Â. FOULD
A gauche, à Tangle de la lettre, cette note, écrite à l'encre : heçu le'iL décembre I80I, à 6 heures du soir. Le secrétaire de la direction (signature illisible). Et, au bas de la note, le timbre de l'imprimerie nationale en noir : Imprimerie nationale. Direction.
L'enveloppe qui contenait cette lettre porte : '2 décembre 1831. Lettre dcMM. Rouher Cl Fould. On a écrit au crayon, il droite, ce ïûot incxiiUcable ; Complou
I O </5 L O^ ^ tO
■73 -na o .£ ^ c: lO = •/.?= =». « «^
=^•5 = 3 «O — ÎTÎ
oj 5 cr — (ïi — F^
Ç; 2 co a
ea
xt
In
ni
Pk
s " -S.™ rt .22 . 3 « « « .C •— « 3 <a S -X "' « •—
.« ce — >.^ S ^ a o
t. u) 5 3 Ou s S
es w aj 2 03 .S s a .S > .tï
<MaS.2o.Cs-s"3
. .2 ^ s iS '^ « "S S? -^ i2
♦J ,co rt c CJ o*-c; -^ n> ,^ aj t> rt "O
^■^ U = "J .^ — 3 3 ' r 3 s en 3 ■« o (
« 3iX> t-
Plan de roman de la main de l'Emperenr.
M. Benoît, honnête épicier de la rue de la Lune, était parti en 1847 pour ^'Amérique. Après avoir voyagé dans les contrées qui s'étendent depuis i'Hudson jusqu'au Mississipi, il revint en France en avril 1868, ayant passé près de dix-neuf ans hors de son pays. Il avait recueilli les lointains échos de tout ce qui s'était passé en France depuis 1848, sans se rendre bien compte des changements survenus. Quelques réfugiés français lui avaient dit que la France gémissait sous le despotisme et qu'il allait revoir bien avilie et bien appauvrie la patrie qu'il avait quittée si florissante du temps de Louis-Philippe. Notre ami Benoît arrive donc à Brest dans le paquebot transatlantique. 11 arrive dans la rade plein de préjugés, de regrets et d'appréhension : « Quels sont donc » ces vaisseaux tout noirs, si laids en comparaison des beaux vaisseaux à » voile que j'avais laissés? » demande-t-il au premier marin qu'il rencontre. » Mais ce sont des vaisseaux cuirassés, l'invention de l'Empereur. Revêtus de » fer, ils sont à l'abri du boulet, et cette transformation a détruit jusqu'à un « certain point la suprématie sur mer de l'Angleterre. — C'est possible, mais » je regrette nos vieux bâtiments avec leurs mâts et leurs voiles poétiques (1).»
Il voit, vers la mairie, la foule se porter aux élections. Étonnement du suffrage universel.
Étonnement des chemins de fer qui sillonnent la France ; du télégraphe électrique.
Arrivée à Paris; embellissement. L'octroi porté aux foriifications.
Il veut acheter des objets, qui sont meilleur marché, grâce au traité de commerce. Le fer moitié moins cher, etc.
Il croit qu'il y a beaucoup d'écrivains en prison. Erreur.
Point d'émeutes ; point de détenus politiques; point d'exilés.
Point de détentions préventives.
Accélération des procès.
La marque supprimée.
La mert civile supprimée.
La caisse pour la vieillesse.
Les aziles (sic) de YincenneSk
Les coalitions.
Police de roulage détruite.
Réglementations abolies.
Service militaire allégé, solde augmentée, médaille instituée, retraite anumentée.
Réserve augmentant la force de l'armée.
Fonds pour les prêtres infirmes.
{<) En marge, en face de cette deinicrephïMB . Pane partt etifprimtt.
— iS8 -.
Contrainte par corps.
Courtiers : un marchand qui envoyait nn commis veiidre ou acheter des
marchandises était arrèié.
Les conseils généraux.
Lettre de l'Impératrice à l'Empereur.
(Voy«g«en Épjpto.)
Sur le nil, li bord de Clmpératriu, il octobre 4869,
Mon bien cher Loris,
Je t'écris en route sur Assouan, sur le Nil. Te dire que nous avons frais ne serait pas absolument la vérité, mais la chaleur est fort supportable, car il y a de l'air, mais au soleil c'est autre chose ! d'ailleurs par télégraphe je te dis l'état de l'atmosphère. J'ai de tes nouvelles et celles de Louis tous les jours par télégraphe, c'est merveilleux et bien doux pour moi puisque je suis toujours tenue à la rive amie par ce fil qui me rattache à toutes mes affections.
Je suis dans le ravissement de notre charmant voyage et je voudrais t'en faire la description, mais tant d'autres plus savants et plus charmants conteurs que moi ont entrepris cette œuvre qu'il me semble que dans l'admiration muette je dois m'enfermer.
J'étais bien tourmentée de la journée d'hier et de le savoir à Paris sans moi ; mais tout s'est bien passé k ce que je vois par ta dépêche. Quand on voit les autres peuples on juge et apprécie bien plus l'injustice du nôtre. Je pense malgré tout, qu'il ne faut pas se décourager et ma''cher dans la voie que tu as inauguré [sic), la bonne foi dans les concessions données comme du reste on le pense et dis {sic), est une bonne chose, j'espère donc que ton discours sera dans ce sens, plus on aura besoin de force plus tard, et plus il est nécessaire de prouver au pays qu'on à {sic) des idées et non des expédients. — Je suis bien loin et bien ignorante des choses depuis mon départ pour parler ainsi, mais je suis intimement convaincue que la suite dans les idées c'est la véritable force, je n'aime pas les àcoups {sic) et je suis persuadée qu'on ne fait pas deux fois dans le même règne des coups d'État, je parle à tort et à travers car je prêche un converti qui en sait plus long que moi. Mais il faut bien dire quelques choses ne fut-ce {sic) que pour prouver ce que tu sais, que mon cœur est près de vous deux, et si dans les jours de calme mon esprit vagabond aime à se promener dans les espaces c'est près de vous deux que j'aime à être les jours de soucis et d'inquiétude.
Loin des hommes et des choses on respire un calme qui fait du bien et, par un effort d'imagination, je me figure que tout va bien puisque je ne sais rien. .\iiMise4oi, je crois indispensable la distractien, il faut se refaire un moral
comme on se refait une constitution affaiblie, et une idée constante finie (sic) p9r user te cerveau le mieux organisé. J'en ai fait l'expérience, et de tout ce qui dans ma vie a terni les belles couleurs de mes illusions je ne veux plus en entretenir le souvenir ,ma vie est finie, mais je revis dans mon fils et je crois que ce sont les vraies joies, celles qui traverseront son cœur pour venir au mien.
En attendant je joui {sie) de mon voyage, des couchés (sic) du soleil, de cette nature sauvage cultivée sur les rives dans une largeur de 50 mettres (sic), et, derrière le désert avec ses dunes et le tout éclairé par un soleil ardent.
Au revoir et crois à l'amitié de ta toute dévouée,
Eugénie.
Lvn.
Voici un document assez énigmatique, duquel néanmoins il st^mble résulter que le baron Jérôme David exerçait sur ses collègues une sorte de surveillance. Au profit de qui? Faut-il voir la l'explication des sommes considérables touchées à plusieurs reprises par le baron David sur la cassette impériale ?
Paris, 31 novembre 1869.
Mon cher Conti,
Voici la liste des députés qui ont paru à la salle des conférences pendant ces derniers temps :
Sénéca, député de la Somme, Rolle, député de la Côte-d'Or.
Keller, député du Haut-Rhin.
Calmètes, député des Pyrénées-Orientales.
Boduin, député du Nord.
Général Dautheville, député de l'Ardèche. Ferdinand David, député des Deux-Sèvres.
DoUfus, député de Lot-et-Garonne.
Aylies, député du Gers.
Du Mirai, député du Puy-de-Dôme.
Deseilligny, député de l'Aveyron.
Dugué de la Fauconnerie, député de l'Orne, Chadenet, député de la Meuse.
Roulleaux-Dugage, député de l'Hérault.
Josseau, député de Seine-et-Marne.
Kolb-Bernard, député du Nord.
Monier de la Sizeranne, député de la Drômr Richard, député de Seine-et-Oise.
Germain, député de l'Ain.
Lefèvre-Pontalis, député de Seine-et-Oi«e.
Cesserai, député de la Somme.
Baron Mercier, député de la Mayenne.
Choque, député du Nord.
Malézieux, député de l'Aisne.
Comte d'Aguesvives, député de la Haute-Garonne.
Girou de Buzareingues, député de l'Aveyron.
Pinard, député du Nord.
Comte de Chambrun, député de la Lozère.
Belmontet, député de Tarn-et-Garonne.
Général Lebrelon, député d'Eure-et-Loir.
Ilamoir, député du Nord.
Je vous remercie de la lettre obligeante que vous avez bien voulu m'écrire de la part de l'Empereur ; il n'est pas un seul de mes actes qui ne soit inspiré par la pensée de servir utilement Sa Majesté, que j'aime de tout mon cœur.
Recevez, mon cher Conli, l'assurance de ma considération parfaite et de mes sentiments afifectueux et dévoués.
Baron Jérôme David.
Les députés ne reviendront à Paris que vers la fin de la semaine; il est fort possible que, parmi ceux qui ont paru à la salle des conférences, il y en ait qui se soient absentés de nouveau.
Lvm.
Lettre du général Ducrot au général Frossard .
Cette lettre du général Ducrot a été trouvée dans les papiers du général Frossard. bile dit nettement, cruellement, vivement, au gouverneur du prince impérial, la vérité entière. Les conseillers de Napoléon ne pouvaient pas dire qu'ils n'étaient point renseignés.
Strubour;;, %i octobre 18C8.
Mon cher Général,
Je vous envoie le résumé de mes longues et intéressantes conversations avec M. de D... Je me suis attaché à rendre scrupuleusement ses pensées et ses appréciations, sans commentaires ni amplificalions. Vous me dites dans votre dernière lettre que vous avez lieu de penser que M. de D... se laisse quelque peu emporter par sa haine contre la Prusse... Non, non, ne croyez pas cela. M. de D... est un homme de soixante-six ans; il a un jugement trop sûr, une trop grande expérience des hommes et des choses pour se laisser aveugler par la passion ; mais il a des oreilles pour entendre, des yeux pour voir et tout le bon sens nécessaire pour tirer de justes conclusions de tout ce qu'il voit et entend. De plus, il a assez de caractère pour ne pas se laisser
aveugler par la peur, cette détestable conseillère, qui a fait et fera faire encore tant de sottises! Tout ce que je vois et entends moi-même corrobore trop bieit les appréciations de M. deD... pour qu'il me reste un doute sur l'exactitude de ses renseignements et la justesse de ses vues.
Je viens de voir, il y a quelques instants, M™* la comtesse de Pourtalès, qui arrive de Berlin. Jusqu'à ce jour, je l'avais toujours trouvée d'un optimisme qui m'irritait. Prussienne par son mari, elle était en admiration perpétuelle devant tous les actes de M. de Bismark, du roi Guillaume et de tous ses Prussiens ; elle prétendait que rien ne pouvait motiver une guerre entre la France et la Prusse, que nous étions faits pour nous entendre et nous aimer. Bref, son langage était une variante poétique des discours Rouher et des circulaires La Valette. Or, voilà que cette adorable comtesse me déclare qu'elle revient de Berlin la mort dans l'âme, que la guerre est inévitable, qu'elle ne peut manquer d'éclater au premier jour, que les Prussiens sont si bien préparés, si habilement dirigés, qu'ils sont assurés du succès.
« Eh quoi ! lui ai-je dit, vous embouchez la trompette de Bellone juste au » moment où de tous côtés l'on ne parle que des intentions pacifiques de nos » bons voisins, de la salutaire terreur que nous leur inspirons, du désir de » Bismark d'éviter tout prétexte de conflits, lorsque nous renvoyons tous nos » soldats dans leurs foyers, et qu'il est même question d'une réduction des » cadres, à tel point que je m'apprête à aller au premier jour planter mes » choux en Nivernais.
— » Oh ! général, s'est-elle écriée, c'est ce qu'il y a d'affreux. Ces gens-là » nous trompent indignement et comptent bien noUs surprendre désarmés... » Oui, le mot d'ordre est donné : en public, on parle de paix, du désir de » vivre en bonnes relations avec nous; mais lorsque, dans l'intimité, l'on cause » avec tous ces gens de l'entourage du roi, ils prennent un air narquois, vous » disent : Est-ce que vous croyez à tout cela ? Ne voyez-vous pas que les » événements marchent à grands pas, que rien désormais ne saurait conjurer » le dénoûment?... Ils se moquent indignement de notre gouvernement, de » notre armée, de notre garde mobile, de nos ministres, de l'Empereur, de » l'Impératrice, prétendent qu'avant peu la France sera une seconde Espagne ! » Enfin, croiriez-vous que le ministre de la maison du roi, M. de Schleinitz, » a osé me dire qu'avant dix-huit mois notre Alsace serait à la Prusse ! Et si » vous saviez quels énormes préparatifs se font de tous côtés, avec quelle » ardeur ils travaillent pour transformer et fusionner les armées des États e récemment annexés, quelle confiance dans tous les rangs de la société et de » l'armée !... Oh! en vérité, général, je reviens navrée, pleine de trouble et » de craintes. Oui, j'en suis certaine maintenant, rien, non, rien ne peut con- » jurer la guerre, et quelle guerre ! »
M"" de Pourtalès sera probablement à Compiègne dans quelques jours, et par conséquent vous pourrez avoir le plaisir d'entendre ses doléances et ses récits effrayants.
Pour faire pendant au propos de M. de Schleinitz relatif à l'Alsace, je citerai un mot de M. le général de Moltke sur le même sujet. Ce grand général cau<
- il* -
sàtt aveo un Badois qui occupe une àss^i iiaiité position àins soii pâ^ ; ce personnage lui assurait que la population du grand-dùche' était généralement peu sympathique aux Prussiens et très-opposée aux projets d'annexion. « En B vérité, dit M. de Moltke, c'est incompréhensible, car ces gens-là devraient » comprendre que leur avenir est entre nos mains, que bientôt nous pour- » rons leur faire ou beaucoup de bien ou beaucoup de mal, lorsque nous » serons en mesure de disposer de l'Alsace, et cela ne saurait tarder ; en la » réunissant au grand-duché de Bade, nous pourrons former une superbe V province comprise entre les Vosges et la Forêt-Noire, traversée dans toute » sa longueur par un beau fleuve, et, à coup sûr, aucun pays au monde ne » se trouvera dans des conditions pareilles de bien-être et de prospérité... »
Et vous voulez qu'en présence de pareilles l'odomontades, de si insolentes prétentions trop hautement affirmées, je feste calme et patient! En vérité, il ne faudrait plus avoir dans les veines une goutte de vieux sang gaulois !,.. Je l'avoue donc, je vis dans un état perinanerit dPexa'spéraiion ; j'éprouve la rage que doit ressentir un homme qui, Voulant sauver un noyé, rencontre une résistance volontaire et se sent prêt à sombfer avec celui qu'il veut sauver...
Vous voyant vous impatientei' en lisant ces lignes, je serais volontiers tenté de m'écrier comme Thémistocle : « Frappe, mais écoute ! »
Croyez, mon cher général, à Tassarance de mes sentiments les plus affectueux et les plus dévoués.
Général A. Ducrot.
P. S. Un mot, pour terminer, qui peint assez bien la situation ; il est d'un diplomate fort bien en cour et certainement en position d'être parfaitement informé: « En vérité, écrivait dernièrement le prince de M..., l'on dirait que » nous marchons avec des jambes en coton sur des œufs, comme si nous 9 avions peur de les casser, s
Lettre du général Ducrot au général Frossard sur les préparatifs de la Prusse en 1869.
Struboarg, le SI jUTier 1869.