SCÈNE III Les Mêmes, BAPTISTE, jmis VILLON
HAl'TISTE
Le garde-chasse Villon désire parler à monsieur le président pour affaire urgente.
VÉRILLAC
Qu'est-ce ?
BAPTISTE
Un braconnier que Villon a arrêté dans les bois.
VÉRILLAC
Villon l'a arrêté?
BAPTISTE
Et amené ici, monsieur le président,
VÉRILLAC
Brave Villon!... Il va à la porte.) Tu Tas amené, ce braconnier? (Baptiste sort.)
VILLON
Oui, monsieur le président. 11 a voulu venir vous parler. Il conteste.
VÉRILLAC
Oh 1 oh ! Ne le laisse pas échapper, en attendant.
VILLON
Soyez tranquille, monsieur le président.
BERTIIE
Un braconnier 1 Je n'en ai jamais vu. Comment est-il?
VILLON
C'est un pas grand'chose, mademoiselle, c'est un ouvrier...
Je serai sans pitié. Où chassait-il?
VILLON
Il ne chassait pas, à proprement parler. Je l'ai pincé sur la lisière du bois, à l'écart du grand versant.
VÉRILLAC
Sur le chemin de la Mouche?
VILLON
Justement, monsieur le président ; il venait relever des collets.
VÉRILLAC, colère.
Ah ! ceci est grave. Le colleteur est le pire de tous. Qu'a-t-il pris?
VILLON
Rien. Mais il y avait bel et bien un levraut à un collet placé près de l'endroit où j'ai pincé mon homme.
VÉRILLAC, temps.
Tu l'as vu tendre des collets ?
VILLON
Non.
VÉRILLAC
Avait-il des collets sur lui ?
VILLON
Je n'ai rien vu.
VÉKILLAC
Il avait un carnier, un sac, une corde ?
VILLON
Je n'ai rien vu.
vÉRiLLAC, temps.
Il avait la main sur le lièvre quand tu Tas arrêté ?
VILLON
Non.
VÉRILLAC
Mais il était baissé ?
VILLON
Non.
VÉRILLAC
Le mouvement était commencé ? [Il imite le mouvement.)
VILLON
Non.
VÉRILLAC
Il était à côté du collet?
VILLON
Oui. A. quinze mètres environ.
VÉRILLAC
Doîi il était, il pouvait voir le lièvre ?
VILLON
En écartant les branches, oui.
VÉRILLAC, temps.
11 savait parfaitement où il avait tendu les collets?
VILLON
Sûrement!
VÉRILLAC
Cet individu ne travaille pas pour le château. Le chemin de la Mouche ne mène nulle part, c'est un chemin de culture tout à fait privatif. Il n'avait pas à passer par là?... Tu l'as rencontré souvent sur ce chemin, ou dans la propriété?
VILLON
Jamais.
VÉRILLAC
Tu ne peux pas tout voir. C'est si grand... Sa culpabilité est plus que démontrée. Elle est évidente. Je serai impitoyable pour ce gredin. Va le chercher. {Villon sort.) Venir chasser dans nos bois, à deux pas de chez nous ! Colleter les lièvres à mon nez. Non, non. Je ne tolérerai pas cette audace. Je ferai un exemple.
Tu feras bien... Un levraut! Ces braconniers, vraiment, ne respectent rien.
BERTUE
Ces bêtes sont si jolies dans les champs ; c'est si gracieux !
MADAME VÉRILLAC
11 aurait été à point, ce levraut, pour la saison prochaine et nos invités auraient eu grand plaisir à le tuer.
VÉRILLAC
Parbleul... Je vais écrire au vice-président. On
lui arrangera son affaire à M. le braconnier. Voyez-vous, dans l'idée de propriété, tout se tient, et l'on ne doit pas abandonner la moindre parcelle de ses droits. La richesse entraîne certaines obligations. Je saurai les remplir.