PAT HE
Il est mort intestat, ce digne M. Destouches.
VÉRILLAC
Eh bien?
PATHE
Eh bien, il n'est pas mort !
MADAME VÉRILLAC
Quelle sotte plaisanterie I
VÉRILLAC
Vous êtes fou, Pathe...
PATUE
Hélas I... Il n'est pas mort tout entier... Il a laissé un testament.
VÉRILLAC
Hé! [Stupeur générale.)
PATUE
Parfaitement en règle!... L'ouverture en a été faite selon les formes.., il est authentique... authentique. [Silence).
VERILLAC
Qui VOUS a dit cela?
MADAME VÉRlLLAC
En ètes-vous sûr?
PATHE
Un confrère de la Côte-d'Or, M-^ Broquet ma écrit. Tout est régulier, malheureusement.
VÉRlLLAC
Ce notaire à donc ignoré la mort? Pourquoi at-il attendu si longtemps?
MADAME VÉRlLLAC
Oui, pourquoi? C'est trop tard, maintenant. Il ne compte plus, ce testament.
PATEE
Si, si, hélas!
MADAME VÉRlLLAC, violenle.
Hélas!... hélas!..- Vous n'avez que ce mot à dire... L'avez-vous vu ce testament?... Que dit-il? Je suis la seule parente.
PATHE, faussement désespéré.
Non.
VÉRlLLAC
Qui hérite, alors?
PATEE
Son fils.
VÉRlLLAC
Il n'en a pas.
Si.
MADAME VÉRILLAC
Mais non, vous vous trompez, je suis la seule héritière.
PATIIE
Chère madame, si j'avais le temps de vous expliquer... Je suis en retard... Je vais sûrement le manquer, car il arrive, l'héritier, le vrai.
MADAME VÉRILLAC
Il arrive !
VÉRILLAC, [très doux.)
Voyons, Pathe, expliquez-vous! Vous n'en êtes pas à une minute près. Expliquez-vous ! C'est indispensable.
PATHE, regardant sa montre.
Il y a eu dans le temps, ici, au château, une jeune gouvernante, jolie. [Madame fait signe à Berthe de s'éloigner.) Un jour, après une querelle, la jeune femme est partie... On a jasé dans le pays... Mais M. Destouches était garçon, libre... Dernièrement, en voyage, il a retrouvé, par hasard, lenfant de cette femme qui est aussi le sien. MADAME, incrédule.
Ohl le sien.
PATHE
Des rapprochements de dates, une ressemblance frappante, mettent la chose hors de doute. Et non
seulement M. Destouches a fait un testament, mais encore un acte légal, formel, par lequel il reconnaît le dénommé Papillon pour son fils unique. Dans le testament, il lui lègue tous ses biens, valeurs, titres, meubles et immeubles, sans aucune restriction de dons ou legs d'aucune sorte. Trois jours après cette reconnaissance. M. Destouches est mort brusquement des suites de l'accident d'automobile que vous connaissez... Voilà l'essentiel de cette lamentable histoire. vÉRiLLAC, la gorge serrée.
Âh!...
PATUE
En sorte que, n"étantpas héritiers réservataires, ni héritiers nécessaires, la possession actuelle est sans objet et ne vous crée aucun droit, hélas ! MADAME VÉRILLAC, très exaltée.
Elle ne vous semble pas étrange, cette histoire de brigands?... Le fils retrouvé, reconnu... le testament fait... la mort accidentelle survenant trois jours après... Tout cela est impossible.
PATEE
Simple cûïncidence, madame, mais des plus fâcheuses, certes... M. Destouches était déjà vieux. Peut-être a-t-il eu des pressentiments! Il faut peu de chose chez les vieillards pour éveiller ridée de la mort... L'accident a eu lieu tout près d'ici, de la façon la plus simple. M. Papillon éîait en Bourgogne. Il n"a connu l'événement que ces
jours derniers. De ce côté, il n'y a rien à chercher.
MADAME VÉRILLAC
Alors, cet individu, cet inconnu, va venir ici, et nous devrons lui céder la place?
PATUE
Hélas !
C'est impossible, monsieur Pathe, impossible, entendez- vous ? C'est moi qui vous le dis. Les lois ne peuvent pas permettre des choses semblables.
PATUE
Hélas ! Demandez ;i monsieur le président.
MADAME A^ÉRILLAC
Dis?...
VÉRILLAC, accablé.
Oui... (Léger temps.)
MADAME A'ÉRILLAC
Qu'est-ce qu'il fait, cet héritier... le fils de la servante ?
PATUE, qui savoure.
C'est un ouvrier, un simple ouvrier.
lîERTUE
Un ouvrier !
PATUE
Tailleur de pierres... Il est garçon... Il va de chantier en chantier... une sorte de chemineau... Il se prénomme Jules.