BRUXELLES
Les anciens rédacteurs du journal La Fraternité vonl fonder à Bruxelles un journal intitulé Le Pilori, et dans lequel on se propose de déverser l'outrage sur les diverses personnalités qui servent l'Empire.
PARIS
Le mécontentement excité par la cherté du pain ne diminue pas, et il règne parmi nos ouvriers, parmi les femmes surtout, une inquiétude réelle. On recueille des lettres de menaces adressées à des boulangers, des affiches séditieuses apposées dans les faubourgs etj dans lesquelles on s'attaque à l'Empereur lui-même, des propos violents qui rappellent la disette de 1847.
Sans se rendre compte des conditions et des causes réelles de la cherté qui pèse en ce moment sur les subsistances, la masse regrette que la taxe du pain ait été supprimée; elle croit à l'agiotage et à des manœuvres qui auraient fait renchérir le blé.
Ces dispositions sont trop générales pour qu'il ne soit pas nécessaire de les signaler avec persistance ; elles sont exploitées avec trop de malignité poui qu'il n'y ait pas lieu de les surveiller avec une vigilance soutenue.
Divers correspondants assurent que les ouvriers se voient et se rassemblent pius souvent, et qu'il se glisse au milieu d'eux des agitateurs qui cherchent à les aigrir.
L'opposition espère qu'il sortira de là des désordres. Les journaux de pro-
vince annoncent mensongèreraeni des rassemblements, dont ils voudraient ainsi donner le signal.
a II y a des bornes à la patience parisienne, disait hier M. Brisson; on « croit le peuple des barricades mort ; il n'est qu'endormi : son réveil sera « celui du lion. Chez nous, les masses n'avancent que par soubresauts. »
L'incident du Crédit mobilier a ajouté à ce malaise et aux récriminations qui se produisent, et les articles de divers journaux à ce sujet ont soulevé de dcteslabies passions et amené les critiques les plus amères, qui ne s'arrêtent pas aux administrateurs de la caisse en péril.
,^nfln on se préoccupe des projets de Garibaldi. On croit à la connivence ou à l'impuissance du ministère italien, dont la dernière notification officielle n'a été connue que par les journaux de ce malin, et dès hier on lisait avec empressement la lettre de l'évêque d'Orléans, et l'on remarquait le rapprochement que fait le prélat de la fin tragique de Maximilien avec le sort qui menace la papauté.
Il a paru hier, dans une feuille hebdomadaire consacrée aux opérations financières, le Journal des Actionnaires, un bulletin politique qui a eu, à la Bourse et ailleurs, un retentissement des plus fâcheux.
On a vivement commenté cet article, dont l'audacieuse violence égale, si elle ne les dépasse, les attaques les plus injurieuses qui aient jamais été dirigées, sous un régime quelconque, contre les institutions du pays.
Après avoir fait le tableau le plus sombre de notre situation commerciale et déclaré que l'on n'a même pas eu « la triste excuse d'enrichir Paris en l'avi- « lissant, » l'auteur de l'article dit que notre dette flottante dépasse celle de 1848; que nos budgets se sont accrus d'un milliard en seize ans; que nos recettes ont cessé de progresser; que les budgets aes villes et ceux des particuliers ne sont pas moins obérés que celui de l'État.
a Le Mobilier succombe, ajoute-t-il ; la ruine frappe à toutes les portes, et « les désastres de Law sont dépassés. »
Quant à la situation même du pays, le journaliste montre la politique impériale « hautaine et provoquante à Auxerre, résignée et satisfaite dans les ciru culaires de M. de la Valette, toujours agissante et toujours imprévoyante. »
Passant à l'état intellectuel et moral de la France, l'écrivain signale l'infériorité de notre littérature, la dégradation de nos mœurs.
Il signale le socialisme devenu « un dogmatisme farouche, favorisé par « d'étranges connivences, » et il termine en demandant de quel droit un Gouvernement qui a accumulé tant de fautes, épuise et amoindrit le pays. « Prête tendrait-il garder à lui tout seul la direction de nos destinées? » (On joint à ce rapport l'article lui-même.)
Hier, vers cinq heures du soir, un train de voyageurs a déraillé sur la ligne de Vincennes, près des fortifications de Paris.
Deux voyageurs ont été grièvement blessés, huit ou dix autres ont reçu des contusions.
Le Préfet de poMce, J.-M. PlÉTRI.
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— PuU, 1« U leptembis 18ST.