FAIT A LA FI\ DE 1721 ET AU COMMENCEMENT DE
Le Roy d'Espagne a un sens fort droit, beaucoup de religion, une grande peur du diable, un grand éloignement des vices dans luy et dans les autres, et un grand fonds d'équité. La délicatesse de sa conscience ne se borne pas aux scrupules ordinaires surtout de la vie commune, mais il s'en pourrait faire quantité sur sa vie publique et sur les devoirs de la Royauté, singulièrement pour l'administration des finances et des dettes dont beaucoup sont criantes, et pour leurs causes et
1. Ces notes, écrites de la main de Saint-Simon, ont pris place dans les Mémoires, après avoir été considérablement remaniées. Elles sont curieuses à étudier pour qui voudra se rendre compte de la méthode de travail de Saint-Simon ; on rapprochera avec intérêt cette première rédaction de la rédaction définitive. (Chapitres iv et v, tome XVIII de l'édition Chéruel en 20 volumes.)
pour leurs suites, sans paraître y donner aucune attention. Sa confiance aussi pour son confesseur ne se borne pas à ce qui fait la matière ordinaire des confessions. Ignorant au possible et entièrement conduit sur la religion et la justice comme la plupart des Princes timides et peu éclairés qui ne savent pas distinguer le fonds de la simple écorce, il s'attache servilement à celle-là comme étant de perception et de pratique, et de dispense plus aisée. Cette disposition donne au confesseur quel qu'il soit, étant qu'il l'est, un crédit principal qui balance supérieurement tous les autres, même celui de la Reine quelquefois, qui est l'autre seul vrai crédit. Bon père, trop bon mari, très secret mais peut-être pas toujours sans réserve pour la Reine et pour le confesseur, il parait qu'il n'a pas oublié le sang et le pays d'où il est sorti, sans que cela serve à grand' chose. Ordinairement facile et complaisant, quoique naturellement opiniâtre, souvent à l'excès, quelquefois sans ressource aucune. Méfiant de soi et des autres, ce qui le rend silencieux, embarrassé et particulier jusqu'à la messéance, quoiqu'il ne dise jamais rien mal à propos, et qu'il parle même assez souvent avec justesse et dignité. Mais sa contenance, sa peine à se résoudre à dire deux mots, et l'excès de sa timidité et de son embarras et qui est à un point qui ne se peut comprendre, défigure le plus souvent ce qu'il dit, excepté à des audiences et des cérémonies solennelles où il parle et se tient avec une majesté et une convenance exacte qui surprend autant qu'elle est plus éloignée de l'ordinaire. L'abus qui a été si continuellement fait de son nom et de son autorité en tout genre que ses qualités
ont donné lieu à usurper et qu'il a ensuitte reconnu, l'a jeté dans une telle appréhension de retomber dans la même dépendance, qu'il est devenu ombrageux sur tout, et que, voulant tout faire par lui-même, rien ne se fait plus qu'avec des peines et des longueurs qui ne vont à rien moins qu'à la destruction de la Monarchie. Dur infmiment pour les autres sans exception de ce qu'il a paru le mieux aimer, même ses femmes, il craint fort les maladies et surtout la mort, prend un soin excessif de sa santé dont il est esclave , sans l'être pourtant des avis des médecins qu'il estime le plus, et et a fait succéder un repos presque continuel à un exercice et à un travail de corps immodéré. Extrêmement glorieux, (il) aimerait la pompe et le faste si son goût ne l'emportait pour le particulier, aidé encore d'une jalousie née en lui pour ses femmes, et qui est infinie. Magnifique sur sa personne et veut que la Reinj et les Infants le soient. C'est, dans les autres, un moyen de lui plaire, mais assez peu recherché par la rareté où il se tient. Bien qu'étrangement éloigné de libéralité, il aime les choses somptueuses, les grandes entreprises, les troupes et la guerre. Incompréhensible dans un courage très naturel, et dans son indifférence complète de tout ce qui llatte la valeur à l'armée, jusqu'à laisser la sienne douteuse à qui ne la connaît pour l'avoir vue. Esclave de ses habitudes comme les Princes de sa famille, peu touché des services bons et mauvais, de récompenser ni de punir. Il n'a pas été difficile, en plusieurs temps, de reculer et d'abattre ceux qui l'ont porté sur le trône, et d'avancer et d'élever ceux qui ont le plus démérité. Nul portrait de Charles II qui l'a
35Zi TABLE AL DE LA COLP. D'ESPAGNE.
appelé à sa succession dans pas une de ses maisons, nul homme de ceux qui ont travaillé au fameux testament et qui l'ont bien soutenu depuis, qui soit resté en place. Une éducation de cadet entre deux frères d'apparence impétueuse, a eu en lui de trop grandes et trop fortes suites. Il ne connaît de plaisir que celui de la chasse et celui du mariage, et si quelque chose peut abréger une très longue vie que son tempérament nerveux, vigoureux, sain et de bonne complexion lui promet, ce sera trop de nourriture et d'exercice conjugal dans lequel il cherche à s'exciter par quelques secours continuels. Insensible à toutes les injures de l'air, au froid, au plus grand chaud, exige des autres la même force à les supporter, inutilement, même de la Reine, et lors même qu'elle est incommodée, grosse, nouvellement accouchée. Bien qu'il l'aime beaucoup, il semble que ce soit moins elle que lui-même, et qu'en vieillissant elle aura moins de crédit. La première en a toujours eu infiniment davantage, même dans la fin de sa vie, quoique attaquée d'une maladie dégoûtante et facile à gagner, et quil ait paru incontinent, après sa mort, combien la consolation en fut prompte et facile. Il est infiniment jaloux de n'être surmonté en rien, ce qui l'éloigné si fort des conseils oii on opine et si retenu à parler. Il n'est pas moins sensible en ce qui est d'exercice du corps d'adresse et de force, et pour avoir été une seule fois surpassé à la course des têtes par M. le Duc d'Orléans en un de ses voyages à Madrid, jamais depuis, à ce que le Roy d'Espagne m'a dit lui même, il n'a voulu courir avec personne ni même seul. Il aime assez la danse, et quoique courbé et désagréablement planté
TABLEAU DE LA GOLR D'ESPAGxNE. 355
sur ses jambes, il danse en vieux danseur et avec majesté, maître de sa danse et qui a bien dansé autrefois. Le bal est le seul spectacle de cour qui le tire du particulier, mais encore par quelque complaisance pour la Reine. Il est grand remarqueur, et particulièrement des défauts et des ridicules qu'il rendroit et contre feroit volontiers et bien s'il ne s'en retenoit, ainsi que de la raillerie à laquelle il seroit naturellement porté et assez propre. Très indifférent avec beaucoup de mémoire, ne s'informe jamais de rien de ce qu'il a connu en France, et s'il a conservé quelque chose de plus pour qui que ce soit que pour le reste de sa famille et de tout ce qui l'approche, c'est pour M-'" le Dauphin, son frère. On sent son respect et son affection pour sa mémoire et qu'elle a paît à lui rendre cher le Roi, son neveu. Une grande paresse d'esprit et une plus grande encore de volonté et de sentiment est peut-être ce qui définira mieux ce Prince si difficile à l'être.
La Reine d'Espagne a tant de grâces dans la taille, dans tout ce qu'elle fait et dit, dans l'esprit et dans toutes ses manières, tant de naturel encore et d'aisance apparente, qu'on oublie, en peu de moments, les injures que la petite vérole lui a faites, et augmente les charmes et ridée de son esprit. Il serait encore et meilleur et plus étendu, s'il n'avait été desùtué de toute éducation et culture. Sa familiarité, quoique grande, ne blesse en rien la majesté et ne sert qu'à la i-endre aimable. Elle a toutes les pratiques de dévotion de son pays et de celui où elle est, sans aucun des scrupules du Roy, qui peut avoir grand'part à sa dévotion, mais qui ne lui a pu inspirer son goût pour les Jésuites, ni cette confiance de
nécessité pour un confesseur à qui elle ne dit guère que ses péchés. Haute , emportée , violente même avec le Roy, et par humeur dont elle ne manque pas et quelquefois par adresse; mais les succès en ont été divers. Ignorante de toutes choses au dernier point, et hors d'état de pouvoir être instruite de rien ni de s'instruire elle-même par l'arrangement de ses journées. Par cette raison et même par goût, peu capable d'affaires et embarrassée des détails. Néanmoins désireuse d'autorité, et de savoir et d'avoir part aux décisions de tout, sans oser trop le montrer. Unie d'abord avec Albéroni pour gouverner, elle lui servit à rompre les Conseils et à renfermer le Roi au point où il est, pour ne laisser d'accès à personne. Mais elle s'apeiçut trop tard que ce Ministre tira tout à lui et ne lui laissa que la pénible part d'amuser le Roy toute seule, et la réduisit dans une dépendance qui contribua depuis à la chute du Cardinal. Mais l'habitude du particulier qui va jusqu'au renfermé, n'a pu recevoir d'atteinte, quelque envie qu'elle en ait eu depuis. Comme la Cour eut le même sort que les Conseils, et que les longues absences de Madrid, pour être plus seuls , ont été l'ouvrage de la Reine et du Cardinal pour leur intérêt commun, elle en a acquis la haine publique. L'aigreur et le peu de ménagement de ses paroles sur les Espagnols, et en particulier sur les dames, ont achevé de les lui aliéner, et la comparaison de la feiie Reine et d'elle, y a mis le comble. Le Roy partage cet éloignement des esprits, qui éclattent quelquefois par des imprécations à haute voix au lieu d'acclamations lorsque L. M. passent, et surtout lorsqu'elles partent de Madrid. Rarement, aux
occasions les plus ordinaires aux Espagnols, sont-ils accueillis de foule et d'acclamations, et les oreilles de la Reine sont souvent offensées du cri public de : Vive la Savoyarde! qui cependant vers la fin de sa vie n'était plus du tout aimée par la haine du joug insupportable de la Princesse des Ursins. Cette aversion et tout ce que le Roy a appris d'Albéroni, depuis sa chute, a diminué le crédit de la Reine qui n'est plus de front. Il a besoin d'adresse, de tours, de véhicules, et d'une grande patience; mais tel toutefois qu'il serait infiniment nuisible d'être mal avec elle et qu'on ne se peut raisonnablement promettre quoi que ce soit, si on ne l'a favorable, à tout le moins point contraire. Mais elle même ne réussit pas toujours, même en ce qu'elle montre au Roy désirer. Elle aime fort son pays et ceux qui en sont, et plus M. et M'"^ de Parme par bienséance et par grandeur que par tendresse, en sorte même qu'elle n'est esclave ni de leurs vues, ni de leurs intérêts. Leur Ministre ne la gouvernera pas toujours, et beaucoup moins Scotti qui l'est à présent que nul autre. Elle est occupée de ce qu'elle deviendra si le Roy qui a eu des maladies menaçantes venait à manquer, frappée de l'état de la Reine Douairière et de la dernière Reine Mère, et cache cette sorte de réflexion et les vues qui en naissent avec beaucoup d'art et de soin. Passionnée pour ses enfants, par tendresse et par raison et prête à tout lorsqu'il s'agira de leur faciliter de grands établissements. Elle parait attachée au Roy jusqu'à l'oubli d'elle même, et d'une attention à lui plaire en choses, en discours, en louanges fortes et continuelles que rien ne distrait d'un moment, et d'une complai-
sance pour lui si entière et qui parait encore si aisée et si naturelle, qu'on est souvent trompé à croire de son propre goût, ce qui en est le moins, bien que continuel, fatigant, hasardeux, ennuyeux. Telle est ce particulier et ce tête-à-tête qui n'eut jamais de semblable, cette assiduité de tous les jours à la chasse, grosse, malade, à peine relevée de couche, exposée au péril infini des voitures, et à toutes les injures de l'air, et mille autres choses qui, sans cesse, se succèdent et se répètent. On jugerait de même qu'elle a de l'aversion pour ce qu'en effet elle aimerait le mieux, le jeu, la musique qu'elle sait en perfection, les fêtes et les amusements d'une grande Cour, en un mot, le monde à quoi elle serait tout-à-fait propre, et la conversation qu'elle soutient, et à laquelle elle fournit très agréablement et plusieurs même à la fois, tant que les occasions s'en présentent. Naturellement bonne, compatissante et gaie. Elle serait tournée à la raillerie et à saisir les ridicules qu'elle contrefait en perfection. Ses plaisanteries sont fines et presque toujours obligeantes, qu'encore que ce ne soit pas en air qui sente le respect comme avec le Prince, elle lui fait plus de cour qu'elle n'en reçoit. Ainsi, présents continuels, liberté entière, au point que l'enfance en abuse si fort que dans la juste crainte du mal que trop de bien pourrait produire, je me suis crû obligé de l'en avertir. Elle sent et montre la disproportion que la naissance et la couronne ont mis dans son mariage et parle très librement de son visage, de ses défauts, et de tout ce que l'ordinaire des femmes redoute davantage, et sa conduite a été sans aucun juste soupçon. Adroite à tirer en volant à balle seule, bien à cheval et hardie,
danse en perfection et avec majesté toutes sortes de danses, est faite au tour, légère, marche et agit de la meilleure grâce du monde. Extrêmement inégale et quelquefois rude. Infiniment vive et sent tout très vivement. Mais rien d'étourdi. Ennemie de toute affectation et de dissimulation autant qu'il lui est praticable, et audessus des ajustements et de la parure auxquelles elle s'accommode par le goût du Roy et pour certaines bienséances, et déteste les tracasseries sur quoi elle tombe volontiers sur les femmes et leur préfère le commerce des hommes. Après le bien de l'État, du Roy, de sa famille, son inclination est française. Elle a, d'abord, éloigné, tant qu'elle a pu, tout ce qui tenait par la feiie Reine et par M"'" des Ursins, mais audessus de crainte, cette conduite n'a pas duré, jusque là qu'elle est devenue favorable à plusieurs. Aucune de ses dames ne peut passer pour favorite. A quelques humeurs près, elle les traite bien. Si pour des voyages elle a de la préférence, ce n'est que par convenance et par commodité. Sa nourrice a, seule, la vraie préférence et sa confiance qui va jusqu'à lui faire essuyer ses humeurs, et vouloir, sur son exemple, que les autres les supportent. Ce que la Reine a de femme, c'est d'aimer, d'avoir et de s'amuser de toutes sortes de bêtes et d'oiseaux qui ne lui sont peut-être pas inutiles dans l'extrême retraite où elle vit. Elle a mille façons de la Reine d'Angleterre, veuve de Jacques II, mais pas si grande à beaucoup près, ni d'un si grand air.
Le Prince des Asturies est fait a peindre. Allongé, maigre, fluet, délicat, mais sain; il est blond, a de beaux cheveux, le visage laid, et ressemblera, avec l'âge, au
Roy de Sardaigne son grand père maternel. Il est adroit à tout, vif, bien à cheval. 11 ne lui manque que de la force. Tire bien, aime la chasse et les exercices, et danse, à merveille, toutes sortes de danses qu'il apprend en un moment. Si la Reine et lui étaient de condition à danser sur un théâtre, il renchérirait, les jours qu'ils y devroient paraitre. Le Roy l'aime beaucoup, mais sans démonstration, qu'une seule, qui est de ne regarder que luilorsqu'il danse, même avec la Reine, quoiqu'elle danse mieux, parce qu'il est très mince et aussi très faible. Il a beaucoup promis, et eiit été capable de profiter d'une bonne éducation, si les entraves de la Cour et le naturel de ses Gouverneurs l'eussent permis. Il aime et craint le Roy et a plus de bienséance pour la Reine et pour ses enfants que de véritable affection, et ne répond pas toujours à ses avances. Il est élevé dans une impolitesse qui surprend, jusqu'à ne se pas incliner ou découvrir, lorsqu'il est rencontré et salué par les plus grandes Dames, dont le Roy et la Reine ne lui donnent pas l'exemple ; et le reste, en ce genre, se suit. Familier toutefois, mais peu instruit à dire et à répondre, il est tenu fort particulier devant et depuis son mariage, bien qu'en différentes mains, et renfermé avec des fils de valets qui sont sa compagnie, et auxquels il s'est accoutiné, parce qu'il y est fort libre et trop souvent seul avec eux. 11 lui est échappé des traits singuliers d'épargne qui peuvent autant venir de ce commerce, ou du peu qu'on lui donne, que de son inclination. Elle est française, quoiqu'élevépar des mains ennemies de la France. Il a été transporté de joie d'être marié, peut-être par enfance, et il a été très blessé de
ne l'être pour quelque temps qu'en apparence. Il parait aimer et rechercher fort la Princesse. Il semble aussi qu'il aimera les femmes, qu'il sera dévot, que son attention à sa santé, quoique bonne, est surprenante, et qu'il ressemblera au Roy en beaucoup de choses. Il est déjà fort secret, ce qui a été éprouvé dans l'aflaire de son mariage. Il est la passion la plus dominante des Espagnols qui ne peuvent se lasser de le voir et de le poursuivre de foule et d'acclamation. 11 les aime réciproquement. Il hait et méprise son Gouverneur et le lui a bien témoigné. Il n'aime pas mieux son Sous-Gouverneur. Albéroni lui était insupportable, peut-être par l'attachement qu'il avait pour le Cardinal del Guidice qui était son Gouverneur. On ne distingue point encore de préférence de sa part bien marquée pour personne. Il est encore très enfant.
L'Infant D. Fernand est aussi fils de la feue Reine, et, néanmoins, il ressemble fort à l'Infante, mais il est bien plus beau, et promet beaucoup, eu toutes manières, par l'esprit, la vivacité, les réparties. Mais, néanmoins, rien de prodigieux comme l'Infante, quoique sans comparaison plus âgé. Il est très bien fait et a l'air robuste et vigoureux. Il est élevé avec le Prince et mangent ensemble, quoiqu'avec un Gouverneur différent. L'union et la tendresse réciproque de ces deux frères est inexprimable, avec une déférence du cadet qui sent néanmoins très bien tout ce qu'il est, et une prévenance, en tout, de l'ainé qui ne se démentent jamais. Il porte l'Ordre du Saint Esprit et celui de la Toison d'Or, avec la Croix de Malte, parce qu'il est Grand Commandeur de Castille, ce qui lui vaut près de
cent mille écus de rente. Son union avec le Prince des Asturies m'a engagé à les joindre. Son âge ne permet pas d'en dire davantage ni rien des deux autres Infants, fils de la Reine, sinon qu'ils sont parfaitement beaux et robustes. Le dernier porte la Croix de St-Jacques dont je lui vis recevoir l'ordre en cette enfance, parce qu'il en a la Grande Commanderie qui lui vaut, aussi, près de cent mille écus de rente. Comme fils d'Espagne, ils portent tous la Toison en naissant, mais, pour le St- Esprit, ce fut une grâce du feu lloy qui les voulut, en cela, traiter de Fils de France.
La Princesse des Asturies, depuis qu'elle a passé les Pyrénées, a paru beaucoup d'esprit et d'envie de plaire, et manquer, pourtant, de l'éducation la plus commune. Aisée à accoutumer aux façons espagnoles, et sentir parfaitement la grandeur inespérée où elle est, sans regret aucun à quoi que ce soit. Elle a fort plû par sa libéralité et par ses aumônes. Haute, pleine de volonté, peu de bienséance pour ses Dames et abusant fort de la bonté et de la complaisance vraiment sans mesure, qu'elle trouve dans le Roy et dans la Reine. Pourtant fort soumise à sa Camareyra-mayor, et c'est grand dommage qu'elle n'en ait une plus capable. Elle témoigne du goût pour le Prince, de la complaisance pour lesLifants, nulle attention à personne, peu de souvenir de la France et de ses parents, beaucoup d'enfance et d'attachement à toutes ses fantaisies.