AUDIENCES
Elles sont de plusieurs sortes. Les publiques et les particulières des Ministres Etrangers ; les particulières des sujets, le baisa-mano des Conseils, des Dames, des
Grands, de tout le monde ; l'audience du Conseil de Castille, celle du Président de ce Conseil, celle qui se donne au Public et les couvertures des Grands. Cette dernière et l'audience publique des Ministres Etrangers seront mieux en leur place parmi les cérémonies, ainsi que les baisa-mano. J'ai déjà dit que l'heure des Audiences de toutes sortes la plus ordinaire et presque la seule est le matin, après que le confesseur est sorti du cabinet du Roy. Ceux qui désirent audience particulière, ministres étrangers ou sujets, s'adressent au S"" de laPiOche pour la faire demander, et sont mal au fait s'ils n'ajoutent avec la Reine. Personne, néanmoins, n'y est contraint, mais si on l'a suspecte, on ne gagne rien à son absence, et on peut y perdre en l'indisposant par là, et le Roy encore plus. Pour avoir été mal entendu par M. de Grimaldo, le jour de la signature du contrat de mariage de notre Roy avec l'Infante, le Roy me fit demander, le soir même, par ce Ministre, si et pourquoi je ne désirerai pas que la Reine fut à l'audience que je demandais, et cette question éclaircit la méprise que je mis encore mieux au net à L. L. M. M. dans cette audience. Ce fut merveille, comment la question fut faite: et un des fruits des bontés et de la familiarité dont je fus honoré d'elles, sans quoi elles eussent crû que je ne souhaitais pas que la Reine fût présente, et cela m'eût fait plus qu'un grand démérite.
La Roche avertit celui qui doit avoir audience, du Audience
1 1,1 TT 1 • 1 • i ' • • i particulière
jour et de 1 heure. Un des trois valets intérieurs vient ^^ ^^jj..^. ^^ ,,y l'appeler tout bas, dans le salon public ; il entre, et, peu après, La Roche, revient à la porte et appelle tout haut celui qui doit entrer. Dès qu'il est dedans, La Ro-
ministres étrangers.
che sort et tire la porte. Ce cabinet est d'une grandeur à donner le bal, carré long, percé et tourné en perfection, très éclairé et magnifique. En entrant, on aie Roy et la Reine en face. Ils sont tout à l'autre bout, se joignant, et rien auprès ni derrière eux. On leur fait trois révérences très profondes, en les apercevant, au milieu de la distance, et près d'eux. Ils ne remuent pas et le Roy est découvert et ne se couvre point. On a loisir de dire tout ce que l'on veut. Il est rare que le Roy s'engage par ses réponses. Souvent il s'informe à vous sur ce que vous lui dites, et y fait entrer la Reine. Alors on €st plus à son aise. Toutes les miennes se tournaient, après, en conversation avec la Reine et où le Roy entrait. Le commencement en était toujours glacial, très grave et encore plus embarrassé, sans qu'il y en eût la moindre cause que le naturel. Le Roy change souvent de pied ; s'affermit sur tous deux ; tousse à demi, sans besoin ; tourne seulement la tête vers la Reine, et quand il veut congédier, ces mouvements augmentent, et finissent, d'ordinaire, par la tirer doucement par la jupe. Alors elle termine l'audience. On se retire avec les mêmes révérences, mais de la première à la seconde, on va à reculons. On ouvre soi-même la porte, on sort et on la ferme, et le Roy et la Reine sont cependant en la même place. On ne peut exprimer la mesure et la discrétion avec laquelle elle se laisse aller à entrer dans ce qui se dit, puis, insensiblement, à mener la parole comme si elle ne la menait pas, à égayer les choses sérieuses sans indécence, et sans sortir d'aucunes bornes d'une justesse à tout, ce qui ne peut être que le fruit d'une grande justesse d'esprit, d'une application continuelle et d'une
intime connaissance du Roy. Attentive à le louer, à lui tout reporter, à s'anéantir devant lui, pourtant avec dignité, et à le soulager en toutes choses, et aider aussi avec bonté celui qui est à l'audience. Toutes celles que j'ai eues se sont passées sans bouger de la même place, tant qu'il s'agissait de matières d'audience, mais quand la conversation avait pris le dessus, quelquefois on allait de côté et d'autre, par occasion de regarder ou de faire voir quelque chose ; de le tenir ; de le porter et le changer de situation. On est toujours en tiers avec eux. Leurs sujets ou les Ministres Étrangers, tout s'y passe de même.
A cette même heure, c'est-à-dire avant la Messe, et idem de la Reino. quelquefois tandis que le Roy donne des audiences particulières, la Reine donne les siennes. Toute personne un peu marquée, qui a quelque grâce à demander, quelque explication ou quelque remercîmeut au Roy, s'en acquitte aussi envers la Reine, et ordinairement commence par elle quand ce n'est pas remercîment. On s'adresse à la Caraareramayor qui fait avertir. On entre par l'appartement de la Reine. On l'approche comme il vient d'être dit du Roy ; on lui parle bas, elle répond de même, et, quoique les audiences du Roy soient courtes, celles de la Reine le sont encore plus. Elle est appuyée contre une table, dans la galerie intérieure dont j'ai déjà parlé, et auprès de la porte de son appartement intérieur. Dans cette galerie sont aussi celles de ses Dames qui sont de jour, et ceux de ses grands officiers et des bas domestiques que le hasard y fait trouver, mais tout est à distance d'être vu et non entendu. Toutes les audiences pubhquesde la Reine se donnent
38Zi
Audience
du Conseil de
Castille.
à cette même heure. Alors les Grands s'y trouvent au hasard et s'y convient. Ils sont d'un côté, le long de la muraille, et alors les Dames de la Reine, en plus grand nombre, vis-à-vis; et, du même côté qu'elles, des étrangers de marque, des Seigneurs distingués revenant de loin, des Généraux d'Ordres ou Supérieurs distingués, des Ministres étrangers du second ordre ont de ces sortes d'audiences. Celles du Roy et de la Reine qui sont de cérémonie, comme de Cardinaux arrivant et partant, d'Ambassadeurs, et la Couverture des Grands se donnent aussi à cette même heure, ainsi que les deux autres dont je vais parler.
Tous les lundis, le Roy traverse tout le grand appartement et va dans une pièce qui sert de double à la première, et qui n'est jamais fréquentée. A la porte tout le courtisan s'arrête. Le Majordome de semaine qui a été, au haut du grand degré, recevoir le Conseil de Castille et qui l'a conduit là, se trouve à cette porte. Les trois charges, si elles s'y trouvent, et le Capitaine des Gardes en quartier, entrent après le Roy, précédé du Majordome, et sortent un instant après. A côté de cette porte est une petite estrade, un tapis, un fauteuil et un dais. Des bancs nus en carré, autour et devant. Le Roy entrant, se couvre. Dès qu'il est aperçu, le Président et tout le Conseil mettent un genou en terre, et le Roy, sans se découvrir, et qui n'a que quatre pas à faire pour aller à sa place, s'y assied, et leur dit aussitôt : levez-vous, assoyez-vous et couvrez-vous. Assis et couverts, le Président dit un mot, puis le Conseiller de semaine, assis près de lui, rapporte, en peu de paroles, les sentences rendues dans la semaine, qu'il a
portées avec lui, que le Roy infirme, change, casse ou confirme comme il lui plait, mais qui ne deviennent Arrêts que par cette confirmation qui ne manque quasi jamais. Tout est fait en un bon quart d'heure. Dès que le Roy se lève, et toujours sans se découvrir, tous remettent un genou en terre. Le Roy traverse une pièce et s'arrête dans une seconde longue et obscure par où il est venu. Tous les courtisans qui l'attendaient à laporte de l'audience, le précèdent et le suivent. Il se met dans un fauteuil sans dais, près d'une table, et tous les courtisans achèvent de passer, et attendent dans la pièce d'après. Le Majordome conduit le Président du Conseil de Gastille devant le Roy qui est assis et couvert. Le Président met un genou en terre; le Roy lui dit de se lever, de se couvrir, et il se met sur un petit banc de bois nu et bas, près, et vis-à-vis du Roy. Cette audience dure une grande demi heure. Le Roy. vient seul dans la pièce suivante où on l'attend et rentre tout de suite, tandis que le Président sort par où il était entré et trouve le Majordome à la porte en dehors, qui le conduit au grand degré.
Les mercredis et samedis, le Roy traverse son appartement, suivi, précédé, environné des courtisans, jusqu'à la porte de la chambre d'audience. A la porte, tout ce qui n'est pas Grand s'arrête. Tout près de la porte est une table, un fauteuil auprès, un tapis dessous, pour le Roy qui se couvre et s'assied. Le Capit"'= des Gardes en quartier, s'appuye contre la muraille, derrière le Roy les Grands laissent quelque espace vide et se rangent le long des murailles, se joignant et tous à coté les uns des autres. Ils ont tout un coté et deux
Du Président du Conseil de Castille.
Audience
Publiq^ue des
sujets.
demi côtés, qui est beaucoup plus qu'ils n'en tiennent. lis se couvrent, dès que le Roy est assis. Si des Grands l'ont suivi, ils lui font une profonde révérence, et sans que le Roy remue, ils passent à la muraille, et les autres Grands les saluent. Il en arrive rarement, l'audience commencée. Les quatre Majordomes sont découverts devant la cheminée, vis-à-vis du Roy. Près la porte opposée à celle par où le Roy est entré, se tient, en dedans, le S' de la Roche, avec une liste à la main, et personne autre dans la chambre, et les portes ouvertes. Cette fonction est avec plus de cérémonie, ce que sont ici les placets à l'ordinaire et n'a pas plus de succès. Tous ceux qui veulent être admis à l'audience, ont eu soin d'être inscrits dans la liste de la Roche, et il les appelle fort haut, chacun à son tour, suivant sa liste, lis attendent dans la pièce joignante à laquelle celle qui sert de double est le lieu de l'audience du Roy au conseil de Castille. Gelai qui s'entend appeler, entre et fait ses trois révérences, la plupart à l'Espagnole, et à la dernière, ils mettent un genou en terre, et, en cetteposture, parlent au Roy, quelquefois assez de temps, lui présentent leur mémoire que le Roy prend, tourne sa main nue qu'il baise, et se retire a reculons faisant encore trois révérences. Au moment que celui-là sort la porte, un autre est appelé, et ainsi jusqu'au bout. Quelquefois le Roy abrège le discours en prenant le Mémoire et donnant sa main à baiser, mais jamais il n'en renvoie, ni ne répond mot à aucun. Des gens d'emploi et de condition ne trouvent point audessous d'eux de prendre cette audience, et depuis ceux de cette sorte que j'y ai vus jusqu'à la lie du peuple et aux simples
soldats, tout est admis. Les Prêtres et les Religieux parlent debout. J'en ai vu qui demeuraient à genoux, que le Roy faisait relever de la main, mais ils mettent le genou à terre en arrivant au Roy et en se retirant. Lorsqu'il vient des gens de qualité ou des prêtres et des religieux de distinction, ils saluent quelquefois les Grands en passant, après la première révérence au Roy, et en se retirant ; et les Grands se découvrent un moment. J'ai vu quelquefois des Grands ne se couvrir point ou ne l'être pas toujours, par commodité de l'appui à la muraille. La plupart restent couverts. Dans cette audience, il y en a de secrètes ; ceux qui la désirent ainsi, quels qu'ils soient, le disent en la demandant à la Roche, sans expliquer pourquoi. Gela ne se refuse point, et il est rare qu'il ne s'en trouve toujours quelqu'une en ces audiences. Alors, ceux la sont appelés à leur tour comme les autres, mais la Roche ajoute aussitôt et aussi haut : c'est une audience secrète. Dès qu'on l'entend, les Grands quittent leurs places, passent en foule devant le Roy, en lui faisant la révérence, les Majordomes aussi, et même le Capitaine des Gardes. Tous se retirent dans la pièce joignante par où on est entré, et le Capitaine des Gardes se tient dans la porte, à demi en vue, mais hors de portée d'entendre. Cet usage est excellent et fait trembler ceux qui peuvent ôter l'accès et avoir intérêt qu'on ne puisse approcher du Roy, qui peut ainsi ou soupçonner ou démêler même bien des choses, quand il veut en faire usage. Néanmoins on ne s'aperçoit pas d'un grand fruit. Lorsque celui qui a eu cette audience se lève, la Roche dit tout haut qu'on peut rentrer, et chacun rentre comme
Journées
du Prince des
Asturies
on était sorti, et se replace où il se trouve, c'est-à-dire les Grands. La liste épuisée, et le dernier relevé de devant le Roy, la Roche vient à S. M. qui se lève, lui remet un faisceau de mémoriaux, et s'en va comme il était venu. Il faut observer que La Roche dit tout en Français. J'ai très souvent assisté à ces audiences, sur ce qu'en ayant vu une, par curiosité, de la porte, parmi les courtisans, les Grands me firent signe d'entrer, que je n'entendis pas. Plusieurs d'eux m'en parlèrent et me témoignèrent que je leur ferais plaisir de me mêler parmi eux, suivant le droit réciproquement accordé en France et en Espagne aux Ducs et aux Grands, de manière que pour répondre à leur politesse, je me trouvais toujours parmi eux aux fonctions où, comme à celle-là, les Ambassadeurs n'assistent point, et où je pouvais me séparer de ce caractère. Comme la Cour n'est pas la moitié de l'année à Madrid, et que ces audiences ne se donnent point ailleurs, elles sont souvent nombreuses et longues. J'ai ouï dire au Roy d'Espagne qu'il y en avait eu beaucoup de 60 et de 80 personnes, mais je n'en ai jamais vu qui allassent au plus qu'à 20 et 25, et très souvent beaucoup moins. On commence à les connaître comme ici nos placets à l'ordinaire desquels au commencement j'ai reçu à mon tour, plus de Mille, et, trois ans après, mon tour était à peine de deux cents. Il n'y vient jamais de femmes.
Après avoir décrit, avec le plus de détails, la vie journalière du Roy et de la Reine d'Espagne, il faut le finir par un mot de celle du Prince et de la Princesse des Asturies. Les autres Infants sont trop jeunes pour en faire mention. Le Prince se lève à 8 heures du ma-
tin, servi par son Gouverneur, son Sous-Gouverneur, et, depuis quelque temps, par quatre des Gentilshommes de la Chambre, choisis pour cela, et qui sont devenus ses Grands OfTiciers lorsqu'à l'occasion de son mariage, on a fait sa Maison. Personne ne le voit à son lever ni à des heures pareilles naturellement publiques. Il étudiait ensuite, entend après la Messe dans une chapelle, dans l'intérieur de son appartement, et il y en a une semblable dans tous les Palais qu'il habite. Maintenant, au lieu d'étude qui est devenue légère, et à sa volonté, il fait ce qui lui plait avec ses Grands Officiers, mais plus souvent avec deux jeunes valets qui ont été, de tout temps, sa compagnie, avec qui il n'est point enfermé, si ce n'est pour tout ce qui n'est pas de cet intérieur. Il monte un moment chez la Princesse qu'il trouve à la fin de sa toilette, ou aucun de ses Grands Officiers n'entre, sinon celui qui a été son Gouverneur et maintenant son Majordomemajor ; les autres attendent dans la galerie dont j'ai souvent parlé. Il passe, ensuite, avec elle, à la toilette de la P»eine où ils voient le Pioy et se retirent, pour diner, chacun dans son appartement, lorsque le Roy va à la Messe ou lors des audiences. S'il y a chapelle, le Prince y suit le Roy, et la Princesse va avec la Reine. Ses Dames en petit nombre, et son Grand Ecuyer quelquefois, parceque son Majordormemajor est absent, sont aussi dans la tribune. Le Prince dîne avec l'Infant D. Fernand toujours en particulier, puis s'amuse avec lui, jusqu'à l'heure de sortir. S'il va à la chasse du Roy, comme il fait i)resque toujours, ou au Mail, il part un peu devant; s'il va, en son particulier, tirer ou se promener en quelque mai-
son de plaisance, ce qui est rare, il sort à sa volonté. Le Duc de Popoli, qui a été son Gouverneur, le suivait toujours, mais maintenant plus du tout, depuis qu'il en a quitté le titre. Le Comte d'Altamire, son Sommelier de Corps, un Gentilhomme de sa chambre et son premier Ecuyer qui l'est aussi après avoir été son Sous- Gouverneur, l'accompagnent assez souvent, quelquefois un seulement, ou deux ou tous les trois. Il parait encore peu démêlé et fort enfant ; il semble cependant s'accomoder mieux du Comte d'Altamire et du Marquis de los Barbares que d'aucun autre. 11 se trouve au retour du Roy qu'il quitte bientôt après, avec la Princesse, est ensuite chez elle un quart d'heure, puis descend chez lui, s'amuse, dans son intérieur, et avec son frère quand il a quitté l'étude, soupe avec lui, et se séparent, quelque temps après, pour se coucher. Il y est servi par ses Grand Officiers, en tour, ainsi qu'a ses repas. Il est rare qu'il s'aille promener avec la Princesse. Il semble pourtant le désirer, et a, quelquefois, été la joindre où elle était, et achever la promenade et revenir ensemble. Il la rencontra, une fois, dans Madrid, ayant, par hasard, le Duc de Popoli dans son carrosse. Ils arrêtèrent. Le Prince voulut descendre avec empressement ; le Duc le retint, mais le Prince lui parla durement, descendit, et Ht de la Princesse mouta avcc la Priucesse qu'il ne quitta plus jusqu'au retour. Elle répond fort à ces manières du Prince, mais on évite doucement, dans cette première jeunesse, de les exposer à se lasser l'un de l'autre, par se trop voir. Elle aime à se lever fort matin et à se coucher de très bonne heure, ce qui est tout le contraire du goût du Roy et de la Reine, c'est à dire de celui que la Reine
a fait prendre au Roy. Il en est de même du bal que L. L. M. M. aiment et que la Princesse hait, tant la danse dont elle s'acquitte mal au delà de ce qu'on peut croire, que l'heure du bal qui retarde son coucher, que le spectacle; choses fort extraordinaires à son âge, ce qui a fait uniquement qu'il n'y a point eu de bal public à Madrid, depuis son arrivée, quoique on en dût donner après son rétablissement, et que la Reine en eût grande envie, jusqu'à l'avoir fait préparer. La Princesse est toujours avec ses Dames qui se relèvent pour la suivre et lui tenir compagnie. Celles de la Reine entrent aussi dans sa chambre, mais personne autre. Elle ne va point à la chasse, déclare qu'elle ne l'aime point, s'amuse à toutes sortes d'enfances, même chez la Reine où elle a liberté de passer à toute heure, même au dîner; va, tous les jours, à la promenade ou dans des Monastères de filles. Pendant la maladie qu'elle eût en arrivant, le Roy et la Reine y allaient plusieurs fois par jour. La Reine elle même lui donnait ses bouillons et la traitait avec une tendresse extraordinaire. Elle n'osait trop insister sur ce qu'elle lui croyait nécessaire comme la diette. Elle m'avait ordonné, en présence du Roy, de voir la Princesse, et sur ce qu'après m'en être défendu, je n'en avais rien fait, il me l'avaient si précisément ordonné, que je n'osai désobeïr. La Reine désira donc que je lui parlasse, mais il m'eût été difficile de le faire, ne m'ayant jamais dit un mot que forcé et de nécessité, lorsqu'elle arriva, et lorsque je pris congé d'elle, bien que pendant sa maladie je la visse tous les jours, à la vérité un moment. L'esprit raccommodera, sans doute, bien des choses.