‹ Papiers inédits du duc de Saint-SimonChapitre 85 sur 91 · VOYAGES · texte numérisé non relu

VOYAGES

Absences Cc ne Serait pas rendre un compte entier de la vie

de Madrid et i t« i i • i> • i

suite. journalière du Roy et de la Reine d Espagne, si leurs

voyages étaient oubliés, eux qui tiennent la plus grande part de l'année. Vers les premiers jours du carême, ils passent du Palais à celui du Buen Retiro, et ce n'est que changer de quartier à Madrid. La semaine de Pâques, les mène àAranjuez,et la Fête du St-Sacrement les ramène au Palais de Madrid. Huit jours après, ils vont passer six semaines à l'Escurial, puis revenaient au Pardo, mais c'est maintenant à Balsaim, depuis que la Granja est en faveur. De là, ils retournent à l'Escurial, puis encore à Balsaim, d'où ils s'arrêtent quelques jours à l'Escurial, puis au Pardo, et rentrent à Madrid au commencement de décembre, où, depuis Pâques, ils ne sont que huit jours. On ne peut fixer les dates de Balsaim parce qu'elles changent, et que les séjours s'y multiplient, à mesure que les ouvrages y augmentent. On en peut dire, comme de Versailles, le vieux Beringhem au feu Roy ; que c'est un favori sans mérite, et que quand l'Espagnol ferait une Ibrtune aussi prodigieuse que le Français, il n'en serait pas moins un exemple, très surprenant de ce que peut la dépravation du goût. C'en estassez pour ne m'écarter pas trop de mon sujet. Comme ce lieu n'existait guère ou point avant cette Reine, on n'en trouve rien dans les voyages d'Espagne ; c'est ce qui m'engagera peut-être, dans la suite, à en donner une idée, ou plutôt de la Granja, à une lieue de

là, où se font les bâtiments, et rien à Balsaïm, On peut se souvenir que les lieux n'apportent aucun changement, en quoique ce soit, à la vie journalière du Roy et delà Reine, pas même les voyages. Comme une pièce ou deux leur suffit pour tous deux, et que leur chambre et leur bouche les suit, rien ne les incommode. Et ils s'inquiètent peu de leur suite, toujours la plus petite qu'il se peut. Elle n'est guère plus étendue que celle de la chasse. Le Ministre de France, le M'' de Grimaldo et ses commis, le Cardinal Borgiaet sa chapelle, quelques caméristes, les Premiers Médecins, Chirurgiens et Apothicaires, quelques bas officiers, c'est à quoi tout se réduit avec le plus petit nécessaire pour le Prince et les Infants, et, depuis, pour la Princesse. Les personnes qui ont de vraies affaires à la Cour, peuvent l'aller trouver à Aranjuès et à l'Escurial, et plus librement en ce dernier lieu qu'en l'autre. On y voit L. L. M. M. et le Ministre comme à Madrid. Le Pardo, c'est comme Madrid même par la proximité, mais à Balsaïm, cela est étroit comme les premiers temps de Marly. Tout ce qui de la suite du voyage, toute petite qu'elle est, peut être laissé à l'Escurial, y reste. Nul de ceux-là n'ose aller à Balsaïm, sans permission expresse, ni qui que ce soit, d'ailleurs, sans la même grâce qui ne se demande presque jamais, parce qu'elle déplait toujours, qui se refuse quelquefois, et qui est limitée à un ou deux jours de séjour, encore faut-il aller chercher son gîte ailleurs et le chemin d'ailleurs long, très pénible et périlleux en toute raison, sert encore à écarter les plus empressés. Dès que la Cour est hors de la ville, il n'y a plus de ce qui s'appelle fonction^ c'est-à-dire nulle sorte de

^9i TABLEAU DE LA COUR D'ESPAGNE.

cérémonie, ni d'audience publique, ni de plaisirs autres que chasse et promenade ; et tout cela ensemble fait haïr les voyages au dernier point. Il n'y a pas jusqu'aux chapelles qu'on y supprime presque toutes ; il ne s'en tient, quelquefois, qu'une ou deux et souvent point du tout. Aussi l'assistance y serait-elle bien courte. Les chapelles sont si fréquentes à Madrid, que ce ne serait pas achever la description de la vie journalière du Roy et de la Reine d'Espagne, si, tout de suite, je n'expliquais cette fonction.

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