G' ESPINASSE
ex.
Lettre de M. Fould à l'Empereur, au sujet de l'expédition du Mexique.
SlUB,
L'expédition du Mexique a eu pour motif le désir d'obtenir une réparation des insultes faites à nos nationaux, en même temps que des indemnités pour les pertes qu'ils avaient supportées.
Elle avait, en outre, un double but, qui était de contenir la domination des États-Unis et de développer nos relations commerciales.
L'Empereur sait ce qui a été fait pour nos nationaux. v
Leurs réclamations, qui s'élevaient à une somme bien supérieure, ont été
réglées à millions, payables en obligations du dernier emprunt. Sur ,
celle somme, il n'a été encaissé, pour leur compte, que 5,G83,800 francs, et ^
il reste 37,710 obligations , représentant, au cours de 300 francs, 17,000,000 francs, mais dont la réalisation se trouve entravée par une réclamation dos banquiers qui les avaient achetées, et qui, invoquant aujourd'hui
lies causes ôe ûirce majeure, se refusent à en prendre livraison. Le cours actuel de ces obligations n'est que de 170 francs.
Quant au but i)olilique que se proposait l'Empereur, il eût été peut-être possible de l'alleindre en profilant du conflit entre le Nord et le Sud des États- Unis, pour soutenir les dissidents et favoriser,au profit du Mexique, l'établissement d'un État intermédiaire. Des considérations puissantes ont détourné de celle politique, et aujourd'hui l'empire n'a pas moins à redouter les Éiais du Sud que les Éiats du Nord.
D'un aulre côté, l'extension de nos relations commerciales semble plutôt compromise qu'obtenue. Au début de notre entreprise, des envois assez considérables de produits français ont été dirigés sur le Mexique, mais ce fait s'expliquait par la longue interruption du commerce, résultat des troubles, et de l'anarchie qui régnait dans ce pays. Il faut aussi faire la part de la consommation et de l'approvisionnement de noire armée, ainsi que de la faveur sur laquelle complaieit d'abord les négociants français. Mais cet accroissement de commerce ne s'est pas maintenu et se ralentit au contraire d'une manière sensible.
Un tel état de choses s'explique par les circonstances politiques, sur lesquelles il est nécessaire de ne pas s'abuser.
Bien qu'il existe au Mexique un parti monarchique, il faut reconnaître que ce parti n'a pas la force que lui prêtaient les émigrés résidant en France avant rexpédiiion. Nous l'avons dijîi constaté avant l'arrivée de l'empereur Maximilien, et il a pu le constater promptement lui-même. C'est alors qu'il a rompu avec le parti clérical et monarchique, et qu'il s'est rapproché du paili libéral, comi)ûsé presque exclusivement de républicains dévoués à Juarez ou animés d'ambitions personnelles. C'est alors aussi que se sont manifestées les dissidences et qu'a commencé la guerre de partisans. L'empereur s'est trouvé entre le parti monarchique, qui ne se fiait plus à lui, et le parti libéral, qui ne cherchait qu'à le trahir. Plus de deux ans se sont écoulés dans ces luttes inieslines, sans qu'aucune amélioration réelle ait été faite au point de vue administratif ou financier. Les dépenses, non-seulement delà guerre, mais de radniinistralion intérieure, ont été supportées par la France, soit sous forme de subventions, soit sous celle d'emprunt contractés à Paris.
H est malheureusement bien avéré aujourd'hui que la situation de l'empereur Maximilien ne peut se prolonger longtemps. Le parti monarchique est à la fois le plus faible et le moins éclairé. Livré à ses propres forces, il est iiica|t;ible de se maintenir. Si, comme Votre Majesté l'a annoncé, nos troupes reviennent laissant l'empereur .Maximilien aux prises avec les difficultés de sa situation, leur départ sera plein de dangers pour elles-mêmes et pour nos nationaux au Mexique. Il est constant que l'aimée mexicaine n'ofl're aucune giiiantie de cohésion ni de fidélité, et les quelques troupes autrichieifies ou de la légion étrangère française, disséminées sur un immense territoire, seraient impuissantes à offrir une résistance sérieuse. Un simple secours en argent ne serait d'aucune efficacité pour surmonter les innombrables difficultés que présente la situation.
Il semble donc impossible que l'empereur Mnximilien se mnintienne tiu Mexique. Il lui reste encore un beau rôle à prendre en renonçant à la couronne.
Qu'il adresse une prodamation aux Mexicains;
Qu'il leur dise qu'en lui offrant le trône, ils se sont trompés eux-mêmes;
Qu'il profite de la pirésence de l'armée française pour maintenir Tordre ;
Qu'il engage le peuple mexicain à procéder au choix d'un nouveau gouvernement et à la désignation d'un nouveau chef.
Effectué dans ces conditions, son départ pour l'Europe sera peut-être l'occasion de quelques regrets; en tout cas, il aura lieu sous la protection de l'armée française. Il sera en même temps le signal du rétablissement du calme dans ce pays, où, notre intervention cessant, on verra bientôt cesser aussi toute cause d'animosité contre nous. Je n'admets pas les tristes prévisions par lesquelles on a cherché à produire une impression sur l'esprit de l'Empereur; mais auraient-elles quelque fondement, qu'il serait facile d'opérer progressivement le retour de nos troupes de manière à garantir la sécurité de nos nationaux.
Je ne me dissimule pas qu'il sera moins facile peut-être de déterminer l'empereur Maximilien à abdiquer. Si je suis bien renseigné, il ne s'y résignera que s'il est convaincu qu'il n'a plus de secours à attendre de la France. Il commence à le pressentir; le voyage de l'impératrice Charlotte en est la preuve. Si votre Majesté lui déclare nettement que, quels que soient ses sentiments personnels. Elle ne peut lui donner aucune assistance sans convoquer le Corps législatif, dont l'opinion n'est pas doutense, rimpératrice Charlotte amènera l'empereur Maximilien à la détermination que je regarde comme la seule possible.
Je n'entre pas dans le détail de la conduite que le Gouvernement français aura à tenir au milieu des circonstances nouvelles dans lesquelles se trouvera le Mexique. Je crois que son rôle devra se borner à assurer la sécurité des Français qui résident dans ce pays, et à obtenir pour leurs intérêts et pour ceux des créanciers du Gouvernement mexicain toutes les garanties désirables.
Ce but une fois atteint, nos troupes pourront rentrer en France : les souvenirs qu'elles laisseront au Mexique et les efforts désintéressés que nous avons tentés pour la prospérité de ce pays contribueront sans doute au dévelop|)ement de nos relations avec lui. Dans cette limite du moins, la France trouvera une compensation à ses sacrifices.
Je suis avec respect, Sire, de Votre Majesté, le très-humble cl dévoué sujet.
A^.-HILLE FOULD.
Parii, le tt a»&t 18C(.
Rapport de M. de Maupas, Ministre de la police, à l'Empereur.
Cabinet de llinistre de la police générale.
— Paris, le 23 janvier 1833.
Je suis informé que le S' Mayer, journnliste, aurait adressé à l'Empereur une ode intitulée La France impériale, qu'il vient de publier. L'Empereur ayant, en plusieurs circonstances, adresse à quelques auteurs, soit un présent, soit une lettre, il m'a paru utile d'informer Sa Majesté que le S' Mayer a été traduit six fois devant les tribunaux, et condamné trois fois, pour escroquerie, à plusieurs années d'emprisonnement qu'il a subies dans des maisons centrales. Le S'" Mayer est, en outre, un des auteurs des calomnies odieuses, qui, dans ces derniers temps, ont défrayé les journaux étrangers.
(En marge de ce premier alinéa, l'Empereur a écrit au crayon : Lui envoyer un souvenir. Les autres alinéas sont biffés par lui au crayon.)
Tai déjà eu l'iionnour de dire à l'Empereur combien il serait désirable que Sa Majesté fît connaître, le plus tôt possible, les noms des dames d'honneur de l'Impératrice. Le monde les attend avec une véritable avidité. Le nom de Ji"* la duchesse de Yicence avait été prononcé; sa nomination était considérée comme certaine, et on se rc\jouissait de ce choix, parce que M"* de Yicence, outre ses qualités personnelles, tient encore à plusieurs grandes familles de la capitale qu'elle aurait entraînées avec elle. Le bruit s'est répandu hier qu'elle aurait décliné cet honneur, et cette nouvelle a été accueillie avec de véritables regrets.
L'Empereur a pu remarquer qu'à part quelques écarts regrettables, sans doute, la presse étrangère avait, en général, parlé du mariage de Sa Majesté en termes favorables.
Qu'il me soit permis d'appeler l'attention de l'Empereur sur un article publié à ce sujet par le Times, et qui constate une amélioration sensible dans l'esprit de cette feuille, jusqu'à présent ouvertement hostile au gouvernement de Sa Majesté.
La seconde partie de cet article, dont j'ai l'honneur d'adresser ci-jointe la traduction à l'Empereur, est peu importante; mais la première partie est conçue en termes favorables, et M m'a semblé qu'on pourrait utilement la faire reproduire dans les journaux français. J'attendrai néanmoins les ordres que Sa Majesté voudra bien me donner à cet égard, et je me permets de La prier de de vouloir bien me les transmettre par le télégraphe .électrique.
On me sign.ileletlépaitde Jersey du nommé Huart, réfugié politique, homi-ip dangereux sous tous les rapports, et capable, par son fanatisme démagogique, de se porter a tous les crimes. Huarl aurait l'intention de se diriger sur Paris, il l'aide d'un vieux passe-port. Quant au but de son voyage, les précautions mystérieuses dont il a enveloppé son di'part, l'exaltation bien connue de ses opinions politiques, et ses lelalions avec des hommes qui ont plus d'une fois manifesté leur espoir d'assassinat, tout porte ù penser qu'il pourrait être un de ces émissaires chargés d'épier une occasion favorahh; pour attenter aux jours de l'Empereur. Je transmets à M. le Préfet de police toutes les indicacations qu(! j'ai pu recueillir sur cet individu, ainsi que son signalement, et le nom d'un ami chez lequel il pourrait descendre.
Le Ministre Secrétaire d'État tu déparlement de !a Police générale.
De Malpa^
Lettre du cardinal Cagiano a Mgr Thibault, évêque de Montpellier.
(Très-couliilentieile.)
Nous n'avons poltit l'orii;iiial de cette lettre, mais seulement une copie, arrivée aux Tuileries, nous ne savons par quelle voie. Eu haut de la pièce se lit la note suivante : « Copie de la lettre du cardinal Cagiano, président de la Congrégation des évêques, k • Rome, il l'évêque de Montpellier, pour lui insinuer sa démission, — L'évêque a éner- 1 giquement répondu par un refus.»
Rome, 4 février iSCO.
Monseigneur,
C'est un pressant devoir pour moi de remercier votre Grandeur, nonseulement de l'accueil bienveillant que vous avez fait au parti que je vous ai suggéré par rapport à l'abbé B"', mais bien plus encore pour la confiance pleine de cordialité avec laquelle vous vous abandonnez à moi seul. C'est ce qui m'oblige à répondre à une confiance aussi grande en vous parlant avec une entière franchise et la plus grande liberté.
Je vous dirai donc qu'ayant été assuré par votre lettre du 51 janvier que Votre Grandeur était disposée à rendre ses bonnes grâces à l'abbé B*", j'ai eu besoin d'une autorisation spéciale du Saint-Père pour retirer l'instance de ce prêtre du rôle des causes ordinaires qui devaient être traitées devant la Sacrée Congrégation, afin de terminer la question sans autres procédures economica-
mente ■
A l'occasion du rapport que j'ai dû présenter là-dessus à Sa Sainteté, j'ai ressenti la plus vive douleur en trouvant le Saint- Père très-mal impressionné à votre égard et convaincu, d'après des relations déjà anciennes et certaines, que Voire Grandeur quœrit quœ sua sunt, non quœ Jesu Chrisii, et qu'Elle a
oublie le piécoptc divin inculqué par r;ipôlre, opurlei Ci:hcojjum iircprehensibilem esse. Alors, en entondaiU un lan^'-ai;;o si inattendu, dans l'amertume de mon âme, repassant dans mon osinii les vini^t-cinq années que Votre Grâce a déjà consommées dans l'cpiscopat, voire santé mal affermie, le lourd fardeau du ministère, je me suis dit à moi-même : Oli ! que ce serait chose convenable que M. Thibault se démît spontanément de sa charge! Peul-êl.re recevrezvous une lettre du Saint-Père. — Pardonnez-moi, Monseigneur, cet avis tout à fait secret; j'aurais craint vous tromper, si je ne vous l'avais pas communiqué.
Revenant maintenant à l'abbé i>***, je prie Votre Grandeur de considérer qu'en ce qui regarde le fait scandaleux de Vauberge (1), cette action ne s'étant produite qu'une fois, et cet ecclésiastique ne pouvant dès lors être considéré comme habitué à cette transgression, il l'a suffisamment expiée par six mois de retraite et de suspense, et qu'ainsi il ne peut plus être poursuivi sur ce point. Reste donc le fait des injures que, dans un accès décolère, il a proférées contre votre personne et votre dignité. En punition de ce délit, eu égard à sa résipiscence et pour procéder in via economica, il a semblé au Souverain Pontife que, pour qu'il fût absous des censures et réhabilité à célébrer la sainte messe, il suffirait qu'il fît, même ici à Rome, une retraite de dix jours, et qu'il vous adressât la lettre de soumission et d'excuse que j'ai l'honneur de vous transmettre.
Ceci, Monseigneur est une pure grâce, et, toute grâce supposant une faute qui a dû être pardonnée, il ne pourra pas chanter victoire. Si le clergé du diocèse s'en montrait surpris, indigné même, cette surprise, cette indignation ne seraient pas raisonnables. Il devrait bien plutôt se montrer édilié de la clémence du Saint-Siège et du généreux pardon accordé par Votre Grandeur, malgré les offenses qu'Elle en avait personnellement reçues.
Ainsi, la réconciliation étant conclue, le soin de pourvoir B*" d'un emploi ecclésiastique quelconque, à cause de sa pauvreté et des obligations envers une de ses sœurs entièrement à sa charge, en est entièrement remis à votre miséricorde.
J'aime à me dire de nouveau, avec une estime distinguée, de Votre Grandeur, serviteur vra;. Signé: A. M. Card. Cagiano.
(Antoine-Marie, Cardinal Cagiano d'Azevedo, Cardinal-Erèque.
Note de M. Latour du Moulin, énumérant ses titres à une place de Conseiller d'État.
C'est à M. Latour du Moulin qu'est due la réforme du colportage en France (2)
(I) On lit en nuirge : « Flagrant délit d'adultère. »
(3) CetiR rérorniu a été imitée par plusieurs États et a été l'objet d'uD éloge publie du eaiifinal Wisemas ^.\oU de M. Latour du Moulin.)
et la création de la Commission permanente d'examen des livres et des publications de loule nature qui, depuis sept ans, fonctionne régulièrement chaque semaine. MM. de Maupas, de Persigny, Billault, Espinasse et Delangle ont, comme ministres, constaté successivement l'importance de cette institution.
C'est M. Latour du Moulin qui a organisé les divers services de la presse française et étrangère, tels qu'ils existent encore aujourd'hui.
Il a pris la plus large part à la confection des principaux traités qui ont mis Ûn à la conirefaçon littéraire et artistique, notamment à celle du traité qui a été conclu avec la Belgique.
Ennn il a acquis au gouvernement de l'Empereur, sans dépenser une obole, la direction politique absolue du Constitulioimel et du Pays.
M. Latour du Moulin s'occupe, depuis quatre ans, de travaux sur l'administration comparée des différents peuples, dont les journaux ont publié divers extraits.
Si l'Empereur daignait consulter MM. Baroche, Rouher (1), de Royer, Rouland et de Murny, qui connaissent les services rendus par M. Latour du Moulin, Sa Majesté serait édiflée sur la valeur des titres qu'il peut avoir à une place de conseiller d'État.
Il y a trois ans, S. A. I. le prince Jérôme avait eu la bonté de se faire, auprès de l'Empereur l'interprète du désir manifesté par M. Latour du Moulin.
Lettre de M. le duc de Doudeauville à l'Empereur, sur le Préfet de Seine-et-Marne (le baron de Lassus Saint-Geniès) (2).
e décembre 1862.
SlRB,
Jamais une pensée personnelle n'a dirigé mes actions ni mes paroles ; mais il m'est impossible de ne pas gémir de voir un département aussi mal administré que celui de Seine-et-Marne.
Le préfet, habituellement à ses plaisirs ou à Paris, néglige toutes les affaires. Il a contre lui son conseil général, toutes les autorités locales et même les bureaux.
U) Nous ne savons pai quelle était l'opiDion de M. Rouher sur M. Latour-bumoulin au moment où cette note fut écrite, mais ii est boa de rappeler les lignes suivaates que le Ministre d'État adressait 3> l'Empereur le 45 octobre 1807 :
( Je m'aperçois que j'ai omis de désigner U. Latour-Dumoulin. Je prîe Votre Majesté de croire que « cette omission n'était pas le résulut de la jalousie, mais je confesse quo ce travail a riiile^ion d'élr» « sérieux. » (Voyez p. 80.)
(î) Le 10 décembre, un extrait de cette lettre fut envoyé au Ministre de l'Intérieur, de la piVt de l'Empereur, qui chargea le chef de son cabinet d'appeler l'attention particulière du Ministre sur celte dénontialioa c émanée d'une personne que Sa Majesté croit digne de sa conftanc«..>
Il se refuse à intenter un procès à M. Péreire, qui s'est emparé d'un petit terrain appartenant aux communes.
« Votre génération est trop laide, » disait-il à une commune dont les recrues ne lui plaisaient pas. « Je vous enverrai un régiment de cuirassiers u pour améliorer votre race. » Cette plaisanterie de mauvais goût a révolté les habitants.
Une autre fois, sa fille et sa femme étaient au bain. Un côté est réservé aux dames. Le préfet se présente. « On ne peut aller plus loin, » lui dit l'employé. « Cette défense n'est pas pour moi, » répond le préfet, et il passe outre, ce qui cause un grand scandale.
On ne finirait pas s-i l'on voulait tout dire.
Dans l'affaire de l'instituteur de Touriian, j'ai cent fois raison; j'en donne ma parole, et la vérité se fait jour; mais au fond que me fait à moi cette atfaire ?
Le dernier inspecteur a soutenu mon opinion. On le remplace, et le Ministre, mal renseigné, n'a même pas envoyé un employé, supérieur de son ministère pour lui rendre Compte. Voilà comme se rend la justice ! Le préfet ayant trouvé ie moyen de se faire l'intime de M. de Jaucourt, je savais bien d'avance qu'il l'emporterait sur celui qui, hors de toute intrigue, fait le bien pour le bien.
Au nom de vos intérêts, Sire, comme aussi de ceux du pays, veuille;^ faire envoyer dans Seine-el-Jiiarne un bon administrateur, actif, vigilant, et surtout résidant.
Il n'y a qu'un cri contre l'autorité supérieure, et l'on accuse avec raison le gouvernement de négligence.
je suis, Sire, de Votre Majesté, le très-humble serviteur.
La Rochefoucauld, duc de Doudeauville.
Cbàteau d'Ariiiaiuvillieis, près Touiuan (ieiue-el-Marne).
Lettre de M. Octave Feuillet à l'Impératrice,
âaiDt-LA,2y jnillct 1870
Madame.
Vous vous plai.sez aux choses héroïques, et voici que Dieu vous envoie des épreuves à la hauteur de voire âme. Jamais émotions plus grandes n'entrèrent dans un cœur plus digne de les ressentir. Je viens m'incliner à cette heure solennelle devant Votre Majesté, et déposer à vos pieds les vœux que je fais pour la Patrie. Vous en êtes en. ce moment. Madame, la vivante image. On peut lire sur votre noble front tous les seutimeuls dont elle est animée, tout
ce qu'elle souffre et lout ce qu'elle espère, ses déchirements, sa fierté, son enthousiasme, sa foi. L'ànie de la FraïK.e est en vous.
Soyez heureuse, .Madame! soyez heureuse de voir vos destinées et celle de cette grande nation si étroitement unies, aujourd'hui par le danger, demain par la i^loire !
Que Dieu iiarde lEmpereur et votre Fils !
Je sais. Madame, que ma voix est bien peu de chose en de tels instants. Mais je connais le cœur de Votre Majesté, et je sais qu'au milieu de ses émotions souveraines, il agréera pourtant avec bonté ihommage de ma pensée si profondement dévouée, res^u'ctueuse et fidèle.
Octave Feuillet.
Lettre du cardinal Donnet à l'Empereur sur la mort du prince Jérôme.
Archevêché de lîordeaux» , ...
Veraelois, en cours de visrc pastorale
le 2 juillet ISGu.
Sir.E,
La mort de Son A. I. le Prince Jérôme, en affligeant le cœur de Votre Majesté, a excité de douloureuses sympathies dans la France entière.
Vos sujets, qui ont été toujours si heureux de vos prospérités, ont été atteints dans le plus intime de leur âme par ce cruel événement. Touchante communauté de sentiments qui témoignent qu'entre la France et son Empereur, il existe des liens impérissables, qui, formés en des jours de bonheur, se resserreraient dans les épreuves !
Sire, que cette pensée soit votre consolation dans cette pénible circonstance. Quand on se sait aidé par l'affection d'autrui, on porte plus facilement le poids de sa douleur. Or, celle-ci, tout un peuple la porte avec Votre Majesté.
J'unis mes regrets aux vôtres et à ceux de l'Impératrice, dont l'âme si sensible a dû particulièrement souffrir de la perte d'un oncle qu'elle a toujours entouré de son pieux respect et de sa filiale affection. Je prie Votre Majesté d'agréer en même temps l'assurance que mes prières ne manqueront pas à celui qui, après avoir pris part aux gloires et aux revers de son pays, a vu ses derniers ans consolés par le retour de sa famille sur ce beau trône de France et vient de mourir entouré de tous les secours d'une religion qu'il aimait.
Je suis, Sire, de Voire Majesté, avec le plus profond respect et le plus inaltérable dévouement, le très-humble et très-obéissant serviteur et
bujet.
f Ferdinam), cardinal Donnet,
ArcUevique de liuidcaux, >éual:ui>
cxvn.
Lettres de M. G. d'Auribeau, préfet des Basses«Pyrénëes à M. Fr. Pietri.
Préfecture dec Basses-Fyrénéef .
Cabinet du Préfet.
— Paa, le <0 février 1866.
Mon cher Piétri,
J'ai reçu vos dix billets de mille, ils sont arrivés aussi neufs qu'ils étaient partis. Nous serons prêts pour le mois d'août, mais on travaille peu en ce moment à cause de la grosse mer.
Nous sommes éreintés, on se couche tous les matins à cinq heures, et il me tarde que le carême arrive. II y a un peu trop de princes à la clef, mais ils sont bons princes, et il ne faut pas s'en plaindre, cela fait bien dans le Sport et la Gazette des Étrangers. Je demande plus que jamais à rester ici, surtout quand je serai de première classe.
Voire bien dévoué,
G. d'âurideâu.
(Octobre 1868.)
Mon CHER Pietri (1),
Je suis passé, il y a cinq jours, avec M™® d'Auribeau par Paris, me rendant en toute hâle à Chantilly, auprès de mon beau-père, qui a eu une attaque d'apoplexie ; je l'ai quitté, il y a deux jours, un peu mieux ; mais il a quatrevingt-quatre ans ! Je n'ai pas cherché à vous voir, je n'avais rien de bien important à vous dire. Je suis revenu ici pour le départ de la Reine (d'Espagne), lia eu lieu ce matin, à sept heures du matin. Un temps affreux, peu de monde, pas de manifestations ; la Reine très-éraue et très-affectueuse.
Je vous envoie une copie de la lettre qu'Elle m'a remise en partant.
Je vous adresse également le manifeste de Marfori ; cette pièce est curieuse ; si vous y comprenez quelque chose, vous voudrez me le dire. La rectification insérée au numéro suivant du Mémorial, que je vous adresse également, prouve bien l'authenticité de la note.
Marfori est parti hier de Pau pour Paris; il a coupé ses favoris, sans doute pour éviter que les Parisiennes ne le reconnaissent et ne se l'arrachent.
Le comte de Ezpeleta le remplace auprès de la Reine ; c'est un excellent homme qui n'est pas Marfori du tout.
Les terrains de Saint-Esprit ont été mis en adjudication hier. Un seul lot a été vendu; deux autres lots vont l'être de gré à gré ; le prix moyen est d«
(1) En tftte de la lettre, U. Pietri a écrit : r Envoyé 10,000 francs, le 33 norembra 1868, Compiigne. >
i6 fr. 25 cent, le mStre ; mais je doute que la ville puisse vendre la totalité de «es terrains à ce prix. Je crois qu'en offrant de 8 à 10 francs on serait trèsgénéreux, el que le conseil accepterait celte offre avec grand plaisir.
J'ai reçu la noie du maître d'hôlel qui a été chargé de nourrir la Reine et la cour jusqu'au moment où la maison a été organisée, c'est-à-dire pendant quatre jours. Celle note m'a paru exorbitante : 5,600 francs, c'est-à-dire 900 francs par jour. Je suis en pourparlers avec le maître d'hôtel pour obtenir les justifications de ses prétentions.
Je n'ai plus d'argent ; si vous ne voulez pas en demander maintenant, je ferai les avances nécessaires, car la presque totalité des dépenses portées à non budget doivent être soldées immédiatement. Ce sont des secours ou des travaux, comme ceux de la pointe du Phare, qui doivent être exécutés de suite.
Les maisons ouvrières de Bayonne terminées vont être louées. Le comité de la Société du Prince Impérial s'occupe, en ce moment, du choix des locataires. Les demandes sont très-nombreuses.
Fort peu de monde à Paii jusqu'à présent, et du vilain monde. J'irai vous voir vers le 10 décembre et je vous porterai mes comptes. Votre bien dévoué,
G. d'Auribeaq.
cxvm.
Lettre de M. Sacaley, sous-chef du cabinet de l'Empereur* à. M. Fr. Piétri.
Si août.
Mon cher Pietri,
M. Mocquart, très-souffrant, est toujours retenu dans son lit, d'où il ne peut bouger. La jambe droite est violemment prise, la gauche commence à l'être ; il est, du reste, extrêmement contrarié de manquer à l'Empereur.
Les bureaux marchent. Ce qui s'y passait est inouï et devait exciter de nombreux méconienlements. Les requêtes arriérées se comptaient par milliers. Le croiriez-vous ? entre autres s'est trouvé un recours en grâce d'un condamné àmort du 22 mai, portant plusieurs signatures. L'homme a été exécuté! — On a envoyé de la Légion d'Honneur des recours en grâce, qui avaient reçu cette destination par une inexcusable erreur, etc., etc, et une foule d'etc
L'ordre est rétabli, les affaires seront enregistrées, leur expédition ne souffrira pas de relard, je l'espère. Quoique derrière le paravent, j'obtiens des résultats; un, qui n'était pas facile, était de mettre les employés d'accord entre eux. Un moment le trouble a tout à fait éclaté; un langage un peu sévère l'a apaisé, et chacun a fait la promesse de vivre en bonne intelligence avec ses collègues, pour concourir ensemble à un bon travail. Tout
cela m'a donné et me donne du mal ; mes journées sont complétemejit absorbées.
De votre côté, vous avez peu de loisirs, sans doute. Je vous en souhaite assez pour vous maintenir en bonne santé et jouir du pays où je regrette beaucoup de ne pas vous avoir accompagné.
Amitiés à Hyrvoix, et bien affectueusement
Tout à vous.
Sacaley.
Lettre de M. F. Cottrau, inspecteur des Beaux- Arts, à M. Conneau,
au sujet des bas-reliefs du tombeau de Napoléon I",
aux Invalides.
(Cette lettre, «ans date, a été écrite en 1833.)
INSPECTION OiMÉRALB DES BEAUX-AHT9,
Paris, lo.... 183 .
Mon cher Conneau,
On place dans le tombeau de l'Empereur, à l'entrée de la crypte, deux basreliefs représentant le prince de Joinville à Sainte-Hélène et Louis-Philippe recevant les restes de l'Empereur. Je trouve cela inconvenant. Je viens d'en causer avec Romieu (1), qui est de mon avis; mais que faire sans connaître la volonté du Prince à ce sujet? Il n'y a que toi qui puisses nous tirer d'embarras en consultant le Prince. S'il est d'avis d'enlever ces sculptures, cela sera fait en un instant sans que personne le sache : nous n'avons plus de commission hostile, fort heureusement. Tu sais le mal que je me suis donné, combien j'ai dû batailler pour obtenir une aigle, un chiffre! ! Tâche de me donner une réponse de suite. Je ne manque pas à h hiérarchie en faisant cette démarche : c'est du consentement du directeur des beaux-arts.
Tout à toi de cœur.
Félix Cottrau.
Crois-tu que le Prince ait pensé à ma sœur?
(1) Nommé directeur gèuéial des beaux-arts eu 18S3.
Les canons Krupp.
Au moîs de janvier 18C8, la fonderie Krupp fit soumettre au Cabinet de rEmpereur deux brochures accompaguées de la lettre suivante :