‹ Papiers secrets et correspondance du second EmpireChapitre 88 sur 130 · F. DE BOUYN · texte numérisé non relu

F. DE BOUYN

Remise Ce cinq cent mille francs, faite par l'Empereur à M, de Forcade de la Roquette, pour dépenses secrètes.

Quelques jours seulement avant les élections générales pour la dernière législature de l'Empire, le ministre de l'Intérieur, M. de Forcade, ayant probablement épuisé les fonds secrets et autre«dont il pouvait disposer, dut recourir à la caisse de l'Empereur. Les 300,000 francs mentionnés dans le reçu suivant ne doivent pas avoir eu, à ce qui semble, d'autre destination que de venir en aide aux candidatures ofScielles.

HiHISTÈRS De l'i!IT£|11C0B.

CABUET DU Mi:<ttTllC.

Paris, le 0 avril 1869.

Reçu de l'Empereur, pour dépenses secrètes de sûreté générale, cinq bons sur MM. de Rotshchild de cent mille francs chacun (soit cinq cent mille francs).

De Forcade.

La Compagnie maritime égyptienne et M. Clém. Duvernois. Les Soussignés:

Signataires de la demande en concession de la Compagnie maritime égyptienne, déclarons, par le présent engagement, que, si celte concession est accordée par le vice-roi dans les termes de la demande rédigée par M. l'ingénieur Castets-Hennehert, nous laissons à celui-ci tous les soins de la constitution de la Compagnie et toutes les dépenses auxquelles cette constitution peut l'obliger, déclarant que nous ne voulons être responsables d'aucun des frais préliminaires pour la formation de la Société.

En conséquence de la présente convention, M. Castels-Hennebert est autorisé par nous à disposer comme il lentendra, jusqu'à concurrence de 10 millions do francs (400,000 £), sur le montant des 10 p. c. du capital nominal social qu'octroie la concession, d'après l'article U de la demande, pour pouvoir faire face à tous les frais auxquels la constitution de la Société peut donner lieu, et aussi pour rémunérer ou solder tous les concours ou influences qu'il aura pu s'adjoindre à l'effet de l'obtention de ladite concession.

Sur cette somme de 400,000 £ que M. Castels-Hennebert recevra en actions libérées {paid up shares) de la Compagnie, il devra en rcmetlre à chacun de nous pour 40,000 £ pour notre qualification de fondateurs avec lui de l'affaire.

Les autres 400,000 £ (i) restantes, d'acres l'; 'ticle H précité, ne pourront

({) Il dut probablement lire 320,000.

être dépensées sous quelque prétexte que ce soit, sans l'adhésion du Board des fondateurs, et par autorisation écrite qui sera donnée à M. Castets Hennebert, agissant en qualité de Manager direclor du Board de fondation , jusqu'au début des opérations de la Compagnie, sous la direction du conseil d'administration lorsqu'il sera définitivement constitué.

Londres, le 9 mai 18CT.

Signé : Comte de Bustelli-Foscolo ; Cliarles-Pierre SuAEFFEn ; Charles Morris ; J.-W. Williamson ; Ch. Martin.

Pour copie conforme :

Castets-Hennebert.

Je soussigné, fondateur de la Compagnie maritime égyptienne, déclare qu'en vertu des droits que me confère l'engagement ci-dessus de cinq co-fondateurs, je m'oblige envers M. Clément Duvernois de lui payer cinq millions sur les dix millions dont je suis autorisé à disposer, pour rémunérer ses services et les concours étrangers dont il croit pouvoir user à l'eflfet de l'obtention de ladite concession. Ces 5 raillions de francs lui seront payés au fur et à mesure des sommes que je recevrai moi-même et de la même manière.

Parii. le 8 iulllet 1867

Câstets- Hennebert.

Lettre de la comtesse de*** à l'Empereur.

Cette lettre fut remise à l'Empereur par M. Fr. Pietri, à qui elle avait été envoyée par le général Fleury, qui, le 1" mars 1866, lui écrivait : « Mon cher Pietri, je viens vous « prier de remettre à l'Empereur une lettre que vous avez dû recevoir hier de ma part « que m'a adressée M"»« la comtesse de.... (néeC). Il serait nécessaire de faire réponse ( à cette grande dame, qui s'adresse à l'Empereur, je ne sais pourquoi. » — Par un sentiment que l'on comprendra, nous supprimons le nom de cette a. grande dame, » dont la supplique ne fut pas accueillie. En publiant sa lettre, nous n'avons d'autre but que de montrer avec quelle ardeur étaient convoitées les charges de cour.

Sire,

C'est encore moi, mais je viens tout en tremblant, car cette fois j'ai trèspeur, et Votre Majesté va peut-être se lasser de sa bonté et me renvoyer trèsdurement. Je La supplie de ne pas être fâchée et de me pardonner si je suis vraiment ennuyeuse.

J'ai appris qu'il y avait plusieurs places de chambellan vacantes en ce moment, et comme c'était la position qu'occupait mon grand-père (1), le comte de..., auprès de l'Empereur Napoléon F, j'avais toujours l'espoir d'obtenir

[1} Le grand-père de son mari.

un jour de Votre Wajesté celle grande faveur pour mon mari, qui la désire et l'ambitionne si ardemment. Sire, je vous en prie, accordez-moi encore cette grâce. Mon mari n'est pas trop jeune : il a trente-trois ans, et il porterait si bien la livrée de vos serviteurs (1), Sire ! C'est si facile à vous, Sire, de rendre heureux ! Et vous savez si bien combien une charge de cette nature peut flatter toute une famille 1 Sire, ne me refusez pas, tout de suite au moins. J'ai un si ardent désir de réussir ! Pardonnez-moi, je voiife en conjure, et accordez à votre pauvre petite sujette une belle parole de consentement. Je mets aux pieds de Votre Majesté mon hommage tendre et respectueux.

en.

Lettre de M. Haussmann, préfet de la Seine, à l'Empereur, au si^et de la création d'un ministère de Paris.

AnitET da préfet de la Sein«.

on&dentielle.) tvAt, le to déceâiln 1860.

Sire,

Votre Majesté daignera m'excuser si je l'importune en La priant de vouloir bien accorder son attention à la nouvelle rédaction ci-jointe du projet que j'ai eu ITionneur de lui remettre hier, et à la note explicative qui l'accompagne.

Votre Majesté comprendra que je cherche à justifier de mon mieux le moyen que, d'accord sur ce point avec M. de Persigny, je crois le meilleur pour me soustraire à la situation pénible qu'une ombrageuse susceptibilité m'a faite : il s'agit pour moi, non-seulement de sauvegarder, si cela est possible, les droits que me créent vingt-neuf ans et demi de bons et laborieux services, et les intérêts de ma famille, pour laquelle la perte de ma position serait une catastrophe aussi irréparable qu'inattendue, mais encore et surtout de préserver d'un véritable désastre l'œuvre immense de la transformation et de l'agrandissement de Paris, dont la conception sera une des gloires de l'Empereur, et dont je suis la personnification administrative, et pour beaucoup de personnes une garantie d'exécution certaine.

Voilà bien des motifs pour me pardonner un nouvel effort afln de convaincre l'Empereur du caractère pratique de la combinaison que je propose.

Accepter en silence l'acte de défiance avouée de M. de Persigny à mon égard, c'est-à-dire les luttes que son entourage hostile compte faire naître entre nous, et que sa nature ardente ne manquerait pas de passionner, c'etlt été exposer l'Empereur, sans l'en avoir prévenu, à des recours incessants de ma part, pour me défendre contre une direction générale dont les bureaux se

(4] Le mot est souligna dans l'original.

sont montrés systémaUquement opposés à mes actes, sous tons !es ministères,' ctàiaqueile me livre la confiance absolue de M. dePersigny dans les ministres au petit pied qu'il vient de constituer auprès de sa personne.

Assurément, affronter de nouveau, et dans des conditions plus mauvaises que jamais, les embarras que j'ai surmontés durant huit ans déjà, grâce à l'appui de l'Empereur, ce ne ser^iit pas plus au-dessus de mes forces que de mon dévouement. Je ferais meilleur marché encore de mon amour-propre froissé par la subordination (apparente tout au moins) de mon administration, devant la France et l'Europe, au fonclionnaire que M. de Persigny place entre elle et lui. Mais je ne pouvais pas disposer de même du repos de l'Empereur, et c'est pour cela qu'en face d'une perspective de conflits organisés incessamment dans le dessein de fatiguer à la longue la patience de Sa Majesté, j'ai cru devoir offrir à l'Empereur de me retirer, si Sa Majesté croyait la plus expédiente celte solution des difficultés du moment, bien qu'elle dût être pour moi une cause de ruine et de regrets mortels !

Je crains bien de n'avoir pas su, sous l'impression du trouble profond que je ressens, défendre assez bien auprès de Sa M;ijest,é la solution pacifique que je désire ardemment et que M. de Persigny lui-même provoque ! L'idée en est simple : en tant que maire de Paris et administrateur du département qui lui sert de banlieue, je relèverais directement de l'Empereur (l'importance des affaires présentes de la ville le réclame plus que jamais!); en tant quf préfet, c'est-à-dire organe des intérêts généraux, je resterais dans le? Blêmes conditions que par le passé. Il serait bien regrettable qu'unf combinaison aussi rationnelle échouât devant une difficulté de rédaction. C'est pourquoi je me permets d'eu présenter encore un projet très-méthodiquement élaboré.

En l'adoptant, l'Empereur fera cesser d'un coup les embarras actuels et h cause de tous les embarras du passé.

M. de Persigny, au lieu d'un adversaire, verra en moi un auxiliaire pour les discussions d'affaires dans le conseil;

M. Rouher sera raffermi dans l'opinion, et l'Empereur restera seul juge du moment où sa situation devra changer ;

Le Conseil d'État, au lieu de me considérer comme un subalterne trop indépendant, m'accueillera et m'écoutera comme un organe accrédité des idées de réformes administratives de l'Empereur;

Les ministres eux-mêmes cesseront de me jalouser une importance de fait, qui se trouvera légitimée en droit ;

Enfin l'Empereur, débarrassé de tout ennui à mon sujet, verra chacun des plans qu'il arrête pour Paris exécuté dans le plus bref délai, parla suppression du retard de quatre mois en moyenne qu'y apportent maintenant les bureaux de l'Intérieur. Quant à moi, je pourrai consacrer au service de Sa Majesté le temps que je perds et la force que j'épuise en notes et mémoires isuperflus.

Je ne saurais être plus dévoué, mais je serais plus utile. La confiance publique en mon administration serait doublée et me prépare-

— tarait une réussite plus facile dans l'accomplissement des nouveaux devoirs que la confiance de l'Empereur peut me réserver pour l'avenir !

Demain a lieu le banquet de clôture de la session du conseil général de la Seine, qui m'a témoigné, cette année, un si cordial assentiment. En portant la santé de l'Empereur, je serais heureux d'avoir une raison nouvelle de reconnaissance pour la bonté dont Sa Majesté a déjà si souvent usé envers moi!

Daignez agréer, Sire, l'hommage de mes sentiments profondément respectueux et dévoués.

De Votre Majesté le très-humble et très-obéissant serviteur.

G.-E. Haussmanr.

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