LA LUTTE À OUTRANCE
La défense à outrance, la continuation de la lutte jusqu'à la victoire n’est pas une utopie ; ce n'est pas une erreur. La France possède, encore un immense matériel de guerre, un grand nombre de soldats ; la ligne de la Loire, qui est une excellente frontière, est à peine en-
tamée tant que Bourges n'est pas perdu ; mais füt-clle acquise à l'ennemi, l'attaque des provincos méridionales devient difficile à cause du massif de l'Auvergne, qui oblige l'ennemi à partager ses cfforts entre Lyon et Bordeaux.
Un échec des Prussiens sur l’une de ces deux lignes les dégage toutes deux.
Eu thèse générale, la défense à outrance ne pout pas être nuisible à un peuple. L'erreur quo nous commettons en faisant la paix est la méme qui a perdu Carthage : un peuple riche ob uu pou scoplique est toujours sollicité à canette celte faute: son vainqueur n’a plus alurs qu'à l'exploiter doucement jusqu'à ruine complète,
Au vontraire, la résistance a souvent des chances heureuses. Rappelez-vous la bataille do Cannes: là conquête de la Hollande par Louisa NIV, à la tête de quatre armées les plus puissantes de l'Europe, commandées par Tu-
renne et Condé; l'envahissement de l'Espagne par Napoléon en 1808 : voilà trois situations . Qui étaient, et de beaucoup, plus désespérées, plus accablantes, qui laissaient bien moins de chances à une issue honorable que notre situation après la prise de Paris. Cependant toutes trois ont été heureuses, et ce n’est pas un effet du hasard, mais peut-être l'effet d’une lei constante, dont un des caractères les plus nets est le dépérissement des armées victorieuses.
Une armée qui fait une guerre active se détruit, lors même qu'elle a toutes facilités de se recruter. Les recrues qu'elle reçoit maintiennent sa force numérique, mais ne remplacent ni les vieux soldats ni les officiers qu'elle a perdus. C’est par le défaut d'officiers qu'a péri l’armée de Napoléon ; il en est de même de l'armée d'Annibal ; il en sera de même de l’armée prussienne, et plus promptement encore, sans compter que la mort de M. de Bismarck ou de M. de Moltke peut tout emporter.
Le mot de Pyrrhus vainqueur n'est pas un paradoxe. I vient souvent un moment pour les conquérants, où le désastre est tout entier en germe dans une victoire ; ce moment, c'est Cannes ou la Moskowa. Pourquoi les Prussiens n'auraient-ils pas la même aventure? Il ne s’agit que d'attendre le moment, les user, les lasser, leur faire trouver Capoue dans nos villes, mais ne jamais faire marché avec eux pour notre FANÇOoR.
Nous manquons de patiente; nous faisons là paix aussi inconsidérément que nous avohs fait la guerre. Ce peuple est trop mobile et trop sceptique. D v a quatre-vingts ans on a pu Île fanatiser avec les idées de liberté, de propagaude vralitaire, de démocratie universelle ; à quoi croira-t-i] maintenant !!
ROSSEL