‹ Papiers secrets et correspondance du second EmpireChapitre 108 sur 130 · LETTRES DE SAVANTS ET DE PRINXES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

LETTRES DE SAVANTS ET DE PRINXES ALLEMANDS

Parmi les milliers de lettres adressées à l'Empereur de tous les points de rAllemagna pour solliciter sou attention ou ses largesses, on peut mettre à part celles, au nombre d'une centaine, qui sont relatives à l'ouvrage de Napoléon III sur la Vie de César. Ces lettres contiennent des demandes ou des rcmerciments. Ucs commis studieux, des industriels charges de famille, des étudiants pauvres sollicitent la faveur d'un exemplaire, qu'ils ne peuvent acheter. Une veuve, qui n'a rien, demande le précieux livre pour laisser un héritage à ses enfants. Un rabbin propose sii plume pour le traduire en hébreu (1). Les savants qualifiés et les princes remercient de l'envoi qui leur en a été fait.

Voici quelqu 'O-unes de ces lettres.

Lettre du professeur Zmnpt.

Votre Myjeslé Impériale m'a fait la grâce et l'honneur de me faire parvenir le deuxième volume de l'Histoire de Jules César. Je prends la liberté de lui exprimer mes remercîments les plus respectueux.

La première partie de ce deuxième volume est consacrée aux guerres des Gaules. Je n'ai pu que m'y instruire, tout en admirant l'étude la plus exacte des détails jointe à l'appréciation générale des faits militaires et politiques. C'est un monument durable, qui ne pouvait être élevé à la mémoire du plus grand des Romains que par un esprit aussi élevé que le sien.

La deuxième partie raconte l'histoire politique de cette époque. Je suis presque honteux d'y voir cité mon nom, surtout si je compare la mince valeur de mes recherches à la grandeur de cette exposition. Elle s'écarte essentiellement d'un point de vue aujourd'hui adopté. Elle provoquera sans doute les contradiclions ; mais elle en triomphera, parce que, en appréciant avec justesse les faits, elle poursuit en même temps des tendances vraiment morales et ayant pour objet le bonheur des peuples.

Daigne Votre Majesté me permettre de lui exprimer de nouveau l'exjjression

(1) Ac6té (les traducteurs aUemands qui oOronl leur» services, on en trouve d'anglais, d'américains, dî polonais, de liollandais, de suédois. M. Rangabé pour le ^rrec, A. Ca!fa Nar Cey pour Panuénien, Caboo- Kalee Proshono Sinj;, de Calcutta, pour le bengali, etc.

de nips sentiments les plus sincères. Je suis avec le plus profond respect, de Votre Majesté Impériale, le plus humble serviteur.

Berlin, 8 juillet 18<iG.

Sire,

Professeur A, W. Zumpt (1).

jLiCwre de M. le professeur Heller.

Berlin, le 15 féTiier I8CI.

Les immenses progrès que les recherches entreprises en personne, ou ordonnées p;ir Votre Majesté, ont fiiil faire à la meilleure appréciation des operations militaires racontées par César dans ses Commentaires, et les services éminents que Votre Majesté a rendus par là aux lettres, sont justement appréciés, non-seulement en France, mais encore par les savants de l'Allemagne, et l'on admire partout les nobles occupations dont Votie Majesté sait remplir les loisirs que Lui laissent le gouvernement d'une grande nation et la politique du monde.

Quant à moi, j'ai toujours poursuivi avec le plus vif intérêt toutes ces investigations et toutes ces découvertes dues à l'initiative généreuse et éclairée de Votre Majesté, et j'ai trouvé, après m* fonctions, une récréation agréable en étudiant tout ce que les ressources littéraires de Berlin ont pu me procurer pour l'approfondissement des ouvrages d'un écrivain dans la lecture duquel j'ai eu autrefois l'honneur d'introduire Son Altesse Royale le Prince Frédéric- Guillaume de Prusse.

Ayant eu l'occasion de passer en revue dans le Journal philologique de Gœttingue les nouveautés littéraires de tout genre qui se rapportent aux Commentaires, j'ose me flatter d'avoir été un des premiers dans ma patrie à mettre sous les yeux de nos érudits un rapport succinl de ce que la France a dernièrement contribué à l'éclaircissement des écrits du grand Romain et dont la plus grande partie n'aurait jamais vu la lumière sans l'impulsion ou sans le concours de Votre Majesté.

C'est cette considération même qui o'a encouragé à prendre la liberté d'envoyer à Votre Majesté les pages que je viens de faire imprimer, quelque peu dignes que je doive les juger d'être socmises à ses yeux. L'intention, j'ose ■•ivoir cette confiance dans la magnaniriiilé de Votre Majesté, fera pardonner ce qu'il y a de chétif dans la forme prescrite par le cadre étroit d'uij périodique.

(1) ProftfMPiir do littérature latine. L'année précédente il avait remercié du premier volume en écrÏTant : ( Per»enit ad me, Imperator crkissime, beneCcio Tuo volumensplendidissimum, quoil deVit&Julii Caeiarit << eJidisti. (juo muuere noli exisiimare quicquani milii rontiugere poluisse aut txoptatiiis aut honorificen-

< tius Qua in quastione tanta fuit Tua in>!ustria, tanta ingenii magnitudo, tanta rcum maxiraarura

< minimarumque cura, ut corum ipsorum qui per otium doctrinn: totos sn drdideruni tludia TJceris. >

Le i mai 18C9, M. Zumpt fait hommage de deux volumes de loi sar l'histoire romaine, ea disant (k M. Duruy) : « J'espcrc que ce sujet aura qutlque intirèt pour S. U., savant connaitsear de la décadenc* « de la République romaine. •

Peut-être Votre Majesté daignera-t-elle jeter an regard dans mon petit traité pour se convaincre que j'y ai développé ou esi^iiissé plusieurs vues neuves, tant sur le terrain que sur la marche de quelques expéditions et batailles d» César. J'ai aussi hasardé un nouvel essai de reconstruire en idée les trirèmes des anciens, et j'espère pouvoir bientôt détailler plus amplement quelques-uns de ces points. Enfin j'ai tâché d'éclaircir la destination des tombelles d'Alaise, question qui a tant occupé il y a quelques ans les savants de la France et qui a failli d'offusquer les droits d'Alise, qui désormais sera redevable à Votre Majesté d'être reconnue sans contredit pour la véritable ville de César.

Votre Majesté saura, sans que j'ajoute un mot, juger si, dans ce que j'ai avancé il y a quelque chose d'utile ou d'intéressant pour ceux qui font une étude approfondie des Commentaires : pour moi, j'aurais cru manquer à un devoir, si je n'avais envoyé au plus illustre des commentateurs de l'écrivain romain un traité qui, sans cela, ne serait probablement jamais venu entre ses mains.

Daignez Sire, agréer l'assurance de la plus profonde estime et d'un respect illimité avec lesquels j'ai l'honneur d'être, de Votre Majesté, le plus humble pl le plus obéissant serviteur.

H.-J. Heller, professeur. ,

Lettre du professeur F. Bitschl (1) à l'Empereur. Sire,

Votre Majesté Impériale a daigné m'accorder gracieusement un exemplaire de luxe de l'Histoire de Jules César. Si le portrait idéal du plus grand Romain ajoute à la valeur d'un tel présent, la dédicace autographe de Votre Majesté le rend inappréciable. Que Votre Majesté veuille bien agréer pour cette distinction honorifique l'expression de ma reconnaissance la plus profonde et la plus respectueuse!

Je prie en même temps Votre Majesté de me faire la grâce d'accepter en retour un exemplaire de la traduction allemande. Le traducteur a cru travailler dans l'esprii de Votre Majesté, en s'étudiant à éviter toute recherche de l'élégance légère qui caractérise le style des feuilletons modernes, à rendre la simplicité et la concision antiques de l'original, et à reproduire sa période architectonique et ses couleurs sévères. Le traducteur était en cela guidé parla conviction qu'il importait avant tout d'arriver à une ressemblance parfaite, où se refléterait la haute individualité de l'auteur, aussi grand penseur que grand écrivain; il s'agissait d'ailleurs d'un ouvrage qui n'était pas écrit pour l'amusement frivole du moment, mais qui était destiné à exercer et qui exercera

(1) Un des plus grands philologues do l'Allemagne. La hauteur de sa science et de son caractère est appré ciéeen ces terines dans une Revue quasi germanique, publiée h P&ih (Revue ciiliqiie; 18G8, n" 107, p. 3u7) : « M. Ritschl est essentiellement hardi et même audacieux. . . On lui reproche, avec quelque raison,

« d'avoir des allures trop autoiilaiies. Pendant longtemps il a trôné comme un Jupiter tonnant L'a

I élèves dociles qui acceptent Its théories du maîtres sont approuvés; les autres sont traités de retarda - « taires, de réactionnaires, de thyrsophores >

nécessairement son influence sur l'éducation historique et politique de plusieurs lustres. Si Ton osai" '.e flatter d'avoir ainsi répondu aux intentions élevées de Votre Majesté, on y trouverait la plus enviée de toutes les récompenses.

L'année dernière, j'ai pris la liberté de soumettre très-humblement à Votre Majesté, au nom de la Société, la trente-sixième livraison des Annales publiées ici par la Société des Antiquaires rhénans. Comme Votre Majesté n'a pas repoussé ce témoignage du plus profond respect, j'y puise l'audace de demander à Votre Majesté la grâce d'accepter aussi les livraisons suivantes, la trente-septième et la trente-huitième, celle-cf publiée en. ce moment même. Si Votre Majesté ne juge pas indignes de sa haute attention les tableaux synoi> tiques de la mosaïque romaine de Nennig, la Société sera peut-être autorisée à se flatter de l'espoir d'oser envoyer également, après leur achèvement, les feuilles coloriées dans la grandeur de l'original, qui sont actuellement sous presse.

Enhardi par la bienveillance indulgente de Votre Majesté, j'ose enfin solliciter d'Elieun accueil gracieux pour quelques petits travaux de moi-même, et je m'estimerais heureux de gagner à mon opinion sur les tessères des gladiateurs l'approbation d'un connaisseur de l'antiquité romaine tel que Votre Majesté.

Je reste avec le plus profond respect. Sire, de Votre Majesté impériale, le !)lus humble serviteur. Friedrich Ritschl.

Boun, li avril 186S.

Lettrô du professeur F. Pdtschl à Madame.... (1) Très-chère Protectrice,

Si j'avais voulu n'être qu'un mercenaire à la solde du commun des libraires, j'aurais pu avoir terminé, il y a quatre semaines déjà, le manuscrit de, la traduction. Je sais bien que les libraires donnent la préférence à la traduction la plus négligée et ayant le moindre cachet littéraire, pourvu qu'elle puisse bientôt être publiée, sur le travail le plus consciencieux dont la publication réclame un délai de quelques semaines; mais j'ai travaillé, non pas pour les libraires, qui, en toutes circonstances, sont et restent des commerçants mesquins eî cupides, qu'ils se nomment Pion ou Gerold (2), mais pour l'auteur

(i) Le nom manque; mal» la destinataire est probablameiU M— Horlense Cornu, amie d'enfance de M"<= Ritschl.

(i] Si le professeur Ritschl maltraite les libraire», de leur côté les libraires ne se louent pas de lui, Karl Gerold écrit à Pion le U janvier 18C3 : « Gtier Monsieur, je n'ai pus encon reçu une ligue de « a. Kitschl. Vous me dites de presser ce Morjsieur. Quoique je fasse lii tant que je puis, la pression venant « de Paris aura plus de force sur M. Ritschl que la mienne, bu reste, il est de voire devoir, d'apri» les . stipulations de notre traité, de mettre le manuscrit à ma disposition en son temps, afin que je puisse

donnera mon travail la sollicitude nécessaire. Nous avons eu dans le 4" vol. qu.-lque6 erreurs bien

désagréabks, montrées au doigt malicieîisement par la critique et les contrefactgurs, seulewent parce qu'il

impérial; et je l'ai tait, non point parce qu'il est empereur et que, sans aucun doute, au( :un prince du monde n'a en partage, à un si haut degré que lui, le jugement, i'esprii cultivé, le génie, sans parler de sa puissance et de son influence, mais parce qu'il s'est révélé comme un savant profond, intelligent, éloquent, pour lequel j'éprouve autant de sympathie que d'admiration; car je ne doute pas que l'Hisloire romaine de Mommsen, cet exposé mesquin, rempli de fiel, si éloigné de toute impartialité, qui, au moins en Allemagne, a depuis quelques années captivé tous les esprits, sera immédiatement reléguée au second plan par l'œuvre d'un homme qui, tout en régissant les destinées du monde, arrive au point de vue le plus grandiose et le plus équitable dans la juste appréciation d'une organisation politique ancienne sans égale dans l'histoire du monde. On ne citera plus à l'avenir l'Histoire romaine deNiebuhr, ni celle de Mommsen, mais celle de Napoléon, dès qu'il s'agira de reconnaître les ressorts intimes d'un des développements politiques les plus merveilleux, et cela avec l'indication la plus exacte des sources, appuyée sur la plus vaste érudition.

En face d'une production si puissante, ma conscience scientifique, je l'avoue, m'interdisait la négligence et la légèreté.. Essayez, à l'occasion, de l'expliquer à l'Empereur; excepté peut-être le roi de Saxe, il est le seul qui sache apprécier à sa juste valeur des mobiles aussi élevés.

Croyez à mon dévouement inaltérable.

Votre

F. RlTSCHL (1).

« fallait presser k la fin tellement le traducteur qu'il ne pouvait plus mettre les soins indispensables à im> « pareil ouvrage. Je ne parle pas des frais énormes et inutiles en même temps que m'a causés l'arrivée < retardée du manuscrit. Il faut donc t&cher de me donner cette fois meilleare chance, et ce n'est qae «c l'Empereur et vous qui puissiez faire cela. »

(1) Vojci le texte de celte pièce :

c Theuerste Gônnerin, wenn ich blos ein Lohnarbeitcr fiir die banausischen Buchhândler batte sein « wollen, so halle das Manuscript der Uebersetiung schon vor vier Wochen fertig sein kônnen. Ich weis» « sher wohl, dass den Buihhândlern die liederlichste Uebersetzung; wenn sie nur, in litteralenhaftester « Weise abgefasst, recht frùh erschienen wâre, lieber war als die gewissenhafteste Arbeit, die einige « Wochen spâter erschiene. Abcr ich habe nicht peglaubt fiir ("ie Buchhândlern zu arbeiten, die unter allen « Umstânden mesquine KauDeute und Geldoiacher sind und bleiben (môgen sie nun Pion oder Gerold « heissen), sondern fiir den kaiserlichen Verfasscr. Und zwar nicht etwa, weil es ein Kaiser, und weil c er ohne Zweifel der gescheidteste, gebildetsle und genialste aller Fûrsten der heutigeh Erdenwelt ist, « noch weniger weil er eben so gewiss der mâchtigste und einfliissreichste aller Regenten der Gegenwart ist, « sondern weil er sich aïs grundlichen, geistreichen und stylgewandten Gelehrlen mauifestiit liât, dem ich « in dieser Eigenschaft eben so viel Sympathie wie Bewunderung zolle. Denn ich zweiQe niclit daran, dass 1 Mommseu's rômische Geschichte, dièse kleinlich verbissene, cinen einseiligen Parteistandpunkt verlrctende « Darstellung, die seit einigeu Jahren, wenigstens in Deutscbiand, aile Gemùlher gefaiigen genoramen bat, « sogleich in den Hinlergrund gedrangt werden wiid durch die Arbeit eines Mannes, der, wahrend er die « G''schicke der Welt regierl, den zugleich grossarligsten und unparteiischten Standpunkl einniramt fur die «t Wûrdigung eines antiken Staalswcsens, das in der Weltgescbichte nicht seines Gleichen gehaht hat. Maa « wird kûnftig nicht mehr Niebuhi's oder Mommsen's, sondern Napoléon's rômische Geschichte citiren, c wenn es daiauf aukômmt die innern Triebfedern einer der wundersamsten staatlichen Ëntwickelungen zu « erkennen, uni! zuar mit dpr exactesten und auf umfassendster Gelehcs'amkeit berubeaden Nachweisung « der Queilen zu erkennen.

« Einer so grossarligen I.eis'iung gegenbûer nachlassig ode^ flûch'tig lu verfahren, das, ich gestehe es, « ging ûber mein wissenschaltliches Gewissen. Versuchen Sie, wenn Sie Gelegenheit haben, dem Kaiseï « das klar zu machen ; mit einziger Ausnahme vielleicbt des Kiiuigs von Sacbsen, ister der Einzige, de» « ich zutrane sdche idéale Gesichtspunkte zu wiirdigen. »

Lettre du prince de Bade-.

Carltruhc, ce 9 aoftt <8B.ï.

SlUE,

J'ai r!ion!if:ur d'informer Votre. Majesté de ce que le niini.stre de France, M. !e marquis de Cadore, a eu la complaisance de me remettre, au nom de son auguste Souverain, le magnifique ouvrage dont Votre Majesté a daigné me faire présent.

J'en suis, Sire, on ne peut plus touché et respectueusement reconnaissant, et cela d'autant plus que j'ai eu le rare avantage d'être témoin oculaire du sérieux travail que Votre Majesté a dû faire pour achever la tâche dont jouit à présent le monde éclairé et qu'admirent tous ceux qui ont eu l'honneur de s'approcher de Votre Majesté.

Que Votre Majesté daigne me permettre de regarder son ouvrage, dont Elle vient de m'honorer, comme un gage des sentiments de bienveillance qu'Elle renferme dans Son cœur pour toute l'humanité, et comme preuve d'affection dont Elle fait jouir celui qui est fier d'en avoir été l'objet et qui a l'honneur de se nommer.

Sire, de Votre Majesté, le très-humbl(! et très-obéissant serviteur,

Guillaume. Prince de Bape (1).

Lettre du prince Charles de Hohenzollcrn.

Dusseldoi'f, 1^2 mm.

Sire,

L'impalience avec laquelle on attendait la publication de la Vie de Co.snr a •'te certainement aussi vive en Allemagne qu'elle a pu l'être en France. Tout le monde comprend que cette œuvre, à laquelle on sait que Votre Majesté a consacré pendant des années tous ses moments de loisir, jettera un nouvel éclat sur les grandes choses qu'Elle a su accomplir.

En daignant m'envoyer un magnifique exemplaire ^e cet ouvrage, vous m'avez pénétré, Sire, d'une bien vive reconnaissance. Je sentais déjà combien il me serait difficile de vous l'exprimer, quand j'ai vu les quelques mots que Votre Majesté a bien voulu écrire de sa propre main à la première page. Si j'ai dû craindre que dans le passé telle circonstance pénible où je me suis trouvé n'ait altéré les sentimens de Votre Majesté à mon égard, aujourd'hui, je trouve avec bonheur la preuve qu'Elle n'a pas cessé de me les conserver tout entiers.

(i) C«Ue lettre et les letties suivaiiteii sont eu françaii

i;'est donc un prix inestimable que vous avez donné. Sire, à ce beau livre vn y traçant ces mots, qui m'ont si profondément touché, et qui resteroftt à iamais gravés dans mon cœur

Que Votre Majesté daigne agréer l'expression très-faible de ma vive et profonde reconnaissance, avec laquelle je reçois ce souvenir d'amitié, et l'assurance de tous les sentiments respectueux et d'attachement, — dont je suis aussi l'organe de toute ma famille, — avec lesquels je ne cesserai d'y répondre.

J'ai l'honneur d'être, Sire, de Votre Majesté le très-humble serviteur et trèsdévoué cousin,

Charles Prince de Hohenzollern.

Nous joignons à ce dossier une lettre du savant M. Mommsen (1), qui n'est point relative, ilestvrai, ii la Vie de César, mais qui n'est pas moins Ûatteusequeles précédentes.

Lettre de M. Théodort Mommsen à r Empereur,

Berlin, lijuin I86S.

Sire,

J'ose soumettre à Votre Majesté un ouvrage que je viens de publier et que je crois digne, au moins sous un certain point de vue, que Votre Majesté y jette les yeux. Elle se rappellera sans doute la faveur extraordinaire qu'Elle a bien voulu m'accorder, il y a quelques années, regardant les manuscrits de la Bibliothèque impériale. Grâce à cette mesure exceptionnelle, j'ai pu étudiera mon loisir le beau volume du Digesium velus conservé à ladite Bibliothèque, lequel est sans doute le second en importance parmi les quatre ou cinq cents manuscrits des Pandcdea qui existent actuellement , et ne cède le pas qu'au célèbre manuscrit de Florence. Mon édition des Pandectes, dont voici le commencement, est due en bonne partie à cette grâce, et Votre Majesté, qui Va accordée, ne dédaignera pas d'en agréer le résultat. Si les sciences et les lettres en général ont un caractère international, et si tout le progrès du genre humain se résume dans le développement de cette belle internationalité, qui n'égalise pas les nations, mais qui leur enseigne de se comprendre, c'est-à-dire de se respecter et de s'aimer, tout ce qui se rattache au peuple romain, souche commune de la civilisation actuelle, porte éminemment ce caractère international. Votre Majesté l'apprécie mieux que personne, et il est bien permis à tous ceux qui s'occupent de ces études de s'en féliciter.

Votre Majesté daigne me continuer sa bienveillance, dont Elle m'a donné déjà tant de marques précieuses, et veuille croire au profond respect que je lui porte.

Th. Mommsen.

(!) M. Mommsen, qui témoigne dans ses lettres de «a recouiiaissance pour l'accueil qu'il a toujours reçu CD France, est l'auteur de cet écrit récent dans lequel il prouve Tabsolue nécessité pour l'Allemagne de prendre k la France l'Alsace et la Lorraine, et considère les Français comme devant tomber, suivant eog ««liression, dt la bia'jue dans le déseipoii\

Lettres à l'Empereur de MM. É. Augier, Qnentin-Bauchard, Be.uié. Caro, Doiicet, Dupiii, Octave Feuillet, Arsè)ie Iloussaye, Ponsard, Saint-René Taillandier, J. Sundeau. — Lettres de M. Belmontetet de M. Mathieu, archevêque de Besançon^ à M, Conti.

, Sire,

Quand Votre Majesté m'a fait l'honneur (s'en souvient-Elle?) de me lire sa préface, j'en ai été très-fra|)pé : je le suis bien autrement par la lecture de son livre que je viens d'achever.

Au point de vue de la question d'aH, qui me touche d'abord, il me paraît avoir un mérite tout nouveau et très- singulier : il donne la vie la plus intense à ses récits sans recourir aux mièvreries de l'anecdote et de ce qu'on a appelé dans ces derniers temps la couleur locale. Il a la sobriété de style et de détails que comporte l'histoire la plus sévère, et il n'en a pas la sécheresse. Il nous initie au mouvement réel de la vie publique chez les anciens, qui était restée pour nous à l'état de légende ; il déroule à nos yeux par grandes vues d'ensemble les destinées logiques du peuple romain ; il nous intéresse passionnément au développement des institutions et des idées, à l'enchaînement fatal des événements. C'est donc une œuvre d'art des plus remarquables.

Mais c'est aussi l'œuvre profonde d'un penseur. II y a telle page, telle phrase de deux lignes qui ouvrent des perspectives infinies; le présent et le passé se commentent et s'éclairent l'un par l'autre, se servant réciproquement d'explication et d'enseignement. Pour écrire un livre pareil, la sagacité naturelle et l'élévation de l'esprit ne suffisent pas; il faut la connaissance intime et la pratique du mécanisme intérieur des événements; il faut avoir fait de l'histoire en action. L'auteur de la Vie de César était seul en état et en position de rendre ce service à la science. La postérité lui saura gré de l'avoir rendu et dédommagera son œuvre des injustices passagères qu'il a prévues et bravées.

Quant à moi. Sire, je remercie vivement Votre Majesté d'avoir bien voulu me comprendre parmi les premiers conviés à cette fête de l'esprit qu'Elie offre aux hommes de bonne volonté, et je La prie d'agréer encore une fois l'expression de profond respect et d'entier dévouement avec lesquels je suis

Son très-obéissant et très-fidèle sujet,

£. ÂUGIER.

Sire,

Paris, 27 févri.^r <8fiSi

Votre Majesté a daigné me faire adresser, comme un souvenir de sa part, un

exemplaire du premier volume de l'Histoire de César. Je La remercie du fonà de l'âme de cette marque de haute bienveillance.

SireiV'His vous appelez Napoléon III et vous êtes l'Empereur des Français... Il ne voiiv suffisait donc pas d'illustrer votre règne par les gloires de la guerre et par les merveilles de la paix ; il fallait encore, comme l'immortel fondateur de votre dynastie, vous illustrer par les travaux de l'esprit !... Nous saluons votre livre. Sire, comme un monument de cette infatigable activité et de ce génie patient et élevé que Dieu vous a donnés pour les grands desseins qui'il vous a confiés.

Je mets à vos pieds, Sire, avec l'expression de ma vive gratitude, l'assurance des sentiments de profond respect et de dévouement absolu avec lesquels je suis, de Votre Majesté, le. très-humble et très-fidèle serviteur et sujet.

QuEîiTiN Bauchârd,

Président du Conseil d'État.

Institut Impérial de France.

Académie des Beaux-àrts.

— r.,à, le 5 mars ISCS.

SlRE,

Votre Majesté a daigné ordonner qu'un exemplaire de ÏHistoire de Jules César me fût envoyé. Je prie Votre Majesté d'agréer l'expression de ma profonde gratitude pour un présent dont je sens tout l'éclat et le prix infini.

Une marque d'aussi haute bienveillance m'est doublement précieuse dans la situation où me place mon titre de secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts ; elle me prouve que Votre Majesté a discerné, avec son équité clairvoyante, les devoirs qui me sont imposés et les sentiments qui me sont personnels. Mon devoir est de défendre l'Académie, de prolester contre certains actes de l'Administration des Beaux-Arts, de subir les attaques inqualifiables des journaux qu'elle inspire, et de me tenir dans la retraite ; mes sentiments envers Votre Majesté n'ont point changé ; ils n'ont d'autre source que le dévouement et la reconnaissance.

Je suis, Sire, avec un profond respect, de Votre Majesté le très-obéissant sujet,

Beulé.

Storétaire perpétuel des Beaas-Art».

Sire,

Que Votre Majesté me permette de La remercier avec empressement du splendide présent qu'Elle a daigné me faire.

Je viens de parcourir ce livre, si profondément empreint de YOtre pensée, et j'ai un vif plaisir à relire ces belles pages, dont le souvenir est inséparable, pour moi, de la gracieuse hospitalité de Compiègne.

Il ne me siérait guère de louer ici le rare mérite de cette œuvre si substan-

tiette, s( méditée, si virile d'accent, et dans laquelle il me semble que Montesquieu a passé.

Mais, s'il est des situations si hautes qu'elles rendent la louange presque impossible, il n'en est pas qui interdisent à la reconnaissance de s'exprimer librement. C'est un devoir de cœur pour moi de remercier Votre Majesté, qui m'a donné une marque illustre de son bienveillant souvenir.

Je suis avec un profond respect, Sire, de Voire Majt'Sté le très-hurable et très-obéissant sujet,

E. Cako.

Prpfcsaeur à la Faculté des lettres de ParÀ Dimanclie, 16 février 186i,

Sire (1),

J'ai pensé que le plus sérieux hommage à une œuvre aussi considérable que celle dont Votre Majesté m'a fait présent, c'était d'y consacrer quelques jours de lecture continue et méditée, et que je serais facilement excusé du retard mis à mon remercîment, si ce retard avait pour motif unique le désir de faire une connaissance approfondie avec ce grand et beau travail. Je viens d'en achever la lecture et je m'empresse [de remercier Votre Majesté du grave et noble plaisir que je Lui ai dû.

11 me serait impossible (et pour cause, n'étant pas militaire) d'apprécier à sa juste valeur cette vaste exposition de la Guerre des Gaules d'après les Commentaires, qui remplit tout le troisième livre. Cependant, sans être du métier, on peut sentir, comme d'instinct, ce qu'il a fallu de persévérance et de sagacité pour arriver à ce résultat de reconstruction historique, si fortement liée dans les détails, si logique et si vraisembh.ble dans l'ensemble. On devine qu'il y a là, sur les points principaux, un établissement définitif qui portera la nom de l'historien, et que les parties les plus obscures de ce;:t; grande épo|)ée militaire, depuis la campagne contre les Helvètes jusqu'à la prise d'Alesia, sont devenues sous votre plume, aidée du compas, une véritable étude de précision.

(1) Celte lettre fut envoyée b M. Piélri avec la lettre ci-jointe : c Mon cueh MojisiEiE Piétei,

« Je recommande k votre obligeance la lettre ci-incluse, dans laquelle je remercie un peu longuement, je le « crains, TEmpercur de l'envoi qu'il a daigné me faire du second volume de l'Histoire de César. Je me sais « laissé aller it causer épislolairement, comme si, en ces temps politiques, l'Empereur avait le loisir de « m'écouter.

c J'aurais voulu en même temps vous demander un petit service. Je publie en ce moment un livre sut c la Philosophie de Gœthe. Bien que le sujet soit fort éloigné des études ordinaires et des préoccupa- « lions de Sa Majesté, les plus simples convenances me font une loi d'offrir mon livre à l'Empereur. Quelle c est la forme la plus simple, la plus élémentaire pour cela? C'est celle que je choisirai «i vous avez la « bonté de me l'indiquer, I Mille remorrtments d'avance et crovez-moi votre très-dévoué.

« E. CiRo, Professeur k la Faculté des lettres, ■ 20 rue Saint-Naur-Saint-Germûl.

t Dimanche, 20 mai. »

On admire l'art avec lequel, dans le quatrième livre, l'auteur présente dans vn double tableau, et comme dans un parallèle continu, les événements mili- : lires par lesquels grandissent au dehors, et Vidée romaine, et César, qui la ; ^présente, et d'autre part ces troubles sans cesse renaissants, dans lesquels f.ti consument les tristes restes de la liberté. Il y a là une impression générale, Jiabilement ménagée, et d'un effet presque irrésistible. La conclusion implicite ie cette double et parallèle exposition éclate dans ce rapprochement significatif : « A Rome, la vénalité et l'anarchie ; à l'armée, le dévouement et la (( gloire. Alors, comme à de certaines époques de notre révolution, on peut « dire que l'honneur national s'était réfugié sous les drapeaux. »

Et quand approche l'heure décisive, quand le dénouement s'entrevoit déjà, on y est comme préparé et secrètement incliné par cet habile constraste, si bien soutenu, entre les grandeurs militaires, où Rome revit tout entière, et Tanarchie intérieure, où elle se dévore et, ce qui est plus triste, où elle s'avilit.

Jamais le caractère de Pompée n'avait été retracé en traits plus énergiques et plus simples que là où l'historien, se plaçant dans l'hypothèse d'une victoire pompéienne, représente ce triste et faux grand homme, faible comme tous les vaniteux, instrument d'une aristocratie corrompue, cruel et vindicatif, pire que Sylla, s'il eût triomphé. César ne pouvait espérer une apologie plus habile, mieux disposée pour entraîner les esprits; et votre illustre client, Sire, doit vous savoir un gré infini, du fond de son immortalité.

En dépit de quelques analogies extérieures, plus on examine avec attention la peinture si précise que vous nous donnez de cette époque, plus on se rassure, Sire, en comparant ces temps violents et dépravés avec les nôtres.

L'impression que l'on relire de ce livre, ù mesure qu'on l'étudié plus à fond, c'est un sentiment de patriotisme énergique et délicat(car onaune patrie dans le temps comme dans l'espace) qui nous porte, au nom de notre siècle, à répudier tout rapprochement entre la société romaine et la nôtre. De pareils rapprochements ne sont justes ni pour les peuples ni pour les gouvernements modernes, et la conscience historique les condamne comme le sentiment moral les flétrit. L'auteur de YHistoire de César me paraît expliquer à merveille comment la société romaine a péri en perdant le sens de la justice et du droit, et j'ai recueilli un beau trait, jeté en passant dans ce livre, parmi beaucoup d'autres : « Rien n'indique davantage la décadence d'un société, que « la loi devenant machine de guerre à l'usage des différents partis, au lieu de « rester l'expression sincère des besoins généraux. » Que cela est juste et bien observé ! La société romaine était une démocratie matérialiste. La nôtre est une démocratie que spiritualisent la conscience du droit, l'amour d'une juste liberté, l'influence légitime de l'opinion, la plus tendre affection pour le peuple, l'espoir viril et lier du progrès, au lieu de ce sentiment de la décadence universelle qui dégradait l'âme des sociétés païennes, l'idée chrétienne enfin, qui est. comme le principe intérieur et secret de ces grandes choses et qui empêchera à tout jamais le retour de ces corruptions anliquts. Oui, nous valons mieux que les Romains et nous avons mérité mieux que des Césars.

Que Votre Majesté daigne me pardonner la longueur inaccoutumée de ce remei'oîment et agréer l'hommage respectueux de son très-humble serviteur et sujet.

É. Caro.

Professeur à la Facullé des lettr«^ 'le Paril.

Dimanche ssir, 20 mai 1866.

MinUtère de la liaison de l'Empereur et des Beaux-Arts.

Surintendance générale de> théâtres.

A SA MAJESTÉ L'EMPtKEUR.

Palais des Tuileries, le 8 mers 18C5.

Sire,

En daignant me comprendre parmi ses élus, l'auteur de la Yie de César m'a fait un honneur dont je suis infiniment heureux, et je supplie l'Empereur de permettre que je dépose à ses pieds mes très-humbles, très-vifs et très-sincères remercîments.

Le respect seul peut m'empècher d'y joindre l'hommage de mon admiration littéraire pour ce monument magnifique élevé par le second Auguste à la gloire du premier César.

Si depuis longtemps, Sire, rien ne peut plus augmenter mon dévouement pour l'Empereur, ma reconnaissance s'accroît encore envers Sa Majesté de ce nouveau témoignage d'une bienveillance qui est sans prix pour moi, et que je m'efforce de mériter chaque jour davantage.

Je suis heureux de me (lire, avec le plus profond respect. Sire, de Votre Majesté, le très-humble serviteur et très-fidèle sujet,

Camille Doucet.

Pari», le 1" mars <8CS.

Sire,

Je remercie Votre Majesté de l'honneur qu'Ella a daigné me faire en m'adressant le tome premier de son grand ouvrage :

VHistoire de Jules César par L. -Napoléon !

Quel rapprochement que celui de ces deux noms à dix-neuf siècles de distance ! — Quelle source féconde d'études et de réflexions dans la grandeur des faits, l'immensité des résultats, la variété des appréciations !

Cette lecture vient à propos pour distraire et relever un faible convahsccnt. — Et ce titre, qui exprime mon état, me rappelle encore toute la reconnaissance que je dois à Votre Majesté, pour l'iiUérét qu'elle a bien voulu prendre à ma santé et à mon rétablissement.

Mais, ce que je déplore le plus dans ma maladie, c'est son inopportunité.

Au moment où vont s'agiter les plus graves questions de ?ioire droit public, j'aurais voulu (si mes forces me l'avaient permis) donner à Votre Majesté une nouvelle preuve de mon profond dévouement à sa personne et à sa dynastie, en défendant avec vigueur et précision ces grandes maximes de gouvernement qui servent de fondement à l'indépendance iaïque de la France, et de rempart à ce pouvoir cwi/^con(ié à votre garde, et dont, sous votre règne, il doit être plus vrai que jamais de dire que V Empereur des Français ne relève que de Dieu (et non du prêtre) et de son épée, l'épée de Napoléon !...

J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect, Sire, dtj Votre Majesté, le très-obéissant et très-fidèle serviteur et sujet.

Le Procureur général Dupin.

Sire,

Le souvenir que Votre Majesté daigne m'adresser de sa main est un titre d'honneur inappréciable pour moi et pour mes enfants. L'empereur ne pouvait me donner un témoignage d'estime dont je fusse plus fier, une marque de bonté qui me fût plus sensible. Je Lui suis profondément reconnaissant de l'avoir pensé, et d'avoir pensé aussi que j'étais digne de comprendre et d'admirer un des premiers cette œuvre qui ne sera pas seulement l'honneur de l'histoire et des lettres. Elle laissera des traces plus profondes. Car élever les études historiques à celte hauteur, enlever le gouvernement des choses de ce monde au hasard, aux accidents, aux mesquines passions, pour le donner tout entier aux inspirations providentielles du génie, aux vues généreuses et aux vastes desseins des grandes âmes, ce n'est pas seulement ennoblir l'histoire, c'est ennoblir l'humanité.

Que Votre Majesté daigne agréer, Sire, avec l'expression de ma reconnaissance émue, celle de mon respect le plus profond et de mon plus absolu dévouement.

Octave Feuillet.

Paris, le i mars 1865

Sire,

Je viens demander une grâce à Votre Majesté :

Un exemplaire de V Histoire de César!

De Votre Majesté, Sire, le plus humble des critiques et des sujets.

Arsène HoussAYE. .^

483, avenue Friedland

La faveur dont Votre Majesté a daigné m'honorer par le don d'un exemplaire revêtu de votre signature me cause tant de joie et me pénètre d'une si profonde reconnaissance, que j'ose adresser à Votre Majesté elle-même mes

respectueux remercîments ; c'est l'héritage glorieux que je léguerai à ni famille ; la pensée que j'ai été jugé digne d'un pareil présent me fortifie et iH:" remplit de courage.

S'il m'est permis d'exprimer mon sincère sentiment sur cette grande œuvro, Sire, non-seulement elle répandra de hauts enseignements historiques et pbJlosophiciues, mais elle exercera encore une influence salutaire sur les lettres; noire littérature, entraînée vers l'affectation, semble tourmentée du désir de produire de l'effet ; elle cherche peut-être moins la justesse et la profondeur des idées que l'accumulation des images ; le style de la Vie de César, ce style où César reconnaîtrait sa netteté et sa précision, est bien propre à nous ramener au bon goût en montrant que le beau langage vient des fortes pensées.

Toute mon ambition serait de mériter ce témoignage de votre auguste bienveillance par un travail qui obtînt votre approbation. Je fais tout ce que je peux, en me désolant de ne pouvoir faire mieux, et, mille fois plus excité maintenant par la faveur que je reçois, je corrige et tâche d'arranger le moins mal possible une pièce en vers que j'ai achevée, que je lirai au Théâtre-Français au mois de mai, et que je suis bien honteux d'avoir due si longtemps k Votre Majesté.

Je suis avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté le très-humble cl liiJ;i-(Jt;voué seivileur.

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