‹ Papiers secrets et correspondance du second EmpireChapitre 76 sur 130 · LETTRE DU PRINCE NAPOLÉON A LA REINE SOPHIE · texte numérisé non relu

LETTRE DU PRINCE NAPOLÉON A LA REINE SOPHIE

(Sous le couvert de M. Helfferick à la Haye.)

Dimanche, H février. Pêrrier t868.

Chère Sophie, j'ai reçu votre lettre du 5. Je devais partir hier : des affaires m'ont retenu, et jusqu'au dernier jour j'ai eu des ennuis ; je pars ce soir. On se conduit vis-à-vis de moi aussi mal que possible ; je n'ai aucune illusion à me faire ; on ne pardonne pas à un homme d'aimer la liberté. Tout est noir ici : croyez-moi, cela ne peut durer ainsi, .l'en suis fort triste. Rien n'y fait, personne n'est écouté. On court à sa perte ! et à la perte du pays !

.Te ne sais si je me plairai en Italie; j'essayerai. Paris et la position que j'y ai me sont fort désagréables ! Les discussions à la Chambre des députés seront vives et feront mauvais effet. Il y a irritation, malveillance et anarchie partout.

C'est mon fils aîné qui a été souffrant; il va bien.

Croyez- vous sérieusement que la Prusse et l'Autriche se brouillent? Je crois bien que Bismark le veut; mais que représente ce ministre? quelle force

a-t-il? Détesté par les libéraux, peu soutenu par le parti de la Croix, auquel les ofllciers de l'armée appartiennent, il sera lâché par le roi, qui aura peur; je ne crois donc pas qu'il faille faire fond sur M. Bismark. Il a fait des avances à l'Italie : je n'y crois pas du tout, du tout. Je sais que ce n'est pas l'avis df notre ambassadeur à Berlin, M. Bencdelti.

Je ne me souviens pas de M. Carutti; je crois qu'il a été sous-secrétair^ d'État aux affaires étrangères.

Adieu, chère amie. Écrivez-moi à Hubaine, à Paris.

Guérie de 1866.— Lettre du prince Napoléon (Jérôme) à l'Empereur.

Il se plaint, au nom de Victor-Emmanuel, que les affaires d'Italie soient traitées eu dehors du roi, et que l'Empereur continue à se taire sur ses desseins.

Sire,

J'ai communiqué à mon beau-père ce que Votre ajesté m'a écrit. Je crois, comme je vous l'ai dit hier soir, à de l'exagération de la part de Gramont elkpeu de sincérité de la part de l'empereur d'Autriche, dont le but évident est de séparer l'Italie de la Prusse pour en venir à bout séparément. C'est dans ce but qu'il laisse entrevoir la Vénétie, qu'il ne cédera pas, ou à des conditions impossibles ; mais, en attendant, il aura gagné du temps, ce qui est tout en politique et à la guerre. Il espère affaiblir ses ennemis en les rendant hésitants ; c'est bien là le but de la politique autrichienne.

Le roi de Prusse est faible, indécis, mais non traître ; du reste, cela se vewa par sa conduite. Votre Majesté verrait- elle de l'inconvénient à ce que le roi d'Italie provoque une explication du roi de Prusse sur ce que l'empereur d'Autriche a dit?

D'après les dépêches d'Italie, il est clair qu'ils y sont très-inquiets : ils sa» vent la mission de Gramont par le bruit public ; le roi désire la connaître, et Votre Majesté ne lui dit rien; il est tourmenté de voir les affaires d'Italie traitées en dehors de lui sans qu'il en soit informé ; de là ses demandes pressantes. Le langage des personnes influentes de votre gouvernement n'est pas fait pour rassurer l'Italie, étant tout à fait favorable à l'Autriche. M. de Goltz m'en a parlé hier soir. Le roi d'Italie, ne sachant rien, doit craindre que la France ne veuille lui faire abandonner l'alliance prussienne pour un mirage yénition garanti par rien ; votre silence sur la réponse de l'Autriche surtout, l'inquiète. Je ne puis l'éclairer, ne sachant rien moi-même sur cette réponse. Je le lui ai écrit en transmettant textuellement la réponse confidentielle de Votre Majesté, qui ne contient pas un mot de ce qu'elle traite sur l'Italie à Vienne. JNigra écrit au général Lamarmora qu'il est dans la même ignorance;

ils ne veulent \>aà le croire, à Florence. Les ténèbres ne peuvent qu'agiter le gouvernement italien et avoir de graves conséquences.

Veuillez agréer, Sire, l'hommage du profond et respectueux attachement avec lequel je suis, de Votre Majesté, le très-dévoué cousin,

Napoléon (Jérôme).

Paris, Palais-Royal, ce 12 juin 18C6.

Lettres du prince Jérôme Napoléon A l'Empereur.

Le prince Napoléon écrit à son cousin pour lui rcconimunder, dans la première de ces lettres M. Ernest Renan, et dans la seconde M. Emile de Girardin. Celle dernière lettre a été trouvée incomplète. Il s'agit évidemment, dans la première, des Questions «ontempor aines de M. Reuan, dont la préface fit quelque bruit.

SlRK,

Vous serez peut-être étonné de recevoir celle lettre, quand vous verrez surtout qu'elle ne vous parle ni de politique, ni d'affaires personnelles, ni de demandes. M. Renan est mon ami : c'est un esprit très-supérieur : je le vois souvent et nous causons philosophie. Il publie un recueil de divers articles, et je l'ai engagé à y joindre une préface résumant ses idées sur les sujets les plus élevés. C'est cette préface que je vous envoie et pour laquelle je vous demande une demi-heure. Je ne partage pas toutes les idées de M. Renan, mais une grande ■partie. Je crois que vous ne regretterez pas cette lecture. Laissezmoi espérer qu'elle vous donnera quelques instants d'intérêt et de hautes réflexions : voilà mon seul but. Je m'adresse beaucoup plus à l'homme, au penseur, qu'au souverain ; après tout, il doit rester sous le manteau de pourpre un cœur et sous la couronne une tête; j'en suis bien certain et je n'ai pu résister à ce désir de vous faire lire ces lignes. Si cela vous ennuie, pardonnez-moi, et surtout ne vous trompez pas sur le mobile bien simple qui m'a fait vous faire cette communication.

Veuillez agréer. Sire, l'hommage du profond et respectueux attachement avec lequel je suis, de Votre iMajesté, le très-dévoué cousin,

Napoléon (Jérôme).

Sire,

J'ai l'honneur d'envoyer à Votre Majesté :

1° Un projet de sénatus-coubulie pour lequel je demande votre autorisation de renvoi au Conseil d'État. Il s'agit de rendre exécutoire à la Réunion la loi

sur les mines.

2» Une concession d'établissement thermal en Algérie. Cette concession a

été approuvée par le Conseil d'État.

"îfi Une lettre de mon cousin le marcyiis Pepoli, de Bologne, qui m'a prié de la faire parvenir directement à Votre Majesté.

Je crois que l'Empereur doit être satisfait de l'effet produit sur l'opinion publique par un décret sur la suppression du gouverneur général à Alger et la nomination du général Mac-Mahon. Je les vois approuver par ceux qui veulent de grandes réformes aussi bien que par ceux qui sont plus craintifs.

Je vais envoyer à l'Empereur le rapport et le projet de décret sur les attributions des généraux et préfets : c'est un travail qui demande un peu de temps et d'étude. Ce qui me préoccupe, c'est le choix à soumettre à Votre Majesté des préfets d'Alger et de Constantine, ces fonctions étant vacantes. Les hommes pour appliquer un nouveau système et le faire réussir me paraissent peut-être plus importants encore que les institutions, les lettres et arrêtés. Le préfet d'Alger surtout a une belle mission ; il aura une grande part dans le développement à donner à la ville, dont l'administralion municipale offre peu de ressources. L'Algérie sera la plus belle conquête du second Empire. Mon ambition serait, pour répondre à votre confiance, de donner assez de développement à cette conquête pour que dans quelques années vous puissiez nommer votre fils roi d'Algérie, sans que ce soit un vain titre. Le développement de la ville doit donner beaucoup d'éclat au nouveau gouvernement. Je voudrais y faire faire une belle promenade, des docks, de beaux établissements, de grandes rues, un monument pour la statue de l'Empereur, et en un mot tout ce qui peut frapper l'imagination, être utile et donner une grande idée de la France et de l'Empereur. Il faut pour cela y faire arriver les capitaux priv-és. Un administrateur habile, ferme, persévérant, voyant les affaires de haut sans s'embarrasser des détails, poursuivant notre but, est indispensable. J'ai une idée que personne ne soupçonne et sur laquelle je viens prendre vos ordres, quelque bizarre et singulière qu'elle puisse vous paraître. C'est de nommer M. Emile de Girardin à cette place; sans l'avoir consulté, je crois qu'il accepterait. Sa ténacité, ses talents, son dévouement, sur lequel vous pouvez, je crois, compter, sa fortune, la position de sa femme, son amour de l'étude, le rendent propre à ces fonctions, s'il veut les accepter. Politiquement, c'est un déclassé; il est détesté des républicains; s'il accepte, il est plus que compromis et ne pourra que vous servir. De plus, ce que ses idées politiques pourraient avoir d'effrayant sont sans inconvénient en Algérie. Il a beaucoup de ressource dans l'esprit; c'est un ami des mauvais jours, qui au fond aime et admire l'Empereur, qui est très-ambitieux et a la rage de faire quelque chose. Sa femme est gentille; il a 80,000 livres de rentes, dépensera et représentera bien. En un mot, je crois qu'il pourra faire beaucoup de bien et aucun mal. Même ce qui paraîtra étrange et inattendu n'est pas un inconvénient. Je réponds de ses bonnes relations avec le général de Mac-Mahon; il a un caractère très-liant et souple avec les hommes, de bonnes manières.

Quel danger pcul-il y avoir? Si vous en êtes mécontent, vous puuirez tou-

jours le révoquer, et d'avoir été préfet d'Alger ne le grandira pas beaucoup et n'eu fera pas un homme dangereux ; au contraire, il sera compromis avec nous sans retour. Je crois avoir assez d'influence personnelle

(La &a de la lettre manque et n'a malbeureusemeut pas été retrouvée.)

Liste des décorations du Prince impérial.

Autriche Saint- Etienne de Hongrie.

Bavière Saint-Hubert.

Belgique , Léopold.

Danemark Éléphant.

Deux-Siciles Saint-Ferdinand.

Espagne Toison d'or.

France Légion d'honneur et Médaille.

Grèce Sauveur.

Honduras Santa-Rosa.

Mexique Aigle.

Monaco Saint-Charles.

Pays-Bas Lion.

„ , , j TouretÉpée.

P«""^^l i Saint-Benoît d'Avis.

I Aigle noir.

Saint-André.

Saint-Ale.xandre.

Russie { Sainte-Anne.

Saint-Stanislas.

Aigle blanc.

Saint-Marin • . . . . Ordre de Saiiil-.uarin.

Sardaigne Annonciade.

Saxe-Weimar Faucon blanc.

Suède Séraphins.

Tunis Nicham.

Turquie Osmanie.

Wurtemberg. Mai 1870. , Couronne.

^'■"^^^ ' Aigle rouge

Lxxxvm.

Lettres de M. Magne sur les titres de noblesse.

L'idée de relever l'ancienne aristocratie et de fonder une nouvelle noblesse a préoc-

cupé Napoléon ill autant que Napoléon I". Ces deux prétendus défenseurs de la dcmocralie française ont passé leur vie à essayer de restaurer l'ancien régime dans ce qu'il avait de plus suranné. Quant à Napoléon I*'", la preuve n'est plus à faire; il suffit de lire le Bulletin des lois du prÊinier Empire (1). En ce qui concerne Napoléon III, nous pourrions reproduire ici jusqu'à quatre mémoires savamment élaborés par les fortes lêtes du second Empire, les Baroche, les Delangle, etc., etc. Mais ce serait une lecture fastidieuse. Nous nous en tiendrons aux lettres suivantes de M. Magne, qui aboutissent aux mêmes conclusions. Tous ces bourgeois, fonctionnaires parvenus, rêvaient une espèce d'aristocratie bureaucratique qui aurait éternisé les charges entre les mains de quelques familles. Les idées approuvées par M. Magne ne sont qu'un premier échelon : titres nobiliaires attachés hiérarchiquement à certaines fonctions civiles et militaires et transraissibles par voie d'hérédité. Un mémoire que nous avons sous les yeux va plus loin. L'auteur estime qu'il serait possible, une fois que l'habitude aurait consacré cette première rélonne, de rétablir les majorais pour la nouvelle noblesse administrative.

Montaigne, le 18 novembre 4863.

La question des titres sera peut-être traitée devant Votre Majesté pendant le congé qu'elle a eu la bonté de m'accorder pour la triste cause que je lui ai fait connaître. Comme il est juste que, sur un sujet aussi grave, chacun ail la responsabilité de son opinion, je demande à Votre Majesté la permission de lui dire les motifs de celle que j'ai exprimée dans la réunion préparatoire du Conseil privé. ,

Il faut d'abord bien poser la question. É

(1) Ajoutons que la note suivante, copiée sur un autographe de la main de Napoléon I", a été traurée, dans les papiers de Napoléon III, au milieu des documents sur !a noblesse auxquels nous faismis allusion. Cette organMation d'une féodalité arithmétique mérite assurément de passer sous les yeux du public.

/iuiographe écrit en entier de la main de l'Empereur . (Politique.)

DCCS.

Il faut 30 maisons & Paris qui s'élèvent avec te thr6ne (sic)é:, il faut )uur donner oOO,000 argent OU bons de )a caisse pour p.iyer la maison et au moins 100,000 d« rentes. 15,000,000

60 maisons qui aient maison \ Paris ou dans le* chefs-lieaz de départements; il faut qu'ils airni 10,000 Irancs de rentes au moins, et 300,000 pour payer la maison.

iOO barons ayant au moins S, 000 de rentes.

•j.non 000 (Noms illi.sibles : t/4 des 30 noms, 1/1-2 des GO. Suivent quritre feuilles d'ébauches couvertes de chiffres ralufées, et quelques noms.)

Vour copie conforme et collationnée :

Turin, le 18 norembre 1834.

L'attaché !i la Légation impériale, Signé : H. DE FAVERNET.

S'agît-11 de savoir s'il est juste, s'il est utile, s'il est politique, dans une société comme la nôtre, de rétablir les titres de noblesse?

Non; cette question fondamentale a été résolue.

Le Gouvernement provisoire les avait radicalement abolis, sans distinguer entre le passé et l'avenir (décret du 29 février 1848).

Votre Majesté, pendant la dictature, les a relevés d'une manière tout aussi générale (décret du 24 janvier 1852).

Mais ce qui est plus décisif encore, c'est que l'article du Code pénal de 1 81 0, qui punissait l'usurpation des titres et qui avait été abrogé en 1832, a été remis en vigueur, après un renvoi favorable du Sénat, par la loi du 7 mai 1858.

Enfin, le conseil du sceau, destiné à mettre en œuvre l'institution des titres et qui en avait suivi les vicissitudes, a été rétabli par le décret du 8 janvier 1858, et est en pleines fonctions.

Si je rappelle ces faits à Votre Majesté, c'est pour montrer que sur la question des titres en eux-mêmes tout est réglé : le principe, la sanction, la procédure. Le souverain, le Sénat, le Corps législatif se sont prononcés.

Les considérations d'un ordre si élevé, rappelées et développées dans le rapport de la Commission du Sénat, ont reçu la consécration la plus complète, autant que cela pouvait dépendre de la loi et des décrets.

Ainsi donc, deux faits sont acquis et hors de toute discussion :

D'une part, les titres de noblesse sont rétablis ; leur valeur sociale est reconnue et protégée par la loi ; ils constituent pour ceux qui les possèdent, non seulement une distinction, mais une sorte de fortune, d'un prix réel, ayant cours à peu près partout; au fond, très-appréciés, très-recherchés dans le milieu même qui affecte le plus de les dédaigner.

D'autre part, la loi a placé dans les mains du souverain, qui peut en user à sa volonté, une force considérable, un moyen puissant de récompense et d'émulation. Ce moyen repose,ldit-on, sur la vanité; mais, tant que ce sentiment sera, comme l'a si bien dit le Premier Consul, un des grands mobiles de l'humanité, le souverain qui négligerait de le faire tourner à son profit et au profit de l'État perdrait un de ses avantages.

Aujourd'hui donc, le débat ne peut plus rouler sur des questions de principe. C'est une affaire de conduite.

Il faut se demander :

Si la loi et les décrets qui ont rétabli les titres ont été exécutés jusqu'ici d'après leur véritable esprit ;

S'il serait utile et politique de changer de voie, et quel serait le meilleur moyen.

Si ce qu'on dit est vrai, le rétablissement des titres n'aurait guère profité jusqu'ici, sauf quelques rares et glorieuses exceptions :

1° Qu'aux anciennes familles nobles, dont les titres ont reçu, de la loi nouvelle qui les protège, une plus grande valeur ;

2<> A quelques autres familles dont la position douteuse a été régularisée ;

3° Aux descendants des serviteurs du premier Empire, qui ont été dispensés de la condition du majorai ;

*• Enfin, à quelques individualités qu'on suppose, certainement à tort, avoir obtenu cette faveur autant par leurs sollicitations que par leurs litres.

Reconnaître les anciens services dans la personne des descendants est une pensée élevée et juste. La France est une. Le temps ne lui fait pas oublier ceux qui l'ont illustrée; c'est un sentiment plus général et plus profond qu'on ne suppose. Il a la même origine que celui qui fait respecter l'hérédité de la propriété. De même qu'on trouve juste que la propriété, qui est l'accuraulatioB du travail de l'homme, passe à ses enfants, de même on trouve juste que l'ac-curaulation d'honneur, fruit d'une vie dévouée et utile à l'État, honneur qui est aussi une propriété, ne s'éteigne pas avec celui qui l'a acquise, mais qu'elle passe à sa postérité. D'ailleurs, le souvenir des services rendus, la gloire qui en résulte, ne sont pas seulement un patrimoine de famille, c'est un patrimoine national ; en le respectant dans les mains de ceux qui en sont les dépositaires naturels, la nation sait qu'elle défend son bien.

Aussi, lorsque l'Empereur, par son décret du 24 janvier 1852, rétablit les titres, il ne rencontra aucune protestation ; ce décret fut considéré, au contraire, comme l'une des mesures par lesquelles le nouveau gouvernement entendait remettre la pyramide sur sa base.

Mais, de bonne foi, cette mesure n'aurait-elle pas rencontré les plus vives répugnances, s'il avait été décidé qu'elle ne proOterait sensiblement qu'aux anciens services, et consacrerait une sorte de privilège au profit des anciennes familles, pour la plupart hostiles au nouvel ordre de choses? Cette infériorité attribuée aux nouveaux services rendus à l'État, par comparaison avec les anciens aurait frappé l'opinion par son côté injuste et impolitique.

Eh bien ! cette injustice n'est pas, tant s'en faut, dans l'esprit de la loi et des décrets dont j'ai parlé ; il s'agit d'empêcher que, par une sorte de pratique et d'habitude, elle ne finisse par s'introduire définitivement dans les faits.

Quelle est la meilleure marche à suivre pour parvenir à ce but? Tel est; suivant moi, dans l'état actuel de la question, le seul point véritablement discutable.

Or, je suis persuadé que procéder par catégories de fonctions, suivant l'exemple des anciens gouvernements et de l'Empire, est ce qu'il y a de mieux.

On a dit que ce serait aller contre les tendances de l'opinion publique. Il faut distinguer. Certainement il y a une fraction du public qui est l'ennemi irréconciliable de toute inégalité, de toute supériorité, de toute hérédité : c'est celte fraction qui demande l'abolition de la propriété; qui, en 1848, voulait supprimer la Légion d'honneur, et qui, ces jours derniers encore, dans le congrès de Liège, parlait de passer sur les têtes le niveau égalitaire de la République. Évidemment ce n'est pas à cette fraction qu'il faut songera plaire. Le gouvernement s'honore en lui résistant; en rétablissant les titres il savait bien qu'il la froissait.

Dans les autres classes de la société, les sentiments sont fout difFérents. D'où vient la valeur incontestable des titres, si ce n'est de l'opinion publique? Il ne faut pas s'arrêter aux dénigrements superficiels, qui au fond cachent

bien plus d'envie que de répugnance. Lorsqu'en 1848 les titres furent supprimés, c'était bien le moment pour l'opinion publique de se prononcer. Eh bien! ce qui est certain, c'est qu'elle ne ratifia jamais cette décision; cai jamais dans le monde et dans les salons les titres de marquis, de comte, de baron n'avaient été annoncés avec plus d'éclat que sous fa République.

D'ailleurs, le meilleur moyen de ména^^er l'opinion, c'est de procéder par catégories et d'attacher le titre aux fonctions. Si quelque chose irrite l'envie, ce sont les distinctions qui portent directement sur des noms propres. Une mesure générale créant des titres comme conséquence de fonctions auxquelles tout le monde peut prétendre, est tout à fait dans l'esprit du gouvernement, à la fois monarchique et démocratique de l'Empire.

Je suis, avec le plus profond respect. Sire, de Voire Majesté, le très-humble et tj'ès-lidèle serviteur. P. Magne.

Paris, le 23 uov«mbre 18CS.

Sire ,

Je sais que dans les discussions de la nature de celle qui, jeudi dernier, a divisé le Conseil privé, on peut facilement supposer aux uns le désir des distinctions et aux autres la recherche de la popularité, et jeter ainsi du doute sur la sincérité des opinions.

Un mot que j'ai entendu, et auquel je n'ai pas d'abord assez pris garde, m'oblige, en ce qui me concerne, à protester énergiquement contre toute supposition semblable.

Parti du plus bas, arrivé au plus haut de l'échelle, par le travail, la conduite et l'inépuisable bienveillance de Votre Majesté, je n'éprouve absolument aucun besoin de distinctions nouvelles. Votre Majesté, qui depuis quinze ans me voit à l'œuvre, peut me rendre celte justice que personne, dans son gouvernement, ne fuit plus que moi le bruit, l'éclat, les intrigues, les réclames de toute espèce. Je me contente de servir de mon mieux et, je le déclare, un mot de satisfaction de Votre Majesté est, à mes yeux, la plus haute des récompenses, celle qui m'a toujours fait le plus de joie. Je puis transmettre à mes enfants plusieurs lettres de Votre Majesté, qui, pour un plébéien comme moi, ainsi que pour eux, valent mieux que tous les parchemins de noblesse.

En parlant comme je l'ai fait l'autre jour, j'étais donc parfaitement indépendant et linre de toute préoccupation personnelle. Je n'étais déterniiné que par mon dévouement et par les deux raisons principales que voici :

Le gouvernement de Votre Majesté est un gouvernement vionar chique, héréditaire et démocratique. Ces trois principes se sont yianifestés avec évidence dans son origine. C'est eux qui ont inspiré le peuple en masse lorsqu'il s'est porté vers l'héritier légitime de Napoléon I'-% de préférence à tout autre. L'idée de monarchiii, l'idée d'hérédité, l'idée dcmocraiique sont l'essence et la valeur du gouvernement actuel.

Eh bien ! de là, suivant moi, doivent dériver ses devoirs tî ses tendances, car ce n'est qu'en perdant de vue leur ori^^ine que les gouvernements ont le plus de chances de s'égarer. ^

Or, comme monarchie héréditaire, le gouvernement ne doit pas, à l'exemple de Louis-Philippe, s'entourer d'institutions républicaines, dont la nature est ,^ d'être viagères. Ce défaut de logique contenait le germe du conflit qui a ren- \versé l'établissement de juillet. Une monarchie héréditaire doit s'entourer, ^ autant que possible, d'institutions participant de son propre caractère, et pouvant survivre, comme elle, à la suite des générations. Une monarchie qui, • par son principe, se distingue et s'isole de tout ce qui l'entoure ; qui fait contraste avec toutes les autres institutions du pays ; qui veut avoir pour elle seule le privilège de la durée, peut, à un moment donné, se trouver bien seule et bien faible.

Le gouvernement actuel aurait d'autant plus de tort de se conduire ainsi, que l'institution dont il s'agit existe ; qu'elle est, quoi qu'on en dise, acceptée et même singulièrement appréciée; que le gouvernement lui-même la protège et la fait valoir, et qu'en définitive la seule question à résoudre est de savoir s'il doit ou non la faire tourner à son profit.

Comme monarchie démocratique, le gouvernement ne doit pas admettre les privilèges, et il doit, quand il les rencontre, les supprimer.

Or, il existe aujourd'hui, au profit de certaines familles, qui ont servi les anciens gouvernements, un privilège injuste, criant, et d'autant plus intolérable qu'il n'est pas créé par des lois, mais par le fait même du gouvernement actuel. Ce privilège ne peut cesser que de deux manières : ou par l'abolition radica'e des titres, comme l'avait fait l'Assemblée constituante : alors l'égalité rentrerait dans les rangs de la société ; ou par une institution qui les rende accessibles à tous, comme avait fait Napoléon I", à l'exemple des anciennes monarchies.

Car je prie l'Empereur de vouloir bien remarquer que rien n'est moins démocratique que ce qui existe aujourd'hui. C'est l'aristocratie du passé. Eh bien ! faire cesser cela, ouvrir les rangs, comme on l'a fait pour la Légion d'honneur, à lous les mérites signalés, attacher les titres à certaines fonctions qui supposent de longs services rendus au pays, mais auxquels,, par le travail, le courage, le talent, le fils de l'ouvrier sans fortune peut parvenir tout aussi bien que le fils du millionnaire ou du grand seigneur, n'est-ce pas détruire un privilège, n'est-ce pas se placer en pleine démocratie? j'entends parler de la bonne.

Telles sont les raisons qui ont déterminé mon avis.

Pour ma part, je suis convaincu que si, dans une lettre adressée par l'Empereur au Garde des sceaux, pour lui ordonner de préparer un décret, Sa Majesté exposait, avec la hauteur de raison et de style qui la caractérise, les idées si élevées et si justes contenues dans l'exposé de M, de Persigny; si elle déclarait que son intention est non d'établir, mais de détruire un privilège; d'entrer dans la véritable voie de l'égalité, en rendant les titres accessibles à tous; d'écarter toute idée de faveur personnelle ou de sollicitation en les attachant à certaines fonctions ou à certains grades de la Légion d'honneur qui sont le fruit de services rendus au pays ;

Je suis persuadé, dis-je, qu'un tel passe-port les ferait accepter, parce qu'il

existe dans l'opinion un fond de justice et de logique auquel l'Empereur ne s'est jamais adressé en vain.

Le succès serait plus sûr encore, si Sa Majesté commençait par déclarer qu elle s'est fait rendre compte des travaux du conseil des sceaux ; qu'elle a Youl'i connaître les résultats des lois nouvelles concernant les titres ; qu'elle o'est convaincue qu'il en résultait un véritable privilège au profit des serviteurs des anciens gouvernements et des anciennes familles ; que ceci est contraire aux principes de l'égalité et ne pouvait entrer dans l'esprit de son gouvernement . que. s'il est juste et patriotique d'honorer les services rendus au pays et d'en transmettre le souvenir, comme exemple et moyen d'émulation, il ne faut pas en faire un privilège au profit du passé, mais en rendre l'accès possible à loutes les classes, etc., etc.

.Je suis avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le très-humble et très-obéissant serviteur.

P. Magne.

Note sur l'étiquette à observer avec la veîhe ViôtôPia.

L'ex-empereur a toujours été très-préoccupé des questions d'étiquette. En toute occasion :i s'enquérait des précédents, qu'il faisait rechercher tant dans l'histoire de l'ancienne monarchie que dans celle de Napoléon I". En voici une preuve flagrante, intitulée : Note sur Véhguelte à observer avec la reine Victoria.

Voyage de la reine de la Grande-Bretagne en France.

3aoûtl8£>S.

On n'a pas d'autre exemple du voyage d'un souverain de l'Angleterre en France que celui du roi Henri VIII, qui s'est rencontré avec François P' au camp du Drap d'or.

Calais et Guines n'appartenaient plus à la France à cette époque. Le roi François P- était allé à Montreuil pour y passer les fêtes de Pâques, quand le roi Henri VIII débarqua à Calais et se rendit à Guines avec la reine d'Angleterre. François I" n'alla pas au-devant de Henri VIII ; il alla seulement s'établir à Ardres.

jQ roi d'Angleterre lui envoya une ambassade ; le roi de France en envoya une au roi d'Angleterre, puis des visites furent échangées. Ce fut le roi Henri VIII qui fil la première.

Cette rencontre au camp du Drap d'or n'offre aucun rapprochement qui puisse devenir utile dans la circonstance présente et fournir, de près ou de loin, quelque indication pour le cérémonial à observer.

Recherchons des exemples modernes.

Au mois d'août 1845, la reine Victoria voulut, accorapagrK^e de son époux, visiter le berceau du prince Albert et faire une visite au cliàteau de Cobourg.

Elle devait nalurellement passer par les provinces rhénanes de la Prusse, mais elle ne se proposait pas de visiter Berlin. On avait alors des inquiétudes politiques dans la capitale de la Prusse, et le roi, voulant aller au-devant de la reine d'Angleterre, s'écartait avec peine de Berlin. Il se mit cependant en route pour les provinces rhénanes et se rendit en compagnie de la reine de Prusse et de la princesse de Prusse, au château de Stolzenfels, situé près du Rhin, et qui servait de résidence iiabituelle au prince de Prusse.

Il ordonna que, dès son entrée sur le territoire prussien, la reine Victoria fût fêtée, et il consacra pour tous les frais de celte réception quatre cent mille thalers.

La reine s'était mise en route avec lord Aberdeen, son ministre des affaires étrangères, lord Liverpool, lady Gainsborough et lady Canning.

Le 10 août, elle était à Bruhl et reçut une fête dans le château.

Le H, elle arrivait à Aix-la-Chapelle.

C'est là que le roi de Prusse vint au-devant d'elle, au débarcadère. Il était, ainsi que toute l'assistance, è l'exception des aides de camp, en habit civil.

Le roi conduisit sur-le-champ la reine d'Angleterre au château de Stolzenfels, où elle fut traitée avec splendeur et ne demeura que trois jours.

Il est â remarquer que cette reine eut, dans cette réception, le vif déplaisir de voir son mari traité en simple prince de troisième classe et ne jouissant que de l'Altesse. Cette étiquette lui fut particulièrement odieuse, et elle eut beaucoup de peine à ne pas le faire sentir au roi son hôte.

Le roi n'a pas reconduit la reine Victoria; il s'est rendu sur-le-champ à Berlin, dont la fermentation était menaçante.

On peut citer encore la rencontre de l'empereur Nicolas avec le jeune empereur d'Autriche, en septembre 1853.

L'empereur François-Joseph, quelles que fussent les obligations de l'Autriche envers la Russie, n'alla point au-devant de l'empereur Nicolas. Il se \orna à l'aller rejoindre à Olmiitz, où cekii-ci s'était arrêté ; mais il le reconduisit d'Olmùtz jusqu'à la frontière des États autrichiens.

Ces deux rencontres ne donnent pas des enseignements bien nets pour la circonstance qui se prépare. La France est d'ailleurs, en matière de courtoisie, habituée plutôt à donner des exemples qu'à en recevoir.

Jusqu'où l'Empereur ira-t-il au-devant de la reine de la Grande-Bretagne, si Sa Majesté y va en personne?

Ou bien l'Empereur attendra-t-il la reine à Saint-Cloud, se bornant à faire recevoir cette princesse au port de débarquement par S. A. I. Me' le Prince Napoléon, qui serait chargé de la convoyer à Saint-Cloud?

D'un côté, il est à remarquer que le prince Albert, qui est venu au devant de l'Empereur et de l'Impératrice, n'est pas roi ; il n'est qu'Altesse Royale, il n'est que le mari de la reine.

En outre, la reine d'Angleterre ne s'est pas approchée de sa capitale, bien que la présence de notre Impératrice, dont la dignité, si elle n'osl pas souve-

raine, est bien supérieure à celle du prince Albert, eût pu lui conseiller d'ajouter à la politesse du cérémonial qui avait été adopté sur ce point.

Âfais, d'un autre côté, ce n'est point d'une visite politique qu'il s'agit, mais d'une visite purement courtoise et à laquelle il est naturel, nécessaire, en France surtout, de répondre par une courtoisie qui ne marchande sur aucu^ détail d'étiquette. En même temps que la reine, il faut voir la femme. Toute politesse qui sera dans nos mœurs sera de bon goût, et n'aura rien qui puisse compromettre la dignité du pays dans la personne du souverain en qwi elle sff résume parce que les infractions d'étiquette sont sans conséquence envers une femme.

Si, dans les relations ordinaires de la société, c'est toujours l'homme qui, en toute circonstance, va au devant de la femme, de même doit-il en être de souverain à souveraine; et si le Parlement britannique a permis à sa reine de faire, sur le continent, une visite à son auguste allié, nul doute qu'il ne s'attende à la voir accueillie d'une manière digne des deux nations, d'une manière toute française, et que les citoyens des trois royaumes ne soient tous sensibles à ce que le souverain de la France pourra prodiguer de gracieuses attentions à la reine qu'ils nous confient.

Il semble donc que l'Empereur peut dédaigner l'étiquette dans cette occurrence, et que toute infraction à l'étiquette des souverains tournera au profit des convenances personnelles, des sympathies internationales. Le prince Albert, qui est venu à Douvres au devant de Leurs Majestés, n'est pas roi, mais il l'est en quelque sorte aux yeux de la reine d'Angleterre.

Rehausser son rang devant elle, c'est lui complaire, et le bon goût est ici d'accord avec rbospitalité impériale.

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Affaires de Rome. -^ Lettre du général Dumuut au g;éuéral

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Civita-Teccbia, leSSjainlSBS.

Mon cher Frossard,

Voilà les journaux italiens qui me tombent dessus à cause du toast que j'ai porté au Pape le jour de l'anniversaire de son couronnement. Je m'en moque, parce que je crois avoir bien fait et que je suis sûr que l'Empereur ne me blâmera pas, si le peu de mots que j'ai dits arrivent jusqu'à Sa Majesté. Pouvais-je moins faire dans une circonstance pareille? J'ai envoyé au Ministre, comme je le fais pour vous, un extrait de journal rendant compte de la manière dont la fête s'est passée. J'espère que le Maréchal m'approuvera.

Une certaine agitation garibaidienne règne en ce moment en Italie. On provoque des enrôlements de tous côtés. Ces jours derniers, quinze à vingt jeunes gens sont partis subitement de Viterbe pour aller s'enrôler à Gênes ou

Milan. J'ai rendu compte de ce fait au Maréchal, en l'assurant que je serais

toujours assez fort, avec les 4,000 hommes que j'ai, pour faire face aux premières éventualités. Il faudrait bien des garibaldiens pour me déloger de Viterbe, et de Civita surtour, que nous avons rais dans un état très-respectable de défense. Seulement je vois avec peine le déplorable état de l'armement de l'armée pontificale. Si elle était abandonnée à elle-même aujourd'hui avec ses mauvais et vieux fusils, elle serait enlevée immédiatement. Je n'ai cessé de dire au Jlinistre des armes de hâter la livraison des 10,000 fusils Remington pour lesquels depuis longtemps des marchés sont passés, et rien n'arrive, bien que l'on promette toujours. J'ai signalé au cardinal Antonelli ces déplorables retards

Nous subissons, en ce mojuent, une influence épidémique assez fâcheuse. A la suite de pluies torrentielles sont venues subitement de fortes chaleurs, qui nous ont donné des fièvres typhoïdes et des dyssenteries cholériformes. Je prends toutes les dispositions possibles pour arrêter le mal.

Je n'ai jamais cru au l3ruit que certains journaux ont répandu d'un voyage du Prince impérial à Rome. Vous, qui connaissez le pays comme mois, savez bien que ça ne serait pas le bon moment.

Je vous renouvelle, mon cher Frossard, l'assurance de mes sentiments bien dévoués. Général Dumo^t.

Extrait du Journal.

a ... Dans la salle ornée de festons, dans le milieu du jardin, il y avait » abondance de rafraîchissements. Quand tous les invités s'y trouvèrent » réunis, S. Exe. le général Dumont porta en ces termes un toast au Souve- » rain Pontife : À Pie IX! à ce vénérable Pontife que l'Emipereur cl la France » n'abandonneront jamais! Vive Pic IX! » A quoi S. Ém. R. Monsignor » Scapitta, délégué apostolique répondit: « Messieurs, je vous propose de a boire à la santé et à la prospérité de S. M. l'Empereur Napoléon III ; au » puissant Souverain de la noble et généreuse nation française, qui, en pro- » tégeant le trône pontiflcal par le prestige de sa puissance et la valeur de » ses braves troupes, a rendu et rend incessamment le plus grand service, non- » seulement à la cause de la religion, mais encore à celle de l'ordre, du bien- » être et du vrai progrès de la société tout entière. Vive l'Empereur l »

Lettre de M. Pepoli à Napoléon.

EUe montre de quelle façon était composé le Ltvre Jaune.

Sire,

On m'écrit de Paris que le Livre Jaune contiendra deux dépêches qui me uoncernent.

J'espère, Sire, que cette nouvelle ne se confirmera pas: je regretterais te voir se rouvrir une polémique qui ne peut profiler qu'aux ennemis de la France et de l'Italie.

Vous savez. Sire, qu'au moment de prononcer mon discours à la Chambre des députés, je me suis résigné à passer sous silence l'historique des négociations, sur une invitation venue de votre ministre, et je pense que Votre Majesté n'aura pas oublié que cet historique avait été approuvé par M. Drouyn de Lhuys; au moins il en avait reconnu l'exactitude.

Je ne peux pas cacher à Votre Majesté que la publication des notes qui me concernent me placerait vis-à-vis de mon pays dans une position diifîcile et douloureuse, qu'un honnête homme ne saurait accepter.

D'autant plus que, lorsque j'ai été à Paris, rien ne m'a pu faire concevoir le doute de l'existence de la note relative au banquet de Milan, dont, même à l'heure qu'il est, je ne connais point les ternies.

Les derniers événements de Rome, j'espère, Sire, qu'ils vous auront prouvé de quel côté sont vos ennemis, et je ne peux pas croire que vous choisirez ce moment pour blesser un cœur dévoué et ami, qui vous a toujours témoigné sa reconnaissance et son afl'ection pour Votre Majesté et pour les destinées glorieuses de sa dynastie.

De Votre Majesté Impériale le dévoué serviteur.

PEPOLl.

Le 28 janvier 1865.

Annotation au crayon: Pepoli. — Les lettres ne içroni pas insérées ûu Livre Jaune. C,

xcn.

Lettre de Napoléon à M. Connean.

Sans date, mais d'une époque antérieure à l'erapire, peut-être venuo de Ilanî,' Mon cher Conneau,

Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez. Ici elles ne sont pas aussi bonnes; vous pouvez donc rester tant qu'il vous plaira et tant que cela sera nécessaire. Ma santé est bonne, mais je suis bien froissé par la lâcheté de quelques hommes. Enfin U faut croire à la fatfllité.

Croyez à ma sincère amitié.

Nous jouirons encore longtemps du calme le plus parfait.

xcm.

Les dépêches qu'on va lire ont été trouvées en majeure partie aux Tuileries. Presque toutes étaient en cliiffres, et Ton n'a pas toujours pu les traduire intégralement. Elles commencent à la déclaration faite par M. de Gramont devant le Corps législatif, le 6 jQiliet, et ne s'arrêtent qu'au 4 septembre. Peur éviter la confusion, nous avons dû renoncer à employer l'ordre chronologique. Le classement par ordre de matières nous a paru préférable, et nous espérons que le public en jugera de même malgré l'imperfection des divisions adoptées par nous. Au surplus, en donnant place dans notre recueil à ces dépêches, qui auraient évidemment besoin d'être annotées et commentées, nous nous sommes beaucoup moins préoccupés de satisfaire à la curiosité immédiate du public que de fournir d'utiles matériaux aux futurs historiens de la guerre de i870.

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