Volume 299. Minute conservée par Saint-Simon
l'executter diligem^ de point en point et de mander a M. le G', qu'outre ce que je luy écris, je vous fais une autre dépêche en réponse à ce que vous m'avez mandé de concert avec luy, dont je ne mesle rien dans la sienne, parceque je ne doutte pas que vous ne luy en rendiez compte.
S'il s'étoit agi de touile autre matière que de celle en question, j'aurois attendu le retour de cette cour, partie le matin de l'arrivée de Banière, et qui ne devoit être en tout que Zi jours absente; ma raison est que L, M. G. n'ayant mené que le plus court nécessaire, et ne m'ayant point fait proposer de les suivre quelque bonté qu'ils ne cessent de me témoigner et quelque curiosité qu'ils me connussent de tout voir, je jugeay bien que ma présence leurpourroit estre importune et leur façon de penser embarrassante dans un lieu de liberté et de dernier particulier, et je croy m'être apperceù dans mon voyage de la justesse de ces idées, a travers tout ce que j'ay reçu de gratieux de leur part. Ce qui la donc emporté en moy sur ces considérations est la nature de l'affaire par le fonds, et que, comblé comme je le suis des bontés de S. A. R., des offres et de l'amitié de M. le Gard' Dubois, je n'ay pas voulu laisser soupçonner a l'un n'y a l'autre qu'aucune nature d'affaire, mevenant de leur part, peut être ralentie entre mes mains, de quelque manière qu'elle m'affecte, n'y affoiblir en rien mes sentiments a l'égard du Prince et du ministre, en quelqu'occasion que ce puisse estre ; il m'a paru aussy de l'empressement a recevoir mes réponses par ce même courrier et c'est a tout cela que j'ay voulu satisfaire sans y perdre un seul moment.
Jevenois de sortir pour commancer mes adieuxdans la ville lorsque Banière arriva, heureusem' on me trouva assez près de chez moy, ou je revins dans le moment et, dès que j'eus vu mes lettres, j'allay chez M. le M. de Grimaldo, avec le quel je coramencay par la matière ostensible de l'arrivée de l'Infante et des dépêches de cour dont j'étois chargé; il approuva que je présentasse le soir même au ?<=* et a la P'"= des Asturies celles qui étoient pour eux et que je portasse le lendemain a Balzain au Roy et a la Reyne d'Espagne celles qui étoient pour eux. Ensuitte je luy dis, que j'étois encore chargé de rendre compte au Roy d'Espagne de ce qui s'estoit passé au conseil de Régence, touchant l'entrée et la place qui y avoit été donnée a M. le Gard' de Rohan ; il me repondit avec beaucoup de surprise en me demandant pourquoy, et qu'est ce que cet intérieur de notre cour avoit de commun avec le Roy d'Esp., qu'il falloit que nous nous gouvernassions a notre mode et que nous trouvassions bon aussy que, pour l'intérieur de leur état, ils se gouvernassent à la leur, que ce qui était arrivé a Paris était Causa jiiris critiqua et il me répéta ces termes a 5 ou 6 reprises pendant notre conversation ; il ajouta que, causant la veille avec son frère au coin de son feu, il s'étoient tous deux conjouys de ce que je m'éiois trouvé icy dans le temps de cette affaire, et qu'il auroit été bien a désirer qu'on n'eut rien fait de nouveau au conseil. Cette réponse, meslée d'autres choses moins importantes, me fut faitte avec tant de rapidité que je tentay vainem' deux ou trois fois de l'interrompre et, quand j'eus trouvé enfm lieu de parler, je luy dis qu'en peu de mots je luy ferois sentir com-
bien ce fait était peu considérable pour ses suit! es, et sitôt que je voulus entamer quelque chose il m'interrompît, et me demanda de nouveau avec son p^*" étonnement qu'est-ce que cette aflaire avoit de commun avec le Roy d'Espagne. Pour luy en rendre compte, je luy repondis que ce n'étoit point que S. A. R. en eut conçu la moindre apréhension ni de delà ni de deçà, mais, qu'unie comme elle étoit par les liens les plus étroits avec le Roy d'Esp., elle secroyoit en bienséance et en un espèce de droit de l'informer elle même, jusque des moindres choses qui arrivoient. M. de Grimaldo m'interrompit encore et me demanda, avec agitation, si je parlerois de cette affaire au P"des Asturies et si les lettres dont j'étois chargé pour luy en contenoient quelque chose; je me pris a sourire et je luy repondis que je n'en avois nulle charge, que je n'avois point de copies de ces lettres qui estoient fermées, mais qu'a l'âge de ce prince j'étois persuadé qu'il ne pouvoit être question que de compliments avec luy. M. de Grimaldo prit a cette réponse un air plus tranquile, et me dit que le Roy d'Esp. aimoit tendrement tous ses enfants et singulièrement le Prince, mais qu'il ne luy donnoit aucune connoissance d'affaires, et qu'il ne verroit pas avec plaisir que personne luy en parlât. Je le rassuray fort la dessus pour ce qui nous regarde et j'obtins enfin audiance ; je luy dis que une des choses qui m'engageoit le plus a m'acquitter promp' de ma commission particulière, étoit la protection, l'attachement et laliaison avec le Roy d'Espagne, dont s'étoient toujours parées les personnes qui, parmi celles qui sont retirées du conseil, ont le plus de considération et
de poids et la nécessité de faire comprendre icy quelles elles sont puisque celles la même n'ont pu contenir leur douleur du futur mariage du Roy, au moment ou il fut déclaré et depuis, et que ces mêmes personnes, qui ne cessent de l'improuveret qui jusque la s'étoient portés pour les trompettes des louanges du Roy d'Esp.. avoient tellement changé de langage sur ce dernier poin t et si fort a coup depuis, que le respect que j'avois pour L. M. C. et ma considération pour celuy a qui je parlois m'empeschoient de lui rendre la façon dont ils s'en expliquoient; que, dans le nombre de ceux qui s'estoient retirés du conseil, il y en avoit qui n'avoient agi que de bonne foy, et pour l'interest de leur dignité qu'ils avoient toujours uniformément soutenue en toutte occasion, qu'il s'en trouvoit d'autres aussy qui n'avoient fait qu'en prendre le motif, qu'ils avoient naguères abandonné les plus pretieux intérêts de leur dignité pour soutenir ce qui y étoit le plus contraire, dans les mêmes vues qu'ils avoient montré de l'attachement et puis de l'éloignement pour le Roy d'Espagne, mais que leur foiblesse étoit tellement reconue que je les avois vus souvent trembler au seul sérieux de S. A. R., qu'un entre autre étoit tombé dangereusement malade lorsque plusieurs personnes furent arrestées, et n'avoit visiblement repris santé que lors de leur élargissement, et que leur crédit étoit tel dans le Royaume qu'ils ne s'y pourroient pas faire suivre par h personnes ; que les Comp" se trouvoient dans le même affoiblissement et que l'Autorité Royalle étoit telle, entre les mains de M. le Régent, qu'il pouvoit tout sans rien apréhender. M. de Grimaldo me repondit, et avec un air qui me parut
très franc, que je pouvois compter que le Roy d'Esp. n'avoit jamais eu ni liaison, ni confiance, ni commerce, avec aucun de tous ces M'', qu'il m'en asseuroit nettement et de bonne foy, et que quelques recherches que l'on eût pu faire il ne s' en trouveroit aucune trace, qu'il étoit fort aise, en son particulier, que l'autorité de M. le Régent fut aussy bien affermie, et qu'il me pouvoit repondre que le Roy d'Esp. n'entreroit jamais en rien qui y pût être contraire; et cependant il revenoit toujours a son Causa jiiris critiqua, et qu'il étoit très fâcheux que tant de gens considérables se fussent retirés du conseil. Je lui répondis que ce seroit 12 hommes de moins dans un conseil si nombreux qu'il étoit difficile d'y confier beaucoup de choses et que je pouvois bien l'en asseurer qu'il n'en seroit rien au bout, que j'étois très aisé d'estre asseuré par sa bouche, que plusieurs d'entre eux s'étoient vantés a faux par rapport au Roy d'Esp. et d'avoir eu occasion de luy faire connoitre des personnes sur la volonté des quelles on ne pouvoit compter, que par opposition a S. A. R., et sur la force et le crédit des quels on ne peut en rien faire aucun fonds.
Je luy nommay M. le Duc de Noailles, au seul nom du quel il se prit a rire de tout son cœur, avec des gestes et des expressions peu avantageuses ; il me dit qu'il l'avoit bien vu et bien connu icy et m'en lascha h ou 5 traits avec vivacité, qui me marquèrent bien jusqu'à quel point il s'est perdu icy ; il me repetta encore sa joye de ce que je m'étois trouvé icy en cette occasion, dont je luy fis mes remercim'= et j'ajoutay que j'en étois aussy fort aise, parceque, encore que je fusse
Duc et Pair, rien n'affoibliroit jamais en moy tout l'attachem' que je dois aux JDontés et a la protection de S. A. R., n'y ne me separeroit de la personne de M. le C Dubois après touttes les solides marques d'amitié que j'en ay receu. Je le quittay en le priant de nouveau d'estre bien persuadé que cette affaire n'étoit pas de l'importance qu'on auroit pu croire , quelle n'auroit sûrement aucune suitte, et que le compte que j'étois chargé d'en rendre au Roy d'Esp. n'étoit, si j'osois m' exprimer ainsy, qu'une attention et une marque d'amitié de S. A. R. pour S. M. G.
J'allay ensuitte rendre les lettres qui étoient pour le ?•=* et la V^^^^ des Asturies, et je m'en allay le lendemain a Ralzain, avec des relays partie en voiture et partie en mule, parceque je n'aurois pu y arriver autrement a travers une montagne qui peut de tout point parier avec les plus affreuses des Alpes, et dont tout le travail de la veille pour le passage du Roy d'Esp. me fut inutile, come je m'y attendois bien, par la quantité de neige qui ne cesse point d'y tomber.
J'arrivay a Balzain a 5 heures et me chauffay dans l'office du Duc de Larco, faute de mieux, jusqu'à 7 heures que je montoy chez le Roy d'Esp. Il arriva un quart d'heure après et quoy qu'il sçût des midi que je devois arriver, comme me le dirent les gens du Duc de Larco, et comme M. de Grimaldo me dit qu'il luy manderoit luy même par le courrier qu'il alloit luy envoyer, le Roy d'Esp. ne me dit rien et s'approchoit déjà de la porte de sa chambre, lorsque je le suppliay de me permettre de l'y suivre. Je m'y acquittay envers luy et la Reyne, de ma commission aparente après laquelle je luy dis que
j'étois aussy chargé de leur rendre compte de ce qui s'étoit passé au Conseil de Régence. Le Roy ne repondit rien et se tourna vers la Reyne, corne un homme qui pensoit que cela ne luy faisoit rien , mais la Reyne prit un air de curiosité et d'envie de m'entendre. Je leur dis le fait très succinctement auquel j'ajoutay, qu'il en avoit été usé de même pour les Gard'' de Lorraine, de Richeheu et Mazarin, et pour les C^ qui de leur temps avoient été admis dans les conseils; j'ajouttay même que ceux la avoient même été admis aux lits de justice, avec la même préséance, qu'a la vérité le feu Roy n'en avoit mis aucuns dans ses conseils et que, sur ce qu'il n'avoit pas jugé a propos de leur donner le même lieu qu'ils avoient occupé aux lits de justice, les Gard" ne s'y étoient point trouvés de son règne, n'y dans les deux que S. A. R. a fait tenir au Roy. Je fis ensuitte un abrégé léger de ce que j'avois dit a M. de Grimaldo, parceque je reconnus dans le Roy d'Esp. de l'indifférence pour ce récit et assez l'envie qu'il fut fini, et je conclus par asseurer le Roy d'Esp. du néant de cette affaire, et que S, A. R. ne luy en faisoit rendre compte que pour n'obmettre aucune des occasions qui pourroient le plus luy marquer son respect, son attachement et sa confiance. Le Roy d'Esp. me repondit, que je pouvois asseurer M. le Duc d'Orléans qu'il luy donneroit toujours en touttes occasions des marques de son amitié, ce fut tout ce que j'en tiray. Je remarquay, tout pendant que je luy parlay, qu'il prenoit peu a ce que je disois, qu'il avoit hâte que j'eusse fini, et que la Reyne, qui temoignoit de la curiosité la contenoit par rapport a luy ; je me retiray donc en luy demendant la permission de les
suivre le lendemain a la Granja et d'y voir ce qu'ils y font faire ; c'étoit moins une curiosité de ma part que le désir de leur donner lieu, en passant la 3 ou Zi heures avec eux, de me reparler de l'affaire dont je leur avois rendu compte et de la réception faite a l'Infante Reyne, raais je me trompay en l'un et en l'autre; ils ne me demandèrent point ou je souperois ni ou je coucherois, ils ne m'en parlèrent point le lendemain ; et quoy qu'en me demandant si j'avois renvoyé le courrier, en me priant de ne point le depescher qu'ils n'eussent repondu aux lettres que je leur avois rendues, en me remettant la relation de la réception de l'Infante Reyne, ils eussent les occasions du monde les plus naturelles de me parler de cette réception, et aussy de l'autre affaire, toute la promenade qui dura li heures se passa sans qu'ils m'en disent un seul mot; ils me parlèrent continuellement l'un et l'autre sur leurs ouvrages et sur mil autres bagatelles, et aujourd'huy au mail ils en ont usé de même. Jamais le Roy ne m'a tant attaqué, autant qu'il est capable de le faire, et n'a jamais été si libre et si ouvert avec moy et la Reyne de même. Je vous marque exprès cette façon de me traiter, pour vous montrer que ce silence obstiné sur les affaires qui m'ont mené a Ralzain et cette negligeance a scavoir ce que j'y deviendrois n'ont pas été sans dessins. J'en revins hier, avec autant de difficulté et de fatigue que j'y estois allé, et je sors de chez M. de Grimaldo, pour scavoir le succès de la prière que je luy ay envoyé faire des le matin pour la prompte expédition des réponses de L. M. G. qui retarde celle de Banière ; il m'a dit qu'elles ne luy avoient pas encore parlé des lettres que je leur ay portées, et qu'il
leur rendra compte ce soir de mon envoy et de ma visite pour les presser; il n'est pourtant guères naturel que la chose soit ainsy puisque M. de Grimaldo travailla hier avec le Roy a son arrivée, qu'il y alloit retourner quand j'ay envoyé ce matin, et qu'il m'a mandé que l'expédition seroit prompte. Vous remarquerez encore que non seulem' le Roy et la Reyne, mais qui que ce soit ne m'a parlé de la réception de l'Infante Reyne, ny a Balzain n'y icy, et qu'en même temps que le Roy et la Reyne d'Esp. ont gardé ce silence, ils ont envoyé chercher de Balzain icy le courrier de M. de Grimaldo vend avec Banière et qui y estoit resté. J'ay sceu encore que depuis mon retour, il étoit échapé dans le plus intérieur a la Reyne, que la relation que je leur avois donnée étoit trop flatteuse, pour y ajoutter foy, et de faire perquisition de lettres de France venues a des particuliers pour y voir comment sa fille avoit été receue.
Je ne dois pas vous laisser ignorer, puisque nous sommes sur ce chapitre, que cette affaire du conseil a fait icy un très grand bruit et y paroit d'une grande conséquence et de beaucoup de suitle. Plusieurs personnes principales m'en ont parlé, mais j'ay coupé si court que si elles n'ont pu tirer de moy aucun éclaircissement sur le fait, n'y aucune lumière sur la façon dont il m'afecte, je n'ay pu aussy scavoir tout ce que l'on en pensoit, si non qu'en gros cela fait beaucoup de bruit et donne beaucoup d'attention. Pour venir maintenant au fait en luy-même, je regarde comme un très grand bonheur de m'être trouvé éloigné, lorsqu'il est arrivé, hors le seul cas, qu'on m'en eut bien voulu faire confidence auparavant, et entrer dans ce que j'aurois proposé, qui
eut evittétout ce bagarre. J'aurois donc été d'avis, de n'en point faire a deux fois, car il en est grand temps avant la majorité, et les mariages faits, S. A. R. ne peut plus croître d'icy a ce quelle arrive, j'aurois été d'avis, de remercier tout franchement le Conseil de Régence dont tout le monde et ses membres mêmes connoissent et sentent la parfaitte inutilité, de faire dès a présent un conseil effectif, ou S. A. R. entretenut, ou tous, ou quelqu'un des princes qu'elle auroit jugé a propos d'y joindre, les deux Gard", les secref" d'Eslat, le Controlleur g' et un magistrat versé en finance eten judicature et de s'en tenir la sans y ajoutter qui que ce soit autre; par la on auroit eu un véritable conseil, de tous gens de travail et de departem' qui n'eût esté que de 7 personnes outre les princes, ou toutte affaire se seroit viie, et depèschée, comme on auroit voulu, ou le Roy eut assisté quand il en auroit eu envie ou en contraire cas il auroit esté suplie de venir et que parvenant a sa majorité il auroit trouvé tout établi ; par la point de difficulté de rang, point de prétexte d'interresser personne et ^ vainem* preveue d'une manière ou d'un autre, et sur lequel on se seroit fait justice sans bruit. Rien de plus judicieux que la distinction que vous me faittes de ceux qui agissent de bonne foy en cette occasion, pour l'interest de leur dignité, d'avec ceux qui agissent sous bouclier par des viles moins droittes; la distinction n'est pas difficile a en faire, les uns ont suivi cetinterest dans tous les temps et en touttes occasions sans s'éloigner du respect et des interest mêmes de
1. Il y a évidemment en cet endroit une ou deux lignes oubliées.
S. A. R., les autres, toujours fidèles a leurs vues tortueuses, luy ontsaciifié leur dignité jusqu'à l'emportem' et bien en connoissance de cause dans l'affaire qui a porté le nom de M. le Duc de la Force, et il seroit bien malheureux pour les premiers d'estre maintenant confondus avec eux.
Je suis si comblé des grâces de S. A. R. et de l'amitié effective de M. le Gard' Dubois, qu'ils sont parvenus a faire en moy un espèce de miracle que j'avois cru toujours impossible, qui est de me rendre plus reconnoissant envers eux qu'attaché a ma dignité ; c'est dans ce sentiment, que je ne craindray point de vous dire que S. A. R. abuse du mépris qu'ont mérité M" les Ducs, et c[ue maltraités par luy, sans cesse et sans mesure, dans tous les points les plus importants a leur dignité, il les réduit enfin a force de coups les uns a essayer de ruer et de mordre, et les autres a se coucher par terre pour les recevoir tous sans vouloir plus donner un coup de colier.
Je puis vous asseurer que qui que ce soit d'eux ne m'a écrit de cette affaire, et qui que ce soit sans exception, hors vous, M"^ de St-Simon très succinctement, et M. le C Dubois, car pour M. le Card^ de Rohan, ce que nous nous en sommes mandés l'un a l'autre ne peut passer pour s'estre écrit. Vous scavez, M., ce qui se passa au commencement de la Régence, lorsque M. le Gard' de iNoailles voulu venir rapporter a notre conseil côme les présidents des autres conseils, et vous avez esté témoin de ce qui s'est passé, lorsque M. le Cardi Dubois s'en voulu bien abstenir lorsqu'il receu la pourpre. Au surplus je detesteray toujours avec une indigna-
tion active, tout ce qui s'élèvera contre S. A. R. et contre la personne de M. le GarcV Dubois de la quelle rien ne me détachera; je vivray en paix parmi ces troubles sous le bénéfice de l'absence, pour vous porter a mon retour un esprit net de toutte prévention ; je seray fidèle jusqu'au bout a les rejetter touttes, et a continuer, côme j'ay fait jusqu'à présent, de m' abstenir d'en écrire a qui que ce soit; je me flatte que je suis assez connu de S. A. R. et M. le G' Dubois pour ne pas craindre qu'ils me demandent rien contre mon honneur et qu'ils douttent jamais aussi de mon attachem' inviolable et invariable ; du reste les gens que vous me désignez sont trop mes ennemis pour que je veuille rien dire en cette occasion contre eux; je les connois, et les ay sentis tels audela de ce que vous m'en pourrez dire, et, comme je ne changeray pas a leur égard, je suis plus que persuadé qu'ils seront les mêmes au mien. C'est a S. A. R. et a son ministre a faire leurs sages redections et leurs mures délibérations sur le passé, le présent et l'avenir, et a moy d'estre content de tout pourvu qu'il leur réussisse ; je vous dis cela par rapport au gros des affaires, car pour rien craindre de celles du jour, il faudroit être de l'autre monde et n'avoir pas la moindre notion de celuy-cy. Je souhaitte qu'on soit content de mon voyage de Balzain , de ma diligeance et de mon empresement sur ce qui, par sa nature, m'en donneroit le moins.
J'attends avec beaucoup d'impatience le courrier qui doit suivre Banière de 6 jours mais s'il ne vient pour estre icy le 8 ou 10, je supposeray, qu'estant annoncé depuis plus de 3 mois, il pourroit bien encore estre retardé de 3 autres par la multitude d'affaires dont
M. le C est accablé et je partiray; je n'en ay aucune icy entre les mains comme vous scavez que je l'ay toujours désiré. M. de Maulevrier est icy qui, par parentaize, s'est fort recrié a M. de Grimaldo contre mon voyage a Balzain et qui mieux est M. de Chavigny, qui a. la confiance; il est vray que M. le Gard' me le recommande, et me prie de l'accréditer icy autant qu'il me sera possible, et c'est sur ce principe que luy ayant coupé dernièrement court come a tous les autres sur l'affaire du conseil, je l'instruisis hier au soir de la véritable raison de mon voyage a Balzain, pour le mettre au fait de tout. Quant a l'accréditter, j'y ay fait de mon mieux avant et depuis son arrivée et je continueray de même jusqu'à mon départ, mais aux préventions qu'il a trouvées icy ce n'est pas un ouvrage aisé ny de peu de jours, il y pourra luy-même plus que personne et ce sera son user qui persuadera ; il a pour cela tout l'esprit et tous les talents qu'il faut.
Courrier ou non courrier, j'useray de la liberté qui m'est laissée dans la semaine de la Passion, et vous serez avertis par M'"^ de St-Simon du jour de mon arrivée. Yous me ferez un extrême plaisir de vouloir bien, comme vous me le faites espérer, me mettre au fait de bien des choses, très nécessaires a scavoir avant que d'entrer dans la bonne ville. Cela m'avancera d'autant le plaisir de vous embrasser que je me propose comme un des plus grands de mon retour, par la cordialité avec la quelle je suis a vous. M., et les sentiments avec les quels je vous honore.
AU CARDINAL DUBOIS K
A Madrid, ce 16 mars 1722.
Je reçois, en ce moment, la lettre du 8 mars dont V. E. m'honore, par l'esprès de M. le Duc d'Ossone et que M. le M. de Grimaldo vient de m'envoyer. J'ay fait remettre sur le champ a M, de Chavigny le paquet pour luy, qui y estoit joint, et je porteray dans une heure a S. M. G. les deux lettres de Madame qui s'y sont trouvées, je donneray a M. de la Roche, qui doit diner avec moy, celle qui est pour luy.
J'ay toujours a commencer toutes mes réponses par les plus véritables remerciements; la liberté que vous me laissez de partir, et la confiance, dont cette lettre est remplie, exciteroit en moy la plus parfaitte gratitude, si la mienne pouvoit croistre, pour vous, et Votre E. doit compter, quelle la trouvera pleine et entière, en quelque pays que je puisse habiter ; je viens maintenant a vous détailler tout ce que je pense sur ce que vous m'avez fait l'honneur de me mander.
Je n'ay rien a ajoutter a ce que j'ay eu celuy de vous écrire touchant M. de Chavigny. J'ay fait de moy tout ce qui â pu dépendre pour l'accréditer icy, et j'y demeurerois un an que je n'y pourrois rien ajoutter au delà ; ce point donc, tout important qu'il est, ne