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Extrait d'une lettre de M. de Persigny.
Il prévoit la chute de l'Empire.
Cbainarande, 43 décembre 1867.
Sire,
Je prie Votre Majesté de lire cette lettre avec attention...
(Quatre pages in-S» sur un projet de loi sur la presse, puis cette appréciation de la situation générale de l'Empire h la fin de 1867.)
Et maintenant, Sire, que j'ai fini ce sujet, je n'y reviendrai pas, car, je favoue, je n'ai plus la liberté d'esprit nécessaire pour traiter des sujets relativement secondaires en présence des grosses questions qui s'agitent aujourd'hui, quand l'Empire semble crouler de toutes parts ; quand cette lutte acharnée, implacable, que vous font ceux qui, sous prétexte d'établir le régime parlementaire, ont juré votre perte, se poursuit de succès en succès ; quand enfin chaque victoire oratoire de vos ministres est une défaite pour Votre Majesté. J'ai suivi les derniers débats; j'ai vu d'un côté la haine la plus atroce, et quelque chose encore de plus que la haine, s'attaquant à vous, et à vous seul : le ton, le gest(% tout ti-uUiisait aux yeux de tous une pensée implacable; et de l'autre, votre Gouveriit ment, forcé peut-être à celte attitude par la situation des choses, s'inciinant devant vos ennemis, demandant humblement à des adversaires acharnés de retirer leurs interpellations, abandonnant d'un trait toute la politique suivie depuis quatorze ans, entre l'extrême droite et l'extrême gauche; enfin, faisant d'un acte énergique, d'une victoire de Votre Majesté, l'occasion d'un triomphe pour vos ennemis. Et maintenant, entre ce qui n'est plus l'Empire et ce qui n'est pas encore le régime parlementaire, faut-il s'étonner du désarroi public et du trouble des esprits? Pour moi, je le répèle, je n'ai plus le courage de poursuivre des études abstraites au milieu d'une pareille anarchie morale. Si Votre Majesté ne voit pas le mal, à quoi bon faire des plans d'amélioration pour une maison qui brûle, et, si elle le voit, pourquoi s'isoler de ses plus dévoués serviteurs? pourquoi ne mettre personne dans la confidence de ses préoccupations, afin de rechercher le moyen de changer cet état de choses ?
Je suis avec respect. Sire, de Votre Majesté le très-humble et très-dévoué serviteur et fidèle sujet.
Peusigny.
Napoléon était depuis longtemps averti du danger que pouvait faire courir à la France une Allemagne unitiée et organisée nwlitaireraent entre les mains delà Prusse. La lettre
qui suit, stressée par la reine de Hollande à M. d'André lors de la guerre de 1Rfi6, se trouvait dans les papiers de M. Conti. La note mise en t(';te est de lYciilitre de Napoléon.
Copie d'une lettre de la Reine de Hollande à M. d'André.
U juillet {866.
Vous VOUS faites d'étranges illusions! Votre prestige a plus diminué dans cette dernière quinzaine qu'il n'a diminué pendant toute la durée du règne. Vous permettez de détruire les faibles; vous laissez grandir outre mesure l'insolence et la brutalité de votre plus proche voisin ; vous acceptez un cadeau, et vous ne savez pas même adresser une bonne parole à celui qui vous le fait. Je regrette que vous me croyiez intéressée à la question et que vous ne voyiez pas le funeste danger d'une puissante Allemagne et(Vnne puissante Italie. C'est la dynastie qui est menacée, et c'est elle qui en subira les suites. Je le dis parce que telle est la vérité, que vous reconnaîtrez trop tard. Ne croyez pas que le malheur qui m'accable dans le désastre de ma patrie me rende injuste ou méfiante. La Vénétie cédée, il fallait secourir l'Autriche, marcher sur le Rhin, imposer vos conditions ! Laisser égorger l'Autriche, c'est plus qu'un crime, c'est une faute. Peut-être est-ce ma dernière lettre. Cependant je croirais manquer à une ancienne et sérieuse amitié si je ne disais une dernière fois iovte la vérité. Je ne pense pas qu'elle soit écoutée, mais je veux pouvoir me répéter un jour que j'ai tout fait pour prévenir la ruine de ce qui m'avait Inspiré tant de foi et tant d'affection.
Cette lettre est, comme on voit, écrite pendant la guerre de Bohème et au lendemain de la cession de la Vénétie à la France.
Projet d'annexion de la Belgique.
(Sans date.)
Si la France se place hardiment sur le terrain des nationalités, il importe d'établir, dès à présent, qu'il n'existe pas une nationalité belge et de lixer ce point essentiel avec la Prusse. Le cabinet de Berlin semblant d'autre part disposé à entrer avec la France dans les arrangements qu'il peut convenir à la France de prendre avec lui, il y aurait lieu de*négocier un acte secret qui engagerait les deux parties. Sans prétendre que cet acte fût une garantie parfaitement sûre, il aurait le double avantage de compromettre la Prusse et d'être en même temps pour elle un gage de la sincérité de la politique ou des intentions de l'Empereur. Il convient de ne pas se dissimuler, quand on connaît le caractère du roi de Prusse et celui de son premier ministre, que les derniers incidents diplomatiques, comme les dispositions actnelles du sentiment public
en France, ont dû les ralTorniir dans la conviction qne nous n'avons pas renoncé à revendiquer la frontière du Rhin. Pour être certain de trouver à Berlin une confiance qui est nécessaire au maintien d'une entente intime, nous devons nous employer à dissiper les appréhensions qu'y a toujours entretenues cette éventualité, appréhensions qui ont été réveillées et même surexcitées par nos dernières communications. Ce résultat ne peut être obtenu par des paroles, il faut un acte, et celui qui consisterait à régler le sort ultérieur de la Belgique de concert avec la Prusse, en prouvant à Berlin que l'Empereur cherche décidément ailleurs que sur le Rhin l'extension nécessaire à la France depuis les événements dont l'Allemagne vient d'être le théâtre, nous vaudra du moins une certitude relative que le gouvernement prussien ne mettra pas d'obstacle à notre agrandissement dans le Nord. .
Dans la première édition des Pnpiers, cette note était donnée comme écrite par M. Conli, sous la dictée de l'Empereur.
Le secrétaire de Napoléon III protesta contre cette attribution dans une lettre au Journal de Bruxelles, en date du 6 octobre 1870, déj'a citée à propos de la lettre Jecker.
« La note relative à la Belgique, que l'on prétend m'avoir été dictée par l'Empereur, y disait-il, ne peut être de mon écriture ; jamais Sa Majesté n'a dicté un'e note semblable. Le papier sans date et sans signature dont on a fait tant de bruit est très-probablement un de ces nombreux mémoires comme il en arrivait au cabinet, tous les jours et de toutes mains, sur des questions de politique intérieure, extérieure, financière, commerciale, etc. Avec un peu de bonne foi, il eût été facile de s'en convaincre.
Après un nouvel et minutieux examen, la Commission a en effet reconnu que cette note n'était pas de la main de M. Conti. Mais à part la satisfaction de prendre en défaut des littérateurs peu experts en écritures privées, la rectiQcation est de peu d'importance.
Depuis la première divulgation, dans le Times du 23 juillet 1870, du projet d'annexion transmis de Berlin, remontant au printemps de 1867, et écrit tout cnîi^r par le comte Benedetti, sur le papier même de l'ambassade française, les vues du second empire sur la Belgique ont eu assez de publicité.
Les pièces diplomatiques relatives à cette intrigue ont même été réunies en brochure par l'historiographe attitré du gouvernement belge, M. Théodore Juste : Napoléon lll et la Belgique. — Le Traité secret d'après des documents nouveaux: in-S", Bruxelles, 1 870. Merzbach, éditeur.
vn.
Dopêche à Napoléon.
(Signature autographe.)
Nous pubherons par la suite la correspondance télégraphique relative à la présente guerre. La dépêche suivante nous montre Napoléon commandant toujours, malgré ses échecs successifs et son ignorance militaire, en maintenant, malgré la pression de l'opinion et malgré hs avis, le général de Failly à la tête de son corps.
A Paris, comme à Châlons, la conviction absolue est que le général de Faill'
n'a pas été à la hauteur du commandement qui lui a été confié. Le Conseil .supplie l'Empereur de prendre une résolution nécessaire, quoique pénible.
Je vous fais savoir que le jïénéral Wimpfen est mandé pour un commandement de coips d'armée à Paris. Vous pourriez, si vous en aviez besoin, l'appeler près de vous.
EUGËNlfi.
(Sans data.)
vm.
Note trouvée dans un carnet-agenda de 1865.
La ndtc est de la main de M. Conti, secrétaire de l'Empereur, qui tenait registre des paroles de Sa Majesté. Il est nécessaire de faire remarquer que Charras n'a succombé çue le 23 janvier, mais sa mort avait été annoncée le 16 par les journaux.
47 janvier. Mardi, S. Antoine.
Nouvelle de la mort du colonel Charras.
Cestun grand dcharras.
Mot dit sans doute pour être répété.
Charras était également détesté de Napoléon III et de ses complices.
Avant sa fameuse Histoire de la campagne de 181 o, il avait publié à DrUxelles des biographies de Saint-Arnaud, Magnan, Castellane, Espinasse, Caiirobert, de Côtte, avec cette épigraphe de Corneille :
Dn tas d'hommes perdus de dettes et de erimes, Que pressaient de nos lois lus ordres lëgilimcs»
' Note sur l'organisation de la presse en vue des élections.
La pièce qu'on va lire a été rédigée par un des chefs de bureau du '.îinistère de l'intérieur, division de la presse. Quoiqu'elle soit un peu longue, nous la reproduisons in extenso parce qu'elle donne une idée exacte de la façon dont le Gouvernement impérial maniait le suffrage universel et préparait l'opinion à l'aide des journaux subventionnés.
8 avril 18C9.
L'organisation de la presse en vue des élections générales n'a pu être commencée véritablement qu'il y a un peu plus de deux mois. Le temps était court et la tfjche urgente. Le Ministre pourra s'en convaincre par leâ chilTres et les faits qui Voiit être placés sous ses yeux.
La l fiche était urgente, surtout dans les départements; on n'avait, sauf dans un nombre restreint de cas, rien préparé en vue de la publicité électorale, ni dans les préfectures, ni dans le bureau spécial du Ministère, tandis que
l'opposition, par un jeu contraire, poursuivait des efforts vraiment extraordinaires pour la meilleure organisation ou la création de journaux hostiles. I! fallait avant tout réorganiser le bureau de la presse départementale lui-même. Le rapport ci-joint de Jl. le chef du bureau de la presse départementale explique le détail des progrès accomplis. Ils se résument ainsi:
i» Transformation de la section de lecture et d'examen des journaux ; introduction d'un système de lecture comparatif des journaux de l'opposition et du gouvernement par un seul et même lecteur, de façon à pouvoir suivre exactement les phases de la lutte politique par département ; relevé quotidien de tous les faits électoraux, professions de foi, etc., qui peuvent intéresser le bureau spécialement chargé des élections.
Ce travail est communiqué chaque jour à M. Fleury après avoir passe sous les yeux de M. le Directeur général, et on y joint toutes les pièces nécessaires ; il donne lieu en même temps à un correspondance active avec les préfets au point de vue des rectiflcations et des communiqués.
2° Création de toutes pièces d'une section de publicité départementale.
Un certain nombre de rédacteurs y préparent chaque jour une série de correspondances, des cadres d'articles, d'ins|)irytions diverses, de renseignements, etc. On peut dire que, dans celte section, les résultats ont presque dépassé les espérances. Uh fait obtenu récemment en donnera la portée. L'insertion et le commentaire de !a Lettre à un électeur, dans plus de quatrevingts journaux, ont été réalisés en moins de trois jours. Le Ministre est, dès à présent, en mesure de provoquer telle publication ou telle polémique qui lui conviendra et partout où il lui conviendra, dans un délai très-court et selon un ensemble déterminé de cent cinquante journaux au moins.
La réorganisation accomplie au Miiiistère de l'intérieur ne pouvait avoir d'eCQcacilé que si elle était accompagnée d'une transformation correspondante dans les journaux mêmes des départements, que si on lui assurait un point de jonction et d'impulsion en même temps que des conditions de propagande suffisantes.
Cette transformation devait s'opérer par le ^concours des préfets. Chacun de ces fonctionnaires ayant dans son déjiartement la direction et la responsabilité des élections, le rôle du service de la presse élait nettement tracé: provoquer l'attention de chaque préfet avec insistance sur la situation relative des organes du Gouvernement et do l'opposition ; lui signaler les points faibles et lui demander quelles mesures lui semblaient propjcs à pourvoir aux lacunes ; mettre à sa disposition et les hommes et les ressources nécessaires, cela dans les limites du budget.
C'est ce plan même qui est en cours d'exécution et dont on soumet en ce moment les résultats au Ministre.
Un chiffre préalablement exposé commentera avec force l'absolue nécessité d'agir rapidement et vigoureusement qui s'impose à l'administration.
Depuis le i" janvier 1869, c'est-à-dire depuis le jour où l'apprOche des élections a fait sentir à l'opposition la nécessité de contre-balancer l'influence des journaux attachés aux préfectures, elle a fondé dans les départements.
snns compter les impriineiics siu'ci.iles au nombre do qnnlnrzo, qimranlesix journaux nouveaux, tous cm's en vue de la polémique, véritables armes do guerre maniées avec une grande résolution et souvent une extrême violence. i:n outre, elle a réorganisé ia plupart de ceux qui existaient déjù.
Il est vrai que, malgré ces chilïros considérables, la supériorité numérique des fouilles dévouées n'en reste pas moins écrasante (cent quatre-vingts journaux de plus), mais c'est une supériorité de nombre plutôt que de force.
La presse gouvernementale en province compte une foule de journaux d'annonces, d'agriculture, de faits locaux, excellents en temps ordinaire dans leur rôle d'utilité négative, suffisant en somme aux besoins des populations et fermant l'accès aux journaux de parti. Mais ce ne sont pas là des auxiliaires électoraux. Les feuilles mêmes qui s'occupent de politique sont rarement militantes. Leur caractère officieux, leurs relations plus ou moins avouées avec la préfecture leur ont imposé et appris la réserve. La rédaction en est trèssouvent incomplète, quelquefois même tout h fait nulle, et cette insuffisance s'accroît encore en présence de l'attitude agressive et de l'activité électorale que les candidats et les comités de l'opposition impriment à leurs feuilles soit anciennes, soit de récente formation.
Pour combler ces lacunes, on a procédé méthodiquement. Un dossier a été fait pour chatiue département. Le préfet a été consiilté sur toutes les questions d'ensemble et de détail; on a contrôlé ses réponses avec les renseignements fournis par les informations du bureau, les déclarations des députés et la lecture quotidienne de la presse locale.
Tous ces dossiers sont en ordre et complets, et le service est en mesure (k présenter au Ministre, à toute réquisition, \si situation de la presse dans chaque département.
A la suite de ces correspondances, il a été adopté quatre ordres de mesures variant d'après les circonscriptions :
1° Subventions destinées à assurer soit l'existence, soit le dévouement des journaux;
2° Subventions destinées à accroître leur publicité, c'est-à-dire à envoyer des numéros gratuits pendant la période électorale, pour contre-balancer le même système que l'opposition a adopté dans une large proportion ;
5° Subventions destinées à renforcer la rédaction au moyen de l'adjonction de rédacteurs nouveaux ;
4° Choix et envoi de rédacteurs, soit anx frais des candidats, soit à ceux des propriétaires des journaux.
Ce système, qui répond aux exigences de la situation signalée par les préfets, a immédiatement reçu un commencement d'application proportionnel a:.'x ressources dont disposait le service.
Pour ménager le plus possible ces ressources, une entente a été établie avec les préfets, les propriétaires de journaux, les députés et les candidats. Grâce aux saci'itices qu'on a obtenus d'eux et à quelques légères subvention? prélevées sur la réserve de 50,000 francs, on a pu assurer dans les départements la réorganisation de vingt-sept journaux et renforcer leur rédaction
avec trente-trois écrivains envoyés de Paris. Un tableau ci-annexé donne ie détail de ces résultats. Ce tableau a ceci de remarquable que le Bas-Rhin (9,000 francs), la Côte-d'Or (6,000 francs) et les Bouches-du-Rhône (5,000 francs) ont absorbé à eux trois 20,000 francs sur les 54,000 francs dépensés.
Les vingt-quatre autres journaux ont donc été pourvus avec 14,000 francs seulement, plus le concours des députés et des candidats.
Mais sur d'autres points, où les exigences à satisfaire étaient plus grandes et où elles rendaient inévitable la participation de l'Administration, il reste un grand nombre de besoins en souffrance auxquels il est urgent de pourvoir. Tel est le but de la présente note. Avant d'engager les dernières réserves, on a cru devoir laisser en suspens les demandes qui arrivaient de toutes parts, pour les réunir toutes, après un examen minutieux, dans un état collectif que l'on a l'honneur de placer sous les yeux du Ministre. Cet état présente à la fois un exposé complet de la situation de la presse départementale et, en résumant les résultats constatés, signale les besoins à satisfaire.
L'examen de ce tableau indique donc une dépense de 94,100 francs, à laquelle il faut ajouter une somme éventuelle pour les réserves faites par certains dépaitements et les imprévus inévitables.
Il reste donc disponible sur le premier crédit de 50,000 francs une somme de 13,920 francs. En accordant un crédit nouveau de 100,000 francs au budget de la presse départementale, il restera, pour faire face aux besoins qui se révéleront, un excédant de 21,820 francs, chiffre qui n'offre évidemment rien d'exagéré.
Il n'existe pas, dès lors, un seul département dont la situation n'ait été l'objet d'un examen minutieux, où les propositions du préfet n'aient été provoquées, et où tout, ou du moins la portion acceptable de ces propositions, n'ait reçu satisfaction.