FRIEDRICH KRUPP
ICICB rOMDD.
Essen (Prusse Rhénane).
Paris, 71, rue de Provence.
— Ptrif , le 23 Janvier 4868.
Reconnaissant de la marque de distinction signalée que Votre Majesté a bien voulu m'accorder à l'Exposition universelle de 1867 (1), j'ose prier Votre Majesté de vouloir bien agréer le rapport ci-joint d'une série d'essais qui viennent d'avoir li-eu à mes usines d'Essen, sous la direction du Général major de Majewski, par ordre de l'Empereur de Russie, et qui ont été faits, également à Essen, par ordre du ministère de la guerre prussien, sous la direction d'une commission spéciale prussienne, avant l'Exposition.
J'ose croire qu'ils auront quelque intérêt pour Votre Majesté. Elle a donné trop de preuves de Sa haute connaissance en matière d'artillerie, pour que je ne sois pas encouragé à Lui soumettre une expérience qui n'avait point encore été faite avec un pareil résultat et qui peut apporter des changements pour l'artillerie, — science qui doit une grande part de ses progrès à l'initiative et aux travaux de Votre Majesté.
C'est donc avec confiance que je La prie d'accueillir cette relation, qui s'adresse au savant.
Je suis, avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le plus obéissant et le plus humble serviteur.
Henri Haass,
Chef de la maison Erupp, 71 [nunc Oo), ïue do Provenco.
Les deux brochures jointes à celte lettre portent pour titre :
I . Expériences de tir avec un canon de 9 pouces anglais (228'"'', 6) en acier fondu, se chargeant par la culasse, de Friedrich Krupp, à Essen (24 pages iu-S» autographiées et 4 planches.)
II. Procès-Verbal d'un tir à outrance avec des canons de i en acier fondu, de Frib- DKicn Krupp, à Essen (8 pages in-8» autographiées).
(1] \ l'Exposition nniverselle de 1867, le canon Empp «obtenu l'un des troii grands prix de la classe iO : Aciers fondus et forgés. De plus, M. Alfred Krupp a été nommé, comme exposant, oQicier de la I égioa d'honneur (30 juin 1SS7), et U. Frled, Eiupp a éli meulieimé honorablemeul pour la bonne tenue U« «aa établisseDMiil h Eucn,
'.ifj
Le lendemain, 28 janvier, le chef du cabinet envoyait ces deux brochures au maréchal Le Bœuf, alors général, avec ce billet :
Monsieur le Général,
J'ai l'honneur de vous transmettre les rapports ci-joints d'expériences faites sur les canons en acier fondu de l'usine de M. Fried. Rrupp, à Essen (Prusse). Il vous appartient de juger s'il y a lieu de les soumettre à l'Empereur.
Moins d'un mois après, le 27 février, le général répondait en adressant au cabinet la lettre et le rapport suivants :
A Monsieur Conti.
Monsieur le Conseiller d'État,
Par dépêche en date du 25 janvier dernier, vous m'avez fait l'honneur de m'informer que l'Empereur renvoyait à mon examen denx brochures qui lui avaient été adressées par M. Haass, chef de la maison Krupp, à Paris.
J'ai l'honneur de vous adresser une note assez étendue sur ces deux brochures, relatives à des quêtions qui ont attiré l'attention de l'Empereur.
Veuillez recevoir, etc.
Note sur deux brochures adressées à Sa Majesté l'Empereur par
M. Krupp.
UIMSTÈRE DB LA CVECnii.
Comité de l'artiUeris.
Paris, le 27 février 4868
M. Haass, chef de la maison Krupp à Paris, a adressé à l'Empereur deux brochures qui ont. trait : l'une à des épreuves à outrance, qui ont eu lieu à Essen sur des canons de 4 en acier pourvus de trois modes différents de chargement par la culasse ; l'autre à des essais qui ont été exécutés sur un canon de 9 pouces anglais (228""",6).
Première brocuure. — Les épreuves à outrance des canons de 4 ont été entreprises au mois de décembre 1866, par ordre du gouvernement prussien. Comme plusieurs canons de ce calibre avaient éclaté pendant la campagne de 1866, on voulait rassurer les esprits en constatant que les canons du modèle en service (système Kreiner à double coin) ont généralement une résistance supérieure à celle qu'on doit leur demander dans la pratique ordinaire. En outre, comme M. Krupp et plusieurs officiers attribuaient ces ruptures à un vice de construction résidant dans la forme carrée à angles presque vifs de la mortaise des coins, on essaya deux autres systèmes à mortaise arrondie en arrière. Le premier était à double coin, mais la section du coin postérieur
était à peu près demi-circulaire. Le second, proposé par M. Krupp, était à simple coin, de forme cylindro-prismntique, dont la section transversale équivalait à celle des deux coins du premier système.
Les trois bouches à feu avaient été prises au hasard dans une commande de 400 canons de 4 en cours de fabrication à l'usine Rrupp, pour le compte de la Prusse.
Ces trois canons ont tiré :
1° 10 coups à chacune des charges de l kilog., lk,100, l^SOO, 1^,300, lk,400; avec des projectiles pleins pesant 5'',250 (la charge ordinaire est de 0\500; l'obus chargé pèse 4^,500);
2° 150 coups, charge 1\500, boulet plein de 5^250 ; ^
3» 5 coups à l'',500, avec un boulet plein à tête plate, pesant 5'', 500, et les J
boulets additionnels pesant depuis 10 kilog. jusqu'à 50 kilog. ;
4» 5 coups à i^,15(i de poudre, avec le boulet de Si'jSOO et les boulets additionnels de 10 à 50 kilog. Ces derniers boulets dépassaient la tranche de la bouche de 0'°,444. ''■
Après ces épreuves, les corps des trois canons ne présentaient aucun indice *
de rupture, mais les diamètres de la chambre s'étaient agrandis uniforme- «(
ment de •ï"'"',^ .^
Les fermetures des deux canons à mortaise arrondie avaient bien supporté 1
les épreuves; le coin simple de M. Krupp avait eu cependant la supériorité en *
ce que l'obtur^ation avait toujours été complète, tandis qu'avec le double coin |
elle laissait à désirer vers la fin du tir. à
La fermeture du canon à double coin et à mortaise carrée avait assez bien 9
résisté. Cependant, il avait fallu changer le coin postérieur, et la manœuvre }
était, devenue de plus en plus difficile aux grandes charges, à cause de la flexion des coins. Le coin antérieur avait été en quelque sorte poinçonné par la pression des gaz, et une saillie d'un demi-millimètre existait sur sa face postérieure dans toute l'étendue du cercle de l'âme.
On avait fait usagi-, avec iiitenlion et à plusieurs reprises, de plaques en mauvaise fonte pour porter l'anneau d'obturation. Elles se sont brisées, mais les dégradations de la fermeture ont été insignifiantes et n'ont jamais ariêté le tir.
Des épreuves semblables sont assurément de nature à inspirer une certaine confiance dans les canons de 4 en acier de Krupp, au moins dans ceux des dernières commandes. Cependant le fait de la rupture de plusieurs canons, aux chaiges ordinaires, est constant, quelle que soit l'explication qu'on en donne; il est probable que les mêmes accidents pourront se reproduire t.int que les procédés de fabrication n'auront pas assuré la parfaite homogénéité de Vacier.
On ne saurait donc affirmer encore que les canons en acier du système prussien présentent une garantie absolue de sécurité contre les éclatements. Tout ce que l'on peut conclure des épreuves relatées par M. Krupp, c'est que Vacier de cet industriel distingué possède des quaUtés Uès-remarquables ; le
poinçonnage du coin par les gaz indique notamment, un acier très-doux et en même temps très-tenace.
Deuxième brochure. — Le canon de 9 pouces, qui a été essayé sous la direction de M. le général Majewski, pour le compte du gouvernement russe, est en acier fondu de Krupp, renforcé pai* un double rang de frettes, d'après la théorie du général Gadolin, et pourvu du système de chargement par la culasse à coin cylindro-prismatique de Krupp. Son calibre est 9 pouces
Les expériences avaient pour but :
1° De rechercher la charge de poudre qui imprimerait à un projectile de 125 kilogrammes une vitesse initiale de 570 à 400 mètres dans des conditions telles que la limite de résistance de la bouche à feu ne fût pas dépassée ;
2« De constater si ce canon aurait une durée de 700 coups, jugée suffisante pour un bon service de guerre.
L'essai d'un nouveau mocje de fabrication, la durée limitée assignée à la bouche à feu, tendent à faire penser que la Russie n'a pas été entièrement satisfaite des canons de gros calibre et d'un seul bloc d'acier que M. Krupp lui avait livrés antérieurement.
Il a été déjà rendu compte des expériences sur le nouveau canon de 9 pouces, par les officiers français qui ont été envoyés à Essen au mois de décembre dernier. (Le capitaine de vaisseau Lefebvrc, le colonel Lacour, de rarlillerie de h marine, et le capitaine Carry, de Vartillerie de terre). Elles ont démontré que :
1» On obtient une vitesse initiale de 580 mètres avec une charge de 19''. 500 de poudre à grains fins, contenue dans uHegargousse de 190°"",5de diamètre, et brûlée dans une bouche de 257'"'" de diamètre sur 762°»™ de longueur, ayant un volume à peu près double de celui de la charge;
2" Que la poudre à grains fins, employée de la sorte, donne de meilleurs résultats sous tous les rapports et fatigue moins la bouche à feu que les poudres russes prismatiques et que les poudres anglaises à gros grains, employées par ces deux puissances pour le service des canons de fort calibre ;
Z" Que le canon, la fermeture de culasse, l'âme, le grain de lumière et la lumière sont dans un étal de conservation très-suffisa;it après 700 coups tirés ; que la bouche à feu pourra fournir encore une longue carrière ; enfin que l'obturation par des culots en cuivre, changés à chaque coup, He laisse rien à désirer.
Le canon russe de 9 pouces en acier de Krupp fretté, tirant le pr^lectile de 125""" à la charge de 19'',500 de poudre ordinaire à grains fins, peut être eonsidéré, d'après ces épreuves, comme une bouche à feu établie dans de bonnes conditions de résistance. Il faut ajouter, toutefois, qu'elle est d'un prix extrêmement élevé (environ 90,000 francs), et que les projectiles avec lesquels les épreuves ont été faites coûftnt également fort cher.
Observations. — L'Empereur sait que depuis dix ans d'assez nombreuses expériences ont été faites en France sur des pièces en acier de dilTérents calibres et de diverses provenances (particulièrement des usines de Rive-de-Gier
et des usines Krupp). Parmi ces pièces, plusieurs ont résisté à un grand nombre de coups; mais il s'est produit par d'autres, après un nombre de coups restreint, des éclatements qu'on n'a pu attribuer qu'au défaut d'homogénéité ds Vackr. Le canon Withworth et d'autres canons provenant d'usines françaises sont encore en cours d'expériences et fourniront de nouvelles et intéressantes données sur la question de l'acier employé comme métal à canon. En attendant, on pousse l'industrie française, qui paraît en retard sous ce rapport, à se mettre à la hauteur de la fabrication de Krupp, qui jusqu'à présent semble avoir la supériorité.
Si les expériences commencées à Versailles sur deux canons en bronze, se chargeant par la culasse, avaient un résultat définitif favorable, il n'y aurait plus lieu de se préoccuper de la question de l'acier, au moins en ce qui concerne le service de l'artillerie de terre.
J'ai l'honneur de rappeler à l'Empereur que le lieutenant-colonel Stoffol annonce dans une de ses dernières dépêches, qu'en présence du défaut de confiance dans l'acier qui a fait de grands progrès dans l'esprit ds l'armée prussienne, le Roi a prescrit la réunion d"une Commission d'officiers d'artillerie pour examiner la question de l'emploi de l'acier comme métal à canon. Cette réunion a eu lieu à Berlin le 27 janvier dernier; la majorité a paru se prononcer en faveur du retour au bronze. Toutefois, il n'a été pris aucune résolution; et le lieutenant-colonel Stoffel promet au Ministre de le tenir au courant de ce qui sera décidé ultérieurement.
Une réunion semblable avait déjà eu lieu après la campagne de Bohême, et il avait fallu l'intervention du Roi pour que cette réunion n'émît pas le vœu d'abandonner l'acier.
Le général de division, aide de camp do l'Empereur, président du Comité d'arlillerie.
Le Boeuf.
Ces diverses pièces forment le dossier no^loTa des papiers du cabinet de l'Empereur,
sur la chemise duquel on lit l'analyse que voici :
Objet de la requête.
« M. Haass, chef de la maison Krupp, adresse les rapports d'expériences faites sur des canons de son usine à Essen (2o janvier 1868). »
Suite donnée ou observations.
« Transmettre au général Le Bœuf pour qu'il juge s'il y a lieu d'en parler à l'Empeo reur (28 janvier). »
« Rapport du gc^.néral Le Bœuf. ■ - Rien à faire. Classer (1) (11 naars 1868). »
(1) Cla4itr eit l'expression employée pour désigner les dossiers désormais inulHev
Notes sur les dépenses de la liste civile de Napoléon III (1).
(Suite, Yoyex plus haut, p. 43 et suiv.)
liste alphabétique, biographique, anecdotique de personnes ayant eu, à nn tit» qu«leonqae,ies rapports financiers avec l'Empereur, rédigée d'après les papiers trouvés aux Tuileries.
Toutes les listes civiles ont été plus ou moins grevées de subventions, de pensions et d'actes de munificence. Il est de l'intérêt des souverains de se faire une clientèle de solliciteurs et de satisfaits. Ces libéralités qu'on peut sans ingratitude qualifier d'instruments de règne, instrumenta regni, rapportent beaucoup et coûtent peu. L'Empereur déchu a dû et il a pu aussi plus qu'un autre, grâce aux ressources considérables qu'il s'était adjugées par sénatus-consultes et par décrets, se montrer généreux à nos dépens et à son profit. Il avait des complicités et des services à reconnaître, il en avait k acquérir; il avait surtout a toucher les gens paisibles, honnêtes et sincères plus que clairvoyants, qui constituent la masse d'une nation, esprits faciles à contenter, et qui, du bienfait appai'ent, ne recherchent ni l'intention ni l'origine. C'est à cette œuvre d'apaisement et de séduction que la liste civile, de 1853 à 1867, consacrait par an une somme approximative de 3 millions 7 ou 800,000 fr. D'après les chiffres officiels qu'a bien voulu nous fournir la commission de la liste civile, on peut établir ainsi, pour tout le règne, le bilan de la munificence impériale :
Allocations, subventions et pensions . . fr. 19,837,374 72
Dons, secours, indemnités 28,881,893 35
Encouragements aux arts, sciences, littérature . 2,366,94153
Il faut ajouter, à ces trois catégories de libéralités, diverses allocations sur la cassette privée, fonds spécial que l'Empereur réservait à son usage personnel. De ce chef, il était distribué annuellement environ 1 million par les soins de M. Ch. Thélin, trésorier de la cassette. On pourrait tenir compte de certaines dépenses imputées, au moins jusqu'en 1863 (ministère Persigny), sur l'intérieur, et dont nous avons retrouvé quelques traces dans les papiers soumis à notre examen, sous le titre de fonds politiques (voir ci-dessous l'article Gricourt). A 300,000 francs par an, nous obtenons ainsi un total de 3 millions environ, et, en additionnant ces divers articles, nous arrivons à un total général de 74,506,211 fr. 80 cent., et, en restant dans les limites de la liste civile, 70 ou 71 millions, somme égale à celle que nous avons précédemment attribuée, sur pièces, à la famille impériale.
Nous n'oublions pas la foule des pensions imputées sur les fonds des divers ministères. Nul doute que l'Empire n'y ait trouvé un puissant moyen d'action sur des travailleurs ' obscurs et méritants ; mais le cadre de cette notice ne peut embrasser toute la matière, }. et nous ne pouvons mentionner que pour mémoire ce côté de la question. I II nous reste à dire quelques mots sur le travail que nous publions et qui est le fruit de ! longues et minutieuses études.
1 Ce n'est point la liste complète des pensionnés de l'Empire. Qui, d'ailleurs, pourrait : se flatter de l'établir? On n'y trouvera ni tous les hauts dignitaires et grands officiers, le ' public les connaît assez ; ni la multitude des petits émargeurs que les nécessités de la vie
4) Ce travail, oomuM le tableau d«s subventions allouées ^ la îamillc Bonanane. est dû k M. Andr, Lefàvre.
ont amenés sous les fourches caudines de la charité impériale. Nous avons voulu seulement présenter un spécimen de toutes les catégories auxquelles peuvent se rapporter les libéralités de la liste civile : complicités avérées; services rendus à la personne, aux idées, aux parents ou aux amis du prince; sollicitations appuyées par des influences militaires, cléricales ou domestiques ; enfin, secours au mérite et au malheur. On remarquera combien ces derniers, sans être rares, sont modiques. Parmi tant de bienfaits, il en est peu qui ne cachent, ou plutôt ne trahissent quelque arrière-pensée. On s'en convaincra aisément si l'on veut bien jeter un coup d'oeil sur les notes biographiques et anecdotiques qui accompagnent la plupart des noms cités dans ces pages.
Nous espérons qu'on nous pardonnera d'avoir quelque peu dépassé le cadre de la liste dvile, et d'avoir fouillé les secrets de la présidence, et les détours de cette carrière aventureuse, qui, de Strasbourg et de Boulogne, a conduit Louis-Napoléon aux Tuileries et à Wilhelmshœhe. On ne trouvera que là l'origine de certaines fortunes et de certains dévouements. En chemin aussi nous avons peut-être éclairci quelques points •Dscurs et d'autant plus intéressants pour ceux qui veulent à fond connaître un homme et dans ses habitudes, et dans ses amis, et dans sa famille avouée ou cachée. Nous avons iù profiter, d'ailleurs, des pièces qui se trouvaient entre nos mains ; c'est ainsi que nous avons mis à contribution les comptes particuliers de Louis-Napoléon, depuis 184* jusqu'en 18-48, suivant les variations de sa fortune privée avant et pendant sa captivité, et retrouvant jusqu'au prix des habits d'ouvrier sous lesquels il a pu s'échapper de Ham. (Voir ci-dessous l'article Bure.)
D'autres indications se rattachent également à notre objet constant, qui est la mise en lumière de tous les coins et recoins de l'Empire. Nous voulons parler des comptes de banquiers, des achats et des reventes de valeurs, maisons ou terrains. Tous les gens qui, même sans accepter moralement l'Empire, l'ont en quelque sorte reconnu financièrement, ont droit à notre attention.
Terminons par une remarque qui est à l'honneur de la génération dont l'Empire a gêné l'essor et contrarié les espérances. A l'exception de quelques noms qu'on regrette de rencontrer en compagnie si mêlée, les lettres et les arts, de 1830 à 1870, n'ont fourni qu'un assez faible appoint à notre travail. On peut dire qu'en général les 200,000 francs destinés à la récompense des œuvres de l'esprit n'ont encouragé que des ralliés dès longtemps signalés et jugés, et quelques solliciteurs absolument incoQuus. L'Empire avait subjugué les intérêts, il n'avait pas conquis les intelligences.
PENSIONS. DONS
Acker reçoit en 18S3 une allocation annuelle de 1,800 fr. . . 1,800 »
Aladenize, lieutenant en 1840, complice de Boulogne, condamné > »
par arrêt de la Chambre des pairs.
Un livre de comptes (1844-1848) mentionne quelques menues sommes irrégulièrement fournies à M. Aladenize : COO fr. 400 fr. (200 fr. 1,000 fr. 1847) " > 2,200
Sous la présidence, M. Aladenize reçoit des secours : 600 fr. en
décembre 1849 t GOO
et à partir de 1850, une pension mensuelle de 500 fr . . . G,onO »
pension élevée en 1853 à 12,000 fr 12,000 >
Notons, en 1851, les frais de baptême de Charles-Louis-Napoléon Aladenize : 689 fr. 50 c. ; M. E. Battaille a été chargé de réprésenter le prince président » 689
mï
PENSIONS. DONS
D'atrll 1833 à janvier 1853, M. Aladenize touche, sur certains /onds secrets du ministère de l'intérieur nommés fonds politiques, une somme totale de 71,000 fr. (Chiffre officiel, état du 12 novembre. 1833) . » 71,nt)0
D'avril à octobre 1855, sa fille (ou sa sœur ?) est dotée de 100,000 fr. sur la cassette impériale » 100.00"
En octobre 1858, il prie M. Mocquart de rappeler à l'Empereur une promesse relative à l'admission de sa fille ainée dans la maison de Saint-Denis. M"« Aladenize était, avant cette époque, élevée dans une autre pension aux frais Je l'Emperenr.
Une lettre sans date, où M. Aladenize, ruiné, prévient M. Bure qu'il va demander à l'Empereur la concession de travaux importants au port du Crotoy, précède sans doute et explique les importantes libéralités qui vinrent à son aide, sans relever ses affaires, de 1837
à 1860 : en mars et juin 1857, 46,000 fr » 46.000
en novembre et décembre 1839, 80,000 fr » 80,000
en 1860, 74,000 fr » 74,000
M. Aladenize ne fut pas abandonné après sa mort, et les dettes de sa succession figurent encore dans divers comptes de 1865, par à-compte de 5,000 fr mensuels, pour une somme de 25,000 f r . . » 23,000
Toutefois, M. Blachez, avoué, tuteur des enfants Aladenize, évalue le passif de ladite succession à 60,000 fr., qu'il espère réduire à 40 ou à 45,000 fr. au plus. Aussi les créanciers se pluignent-ils fort. On a leurs lettres.
C'est donc, sans compter les traitements, une somme d'environ 400,000 fr. qne M. Aladenize a touchée.
Albe (Duc d') est aidé par l'Impératrice (1861) pour divers emprunts au Crédit foncier et aux frères Pereire :
Au Crédit foncier : juin 1861, 68,421 ; juillet, 60,600 (4« annuité) i 12!), 051
Aux frères Pereire : 500,000 fr » 500, 000
Ambert (Le général), 1864 à 1870, assez souvent 1,000 fr. par mois; a écrit, en 1836, un ouvrage intitulé Le Solda, et dont l'Empereur a pris six cents exemplaires moyennant 5,000 fr . . • 3,000
Archambault, serviteur de Napoléon I*' à Sainte-Hélène; allocation annuelle (1833) : 2.400 fr i,100 I
(Secours demandé sous la présidence, par sa fille Euphrasie Archambault.^
Armandi (Le général), touche en 1850 une pension de 2,400 fr. 2,400 »
Il est cité, dans une lettre (19 aoiit 1835) du marquis Cuneod'Ornano, comme faisant partie de la société particulière du comte de Saint-Leu.
Armani, industriel et banquier k Londres, associé de M. Orsi (voir ce nom), n'a cessé d'être en rapports d'intérêt avec Louis-Napoléon dès 1840. € Mon cher M. Conneau, » écrivait-il dans les dernières années de l'Empire, « en examinant des papiers rehitifs . d à d'anciennes affaires, j'ai trouvé une lettre de M. IMnua au baron f de Haber qui a rapport à la négociation des dix millions de « Mret que j'ai eu l'honaeur de remettre eu çersonue à S. M. •*■
PENSIONS. DONS
fÉlysée en 18S0. i M. Armani k qui on avait promis la croix, rappelle son âge, ses services et l'humble part qu'il est fier d'avoir prise à de si grands événements.
Auchard, frère de lait du roi de Rome {alias frère de Napoléon II); allocation annuelle (1833), 6,000 fr 6,000 •
Divers-créanciers de M. Auchard demandent à l'Empereur le remboursement de sommes assez fortes, 12,000 et 14,000 fr. ou la permission de saisir son traitement, qu'ils savent être de 12,000 fr. 12,000 »
Bachon, écuyer du Prince impérial, outre son traitement de 6,000 fr., reçoit, à titre de don, 162,000 fr. en vingt-sept mois. 6,000 162,000
Baciocchi, neveu de la comtesse Gamerata, princesse Baciocchi, et allié ainsi à la famille impériale. Premier chambellan, après 1852, et surintendant des fêtes de la cour, il devient, en 1865, surintendant des, théâtres. Il jouissait de l'intimité du Souverain. 1836, bague de 3,800 fr. chez Mellerio ; mars 1862, 15,000 fr, . i 18,800
Le comte Baciocchi mourut en 1866. Son embaumement nous est revenu à 3,000 fr. Ses funérailles à Paris et transport, à 3,353 fr. ; ses funérailles à Ajaccio, à 3,987 fr. Au total, 10,3-iO fr. > 10,340
Bâillon ou Baillou (M"'), 1837, fréquemment 5,000 fr. (Est-ce
une dot?) » 20,000
Ballet (de l'Elysée). 1854, don de 2,000 fr, ; 1837, don de
8,000 fr » 10,000
Barbier de Tinan (Le). 1870, 1,000 fr » 1,000
Barillon (De), sous-préfet de Verdun. 1870, 4,000 fr . . . » 4,000
Baring frères, banquiers à Londres. Dès 1846 et peut-être bien auparavant, Louis-Napoléon a chez eux un important compte courant que nous pouvons suivre, presque sans interruption jusqu'en 1836, 31 décembre.
1847, septembre, Louis-Napoléon a chez Baring un cr'^ dit de 166,800 fr. Baring ayant payé pour lui 200,230 fr., reste au débit 43,450 fr.
1850. Louis-Napoléon adresse k Baring 245,000 fr., dont 45,000 fr. pour Fleury et 50,000 fr. pour Orsi et Armani. En 1849-50, les envois du prince à Baring s'élèvent à 765,623 fr.
1851. MM. Baring frères semblent avoir fait des avances considérables.
1832. En avril, Louis-Napoléon leur adresse, pour liquider ses comptes, une somme de 814,350 fc. 30 c. (Dépenses du coup d'État ?)
Le 31 décembre accuse un crédit de 767 £. (19,173 fr.), reste d'une somme de 36,570 £. (909,250 fr.), dépensée en 1851 et 1832.
1855. {31 décembre). Le crédit à nouveau, après balance, est de 6,251 * (157,271 fr.).
1854. Malgré un envoi de 4,000 £ (100,000 fr.; Boulogne, 18 septembre), le crédit descend à 5,555 ^ (87,575 fr. ou 88,375, selon uot« de M. Bure).
PENSIONS. DONS
1855 (31 décembre). Le crédit s'est relevé à 254,500 fr., mais les dépenses l'abaissent à 1,261 ^ (31,525 fr.).
1856 (31 décembre). De nombreux mandats pour M"» Walewska, et les fournitures de Mordan et C>«, mécaniciens, constituent l'Empereur en déficit de 652 £ (15,790 fr.).
1857. MM. Bure et Rothschild ont versé 11,976 ^ (299,400 fr.) Roste au 31 décembre, crédit à nouveau, 8,606 t. (215,150 fr. ).
1838 (12 novembre), reste au crédit : 22,730 fr.
1839 (24 octobre), reste au crédit : 144 K Ici une lacune cansidérable.
1864 (26 janvier). Déficit : 1,335 £ (33,873 fr.). M"" de Cadoro
a touché 200 * (3,000 fr.) î 5,000
M.Maury (?) 80 £ (2,000 fr.) » 2,00(i
1864 (décembre). Nouveau débit : 3,510 X. (87,730 fr.), qui est couvert par le crédit du compte Bâtes, personne interposée : 4,665 £(116,325 fr.), reporté au compte ordinaire, selon lettre du 23 février 1863.
1866 (31 décembre), crédit à nouveau : 760 ^ (19,000 fr.). A ce compte se trouvait annexée, sur carte, la note contestée par M. Franceschini Pietri, accusant un dépôt chez Baring de titres et valeurs diverses pour 933,000 ^, mais qui ne devaient pas s'élever en capital à plus de moitié de cette somme : ci, 12 millions environ. La question est de savoir si ces valeurs appartenaient à l'Empereur. Nous ne sommes pas en mesure de conclure à autre chose qu'à une probabilité. (Voir tome l*', page 152.)
N. B. Nous avons évalué la livre sterling sur le pied de 23 fr., mais la valeur réelle oscille entre 23 fr. 22 c. et 25 fr. 53 c. Nos chiffres sont donc, k un certain degré, approximatifs.
Bariouly emprunte au prince, le 2 mars 1830, 10,000 fr. qu'il promet de rendre dans le courant du même mois » 10,000
Barrot (Ferdinand), avocat, défenseur du prince après l'affaire de Boulogne; depuis, ambassadeur et sénateur, a prêté au prince (1849-50), capital et intérêts, une somme de 1 12,418 fr. 93 c . . » 112,418
Barthélémy a reçu, le 6 février 1832, par les soins de M. Mocquart, la somme de 10,000 fr. (reçu signé) i 10,000
Il était bibliothécaire à Marseille. Sa veuve obtient une pension de 1,200 fr 1,200 »
Bâtes (D' Joshua), ancien ami de louis-Napoléon, qu'il appelle souvent my dear emperor, a été l'intermédiaire de NapoléonlII pour le recouvrement d'une créance Wyse (16.000 ^ — 400,000 fr.; v. *
ce nom), et son prête-nom pour un compte particulière <»/iV) chez Baring. Il est mort avant le 11 février 1863, époque où le compte a jN est reversé au compte ordinaire de l'Empereur.
Ce que nous avons de sa correspondance (octobre 1864) est en général relatif à ses démarches pour obtenir des garanties de sir Thomas Wyse, mari delà princesse Letizia Bonaparte-Lucien. On y trouve des renseignements sur la crise coton (4 novembre 1861). Nous y relèverons l'envoi par l'Empereur (23 mars 1861) de 12.000 livres de rente en quatre titres de ...... c > 240,000
PENSIONS. DONS
3,000, déposés dans la caisse de Baring au nom de l'Empereur, mais sous une enveloppe au nom de Dates (compte a /A'). Notons encore, le 5 septembre 1863, une traite sur Hottinguer à l'ordre Ch. Thélin : 120,000 fr. qui, k 2o.221/l , valent 4,757 i 3 sli. 8 p. » 120,000
Le 5 février 1864, M. Bâtes, malade, fait écrire que sir Thomas Wyse étant mort, il ne voit pas d'inconvéuient à ce que l'Empereur soit reconnu pour le prêteur réel des 400-000 fr.
Battaille (Eugène), ancien complice du prince, employé près de lui à l'Elysée pendant trois mois, candidat malheureux aux élections, demande, lo 21 mars 1851, quelque argent et un caractère officiel ; entré au Conseil d'État dès. 1854, M. Battaiile a touché en dehors de ses appointements, de juin 1855 à mai 1833, 54,000 fr. (fonds politiques de l'intérieur;; le 12 décembre 1836, 6,000 fr., et au moins, de juillet 1862 au !«' juillet 1864,10,000 fr.
par mois — 240,000 fr.; total counu » 300,000
En août 1864, M«°' veuve Battaille demande des secours. Bauzil, limonadier à Marseille, agent électoral de Louis-Napoléon, demande avec instance par deu.v lettres à l'Empereur, du 22 février au 29 mars 1860, le complément (7,000 fr.) d'une somme de 15,000 fr. dont le prince lui avait promis le payement en huit années. Il présente, à l'appui de sa requête, un passage d'une lettre que lui écrivait, le 5 novembre 1848, M. Eugène
Briffault, secrétaire du prince > 15,000
Bazancourt (Enfant du baron de). « L'Empereur a daigné pron. mettre de secourir les enfants laissés dans la misère par la I mort du baron de Bazancourt. Sa Majesté a paru penser que « le meilleur moyen serait de donner à leur mère, .M"« Déjazet, f une certaine somme qui piit lui permettre de fonder un petit f établissement de lingerie. >:"« Déjazet, à qui cet espoir a été t donné, rappelle respectueusement à l'Empereur sa pénible « situation avec trois enfants, dont une grande HUe. »
f Je reconnais avoir reçu de M. le général Fleury la somme t de 10.000 francs, accordée par S. M. l'Empereur aux enfants
f du baron de Bazancourt » 10,000
« Paris, 13 avril 1863. c Z. Déjazet. ï
Beaumont, lieutenant au 4oe régiment,' à Belfort, reçoit en 1870,
6,000 fr > ù,000
Becker (Waldemar de). 1868, 1,000 fr i 1,000
Bellune (Le duc de) attaché d'ambassade à Lisbonne, écrit à M. Mocfjuart pour remercier de diverses traites qui lui sont envoyées de la part de l'Empereur : 4,000 fr. en 1837, 4,000 fr.
en'déf-embre 1860, 4,000 en 1861 » 12,000
De plus, en avril et mai 1861, 133,000 fr. ont été mis à sa
disposition pour payer ses dettes » 155,000
En 1857, 12,000 fr. ont été donnés à la duchesse de Bellune. » 12,Oo('
Belmonlet, bonapartiste zélé.On lui imprime ses vers. Il recommande des brochures dont on paye les factures. 1830, frais de voyage, fr. » 1,000
La même année, problablement, il demande à M. Mocquart, i tieux ami de 1829, » 400 fr » *00
PENSIONS. DONS
qui lui éviteront un protêt f toujours fâcheux, surtout « pour un homme public. »
18S2, pension 6,000 fr 6,000 »
Bentivoglio (Thaddea), reçoit à Smyrne (mai 1 865) en trois envois «ne somme de 40,000 fr. et témoigne à l'Empereur sa reconnaissance , » 40,000
Bérard, ancien capitaine-trésorier. Après avoir quitté l'armée, H fut caissier de lu compagnie d'assurances La Réparatrice ; obligé de quitter cette place, il devint caissier à l'Elysée. (Le dénonciateur qui envoie à l'Elysée ces renseignements accuse aussi M. Bérard d'être légitimiste.)
M. Bérard fut encore envoyé en mission dans la Somme, en qualité de commissaire général, après le 2 décembre 1831. (En 18j2, 2,000 fr. sur les fonds secrets.)
Berardi (De) est porté pour allocation annuelle de 6,000 fr. (État «tes pensions pour 1853.) 6,000 »
N'a pas donné de ses nouvelles depuis 1852. Parti pour les eaux ; mort.
Berrier-Fontaine, médecin par quartier, 6,000 fr 6,000 •
En 1847, Louis-Napoléon, par acte sous seing privé, rédigé en anglais, garantit au docteur Berrier-Fontaine le payement de 900 £ (22,500 fr.), somme due par le docteur Henri Conneau . > 22,500
Cette somme était le prix de la clientèle du docteur Berrier- Fontaine et de son établissement k Londres.
Bertrand (M'ie), nièce de l'abbé Bertrand, gouverneur du prince en Allemagne. Allocation annuelle, 2,000 fr., 1833 2,000 »
Besslères (Général), pension de 6,000 fr., 1853 6.000 »
Besiichet, ancien officier de l'Empire, décoré par Napoléon le' en 1815, se constitue agent électoral volontaire de Louis-Napoléon et fait les frais d'une proclamation que le prince approuve, mais ne peut payer. (Voir notre lef volume, p. 207 et suiv.) Lui-même se présente dans la Charente et reçoit, au sujet de ses espérances et de ses menées, la lettre suivante du prince, alors à Londres : « Londres, 11 juillet 1848 (écriture de M. Mocquart?). f Mon cher monsieur Besuchet, j'approuve en partie vos idées, « et je crois aussi qu'il ne faut pas entièrement s'abandonner ( au hasard ; mais il faut bien éviter tout ce qui ressemblerait, « même de loin, à une conspiration. Comme votre but et celui « de vos amis est simplement de faire arriver aux affaires les A hommes qui ont votre confiance, il faut, pour ainsi dire, tra- * vailler dans ce but ouvertement, et même le crier bien haut, < afin que, si le pouvoir ose arrêter une association pareille, t il soit dans l'illégalité.
« Je crois que vous auriez tort de venir à Londres dans ce « moment. Quant à mioi j'y resterai jusqu'à ce que je retourne c en France. Il faut faire tout ce qui est possible pour que je « sois réélu à Paris. Comme notre but est ostensible, on peut c accueillir tous ceux qui se présenteraient; il ne faut^ pas f d'exclusion.
PENSIONS. DONS
€ Recevez, etc.
« Voici mon adresse : au comte d'Arnberg, Army and Navy € Club, Saint-James, S9, »
En 1867, M. Besuchet, inspecteur général des prisons de 1^ classe, rappelle qu'en 1866 il a remis à l'Empereur des lettres intimes et documents politiques.
Béville (Le général de). Sa fortune ne semble avoir commencé que vers la fin de la présidence. On sait le rôle qu'il a joué la nuit du 2 décembre. Il a été aide de camp, puis préfet du palais.
Outre ses traitements, diverses sommes lui ont été allouées, entre autres 23,000 francs pour un voyage en 18o6 s 23,00o
L'Empereur l'a souvent employé à l'acquisition et à la gérance des terrains et maisons des rues d'Albe, François I^' et de l'Elysée. A ce titre, il présentait des comptes particuliers et maniait des sommes importantes.
Billault. On sait que l'Empereur lui a donné un hôtel sur sa cassette. Nous trouvons la note suivante : Hôtel Magne et Dillault à- co/«p/e 1861 capital et intérêts 587,104 fr. 50 c » 587,104 50
Billequin, avocat, 1S70, 1,000 fr » 1,000 00
Birague (Le comte de), parent du marquis deBirague, fondateur du journal l'Armonia, réclame indéfiniment et vainement depuis 186:2, le remboursement de 200,000 fr. dépensés, dit-il, pour l'Empereur ; il demande la souscription impériale pour une édition de son ouvrage sur Napoléon I*' . Il finit par supposer que l'Empereur a pu être indisposé contre lui par la liberté qu'il a prise de lui signaler quelques corrections grammaticales (annexées à sa lettre) pour de nouvelles éditions des oeuvres de Napoléon III.
Blanchet (au Havre), sollicite des secours en 1867.
Il expose, à l'appui de sa requête, que, le 17 mars 1786, à Rivière-Salée (Martinique), 3I"e Joséphine Tascher de la Pagerie donnait le jour à un enfant naturel du sexe féminin, baptisé sous le parrainage de Ch. Tascher et dame Rose-Claire Sanoye Tascher de la Pagerie, père et mère de Joséphine, et adopté par ladite dame Tascher; que cette fille, dotée par Napoléon 1er (décret du 8 mars 1808), a épousé, le 12 mars 1808, J.-B. Blanchet, négociant à Fort-Royal ; enfin que son frère et lui, Ë. Blanchet, sont issus de cette union et, par conséquent, cousins-germains de Napoléon III.
Bloc de Vaugrand, homme d'afifuires, agent bonapartiste dès septembre» 1848 ; a été présenté à l'hôtel du Rhin par M. Méso- . nan, sur la demande du prince.
Il sollicite, non 1 sans recommandations nombreuses, un emploi à l'Elysée.
Blot, avoué du prince, dès 1846 (il reçoit à cette époque 300 fr. d'honoraires), a été chargé des acquisitions de la Grillaire (Sologne), de la Motte-Beuvron (Loir-et-Cher), et de l'hôtel Sébastian!, sous la présidence.
Borelli. Pension de 1,200 fr. (18â3). i.200 9
PENSIONS. DONS
Botot, fils de l'ancien secrétaire de Barras, par requôtes de 1860 63, 65, 70, expose que son père a avancé à madame Lapagerie- Bonaparte plusieurs sommes importantes que sa fortune lui a permis de ne pas réclamer en temps utile. Ruiné en 1848, âgé, chargé de trois filles à pourvoir, il offre neuf lettres {aliàs vingttrois) autographes de Joséphine à Botot père (voy. p. 274), et demande un secours ou une promesse de faveur pow ses gendres. L'ampereur accepte les lettres et fait au donateur une pension de 1,200 fr. (6 mail 870).
Bouffet de Montauban (Le colonel), complice de Boulogne (longue captivité, 3 ans à Doullens), ruiné au service du prince, auquel iî a fait un prêt en 1848; a perdu une fabrique de savon indignement volée pendant sa détention. Receveur-percepteur à Paris sous la présidence.
En 1849, M. Bouffet de Montauban reçoit 23,000 fr s 2?t,000
Présent a l'Elysée la nuit du 2 décembre (c'est lui-même qui, aans une lettre, insiste sur ce fait), il s'étonne de faire antichambre ""
chez M. Bure, qu'il a connu plus humble.
Indigné de ne pas être appelé à quelque poste élevé, il s'apprête, après avoir par lettre épanché ses peines dans le sein du princo, à donner sa démission et à se retirer en Angleterre.
Le 8 mai 1832, il demande le payement d'une petite somme, 12 ou 1,500 francs de frais qu'a entraînés le prêt sus-mentionné et diverses poursuites relatives à sa fabrique.
En 1861, une dame Anaïs de Bouffct-Montauban, dont le mari a été nommé commissaire-priseur, et probablement cautionné de 20,000 fr., demande à l'Empereur et ohtient, sur la caisse des dons
et secours, un surplus de 12,000 fr • 12,000
Boulay-Paty (1832), encourageaient littéraire 200 fr. . . . > 2t)0
Biiffault (Eugène), vieil ami et pensionné du prince. En 1846-47 nous le voyons porté pour 20 £ (300 fr.) sur le carnet du prince. En 1849 il est chef du secrétariat de la présidence. Représentant du peuple en 1830, il louait, rue Matignon 18, un appartement de 3,000 fr. dont le prince payait les contributions, mais dont lui, M. Briffault, ne payait pas les termes. Congé par huissier le 5 septembre. En avril 1850, M. Biiflault avait reçu
4,300 fr » 4,300
Sous l'Empire, malade et épuisé, il dépense en voyages et en
traitements une pension de 6,000 fr 6,000
dont on lui avance volontiers un trimestre ou une année, outre
sapartdesfondsdel'intérieur (1853-33), 10,600 fr » 10,600
Il n'en envoie pas moins de nombreuses lettres et demandes d'argent et se plaint d'être abandonné. Il écrit à la princesse Mathilde, a* l'Empereur lui fait donner les 3,000 fr. qu'il demande (septem-
Dre 1865) » 3,000
11 avait rédigé pour le compte du prince, et non sans pertes, le journal Le Napoléon {l}. Ou a trouvé une opposition (1,600 fr.)
^4) Lejoainai Le l\apukun : année 18S1, vente et abonnements, 33^07 fr. ii c. Dépeuses, 85,907 h, %i e'i
TENSIONS. DONS
pour fourniture de papier, signée Doumerc, du i^larais, sur ses appointements.
firis-MaruUaz (M^e Le). 1868, 1,453 fr » 1.-435
Brochard (i.e docteur), à liordeaux. 1868, 1,000 fr » 1,000
Brochet (Veuve d'un capitaine). 1868, 1,000 fr » 1,000
Bruc (De), complice de Strasbourg, expose que son frère, 5îalestroit de Bruc, allié par sa femme aux Montmorency et aux Brissac, et riche a 200,000 fr. de rentes, vient de le déshériter pour cause de participation aux origines du t,ouvernement impérial (sa lettre est du 4 janvier, peut-être 1833).
M. de Bruc se rappeHe donc, par l'intermédiaire d'un général, qui n'est pas nommé, au souvenir de l'Empereur. Une note annexe, au crayon, porte qu'il réclame au Conseil d'État un arriéré de solde, 1 838-1 S55, à raison de 2,000 fr. par an. L'empereur ne pourrait-il pas accélérer l'afTaire? M. de Bruc reçoit déjà, « par
» l'Intérieur » (fonds politiques?), 12,000 fr » 12,000
(annuels ?). Qu'on lui donne, ajoute la note, « un commandement de château, une autre place, une position. » La note est sans doute le résumé de ses vœux.
Brun (Marie). Août 1832, don de 2,000 fr » 2,000
Brunetière (M^e de). 1833, pension de 2,400 fr. Elle habitait
Londres. Elle vient à Paris 2,100 »
Brunetière (M''" de). 1858 et passim, reçoit cinq ou six fois
5,000 fr, (probablement une dot) » 23,000
Bruyère (Le comte) accuse 72,000 fr. de dettes qu'on éteindra avec 36 ou 57,000 fr. (Extrait d'une note de novembre 1836.) A partir du 2 décembre 1836, M. Bruyère touche 2,000 fr.
mensuelsjusqu'cn juin 1838(19 mois), 38,000 fr » 33,ùG0
Bure (M™"), nourrice.de Louis-Napoléon, reçoit, jusqu'en 1330 environ, une rente de 300 fr. (notamment de 1844 à 1848). Dans 300
un état de 1835, sa pension est portée k 2,400 fr 2,400 s
Bure (J.), frère de lait de l'Empereur, intendant du prince jusqu'en 1848, à 1,200 fr. d'appointements 1,200 »
intendant de la Présidence k 6,000 fr (j,000
puis intendant général, chevalier de la Légion d'honneur (1832, 2 décembre), et nommé, le 5 janvier 1833, trésorier général de la couronne, k 50,000 fr. (6,000 fr. pour Irais de bureau, 5,000 fr.
pour indemnité de logement) 11,000 >
avec rang k la cour ; a épousé une personne de Ham, qui semble
lui avoir apporté en dot la propriété des Moyeux (Seine et-Marue). ,
M. Bure, malgré quelques obbcrvations faites sur les débuts de sa gestion sous l'Empire, et qui touchent plus k la forme qu'au fond, a apporté dans l'exercice de ses délicates fonctions la plus grande exactitude et la régularité la plus inallaquable. Serviteur précieux, aucune dépense, si minime fùt-elie, n'échappait k ses yeux. Nous ne donnerons de sa comptabilité qu'un ou deux échantillons, qui sont peut-être des curiosités historiques.
Perte pour le président, 58,500 fr. Rédacteur» : Laja, Lhcrmjuer, Romieu, d'Alaux, (iréeuiie, Brugnet, UouclïT, Re^baud, Lafuut, Dtimery, KrilTault ; gérant : Jacquier.
PENSIONS, DONS
A la date du 5 février 184b, nous trouvons inscrite une fantaisie significative du prisonnier de Hain : Payé à r>I. Paulin « facture » d'MB cliché du talisman de Charlemagne, 12 fr. »
Le 29 avril 1846, immédiatement au-dessous d'un envoi de 100 napoléons (avec le change, 2,023 fr.) à M. Conneau, nous lisons ceci : « Achat de f^ (foulard), 5 fr. ; une b« (blouse), 5fr. » 2S c. ; irfe/», 5 fr. 73 c.; un b"" (bâton? bourgeron?), 3 fr. » 30 c. ; un p»" (pantalon), 2 fr. 75 c. ; une ch. (chemise), 3 fr. » 7S c. ; tablier et cravate, 2 fr. 50 c. ; diverses : potasse, » cen(dre), braise, 75 c; en tout, 25 fr. 25 c. »
Or, c'est le 25 mai 1846 que Louis-Napoléon, avec l'aide du docteur Conueau, s'est évadé de Ham, sous des habits d'ouvrier.
Durant la captivité du prince, M. Bure faisait valoir ses fonds, soit par des opérations de change, soit à la Bourse, perdant ou gagnant de petites sommes (6,000 fr. de gain, 15,000 fr. de pertes en 1843-1846), sur lesquelles il avait une remise de 3 p. c. 11 payait les dettes du prince et les très-nombreuses pensions et libéralités qui grevaient son budget, modeste encore. Nous aurons à parler de M. Bure dans nos études sur la liste civile et sur les dépenses de Louis-Napoléon. Nous nous bornons ici à ce qui lui est personnel.
En 1848, nous le voyons possesseur, comms prête-nom, peutêtre, de quatre-vingts actions du National, dont trente cédées dès l'origine à M, Bouffet-Montauban (nos 409 à 488), k 250 fr. == 20,000 fr. Après en avoir touché le dividende en juin 1848 (seul ei unique bénéfice qu'aient réalisé les actionnaires du National), il transfère au duc de Brunswick les cinquante qui lui restent (septembre 1848]. En janvier 1849, les trente de M. Bouffet-Montauban passent dans les mêmes mains.
Toujours en 1848, M. Bure prend cinquante actions des Cités ouvrières Chabert (l'affaire a été mauvaise), ci : 15,000 fr.
L'année suivante, il garantit, avec le prince, le cautionnement du journal Le Bienfaisant, fourni par un sieur Tribalot.
Le 27 mars 1850, M. Bure avance au prince 2,000 fr. pour visiter les casernes. Le 25 avril, il prête sans reçu 4,009 fr. pour la revue. Nous citons ces petits faits parce qu'ils jettent quelque lumière sur les manœuvres du prétendant à l'empire.
Outre sa terre des Moyeux, nous trouvons la trace d'autres propriétés, dues sans doute àla munificence impériale. Eujanvier 1855, un régisseur lui écrit de l'Abbaye-du-Val (?).
Un billet sans date, écrit par un ami, M. Temblaire, sous-piéfet de Philippeville, nous apprend que M. Bure possède, entre Philippeville et Constanline, cercle de Gueliaa, territoire des Beri- F«ulah ou Fourhal, une concession voisine de celle de M. Théodore Forestier. Cette concession consistait en 1,500 hectares, toréts d'oliviers, choisis par un sieui de i'i';:iichis, colon. Les premiers fonds d'exploitation semblent avoir été fournis, en commua, par M< Bure et par le sieur Delcro ou Delero.
PEJySlONS, DONS,
Une affreuse aquarelle de tailleur représente un écUtfant costume de trésorier ^u'iiérai, évalué 900 fr.
Bure (Eugène), jeune lioniiue qui portait le nom du précédent. Il semble avoir été assez longtemps ulcéré contre son père, qui le ficgliyieait. 11 s'?u plaint, même à l'Empereur, dans deux letlrti de 1864 et 18GG.
Nous y voyons qu'en 186-4, âgé de 22 ans, pourvu d'une pension
de 6,000 fr 6,000
placé comme surnuméraire k la direction des fonds au ministère des aflaires étrangères, ce qu'il trouve illusoire, il est dégoûté de Paris et demande un consulat en quelque coin du monde.
W. Bure ne lui a jamais rien donné, ni argent, ni recommandations. « Je le mets au déti, dit M. Eugène Bure, de me prouver un » seul acte de paternité, même amicale. Est-ce une raison, parce » que l'on a été contraint de donner son nom à un individu (ce sont » les propres paroles de M. Bure a moi-même, je le jure), pour » l'abandonner aussi déloyalement et sous d'aussi faux pré- » textes... Et pourtant, je sais pertinemment, puisque c'est i« M. Bure lui-même qui l'a dit, que Votre Majesté lui a confié une > somme de 400,000 iv.pour nonx... Qu'on n'ait pas l'air de me » jeter sur le pavé comme une bêle puante... Quand on ose écrire » de moi : 11 n'est bon qu'à faire un second comte Léon (voir ce » nom;, c'est une iulamic qui me révolte. »
L'Empereui', d'ailleurs, n'a jamais encouragé « les illusions et » idées imaginaires qui ne peuvent que nuire à M. Eug. Bure; » il s'est toujours refusé à le recevoir.
M. Eug. Bure explique ses dettes par son voyage en Amérique, où on l'a envoyé « promener » deux ans avec de fausses promesses, par ses logement, liabillewicut, etc.
Envoyé vice-consul à Kosas, 6,000 fr O',000
M. Eugène Bure (janvier 1806) continue à crier misère ; il s'iidresse celle fois k M. Conli; il lui envoie un compte de ses dettes, qui, malheureusement, nous manque.
Plus tard, au moment de partir pour le consulat de Zanzib.ir 1868), il revient sur cette froideur peu filiale. Il s'exprime ainsi dans une curieuse lettre à l'Empereur: « .^.I. Bure, mon père, qui » m'a déjà pardonné tout le mal que je lui ai fait. ■■ (A. cette occasion, M. Bure s'est décidé a demander pour lui des lettres de recommandation.)
INous trouvons dans des comptes de 1846 quelques indications qui se rapportent probablement à M. Eugène Bure : la novembre 1840, voyage k Londres avec M'"» C. iCoruu ou Camus) et Eugène, 952 fr., et plusieurs autres voyages d'Eugène a litampes et a lia m.
Bussac (De), capitaine au 50e de ligne (1857) ; don de 1 ,400 fr. »
Caillaux (1864) reçoit,pour payer ses dettes, dont l'état est joint, 7,078 Ir " >
— Zil —
PENSIONS. DONS
Cauias (,.M"f de), i8D9 : 2U,000 fr. en cinqmois (liût?). ... s 20,000
C impana (Comtesse et marquise Emilie [il y a là deux personnes sans doute, mais les documents que nous possédons ne nous permettent pas d'établir entre elles une distinction suffisante]) prête à Louis-Napoléon 03,000 fr. Nous avons la traite : « Bon pour B trente-trois mille francs que moi, la soussignée, je m'engage à « payera Mess. Borlini-Duprès, ou à son ordre, le 29 juillet 1831. » Comtesse Emilie Campana, lîorae, 29 avril 1851. A M. le prince 1 Louis N. Bonaparte, Président de la République française, à 1) Paris. »
En septembre 1832, M^e Campana reçut du Président 30,000 fr. > 30. 000
En 1833, elle peut tirer sur M. Bure jusqu'à concurrence de 100,000 fr , 100,000
En 1866, elle obtient 10,000 fr » 10.000
Dès 1836, elle figure pour une pension de 12,000 fr. x 14 = 162,000 12,000
En 1870 la marquise Campana reçoit quatre mois de 10,500 fr. = 42,000 fr I 42.003
En tout, approximativement 400,000 fr.
Camus (M"'«), reçoit dès 1841 diverses gratifications, qui se transforment en 1846 en une pension de 1,600 fr 1,600
C'est la caisse de M. Bure qui, avant 1848, paye l'installation, les meubles, jusqu'au vin (une feuillette, 160 fr.) de M^e Camus. En août 1849, sa pension est élevée a 6,000 fr. 6,000
Son fils ou son mari, M. Camus, est directeur des domaines de la Sologne.
Carpenîier (Eugène), 1837; avance de 6,000 fr.; 1860. don de 5,000 fr.; 1861, fd. de 4,500 fr. Ensemble 13,300 fr t 15,300
Casablanca (Vicomte Achille), filleul de Charlotte Bonaparte- Centamori, agent financier de Napoléon III en Italie et régisseur de la terre de Givita-Nova. (Tout im dossier de réclamations contie sa gérance). Il reçoit en 1832 une gratification de 2,000 fr . , . > 9,000
Appointements inconnus.
Il propose de nombreuses acquisitions pour agrandir le domaine de Civita-Nova, une entre autres qu'il évalue a 330,000 fr. Il se trouve que cette affaire ne devait pas monter à plus de 243,000 fr. Écart 83,000 fr.
Le comte Vico degli Ubaldini, dont M. Casablanca avait acheté les biens pour le compte de l'Empereur, se plaint amèrement d'avoir été lésé et ruiné dans cette affaire. Ses réclamations sont accompagnées de nombreuses pièces à l'appui et recommandées par le cardinal de Bonnechose. On ne sait quelle suite a été donnée à ses sollicitations.
Casanelli d'Istria, évêque d'Ajaccio, aoiit 1852, don de"2,000 fr. j 2.000
Castille (Hippolyte). Pour une Histoire de soixante ans qui aura dix volumes, obtient une avance de 2,000 fr. annuels .... 2,000
(14 avril 1838) longue correspondance. En 1867, pour une brochure de dix-sept feuilles 5,000 fr » S.OOO
Le dossier de M. Hippolyte Castille sera prochainement publié .