SCÈNE VIII PATHE, MADAME VÉRILLAC
PATHE
Ils culotteront ensemble ! C'est probablement p our lui le comble de l'amitié.
MADAME VÉRILLAC
Sans doute. Monsieur Pathe, il nous a donné un bon conseil ; je ne demande pas mieux que de le suivre. Il a dit : « Arrangez-vous tous deux. »
PATUE
Oui, c'est peut-être nécessaire dans votre intérêt.
MADAME VERILLAC
Monsieur Palhe, je neveux pas prendre de détours avec vous. Peut-être, en effet, de façon apparente, est-ce à nous plus qu'à vous que profitera la bonne harmonie ; mais on peut rétablir Féquilibre et faire tout le monde heureux d'une solution si naturelle, que tout autre serait presque un scandale. {Palhe approuve silencieusement.) Il faut que M. Papillon épouse ma fille.
PATUE
La sœur du marquis est jolie.
MADAME VERILLAC
Ma fille aussi. [Insidieuse.) Vous ferez le contrat...
PATDE
Cette vieille noblesse a toujours du prestige. Il faut toujours un contrat.
Berthe est d'ancienne souche bourgeoise plus accessible à Papillon. En dehors des honoraires même, il peut y avoir pour le notaire un avantage spécial.
PATIIE
Nos règlements...
MADAME VERILLAC
Les règlements ne peuvent pas m'empècher de vous être personnellement et très discrètement reconnaissante des soins apportés par vous à la
réussite d'un projet des plus honorables. Cette vieille noblesse est pleine de mépris pour les robins, comme ils disent. Feu le marquis de Sandray ne vous a jamais témoigné une bien vive affection.
PATHE
Le marquis de Handray a été un digne marquis. Il s'est ruiné dans mon étude, on ne peut guère lui demander plus. C'était un bel emprunteur.
MADAME VÉRILLAC
Son fils ne pourra plus rien emprunter, c'est fini de ce cùté.
PATHE
Sa sœur sera dépensière.
Oui, mais Papillon est économe. Le mariage aboutirait rapidement à un divorce. Ce sont plutôt les avoués qui interviendraient.
PATIIE
Et les notaires aussi.
MADAME VÉRILLAC
Quand même, monsieur Pathe, c'est avec nous qu'il faut marcher; nous sommes de même espèce; nous nous comprenons, nous pouvons, nous devons nous parler à cœur ouvert... Faites le contrat de ma fille, un bon contrat qui la garantisse contre les éventualités possibles, et je
considère que cent mille francs trouvés sous votre serviette le soir de la signature...
l'ATHE, riant ironiquement.
Ah! Ah! Ah!
MADAME VÉRILLAC
Pourquoi riez-vous? Je vous promets une forte somme parce que j'estime qu'en parlant à M, Papillon comme il convient, vous pouvez faire aboutir nos projets, des projets honorables. PAïBE, narquois.
Nos règlements, madame ..
MA1<AME VÉRILLAC
Ah ! laissez, monsieur Pathe, je vous parle sérieusement ! Je suis femme de président, vous l'oubliez ; je sais ce que valent les règlements et les statuts, et tout ce qui sert à en imposer au public. Je vous donnerai ce que je vous promets... Cent mille francs.
PATHE, très sérieux.
Mais, madame, vous n'auriez aucune estime pour moi si je m'embarquais dans une affaire semblable... aussilégèrement. Je n'oublie pas qui vous êtes, madame, mais je crains bien que vous vous oubliiez qui je suis. Je suis notaire; c'està-dire homme d'ordre, de précaution; j'aime les choses régulières, authentiques. Vous me parlez de cent mille francs sous ma serviette! Ils seraient bien mal placés... Je vais préparer un bon
DIT LYONNAIS LE JUSTE Ho
petit contrat, où, pour des raisons naturelles, vous vous engagerez, avec M. le président, à me rembourser deux cent mille francs à une date déterminée. Vous n'aurez pas besoin de laisser traîner les billets sur la table, à la vue de tous... Nous nous entendrons très bien... Papillon épousera mademoiselle Berthe, elle aura la grande fortune, vous resterez ici, tous en famille ; M. Vérillac gérera cet immense domaine, et vous m'inviterez au baptême du premier petit Papillon qui montrera ses ailes.
MADAME VÉRILLAC, très covdittle.
Entendu, Pathe, entendu, mon ami. [Poignée de main.)
PATUE
C'est juré ! Il n'y a que les honnêtes gens capables de s'entendre.
MADAME VÉRILLAC
C'est pourtant vrai!
PATUE, voyant entrer Berthe.
Je vais rejoindre ces messieurs... Mademoiselle, serviteur. [H sort.)