‹ Papiers inédits du duc de Saint-SimonChapitre 43 sur 91 · Volume · texte numérisé non relu

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donner aucun nouveau titre, n'y par conséquent celuy d'Empereur. M. le M. de Grimaldo, me parut éloigné de l'admettre, et me promit fort obligeament, sans que je le luy le demandasse, la copie du protocole des Roys d'Espagne pour le Czar, dont le Roy d'Espagne, d'aujourd'huy, vient de se servir, tout a l'heure. J'auray l'honneur de vous l'envoyer dès que je l'auray receue. Je luy parlay aussy de la Toscane a l'occasion de la santé du grand duc qui a l'apparence de se rétablir et de la suspension de la marche des troupes impériales de ce coté la. Il me repondit avec grande affection sur ce point qu'il me dit être la partie la plus sensible du Roy et de la Reyne d'Espagne, que L. M. C. se confioient entièrement en la protection de l'amitié de S. A. R. la dessus, qu'ils y avoient mis toutte leur confiance, et qu'ils comptoient, asseurement, quelle ne seroit pas trompée, tant en considération de l'union personnelle avec luy et de Couronne a Couronne avec la France, que parcequ'elle est trop clairvoyante, et V. E. aussi, pour ne pas bien sentir l'intérêt de la France a empescher l'Empereur de se rendre maitre de l'Italie, ce qui ne se peut evitter que par l'établissement de l'Infant d" Carlos. M. de Griinalio me toucha, a ce propos, un motde l'Angleterre, a laquelle il prétend qu'il ne faut avoir aucune confience ni aucune espérance, en cette affaire d'Italie, par l'intérêt du Roy d'Angleterre comme prince de l'Empire a ne blesser point effectivement l'Empereur dans un point si sensible, et parce qu'il ne veut pas non plus fortifier la branche d'Espagne d'un tel établissement, dans la volonté qu'a ce prince de se concerver la possession de Gibraltar et du Port-Mahon. V. E. fera

sur ce dernier point d'Angleterre les sages reilections que ses lumières luy fourniront, elle me permettra seulement de luy dire, qu'a ne considérer que ce raisonnement tout seul, il me paroit bien fondé ; ce qui me plût de ma conversation avec M. de Grimaldo sur ce chapitre c'est qu'il n'y fut rien dit qui tendit a aucun engagement, mais seulement une grande confiance, sur cette affaire, en S. A. R. sur laquelle on s'en veut reposer entièrement icy et un extrême désir que cet établissement ne leur échappe pas.

J'ay dit un mol legèrèrement, comme par conversation, de cette même affaire de la Toscane au Roy et a la Reyne d'Esp" dans l'audiance que j'en eus le 19. Ils me dirent en substance touttes les mêmes choses que M. le M. de Grimaldo, et me parurent sensibles a ce point, au de la de tout ce que je puis représenter, jusque la que Reyne me parla en gros des tyrannies de l'Empereur en Italie, de celles que son père en avoit essuyées en particulier, de l'amertume involontaire que cela luy donnoit contre l'Empereur joint a tout ce qui s'étoit passé a l'égard de l'Espagne qu'elle toucha néanmoins beaucoup plus légèrement. Ces propos animés la conduisirent a parler, avec une sorte de peine, de la préséance de l'Empereur sur les Roys et différents propos la dessus inutiles a grossir cette lettre, les quels me menèrent bien naturellement a executter, ce que Y. E. m'a ordonné a l'égard de M. le Duc de Lorraine. Le Roy d'Espagne me parut vivement piqué du procédé de ce prince et beaucoup plus que de la promotion de la toison d'or, que l'empereur vient de faire, quoy qu'il le soit extrêmement; aussy il me parut que cette toiton,

que le Prince de Lorraine areceiie de l'Empereur, éloionera extrêmement le duc son père d'estre admis par l'Espagne dans la Zip'" alliance; et au peu que S. M. C. a coutume de s'expliquer, je compris aisément qu'elle n'épargnera pas les mortifications a ce prince, si elle en trouve les occasions. A ce propos le Roy d'Espagne me demanda avec amertume ce que je disois d'un fils de l'électeur de Bavière, et son cousin germain (m'ajoutat-il) qui avoit aussy pris une toison de l'Empereur dans cette mesme promotion. Je ne pus pas m'empecher de desaprouver dans l'un ce que je venois de blâmer dans l'autre; mais je l'escusay aussitôt après en disant a L. M. C. que l'interest et la passion de l'Électeur de Bavière du mariage d'une Archiduchesse luy avoit sans doutte arraché cette complaisance et je remarquay que cette raison que le Roy et la Reine d'Espagne repettèrent l'un et l'autre les adoucit extrêmement sur cette démarche du Prince de Bavière. L'Électeur son père a essuyé tant de mauvaise fortune, pour sa fidélité aux intérêts, du feu Roy, que j'ay cru devoir excuser de mon mieux ce qui vient de déplaire de luy au Roy d'Espagne, d'autant que je n'ay pas ouï dire qu'on eut cessé d'être content de ce prince, et que même dans l'incertitude, si j'y avois esté, il me semble qu'il faut toujours pancher a emousser les aigreurs; mais je prévois et je dois en avertir Y. E. que ce Piinto, de donner la toison, ne sera pas une des moindres difficultés, entre l'Empereur et le Roy d'Espagne. Je me servis auprès de S. M. C. assez heureusement, à ce qu'il me sembla, de la comparaison, que vous m'avez fournie, de ce Seigneur qui se fit donner le cordon bleu par son

curé, et ce qui me lit plaisir de toute celte conversation comme de celle que je venois d'avoir avec M. de Grimaldo, c'est qu'il n'y eut rien qui tendit a aucun engagement.

Je ne puis assez vous repetter a combien de reprises, et avec quel air sensible de vérité, le Pioy et la Reine d'Espagne me parlèrent de leurs désirs extrêmes d'étraindre l'union, de plus en plus, et ne rien faire qui y puisse porter la moindre altération, ainsy que leurs désirs d'être bien avec S. A. R. et de se porter a tout ce qui pourra luy convenir.

Je trouve dans M. le M. de Griniaklo et dans le père d'Aubenton, les mesmes démonstrations qui me paroissent de vrays dispositions sur les quelles je suplie Y. E. de bien considérer, que les instruments dont elle se servira icy influeront beaucoup.

Je receu bier a dix lieures du matin vôtre courrier, et l'honneur de vôtre dépêche du 13 de ce mois, qui roule toutte sur la nommination de M. le Duc de Bournonville a l'Ambassade de France, et sur tous les inconvénients de ce choix. Dès que j'ay esté en état d'apprendre ce qui se passoit dans le monde, je priay M. l'abbé de St- Simon de témoigner a Y. E., ne pouvan t encore le faire moy même, mon extrême déplaisir de la précipitation de ce choix. J'ay eu depuis l'honneur de vous en écrire, si amplement, que je me flatte que mes excuses auront esté admises par Y. E. et qu'elle aura vu combien cet envoy m'etoit personnellement desagréable par plus d'une raison; je n'ay donc rien a ajoutter li ce que j'ay eu l'honneur de vous en mander, d'autant plus, qu'en arrivant hier matin a Lerma, j'y ay trouvé

public, que M. le Duc de Bournonville, ne va plus Ambassadeur en France et que -M. le Duc d'Ossone y demeure en cette qualité ; cela m'a engagé a en parler un peu plus librement a M. le M. de Grimaldo, chez lequel je m'allay chauffer, en attendant la cérémonie de la Velation, et dont le bureau est contigu au lieu accommodé en chapelle ou elle s'est faitte, et qui (pour le dire en passant pour la singularité) est aussy le même, ou le bal fut donné la veille. M. de Grimaldo m'avoua, franchement, que les bruits qui courroient étoient vrays, et que le changement de cette disposition était fondé sur ce qu'on avoit sçu que M. le Duc de Bournonville étoit extrêmement désagréable en France, sans néanmoins m'expliquer de quelle façon ces sentiments de notre cour avoient été si promptement connus et suivis ; il s'est étendu sur la complaisance du Roy d'Espagne pour S. A. F», dont ce changement étoit une grande et singulière preuve; il ajousta que pour peu que l'on eût sçu quelque chose icy, auparavant, il n'auroit jamais été nommé et qu'il étoit si essentiel de traiiter, de part et d'autre, par des Ministres agréables pour confirmer et serrer de plus en plus une union si nécessaire et si désirable ^ porteroit toujours le Roy d'Espagne a exclure pour ses employs toutte personne qui seroit non seulement peu agréable a son S. A. R. mais encore a V. E.; il me nia très bien que M. le Duc de St-Aignan eut jamais donné aucune exclusion a M. le Duc de Bournonville, n'y qu'on eut jamais sondé cette cour cy sur les Ministres que la notre y destinoit, et nommément

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