‹ Papiers inédits du duc de Saint-SimonChapitre 68 sur 91 · Volume SIo · texte numérisé non relu

Volume SIo

peut point estre considéré comme dépendant d'autres que de luy même, de la façon dont il se conduira, et de la nature des choses qu'il aura a exécuter icy; ce ne sera point une plus longue suitte de marques d'estime, d'affection, de considération d'un Ambassadeur quand il les luy a touttes données, qui changeront la disposition qu'on a pris soin de luy faire trouver, c'est l'user, qui applanit les unes et qui fait évanouir les autres \ et c'est dans cet usé aussy que je mets toutte ma confiance, parce que M. de Ghavigny a touttes les qualités nécessaires pour se les rendre extrêmement favorables ; ainsy, je crois pouvoir espérer, avec fondement, que sa capacité et son adresse luy procureront bientôt, par l'usage des négociations dont il sera chargé, les agréments et les facilités qu'on a essayé de luy barrer, et qu'il ne peut trouver que dans ses propres ressources, après ce que j'ay fait pour luy en ouvrir les plus larges voyes qu'il m'a été possible, mais ce qui contribura le plus a le faire réussir, et que je ne dois point vous cacher, seront les moyens que vous savez, mieux que personne, employer pour marquer icy. Rondeur, Candeur, Simplicité, et très occupé a examiner nos démarches de fort près. Autant que je puis voir, leur esprit icy est de se présenter a tout de bonne grâce, et de ne faire sur rien que le moins de difficultés qu'ils pourront, mais toujours dans cette vue d'éprouver notre sincérité et nôtre bonne foy, et dans le désir de la rencontrer, pour se livrer a nous

1. Voici encore une de ces phrases enclievêtrées, comme cette correspondance en contient beaucoup, où la pensée est rendue si obscurément que l'on se demande si quelques mots n'ont pas été oubliés.

de même, s'ils s'en peuvent une fois Lien convaincre, ou pour s'en retirer sans retard. Ce sont donc toutes choses, auxquelles l'alongement de mon séjour icy est entièrement inutile ; tout ce qui peut dépendre de moy, est d'instruire, par le menu, M. de Chavigny de tout ce que je puis avoir aqui de connaissances de ce pays, depuis que j'y suis, et a mon retour vous l'exposer a vous même. Je n'ay eu aucune véritable affaire entre les mains, comme je vous en avais suplié ; je n'en ai aucune a suivre, et les duplicata dont le courrier que vous me destiniez sera chargé pour d'autres, s'il ne me rencontre plus icy, les mettront en estât d'entamer, ou de suivre ce qui m'auroit été nouveau, et c'est sur toutes ces raisons que je me fonde a croire pouvoir user de la liberté que vous m'accordez sans craindre d'en abuser.

En cet endroit de ma lettre, M. de Chavigny m'est venu montrer les lettres de créance que vous liiy envoyez, fondées sur le retour de M. de Maulevrier ; après avoir raisonné, ensemble, j'ay estimé devoir le mener ce matin, a M. le M. de Grimaldo, ou, sous prétexte de luy demander s'il depescheroit un Exprès a Paris sur celuy qu'il en venoit de recevoir pour profiter de cette occasion, je luy ay dit que M. de Chavigny venoit de recevoir ses lettres de Créance; que comme elles supposoient le départ de M. de Maulcvrier dont nous n'avons aucune autre notion, je prenois le parti de luy en rendre simplement compte, et M. de Chavigny celuy de différer de les présenter jusqu'au départ de M. de Maulevrier, mais que cette présentation n'estant qu'une forme et le fond estant d'en

33i LETTRES ET DEPECHES.

estre muni, nous les luy apportions pour qu'il les vît luy même, et qu'il n'eût aucune occasion de douter du ministère public de France dont M. de Chavigny se trouve deshormais lionnoré ; j'y ai ajouttéles louanges, que la présence de M. de Chavigny m'a pu permettre, et me suis référé a ce que je luy avois déjà dit de luy dans le particulier. M. de Chavigny a pris ensuitte la parole avec l'éloquence et la délicatesse que vous luy connoissez et M. de Grimaldo m'a paru recevoir avec joye la nouvelle de ces lettres de créance, et la personne de M. de Chavigny avec beaucoup de satisfaction. Il vous rendra luy même compte de cette visite, dont je m'asseure qu'il aura esté content, parce qu'il a tout lieu de l'être. L'arrivée de ces lettres de créances estoit tout a fait necess'^^ puisqu'elles luy donneront estât de consistance, que la mission de M. de Parme, ne pouvoit procurer a un François chargé ailleurs des affaires du Roy.

Au sortir de chez M. de Grimaldo, qui a approuvé ce que j'allois faire, je suis monté chez le Roy d'Espagne, que j'ay fait suplier de me donner un moment avec la Reine. J'ay eu l'honneur de leur présenter les lettres de Madame et, a cette occasion, de leur dire sur M. de Chavigny ce que je venois d'apprendre a M. de Grimaldo; j'y ay ajouté ce que la beauté du temps, entre la messe et le diner, m'a paru permettre, sur l'esprit, les talens et le désir de plaire a L. M. C. que M. de Chavigny apporte icy, sur la confiance dont vous l'honnorez et sur l'opinion que j'ay conçu que ce nouveau Ministre leur sera agréable, quand il aura l'honneur d'être une fois connu d'elles. C'estolt pour moy une

occasion trop naturelle de suivre vos intentions pour la manquer, de chercher a accreditter M. de Chavigny, auprès de L. M. G. Elles ne m'ont rien répondu, ni sur luy ni sur le prochain départ de M. de Maulevrier ; mais €omme ce silence leur est devenu habitude, je n'en augure aucun mal. Je reviens toujours a vous dire que ce ne sera que l'user de M. de Chavigny, la nature des affaires qu'il aura en main, et sa façon de les traiter dont je ne suis pas en peine, qui pourroit l'accréditer. Je ne dois pas obmettre, que ni ce matin, ni ce soir au mail, d'où j'arrive, et ou L. M. G. m'ontcontinuellement lait l'honneur de me parler, ils ne m'ont pas dit un seul mot de l'Infante ni de sa réception, et que je suis d'autant plus surpris de l'opiniâtreté de ce silence que M. deGrimaklD nous a dit ce matin, a M. de Chavigny et a moy, et fort au long, quoy que pressé d'affaires, qu'il ne se pouvoit rien ajoutter au compte que M. le Duc D'Ossone, et surtout M. Laules, ont rendu, par ce courrier, de tout ce que S. A. R. et V. E. avait fait pour l'Infante, et de l'extrême satisfaction qu'en ont témoigné L. M. G. a la lecture de ces lettres, qu'il leur venoit de faire, sur quoy il ne douttoit pas quelles ne se répandissent avec moy.

Puisque vous m'ordonnez de vous dire ce que je pense sur la continuation du séjour de M. de Maulevrier icy, il me paroit, que son départ, annoncé comme il l'est par les lettres de créances de M. de Chavigny, est une raison pour ne pas le beaucoup différer et que néanmoins, il le peut estre si vous le jugez a propos, parceque la connoissance que nous avons donné ce matin de ses lettres de créance fait a l'égard de M. de

Chavigny le même effet que s'il les avoit réellement présentées, puisque M. de Grimaldo les a lues, et croit bien que la présence de M. de Maulevrier ne sera pas icy un grand usage, et je pense que vous ne m'improuverez pas de ne pas m'étendrela dessus; maisjecroys, aussy, qu'il y a dans leur fait un coin de Punlo de se trouver dépourvus d'Ambassadeurs de France, tandis qu'ils en ont deux a Paris, et un de la qualité du duc D'Ossone, qui est toujours censé y estre puisqu'il ne revient icy que par congé. C'est ce qui me fait estimer que le plus court intervale d'Ambassadeur, icy, sera le mieux, et s'il m'est permis d'aller audela de ce que vous m'ordonnez de vous dire, j'ay bien cru, qu'il seroient fort peines d'y avoir un Ambassadeur inférieur au Duc d'Ossone, et qu'une différence en ce point, ne seroit pas au succès de celuy qui viendroit icy. Je scay bien que le choix n'en est pas aisé a faire, et c'est ce qui me consolleroit si M. d'Ossone, ne retournoit point, parce que votre choix en deviendroit plus libre, parmi un plus grand nombre de gens.

Je ne vous prolongeray pas, avec la même indifférence, sur le séjour de M. Robin icy; la matière du commerce y est capitale en elle même et capitale encore par la façon inouïe, et insoutenable, dont les François y sont traités; M. deChauvigny, a qui j'en ay parlé, prétend n'y estre point du tout versé. Je ne voys donc que M. Robin qui les puisse suivre, et il me paroitroit n'en devoir pas être rétiré, jusqu'à ce qu'il luy fut venu un successeur en ce genre et qu'il eut le loisir de l'instruire a fonds de ces matières icy.

Page 1