‹ Papillon, dit Lyonnais le Juste; pièce en trois actesChapitre 8 sur 52 · PAT HE · texte numérisé non relu

PAT HE

Il est mort intestat, ce digne M. Destouches.

VÉRILLAC

Eh bien?

PATHE

Eh bien, il n'est pas mort !

MADAME VÉRILLAC

Quelle sotte plaisanterie I

VÉRILLAC

Vous êtes fou, Pathe...

PATUE

Hélas I... Il n'est pas mort tout entier... Il a laissé un testament.

VÉRILLAC

Hé! [Stupeur générale.)

PATUE

Parfaitement en règle!... L'ouverture en a été faite selon les formes.., il est authentique... authentique. [Silence).

VERILLAC

Qui VOUS a dit cela?

MADAME VÉRlLLAC

En ètes-vous sûr?

PATHE

Un confrère de la Côte-d'Or, M-^ Broquet ma écrit. Tout est régulier, malheureusement.

VÉRlLLAC

Ce notaire à donc ignoré la mort? Pourquoi at-il attendu si longtemps?

MADAME VÉRlLLAC

Oui, pourquoi? C'est trop tard, maintenant. Il ne compte plus, ce testament.

PATEE

Si, si, hélas!

MADAME VÉRlLLAC, violenle.

Hélas!... hélas!..- Vous n'avez que ce mot à dire... L'avez-vous vu ce testament?... Que dit-il? Je suis la seule parente.

PATHE, faussement désespéré.

Non.

VÉRlLLAC

Qui hérite, alors?

PATEE

Son fils.

VÉRlLLAC

Il n'en a pas.

Si.

MADAME VÉRILLAC

Mais non, vous vous trompez, je suis la seule héritière.

PATIIE

Chère madame, si j'avais le temps de vous expliquer... Je suis en retard... Je vais sûrement le manquer, car il arrive, l'héritier, le vrai.

MADAME VÉRILLAC

Il arrive !

VÉRILLAC, [très doux.)

Voyons, Pathe, expliquez-vous! Vous n'en êtes pas à une minute près. Expliquez-vous ! C'est indispensable.

PATHE, regardant sa montre.

Il y a eu dans le temps, ici, au château, une jeune gouvernante, jolie. [Madame fait signe à Berthe de s'éloigner.) Un jour, après une querelle, la jeune femme est partie... On a jasé dans le pays... Mais M. Destouches était garçon, libre... Dernièrement, en voyage, il a retrouvé, par hasard, lenfant de cette femme qui est aussi le sien. MADAME, incrédule.

Ohl le sien.

PATHE

Des rapprochements de dates, une ressemblance frappante, mettent la chose hors de doute. Et non

seulement M. Destouches a fait un testament, mais encore un acte légal, formel, par lequel il reconnaît le dénommé Papillon pour son fils unique. Dans le testament, il lui lègue tous ses biens, valeurs, titres, meubles et immeubles, sans aucune restriction de dons ou legs d'aucune sorte. Trois jours après cette reconnaissance. M. Destouches est mort brusquement des suites de l'accident d'automobile que vous connaissez... Voilà l'essentiel de cette lamentable histoire. vÉRiLLAC, la gorge serrée.

Âh!...

PATUE

En sorte que, n"étantpas héritiers réservataires, ni héritiers nécessaires, la possession actuelle est sans objet et ne vous crée aucun droit, hélas ! MADAME VÉRILLAC, très exaltée.

Elle ne vous semble pas étrange, cette histoire de brigands?... Le fils retrouvé, reconnu... le testament fait... la mort accidentelle survenant trois jours après... Tout cela est impossible.

PATEE

Simple cûïncidence, madame, mais des plus fâcheuses, certes... M. Destouches était déjà vieux. Peut-être a-t-il eu des pressentiments! Il faut peu de chose chez les vieillards pour éveiller ridée de la mort... L'accident a eu lieu tout près d'ici, de la façon la plus simple. M. Papillon éîait en Bourgogne. Il n"a connu l'événement que ces

jours derniers. De ce côté, il n'y a rien à chercher.

MADAME VÉRILLAC

Alors, cet individu, cet inconnu, va venir ici, et nous devrons lui céder la place?

PATUE

Hélas !

C'est impossible, monsieur Pathe, impossible, entendez- vous ? C'est moi qui vous le dis. Les lois ne peuvent pas permettre des choses semblables.

PATUE

Hélas ! Demandez ;i monsieur le président.

MADAME A^ÉRILLAC

Dis?...

VÉRILLAC, accablé.

Oui... (Léger temps.)

MADAME A'ÉRILLAC

Qu'est-ce qu'il fait, cet héritier... le fils de la servante ?

PATUE, qui savoure.

C'est un ouvrier, un simple ouvrier.

lîERTUE

Un ouvrier !

PATUE

Tailleur de pierres... Il est garçon... Il va de chantier en chantier... une sorte de chemineau... Il se prénomme Jules.

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