‹ Papiers secrets et correspondance du second EmpireChapitre 97 sur 130 · RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION

Ainsi sans tenir compte de quelques centaines de mille francs annuels touchés duraa un nombre inconnu d'années, le bilan de la famille Bonaparte s'établit comme suit :

Famille Jérôme Bonaparte 57,078,564 00

Famille Lucien Bonaparte i 2. 762, 500 00

Famille Murât 15,577,955 00

Princese Baciocchi 6,244,627 00

aimes B. Centamori et Bartholini 524,375 00

Total généra! .... 70,187,796 00

C'est donc, d'aprè* les chiffres officiels, 58 millions, et d'après des calculs plus complets, 70 millions que la famille Bonaparte a, sans autre titre que sa parenté avec le chef de l'État, sans utilité appréciable pour la France, prélevés sur la fortune publique.

A propos de ces notes sur les dépenses de la liste civile de Napoléon III, M. Pierre Bonaparte a écrit à l'Indépendance belge une lettre que voici ; avec les réllexions dont le rédacteur en chef de ce journal l'a fait suivre :

« Rochefort, province de Nainur, 7 janvier.

i A M. le rédacteur en chef de l'Indépendance. J|

« Vous annoncez une publication donnant le total, dites-vous, de ce que les Bonaparte ont coûté à l'empire. 11 serait curieux de rechercher ce que le second empire a coûté k la plupart des Bonaparte.

« Ignorez-vous que par le même décret, attribuant au fisc certains biens de princes d'Orléuns, l'Empereur Napoléon 111 a renoncé (sic) à toute réclamation desa famille.

0 Quand cette arme à deux tra.ich,jiits vint au clair, nous nous écriâmes : De quel (froit ! mais il nous fut répondu : Quia numinor leo.

( Il est vrai qu'en même temps, l'Empereur nous accordait une allocation, mais, outre qu'elle était Idin de valoir ce que Louis XYHI nous avait confisqué, elle élait mensuelle, révocable, éphémère comme les derniers événements l'ont prouvé.

1 Cependnnt, nos litres étaient valables, de l'aveu même de la royauté de Juillet. Pour ne citer que les délégations du trésor, dont nos frères Louis et Antoine et moi, nous sommes porteurs, elles sont hypothéquées sur les forêts de l'État, elles s'élèvent k 2,0o4,000 trancs, sans les intérêts accumulés depuis 1814, et elles représentent ubô partie delà liste civile du Grand Homme échue en 1813.

« Je n'entre pas dans plus de détails, et je vous fais remarquer que si je n'y étais

provoqué, je ne parlerais pas d'argent dans unmoment où tout bon citoyen n'est préoccupé que des malheurs de la France.

c Salut,

t Pierre Napoléon Bonapaute. »

Nous n'avons, qu'une seule observation k faire au sujet de cette lettre : c'est que « s'il serait curieux de rechercher ce que le second empire a coûté a la plupart des Bonaparte, » il y aurait une recherche plus curieuse encore, ce serait la provenance de ces fortunes que le second empire leur a fait perdre, au dire de l'auteur de la lettre. Nous ne sachions pas que le sous-lieutenant d'artillerie Napoléon Bonaparte possédât beaucoup de millions, et ses frères, pensons-nous, étaient, sous ce rapport, Logés à peu près à la même enseigne que lui. Si donc, h la chute du premier empire, tous les membres de cette famille se trouvèrent grassement rentes, dotés et pourvus de toutes les façons, ce ne pût être qu'aux dépens soit de la France, soit des autres pays dont le « grand homme » leur avait confié l'exploitation. Cela diminue un peu la pitié que pourrait exciter la spoliation dont la plupart des Bonaparte auraient été l'objet, en 1852, par le fait de leur cher parent.

Lettre de SI. Prosper Mérimée sur les attributions du ministère ae l'instruction publique ( 1 ) .

Paris, le 11 |ttillet 1856. / MONSIEDR,

Me permettrez-vous de vous soumettre quelques idées qui me sont venues à l'occasion de la mort si regrettable de M. Fortoul. C'est un devoir, ce me semble, pour toutes les personnes dévouées à l'Empereur de produire les observations qui leur sont personnelles, et qui peuvent tendre au perfectionnement de l'administration.

Je n'examinerai pas ici la question de l'existence même d'un Ministère de l'Instruction publique, ni l'utilité contestable de la réunion dans le même département de deux administrations nécessairement rivales, celle des Cultes et celle de l'Université. Je me bornerai à vous entretenir des attributions actuelles de ce Ministère, et à vous dire ce que ma petite expérience de membre de l'Institut et d'inspecteur des monuments historiques a pu m'apprendre à ce sujet.

Des services, qui, à mon avis, devraient être séparés, s'y trouvent réunis. Le moment oîi Sa Majesté pourvoira à la vacance pourrait être celui d'une réforme qui fixerait les attributions de ce département d'une manière plus rationnelle.

to On s'étonne que l'entretien et la réparation des édifices diocésains ne

(i) Cette lettre est probablement adressée à M. Mocquard. M. Fortool, ministre de l'instruction publiqu» étant mort à Ems le 7 juillet 18S6, on voit que M. Mérimée n'avait pas perdu de temps pour la rédiger. — Quelques années après, une partie des idées qu'il y avait émises était réalisée par le décret du 5 dé embra 1860, qui enleva au Ministère de i'Instructiou publique, l'Iastilut «t le« bibliothèques, et les transféra »u Uiuitlère d'État.

ressortissent pas au département qui est chargé de la direction de tous les autres travaux d'architecture. Le Ministère d'État a la surveillance des palais impériaux, des bâtiments civils, des monuments historiques, de toutes les écoles de beaux-arts ; comment les cathédrales ne sont-elles pas dans ses attri» butions?

II faut, dira-t-on, que les évêques aient un contrôle sur des affaires qui les touchent, et, d'un autre côté, il est bon que le Ministre des Cultes conserve un moyen d'influence. Je répète ici une objection ancienne et qui remonte an temps du gouvernement parlementaire. Il est facile d'y répondre. Sans doute, les évêques doivent être consultés au sujet des travaux nécessaires aux éditices religieux, mais est-il nécessaire que ces travaux soient exécutés par une administration ecclésiastique? Un prélat, un général qui veulent se faire bûtir une maison s'adresseront à un architecte, non à un prêtre ou à un militaire. Quant à l'influence qu'au moyen de ces travaux un ministre pourrait exercer, en vérité, je ne la comprends pas. Quel ministre laisserait tomber une cathédrale parce que l'évêque du diocèse lui donnerait des sujets de mécontentement? Mais qu'arrive-t-il? Comme le budjet des travaux des édifices religieux est assez faible, le Ministre des Cultes ne peut satisfaire à toutes les demandes qui lui sont adressées. On l'accuse de partialité, et involontairement il est entraîné à répartir les fonds dont il dispose, non point selon l'urgence des travaux, mais selon les rapports plus ou moins fréquents, plus ou moins intimes qu'il a avec les évêques. Ajoutez, au point de vue de l'économie, que, si les travaux de bâtiment n'étaient pas divisés, les frais d'agence et de surveillance seraient fort réduits. Maintenant il y a des contrôleurs pour les Cultes et des contrôleurs pour le Ministère d'État, des inspecteurs, des bureaux dans chacune de ces administrations. Si l'on plaçait dans les mêmes mains ces services de même nature, au lieu d"un personnel double, un seul suffirait. Tout se ferait avec plus d'ordre, plus de régularité, et mieux. Permettez-moi d'ajouter qu'en ma qualité d'inspecteur général des monuments historiques, j'ai eu de fréquents rapports avec les membres du clergé. Je les ai trouvés toujours très-reconnaissants des travaux que nous faisons exécuter dans des églises monumentales, tandis qu'ils regardaient ceux que faisait faire l'administration des Cultes comme l'accomplissement d'un devoir ministériel.

2» C'est par une confusion de mots que les bibliothèques ont été placées dans le département de rinstraction publique. Ce sont des collections nationales de même que nos musées. Vous trouverez ci-jointe une note qui m'est remise par un des employés supérieurs de la Bibliothèque impériale et qai traite cette question de la manière la plus complète.

5° L'Institut impérial est fractionné entre le Ministère d'État et celui de l'Instruction publique. Ne vaudrait-il pas mieux qu'il fût tout entier dans les attributions du ministre placé le plus près de la personne de l'Empereur? Les lettrés, les savants et les artistes y verraient un témoignage flatteur de l'intérêt que leur porte Sa Majesté.

On voit aux budgets du déparlement de l'Instruction publique et du Ministère d'État des allocations destinées à des missions, voyages et souscrip-

lions. Ces allocations devraient, à mon avis, être réunies dans un seul département. Au point de vue de l'économie, l'avantage d'une administration unique est évident; au point de vue de la politique, il vaut mieux que ces allocations soient réparties par le Ministère d'Élat. En effet, accordées par le Ministère de l'Instruction publique, elles semblent le prix d'une espèce de concours littéraire, tandis que, venant du Ministère d'État, elles paraîtront ce qu'elles sont en réslité, des grâces du souverain.

Je crois fermement, Monsieur, être l'interprète des gens de lettres, des savants et des artistes en exposant ici les inconvénients de l'ancien système de répartition d'attributions entre les deux ministères. Plusieurs fois des réclamations semblables se sont élevées; mais, pour y satisfaire, il fallait offenser peut-être des susceptibilités personnelles. Aujourd'hui rien de plus facile que la réforme que je propose. Elle serait accueillie, je crois, avec faveur par le public.

Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de tous mes sentiments de la plus haute considération.

Page 1