‹ Papiers posthumesChapitre 12 sur 29 · LETTRE À M. GAMBETTA · texte numérisé non relu

LETTRE À M. GAMBETTA

Février,

Enfin, vous n'êtes plus ministre, ni mon ministre, sans doute le dégoût vous a pris, ou bien vous étiez las de cette impuissante dictature que vous exerciez, las de tant de petits cerveaux qui vous entouraient, de tant de pe- ‘iles idées et de petites préoccupations qui vous “étreignaient.

Arraché à ce gouvernement où votre vigueur était un reproche pour chacun, vous êtes rendu à la cause de la défense; plus d'ambitions à contenir ou à satisfaire, plus de Bourbaki à ménager, plus d'équilibre à maintenir entre vos hommes, qui étaient réactionnaires, et vos idées, qui étaient libérales. La Révolution est peut-être à refaire. — Si ce terrible passage au

pouvoir ne vous à pas usé, j espère que nous

la referons.

Ce qui vous a manqué, cest l'intelligence militaire : c'est aussi ce défaut qui vous à perdu. La décision et l'audace dont vous étiez rempli, ont honteusement fait défaut à vos généraux : ce sont là pourtant les vraies qualités

des hommes de guerre. |

Je n'ai jamais compris, pour moi, ce que vous faisiez dans votre cabinet. Quand je songe que Napoléon faisait en quelques heures par semaine ce travail de contentieux où l'on vous réduisait, je prends le parti du despote contre vous. Il faisait la gucrre, et vous, vous la laissiez faire. Votre gouvernement n'a pas été un gouvernement de combat; il a trop ressemblé à celui qui l'avait précédé : beaucoup de bureaux, — quelque peu de police.

N'importe ! vous n'êtes plus gouvernement :

vous restez l'homme le plus déterminé et le

— gi — plus intelligent qui se soit manifesté dans notre parti. J'ai amèrement regretté pour nous de vous voir abdiquer, ou plutôt de vous voir éliminé peu à peu du pouvoir. Mais la sympathie mêlée de pitié que j'avais pour votre pouvoir me fait excuser cette faute, et je voudrais de tout mon cœur vous aider à exercer votre influence dans les conseils qui vont s'ouvrir.

Mes illusions, les espérances que j'avais portées sur vous datent de la révolution de septembre. Votre jeune renommée me rassurait contre l'impuissance de votre entourage décrépit. Je savais combien vous étiez promptement devenu homme politique, et je me flatlais que vous deviendriez aussi vite homme de guerre. Vous n'avez pas même essayé : le hasard vous a livré quelques-uns des secrets de notre métier, mais l’ensemble vous a échappé : volontairement vous vous êtes mis aux mains

‘de nos généraux imbéciles. Ne puis-je pas vous

aider ? Plus d'une fois . . . . . , .

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