‹ Papiers secrets et correspondance du second EmpireChapitre 112 sur 130 · ESPAGNE · texte numérisé non relu

ESPAGNE

L'insuccès de la dernière insurrection a de nouveau profondément divisé lus progressistes et les démocrates espagnols.

Ceux-ci reprochent au général Prim d'avoir été faible et incapable ; les progressistes, à leur tour, accusent Castelar, Martos, Orense et Olozaga lui» même d'avoir cherché à perdre le maréchal, dont la prédominance les offusquait.

■ Le chef catalan Valdrich, qui prolonge encore sa résistance, annonce qu'il va renoncer à la lutte pour ne pas compromettre inutilement la vie de ses compagnons.

Les progressistes approuvent cette résolution ; ils comptent sur les déclarations de Valdrich pour innocenter Prim qui justifie lui-même sa conduite dans une lettre à Olozaga, communiquée d'abord à Aguirre, à Beccrra, à Zorilla, à Rubio, etc.

La Martinière va tenter des démarches auprès de La Liberté et de L'Epoque pour y défendre la réputation du maréchal.

Celui-ci vit très-retiré à Genève, sous le nomdeGot; il affecte de cazhev sous les apparences de la résignation l'amertume dont il a le cœur rempli.

11 a repoussé les propositions qui lui venaient de divers corps de troupes offrant de s'insurger, et il a déclaré qu'il ne marcherait qu'après leur soulèvement.

Le Gouvernement belge a résolu de ne donner asile à aucun des insurgés espagnols.

PARIS

L'adresse en réponse au discours du grand-duc de Bade frappe visiblement l'opinion et fortifie les appréciations des nombreux nouvellistes qui annoncent que l'unification de l'Allemagne est dès aujourd'hui accomplie.

On s'occupe aussi beaucoup de la continuation des préparatifs qui se

feraient dans nos arsenaux et dans nos places de la frontiôre de l'Est, et l'on persiste à s'attendre à la guerre dans un avenir plus ou moins prochain.

De là cette stagnation des affaires, que relèvent avec tant d'amertume les feuilles de l'opposition exploitant la grève du milliard.

On ne se montre pas plus rassuré sur la crise alimentaire. Les boulangers annoncent une nouvelle hausse ; les placards séditieux et les inscriptions à la main se multiplient.

Les congrès de Malines, de Lausanne et de Genève ont fourni des enseignements propres à éclairer le pays lui-même sur ses intérêts les plus chers.

A. Malines dominaient des adversaires de l'Empire, qui critiquent amèrement la politique suivie vis-à-vis de Rome, et qui ont qualifié de tyrannique la défense de publier en France l'encyclique. Or, la pensée du congrès de Malines n'a été qu'une protestation contre l'encyclique. 0» a vu les chefs de ce mouvement contester eux-mêmes les doctrines du Souverain Pontife, essayer de limiter son autorité spirituelle et d'infirmer ses déclarations solennelles.

A Lausanne, on a professé le socialisme dans toutes ses exagérations, et l'on y a nié les droits du capital et ceux de la propriété foncière.

A Genève, enfin, les théories les plus anarchiques ont été préconisées. On y a proclamé l'athéisme et la République universelle.

Il pourrait être opportun de faire ressortir dans la presse les contradictions de Malines, les dangereuses erreurs de Lausanne, les détestables folies de Genève.

Le patriotisme a été bafoué dans cette dernière ville. M. Fermé, collaborateur du journal orléaniste Le Temps, a demandé que le drapeau français fût enlevé ; un professeur agrégé de notre École de médecine, M. Naquet, que ce rapport a plusieurs fois signalé, a proposé de flétrir la mémoire de l'empereur Napoléon F.

Les révolutionnaires eux-mêmes s'attendent à la répression de ces scandales, et il importerait de démasquer la tactique des orléanistes, qui ont organisé le congrès dont Le Temps a pris l'initiative, et celle de M. J. Favre, qui, dans une lettre des plus vives, avait adhéré par avance aux résolutions de l'assemblée. ,

L'odieux de ces saturnales doit peser sur le parti qui les a provoquées, et dont les prétentions menacent l'ordre social lui-même.

On ne s'occupe guère, à la Bourse, que des affaires du Crédit mobilier et de l'appui prêté par la Banque à celte institution.

Il est difficile d'imaginer le débordement d'attaques dirigées contre MM. Pereire.

L'esprit de parti se mêle aux rancunes et aux jalousies personnelles, et l'on déblatère à la fois contre ces financiers et contre le gouvernement, qui les soutiendrait. On espérait la chute du Crédit mobilier et le contre-coup qui en résulterait parmi les petits capitalistes compromis et dans les entreprises engagées par cette seciélé.

On prétend que, lorsque le capital en a été doublé, les fonds des premiers actionnaires étaient absorbés par des dettes qui auraient dévoré une partie des capitaux provenant de l'émission nouvelle. On affirme que des dividendes fictifs et exagérés étaient payés sur le fonds social lui-même ; que l'on a ainsi trompé le public et déterminé une plus-value mensongère, au moyen de laquelle les administrateurs se seraient démesurément enrichis.

à. ce sujet, on réveille d'autres souvenirs, tels que celui des obligations mexicaines et des pagarès espagnols.

On accuse le syndicat des banquiers Pinard, Fould et compagnie, d'avoir gagné 15 millions sur la première émissiou des obligations mexicaines, et 4 millions sur les pagarès, alors que les actionnaires eux-mêmes avaient moins de iO raillions sur la première opération, et 210,000 francs à peine sur la seconde, et que les souscripteurs ont à peu près perdu leur mise.

Le Préfet de Police,

J.-M. PlÉTRI.

DU FRÉFET Efe FOLICfi.

— Paris, le 22 septembre {SC7.

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