qui pouvoit être faitte par cette dame ; il s'est servi des armes que V. E. me mettoit en main, je veux dire, l'observation exacte de la règle prescrite de ne laisser suivre ^P la Princesse des Asturies par aucuns François; il n'en est rien revenu à M. de Sartine. Il y a apparence que cette dame s'est désistée des prétentions, quelle a eû'îs, ou qu'on luy a attribuées; on ne peut

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être plus touché que je le suis du motif de l'avis, que vous avez voulu me donner sur ce point.

La Princesse, qui fut échangée le 9, n'arrivera a Lerma que le 25 ou le 2(3. Cette cour y sera de retour après demain. Comme il y aura déjà 8 jours, que je seray en usage d'aller tous les jours a Lerma, je compte aller audevant de la Princesse, à sa dernière couchée, pour luy rendre tous les respects que je dois, encore plus a la fille de S. A. R. qu'a la future princesse des Asturies. Ils doivent tous partir pour Madrid les derniers jours de ce mois, ou on prépare beaucoup de festes, et entre autres un tournois qui se doit trouver presten arrivant, dont M. le Duc de Larco sera le chef, en la place du duc de Médina Cœli, qui s'en est excusé à cause de la dépense. Ces suitles de la solemnité du mariage me sont une nouvelle raison d'accompagner L. M. G. a Madrid, ainsy que j'ay déjà eïi l'honneur de le mander a V. E. dans l'espérance de son approbation, elle peut bien croire, que mon séjour y sera court, dans l'impatience extrême ou je suis de me retrouver a portée de témoigner moy-mème toutte ma gratitude a S. A. R. et de vous vouer une reconnaissance et un attachement éternels; je ne puis en effet cesser de vous rapporter la grandeur solide et la décoration extérieure de ma maison, et de me baigner, puisqu'il faut vous le dire, dans ce comble d'amitié a qui rien de grand, ni de petit n'échape. Tout ce que vous avez fait auprès de S. A. R. pour me procurer des secours, et tout ce que vous n'avez pas dédaigné de faire auprès des particuUers qu'on a crii qui m'en pourroient fournir, jusqu'à vouloir y engager du Vôtre; mais plus que tout cela encore

vôtre sensibilité sur ma santé, vos soins et vôtre inquiétude pour calmer celle de M'"" de St-Simon, la bonté avec laquelle vous avez quitté vos plus importantes affaires pour aller vous-même chez M. le Duc d'Humières, et les détails ou vous avez bien voulu entrer pour empêcher les lettres de l'ord' ' de se répandre et le courrier de M. Laulés de parler, jusqu'à ce que M'"" de St-Simon put estre informée, avec les précautions qui luy estoient si nécessaires; touttes ces choses ensemble, et chacune d'elle en particulier, me pénètrent si vivement le cœur, que les expressions me manquent pour vous en rien exprimer, si non que je suis a V. E. a la mort et à la vie, et que je me flatte quelle me connoit assez pour y compter parfaittement, et sur tout le respect que vous méritez.

Le Duc de St-Simon.

AU ROI

Sire,

A Villalmanzo, ce 22 janvier 1722.

J'eus l'honneur d'aller saluer L. M. C. a Lerma le 19 de ce mois, elles avoient envoyé des ordres reitérées a la Princesse d'arriver en diligence, et augmenté les relais sur sa route, autant qu'il avoit été possible

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