F. PONSARD
SlRE, ,
En ouvrant rcxi-mplaire de l'Histoire de Jules César que Votre Majesté a daigné ra'envoyer, ma première impression a été une vive joie et une reconnaissance profonde, car les mots que Votre Majesté y a tracés de sa main doublent à mes yeux le prix de ce magnifique présent.
Combien d'autres émotions se sont succédé dans mon esprit lorsque j'ai lu ces pages si belles ! A l'époque où vous avez bien voulu, Sire, vous adresser à moi pour la correction de quelques épreuves, je pouvais me croire sous l'influence de la séduction attachée à votre augnste personne ; comment voir, sans être profondément touché, tant de bonté unie à tant de grandeur? Mais hier, lisant et relisant ces deux premiers livres dans le silence du cabinet, )'ai bien compris que mon admiration ne s'était pas trompée. Le tableau si complet, si impartial de la politique de Rome et de sa conquête du monde, l'appréciation si nette et si élevée des. intérêts nouveaux que l'aristocratie dégénérée ne pouvait pas satisfaire, les symptômes de plus en plus nombreux d'une révolution devenue inévitable, tout cela prépare à larges traits l'apparition de César. Le second livre, dont je ne connaissais pas une seule page, m'a saisi plus vivement encore. Tous les Marins, rassemblés en ce jeune homme merveilleusementdoué, s'y révèlent run[après l'autre, mais éi)urés et agrandis. L'épisode de Catalina est tracé avec une impartialité supérieure, qui renouvelle le sujet et substitue la pensée de l'homme d'État aux déclamations de la rgiiline, r<p ronsulaf de César et de Bihulus forme un tableau du plus vif
intérêl. On aime à suivre le développement dos idées et des actes de César exposé par un génie du même ordre, et on admire ce seiilinieni des grandes causes, des causes démocratiques et humaines, embrassé avec tant de modération et de persévérance. Les dernières pages sont d'une exquise beauté. La postérité répétera ces paroles : « Ne cherchons oas sans cesse de oetites pas- « sions dans de grandes âmes. »
Dieu me garde d'exprimer jamais une pensée qui ne serait point la mienne! Je transmets sincèrement à l'Empereur les émotions que je viens de ressentir. Je ne sais pas l'art de flatter, mais je suis heureux d'admirer à cœur ouvert tout ce qui est grand, et la grandeur ici est rehaussée encore par la simplicité. Peut-être, dans un monde de lecteurs où le clinquant est à la mode, peutêtre, chez certaines écoles littéraires qui demandent le succès à l'éclat violent des couleurs, celte sobriété sera-t-elle matière à critiques pour des hommes qui ont intérêt à rabaisser l'œuvre de Napoléon III; mais je suis persuadé que le peuple deFrancecomprendra dinslinct cette simplicité si haute, étions les vrais connaisseurs diront que Votre Majesté a parlé de César dans le style de César.
Daignez agréer, Sire, avec l'expression de ma reconnaissance, l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, de Voire Majesté, le trèshumble et très-dévoué serviteur et sujet.
Saint-René Taillandier.
Paris, S7 février 18Gu.
Sire,
Je viens très-liumblemenl remercier Votre Majesté de l'honneur qu'elle a daigné me faire en m'envoyant VHistoiix de Jules César : ce sera pour moi le plus précieux des souvenirs, el je lelransmellrai à mes enfants comme un litre de noblesse.
Ce second volume continuera le succès du premier. L'intérêt y grandit de page en page comme la fortune de César, el l'idée générale de l'œuvre s'y dessine avec autant de simplicité que de vigueur. Tout lecteur impartial admirera ces deux livres si bien divisés, si bien réunis l'un à l'autre, qui se correspondent et se complètent si heureusement : dans le premier, tout le tableau de la guerre des Gaules présenté avec une précision de détails, une abondance de preuves, une richesse de documents qui épuisent la matière el donnent une vie nouvelle au récit même de César ; dans le second, le parallèle des événements de Rome el des campagnes du glorieux capitaine, c'est-à-dire une philo.sophie do l'histoire irrésistible. Ce plan si neuf éclaire l'époque loul entière d'un jour inattendu. Jamais historien n'avait aussi exactement suivi, aussi clairement indiqué le progrès simultané de l'anarchie romaine el de la grandeur de César, pendant ces dix années qui décidèrent du sort de la civilisation. Quand on embrasse ainsi l'ensemble des événements, on ne saurait douter que César fui véritablement l'homme de l'humanité, le représentant du droit noiineau, le gardien de l'avenir. Le jugement porté par Voire Majesté sur la vie-
toire d'Alesia me paraît la vérité même. Considérer les Celles comme nos pères, oublier que nous sommes les fils des Gallo-Romains, c'est pure déclamation, n ny avait dans cette lutte que deux ennemis en présence, la civilisation et la barbarie. Le triomphe de Vercingétorix eût jeté Gaulois, Helvètes, Germains, tout le monde barbare, sur le monde civilisé ; César a sauvé la civilisation, cette civilisation dont les vaincus eux-mêmes ont profité si largement. Que les intrigues de Rome paraissent mesquines auprès de ces grandes choses !
Le canictère des personnages qui jouent un rôle dans ce drame immense est tracé, à mon avis, avec une parfaite équité. Le génie vaste et humain de César la vanité et l'égoïsme de Pompée, la légèreté dB Cicéron, tout cela se dessine dans le récit même. Les faits parlent, et l'auteur les traduit dans un style lapidaire avec une sincérité irréprochable. Les conclusions du volume sont de la plus grande beauté. Je ne fais que transcrire ici l'impression sommaire que m'a causée une première lecture de ce grand livre; combien de choses j'aurais à exprimer encore si je ne craignais d'être importun ! Quelle haute simplicité ! Quelle conviction forte ! Quel sentiment des obligations du chef dans les crises où se renouvelle le monde ! On ne peut s'empêcher ici de joindre, aux félicitations respectueuses adressées à l'écrivain, des vœux sincères adressés à l'Empereur. Que Dieu protège Votre Majesté ! Qu'il continue de lui accorder la gloire, la sagesse et la prospérité en toutes choses 1
Daignez agréer, Sire, l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, de Votre Majesté, le très-humble et très-dévoué serviteur et sujet.
Saint-René Taillandier.
Paris. 47 mai 4866
SîRE,
Aussitôt après avoir reçu le premier volume de Y Histoire de César ^ j'ai prié le chef de votre cabinet (1) de mettre aux pieds de l'Empereur l'hommage de ma gratitude, mais je n'étais pas quitte envers l'historien. J'hésitais pourtant à vous écrire, tant il me semblait difficile de louer Votre Majesté d'une façon qui fût digne d'elle. Je me suis dit enfin que l'admiration d'un honnête homme, simplement et loyalement exprimée, ne saurait déplaire et même avait des chances pour arriver à votre cœur. On cherchera désormais dans la Vie de César la pensée de Napoléon III, et cette grande figure à laquelle il semblait que rien ne pouvait ajouter aura reçu ainsi une grandeur inattendue et un lustre nouveau. Assez d'autres apprécieront l'élévation des vues, la profondeur
,4) Le S mars précédent, H. Saudeau avait eu eiïel adressé au cbef du Cabinet la lettre suivante :
< Monsieur,
« J'ai i.'ou l« premier volume, que l'Empereur a daigné m'adretser. Rien ne pouvait m'étre plus « doux que ee souvenir de Sa Majesté. J'en suis toutlié comme sij'ea étais indigne; j'en suis fier comme « si je le méritais.
c Veuillez, Monsieur, mettre aux pieds de Sa Majesté rtoinmage de ma respectueuse gratitude, et agréei c l'assurance de ma haute considération.
■ Jules Sanduv. • < Sùvrei, 3 mArs. •
des jugements, la sérénité et la dignité du style ; qu'il me soit permis, à moi, de vous remercier au nom des lettres, de l'honneur que vous 'leur faites. Les lettres en seront éternellement fières et reconnaissantes. L'Empereur Charles- Quiiïî, pour avoir ramassé le pinceau du Titien, avait bien mérité des arts. "ous, Sire, vous avez mieux fait. Vous avez pris la plume de Montesquieu, et vous vous en êtes servi.
Je mets aux pieds de l'Empereur l'hommage de mon admiration, de mon respect et de mon dévouement.
Jules Sândeâu.
Sèvres, 20 mars.
Lettres de MM. Belmo?itet et Mathieu, archevêque de Besançon,
à M. Conti.
Corps législatif.
— Paris, le 18 mai 1866.
Mon cher Coxti,
Je vous prie de vouloir bien présenter à Sa Majesté mes très-respectueux cl irès-vifs remerciments pour l'envoi, dont elle a daigné m'honorer, du deuxième volume sur J. César.
Je l'ai parcouru à vol d'aigle ; il m'a plus profondément impressionné que le prerojer volume.
Le grand penseur domine dans ce récit de la guerre des Gaules. Il a fallu un certain courage de philosophe humanitaire pour donner raison à la victoire de César sur Vercingétorix(l). Le vulgaire coraprendra-t-il la portée de cette opinion napoléonienne^ Je crains que non; mais, comme au Rubico, aleajacta est.
Je vous adresse pour vous, pour M. Piétri et pour l'ami Sacaley, trois exemplaires de mes Nobles.
Cette satire a paru dans La Comédie, il y a six ans. Elle n'a pas donc été faite pour la circonstance de la nomination féodale de M. Monier de la Sizerane. Je me serais bien gardé de juger les actes de l'Empereur.
D'ailleurs, sur cette question, j'ai prononcé dans le sein du Corps législatif, en 1852 ou 55. un discours contre le principe nobiliaire.
Cela m'a fourni l'occasion d'écrire à M. Monier une lettre où je lui rappelais qu'en 1852 j'habitais avec lui une maison à Interlaken, où nous avions pour compagnon d'hôtel le duc de Fitz-James, le comte de Bonibelles, ministre d'Autriche, et le comte de Talleyrand, ministre de France en Piémont.
Je lui ai rappelé que lui et ces trois personnages, très-royalistes, luttaient toute la journée avec moi pour mes idées napoléoniennes, dont ils riaient cavalièrement.
Ils se moquaient de mes relations intimes avec le prince Louis, aujourd'hui Empereur.
(*) Probablement par suile d'un lapsus calami, le texte porte fineegttoHx.
CcsciTiçon, le 22 mai 48C6.
t Césaire,
Gard, aich. de Bebançon.
Lettres de M. Albéric Second à M. Conti,
Pari», Je 15 ocUhre 1869.
Cher Monsieur, Je me noie en ce moment faute de quatre billets de mille francs.
Eh !)ien ! un de ces rieurs était le sénateur devenu comto par un Bonnparie. i
Autre temps, autres opinions ! 1
Voilà ce qui me donne à rire à mon tour, à moi vieux bonapartiste, qui ai épousé la petite-fille d'un conventionnel, laquelle offrit à la reine Hortense de s'exiler avec elle pour aller rejoindre en Amérique le prince son fils, proscrit alors.
M. Monior a fait des vers sur Marie-Antoinette, vers inconnus et très-médiorrcH.
Voilà son mérite.
Moi, j'ai l'ait toute ma vie des vers très-connus sur le grand Napoléon, sur le Roi de Rome.
Voilà mon crime, car on m'en punit par la préférence accordée à de vieux royalistes.
Ainsi va le monde. Mais les gens de cœur restent fermes dans leur cœur.
C'est votre histoire aussi, celle-là. • ;^
Tout à vous el vive l'Empereur (le grand, et l'autre grand aussi) ! '^