PAPILLON, LE MARQUIS, LOUISE DE SANDRAY, BERTHE
LOUISE, en coslutne de tennis. Voilà notre champion.
Oh ! mademoiselle, c'est grâce à vous que nous avons gagné! Quelle partie! C'est plus pénible que de tailler la pierre.
LOL'ISE
Oh!
( Ma parole !
BERTHE, en costume de tennis.
Mais aussi, vous jouez trop fort. A chaque fois, la balle dépasse le but.
^ Et qu'avons-nous gagné?
BERTHE
Rien du tout.
^ Non !...
LE MARQUIS, en costume de tennis.
Nous avons joué l'honneur.
^ C'est trop fort ! Pendant trois quarts d'heure je me démène comme un enragé, je me baisse toutes les dix secondes, j'envoie des balles au tonnerre de Dieu, je gagne I... Oui, oui... nous gagnons et c'est pour l'honneur! Ici, i'honneur, belle marquise, ne vaut pas un pet de lapin... Aïe...
BERinE, sévère.
Monsieur Papillon !...
Je ne l'ai pas dit... Pardon tout de même... Quand je joue aux quilles, et que je gagne, je
Lbois un vermouth à la santé de l'adversaire. Offre-nous un vermouth, marquis.
LOUISE
Un vermouth !
BERTIIE
C'est atroce ; j'en ai bu une fois, j'ai failli mourir.
LE MARQUIS
C'est un breuvage de cabaret... Pouah !
PAI'ILLON
r Ne méprise pas le vermouth, et encore moins / le cabaret. Sais-tu ce qui manque ici, dans ce l beau domaine, c'est justement un cabaret.
LE MARQUIS
Ne parle pas ainsi.
LOUISE '
Monsieur Papillon, vous vous calomniez à plaisir, vous vous dites fatigué, vous, Lyonnais le Juste, le robuste tailleur de pierres, pour avoir joué pendant quelques instants à jeter des balles légères 1 Vous regrettez le cabaret et ses afïreuses mixtures, vous, l'homme sain, le fier compagnon qui méprisez les ivrognes ! Monsieur Papillon, dites-moi immédiatement que vous ne boirez plus jamais que du bon vin, de l'excellent même, et que vous achèterez, pour les faire démolir, tous les cabarets des environs. [SéiHeuse.) Ditesmoi cela, ou je vais être très malheureuse.
Pourquoi serièz-vous malheureuse?
LOUISE
Parce que je vous estimerais moins. Si vous saviez comme vous m'intéressez avec vos histoires de compagnonnage I Ces aventures de chantier si drôles, si nouvelles pour moi ; votre vie sur les grandes routes à la recherche du travail, tout cela est si vécu, si pittoresque, si gaiement honnête ; oui, vous m'intéressez.
/ Oh! mademoiselle I vous vous moquez!
^ LOUISE
Non, mon ami, vous ne pouvez pas vous figurer comme les jeunes filles du monde savent peu de choses. Autour de nous on parle sports, toilettes, chasse, théâtre, scandales parisiens ; mais des choses oîi il entre un peu de la vie vraie, un peu de personnalité, des choses qui ne sont pas toujours et uniquement des tours de force, ou d'abominables potins, eh bien, vous êtes le premier qui m'en parliez.
r Mes aventures sont pourtant bien simples... I Hé I là-bas, les amoureux, voyez donc, on dirait V^deux gosses.
LOUISE
Mon frère adore mademoiselle Vérillac... Le
mariage est convenu depuis longtemps ; il serait déjà fait sans votre arrivée.
Comment ?
LOUISE
Par délicatesse, à cause de son changement de fortune, sans doute. M. Vérillac croit ne plus pouvoir envisager ce mariage de même façon. Mais mon frère, qui est un galant homme, a maintenu sa demande.
Parbleu !
LOUISE
Il aurait épousé mademoiselle Vérillac riche, sans aucun calcul, parce qu'il l'aime, il l'épousera pauvre sans hésitation, parce qu'il l'aime.
Il a cent fois raison. L'argent n'est rien du tout. Quand on a un métier et de bons bras, on s'en moque de l'argent. Regardez-les donc, ils m'amusent. Prévenons-les, voici la maman.
LOUISE
Sauvons-nous avec eux.
Emmenons plutôt madame Vérillac.
LOUISE
Nous sommes donc des complices!
Oui. [Madame Vérillac paraît.)