‹ Papiers inédits du duc de Saint-SimonChapitre 54 sur 91 · Volurui · texte numérisé non relu

Volurui

S. A. R. leur ont donnée, en la personne de leur Ambassadeur.

M. de Maulevrier, qui s'est trouvé au Palais, et a qui j'ay appris la nouvelle, a été présent au compte que j'en ay rendu a L. M. C. Au sortir du cabinet je l'ay dit aux Seigneurs qui se sont trouvés encore à la porte, elle s'estoit déjà répandue par les lettres de Paris, et j'ay pris garde qu'elle a été receue icy avec une grande satisfaction.

A ce propos je ne puis m'empecher de suplier V. E. de me permettre de luy représenter, que j'ay peur que la bonté de S. A. R. n'ait été surprise dans cette occasion sur la manière de promouvoir M. le Duc d'Ossone, dans l'intention de l'empêcher de faire la promotion du lendemain du Sacre, comme n'étant point en son pouvoir; deux faits forts simples prouveront le cortraire; le premier est que Henry Quatre hugnot, et par conséquent pas chevalier de l'ordre quoy que Roy de France de droit, donna pouvoir au siège de Rouen a M. le Maréchal de Biron, le père, CheV du St-Esprit, de tenir un Chapitre de cet ordre, d'y proposer pour y estre receu le baron de Biron son fils, qui eust depuis la teste tranchée, et de le faire ensuitte Cevalier du St-Esprit, et cette cérémonie fut faitte par ce Maréchal dans l'Eglise paroissiale du Faux bourg de Dernetal de Rouen.

Ainsy, on peut faire des Chevaliers du St-Esprit sans qu'il y ait de grands maîtres et le Régent du Royaume, n'a pas plus besoin de lettres patentes, pour cette bagatelle, que pour faire la guerre, la paix, et les alliances.

Voila pour la partie du Roy, de la quelle peuvent émaner les lettres patentes, car pour celle du grand maître, le Roy ne l'est point, puisqu'il n'est point encore chevalier et, conséquemment, ne peut donner de lettres patentes dans une qualité qu'il n'a point.

L'autre fait est encore plus précis puisqu'il est dans l'espèce présente. C'est que Louis Xlll, sacré en minorité, fit une promotion de plusieurs chevaliers le lendemain de son sacre; elle auroit donc été annoncée assez longtemps auparavant le sacre, pour donner celuy aux promus de faire leurs preuves devant les Coinm''^^ et a ceux la de les rapporter et de les faire admettre au chapitre, et le loisir aux nouveaux chevaliers de faire faire des habits ; d'où il resuite que ce fut la régente qui les fit et les nomma tous avant la première comunion et le sacre du Roy son fils et avant qu'il fut chevalier de l'ordre et consequement grand maitre. Et encore que feu Monsieur, ait été seul fait chevalier du St-Esprit par le feu Roy majeur, le lendemain de son sacre, ce dernier cas ne laisse pas d'avoir son application icy. Vous estes sans cesse appUqué a taut et de si grandes choses que les petites ne doivent pas vous amuser, néanmoins j'ay crû que V. E. ne trouveroitpas mauvais ce que j'ay l'honneur de luy mander, parce qu'il me paroît très important a S. A. R. d'user de son droit pour la future promotion et de ne pas se laisser prendre aux apparentes difficultés qui lui sont présentées, où peu sciament, ou peu fidèlement, comme il paroît par ce qui s'est passé sous les trois successeurs de Henri III Instituteur de l'ordre.

Je doute moins que jamais que S. A. R. ne soit

maître de la promotion en quelque temps, et en quelque manière qu'elle se fasse, mais il est encore plus seur et plus grand de conserver son droit en entier, et de ne le point laisser entamer, par des gens qui tout abattus qu'ils sont, ne renonceront jamais a leur espérance.

Je n'entreprendray point de pénétrer les pensées de S. A. R. ni les vôtres sur le temps du Sacre, mais qu'il soit permis a mon attachement de vous dire, avec la liberté que V. E. m'a accordée, qu'il me paroit très principal, pour une multitude de considérations, de ne le pas différer. Le Roy est en âge, et d'esprit assez avancé pour communier, et je ne croy pas que M. l'Eveque de Frejus, ni M. l'Abbé Fleuri, n'entrassent pas volontiers dans ce qui pourroit convenir a S. A. R.; pardonnez moy ce petit dérèglement de plume, avec vôtre bonté accoutumée, qui peut-être comence a me gaster; mais il faut encore que j'aye l'honneur de vous dire que rien ne feroit, icy, un plus grand effet pour l'union et personnellement pour S. A. R., lorsque la promotion du Sacre se fera, qu'un présent au Roy d'Espagne de sept ou 8 coliers, sans acception de personne et pour les distribuer dans sa cour a son gré, si ce n'est peut-être quelqu'insinuation à l'égard de M. le M. de Grimaldo qui en seroit comblé, et qui en vérité lemeritte; c'est la seule grâce qui peut estre répandue icy, en compensation d'autres beaucoup plus solides, que le feu Roy, et tout a cette heure S. A. R. et V. E. en ma faveur, ont fait répandre dans nôtre Cour par le Roy d'Espagne, et de plus vous n'ignorez pas que du temps des Roys d'Espagne de la maison d'Autriche, ils

ne donnassent aux Empereurs, autant de toisons, qu'ils en désiroient pour leur cour, quoy que le nombre en soit de moitié moindre que de Chevaliers du St Esprit et qu'ils en eussent beaucoup à distribuer a Rome, et dans leurs états d'Italie et des Pays bas ou les Seigneurs en estoient fort avides. C'est sur cet exemple et sur ce que je remarque icy, que je prends la liberté de vous faire cette représentation. Un de nos amis communs me sera témoin, quand il vous plaira de luy demander, que j'eus touttes les envies du monde, de vous proposer, avant mon départ, ce qui vient d'être fait pour M. le Duc d'Ossone, et de la raison, qui m'en retint; M. de Sartine vous peut mander aussy que j'aurois déjà eu l'honneur de vous proposer, il y a longtemps, par ce que je vois icy, qu'il soit donné plusieurs coliers au Roy d'Espagne, à la première promotion, et que ce qui m'en a arresté a été uniquement la crainte que l'imputation que S. A. R. pourroit bien faire, de cette représentation, a ma reconnaissance pour tout ce que j'ay trouvé de bienveillance dans cette cour, ne l'afifoiblit au point de la rendre inutile.

Je me suis informé de ce que V. E. m'a chargé de tâcher de scavoir de la raison pour laquelle M. le M. de Montalegre Somelier du Corps ne fut pas d'avis que M. de Maulevrier, et moy suivissions le Roy d'Espagne à Nôtre-Dame d'Atocha au Te Deiim, solemnel du futur mariage du Roy. C'est que les Grands furent avertis de cette Cérémonie, de la part du Roy d'Espagne, et non les Ambassadeurs, qu'il n'y avoit point de places marquées pour eux, et qu'ils y auroient été confondus dans la foule ; ces mesmes raisons, qui je croys vous

paroitront bonnes, nous empeschèrent pareillement d'assister a celuy qui sera solemnellement chanté au même lieu pour le mariage de M°' le Prince des Asturies; ce n'est point de M. de Montalegre, qui est encore a Valladolid dans sa famille, que j'ay appris ces raisons mais bien de plusieurs grands bien informés.

J'ay déjà remis a M. le M. de Grimaldo les mémoires que j'ay receu de V. E. en faveur de particuliers, l'un desquels est le même que celuy que vous me faites l'honneur de m'envoyer, aujourd'huy ; M. Coche doit estre asseuré de mon véritable désir de l'obliger en tout ce qui me sera possible, et V. E. de tout mon empressement a luy plaire, jusque dans les moindres choses, et a luy témoigner mon respect et mon très fidèle attachement.

Le Duc de St- Simon.

P. /S". V. E. trouvera des nouvelles de la santé de la Princesse dans ce que j'ay l'honneur d'écrire a S. k. R. Je suis obhgé, d'écrire dès aujourd'huy, parceque la journée de demain sera occupée d'une chapelle ou les Ambassadeurs sont invités, et d'un diné chez moy, de M. le M. de Grimaldo et de plusieurs autres personnes, et après demain L. M. G. font une grande battue a h lieues d'icy, ou elles m'ont fait l'honneur de me commander de me trouver.

2GZt LETTRES ET DÉPÊCHES.

AU CARDINAL DUBOIS

Madrid, " février 1722.

V. E. me trailte de manière a n'avoir rien de caché pour elle ; aussy verra-t'elle dans la lettre de ma main a S. A. R., qui est à l'ord'* a cachet volant, un secret que j'aurois eu le temps de différer a mon retour, de chose faitte dans un temps ou je n'estois pas a portée de vous, et ou M. le C^' Gualterio ne s'y croyoit guères.

Maintenant que les choses ont si heureusement changées a mon égard et que je scay par vous même vos sentiments pour vostre confrère, qui de sa part y compte infiniment, je me flatte que vous voudrez bien donner encore a la mauvaistée des temps, comme parloient nos pères, l'oubli d'une chose embarquée sans V. E. et venue au point ou elle est. Yostre générosité vous y convie, et si j'ay trop receu pour oser encore vous demander, je me flatte que M. le C de Rohan ne sera pas indiffèrent aux bons offices dont vous voudrez bien couronner cette affaire, et que vous ne le serez pas vous mesme a l'obliger sensiblement en ce point en faveur d'un Cardinal si attaché a la France et a S. A. R. et dont vous connoissez tout le meritte. Je ne scay si M. le G' de Rohan est informé de cette affaire particulière, mais il paroist une telle estime et amitié de sa

Page 1