‹ Papineau et Nelson [microforme]Chapitre 10 sur 24 · L. A. Dessaulles, écr · texte numérisé non relu

L. A. Dessaulles, écr

St.-Hyacinthe.

Eh bien, maintenant est-il prouvé que M.

Nelson a dit à M. Papineau de s’éloigner de St.- Denis ? Est-il prouvé qu’il le lui a dit au moment de la bataille? Est-il prouvé que M. le Dr. Nelson mentait quand il a dit qu’il n'avait jamais prié M. Papineau de laisser St-Denis, quand il a dit qu’il ne l’avait pas revu après six heures du matin.

M. le Dr. Nelson ayant vu que pendant mon premier voyage de $t.-Denis, je n’avais recueilli que deux aflidavits, a cru que Je ne pourrais pas en obtenir d’autres ; et 1l s’est dit: “ comme l’affidavit de Frs. Ménard prouve que jai vu M. Papineau à six heures, je vais admettre ce fait: et puisqu'on n’a pas pu obtenir d’autres déclarations je vais nier tout ce qu’on

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dit s'être passé à neuf heures.” Eh! bien, M. le Dr. Nelson, je n’avais recueilli que deux déclarations cette fois que parceque j'espérais que vous donneriez dans le panneau: j'aurais pu avoir, non pus tout ce que je produis aujourd’hui, mais une partie ; mais ’ai cru qu’il n’était pas temps de tout dire : si Jeusse donné, il y a six Semaines, ma propre déclaration, vous ne seriez peut-être pas venu avec la vôtre du 4 septembre, et vous n’auriez peut être pas sciemment afirmé, sur votre honneur, un mensonge.

Je me croyais sûr que votre démangeaison ‘de parler vous ferait commettre quelqu’énorme balourdise, et le public doit voir que je ne faisais pas un Jugement téméraire. J’ai attendu avant de faire mes recherches aussi complètes, que vous vous compromissiez gravement, et je ine félicite d’avoir si exactement présumé de votre tête et de votre cœur.

En résumé, il est prouvé par les témoignages de Messieurs François Ménard, Louis Lapré, Lapparre et Dessaulles :

1°. Que ie jour de la bataille de St.-Denis, M. le Dr. Wolfred Nelson a fait à M, Papineau, à diverses reprises, et en dernier lieu au moment de la baïaille, l’injonction formelle de laisser S.-Denis, et la prière instante de ne pas aller combattre :

2°. Parle témoignage d’Augustin Fontaine que la veille de la bataille et pendant la nuit qui Pa précédée, M. le Dr. Nelson était décidé à ne pas permettre à M. Papineau de s’exposer :

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qu’au moment de la bataille M. le Dr. Nelson vaflirmé qu’il avait dit à M. Papineau de s’éloigner, et par le témoignage de Marcel Guertin, 1l est aussi prouvé, que le capitaine Jalbert a dit la même chose, peu d’instans après le mo-

ment où lui-même et le Dr. Nelson priaient M..

Papineau de s’éloigner :

4°, Par le témoignage de M. Bonaventure Viger que M. le Dr. Nelson a fortement insisté à ce que M. Papineau partit, au point qu’il lui à dit que sion le trouvait à St.-Denis, il exposait le village à être mis a feu et à sang, or, 1l faut admettre, ou que le Dr. Nelson a fait un mensonge à M. Bonaventure Viger en 1837, ou qu'il ment aujourd’hui s’il a dit la vérité alors. Il en est de même des autres.

5°. Par les deux lettres de Messieurs Bonaventure Viger et Goddu qu'aux Bermudes et aux Etats-Unis, le Dr. Nelson a toujours maintenu qu’il avait forcé M. Papineau de s’éloigner: et certes s’il y a une preuve accablante c’est celle que donnent ces deux messsieurs.

6°. Et enfin par les témoignages de messieurs Préfontaine et Tétro que le Dr. Nelson a publiquement déclaré, à Corbeau, qu'il était faux que M. Papineau se fut sauvé: et qu’7 fallait être un être méprisable pour avancer une telle chose.

Donc, M. le Dr. Wolfred Nelson, vor êtes un étre méprisable puisque vous affirmez que M. Papineau s'est sauvé de St-Denis. Ce n’est pas mot qui le dis, c'est vous.

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ce soit le Docteur lui-même qui soit mon meilleur témoin.

Maintenant il existe dans les lettres du Dr.

Nelson une admission bien forte contre lui. Il dif, (ce que j'ai toujours ignoré, quoique pendant le séjour de M. Papineau à St Hyacinthe, après la bataille de St.-Denis, il ne lui soit rien arrivé et qu'il n’ait rien fait que par mon canal,) que M. Papineau lui a envoyé un émissaire porteur de cette demande écrite :, “ Que faitesvous ? Or, si M. Papineau n’était pas parti en vertu d’une convention faite avec le Dr. Nelson, si enfin il s’était sauvé comme un lâche, est il possible de croire qu’il aurait osé écrire au Dr. Nelson ; demander, comme prenant part aux évènements, des détails à celui qui aurait eu le droit de le mépriser ? Une telle démarche n’est pas dans la nature. Si M. Papineau s’est sauvé, il ne pouvait plus être considéré comme participant aux efforts de ses amis, il renonçait à toute responsabilité, et on doit convenir que comme ç’aurait été s’exposer à un reproche écrasant de la part du Dr. Nelson que de lui écrire une semblable demande après avoir agi lâchement, le fait seul qu’il l’a écrite, s’il est vrai, prouve qu’il agissait de concert avec le Pr. Nelson.

Si M. Papineau mérite aujourd’hui les reproches que lui a faits M. le Dr. Nelson, il les méritait également il y a neufans, il y a onze ans: il semble même que c’était au moment ou M.

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mais non; il dit à tout le monde avant la bataille et après, qu’il a fait partir M. Papineau ; il le dit même à ceux qu’il ne devait pas tromper, comme M. Bonaventure Viger, qui par la position proëminente qu’il s'était faite à cette époque, avait le droit de savoir exactement la vérité ; 1l soutient la même chose partout, dans son voyage des Bermudes comme après son retour aux Etats-Unis ; proclame en pleine assemblée, à Corbeau, l’innocence de M. Papineau, quand le Dr. Côte l’attaquait ; (et je suppose qu’alors comme aujourd’hui il prétendait parler en homme d’honneur, néanmoins s’il ne ment pas ic1, 1l mentait là ;) se brouille avec son propre frère, principalement pour défendre M. Papineau, fournit aux rédacteurs de la Revue démocratique mille détails sur M. Papineau et ne fait de lui que les plus grands éloges, enfin vitavec M. Papineau, pendant quatre mois après son retour des Bermudes, dans la plus parfaite intimité, et ne fait pas l’ombre d’un reproche, d’une plainte, d’une remarque sur son départ de St-Denis ; et puis tout-à-coup, sans que M. Papineau l'ait jamais attaqué, onze ans après les évènements, il fait le rêve que M.

Papineau s’est sauvé, vient proclamer à tout le pays que ce qu’il a déclaré être faux est vrai,

que ce qu’il a affirmé être vrai est faux, et ne

rougit pas de proférer les même calomnies, de soutenir les même mensonges que ceux qu’il a reprochés au Dr. Côte et qui ont valu à ce dernier de sa part, le reproche d’être un homme méprisable. Si c’est là ce qu’il appelle de l’hon-

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neur, de l’habileté, c’est bien le cas de dire : oh, mon Dieu, délivrez-nous du mal.... et de homme.

Mais, dit le Dr. Nelson, j'ai tâché de mettres M. Papineau à couvert: J'ai voulu le traiter avec indulgence en ne dévoilant pas sa conduite.—$i c’étaient là vos motifs, M. le Dr. Nelson, vous n’auriez pas du traiter si dûrement le Dr. Côte, qui, si vous dites la vérité aujourd’hui, la disait également à Corbeau. Sil disait la vérité il était tout au plus indiscret, nullement méprisable : il ne méritait pas d'aussi sévères reproches: s’il disait faux, c’est vous qui les méritez aujourd’hui.

Les lecteurs se rappellent que M. le Dr.

Nelson a cité, dans une de ses lettres, quelques extraits du North American publié à Swanton.

Ces articles contenaient les mêmes calomnies que M. le Dr. Nelson publie aujourd’hui. A cette époque, le docteur blâmait fort ces articles, (cela est prouvé par la déclaration de M. Préfontaine) et les traitait de mensonges ; aujourd’hui il les cite comme preuves contre M. Papineau !! ldi ses pilules ont la même valeur que sa loyauté, j'offre toutes mes condoléances à ses malades:

Maintenant sion se demande quel pouvait être le résultat de toute cette malheureuse polémique, il est ciair que quant aux affaires du pays elles n’en iroit ni mieux nr plus mal, mais quatt à notre honneur comme peuple, on ne doit pas se dissimuler qu'il a reçu une grave atteinte. Heureusement, le principal auteur

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de tout le mal n’est pas un canadien, et c’est beaucoup: ce n’est pas de nos rangs que nous avons eu le chagrin de voir sortir un délateur: celui qui, vu ses révélations d’aujourd’hui, n’a été autrefois qu’un espion parmi nous, n’a pas de sang français dans les veines; mais malheureusement cet homme a trouvé des canadiens, qui ont, autant qu’il était en eux, donné du poids à ses calomnies, non pas par des affrmations, il est vrai, mais par des admissions tacites. Un homme qui s’est fait par son tra-

vail et son activité une belle position dans le barreau et dans la société, M. Georges Cartier, a été se trainer à la suite du Dr. Nelson pour calomnier M. Papineau, chose qu’il pouvait bien éviter tout en se défendant personnelle-

ment, ce dont il «avait le droit: a eté soiliciter des déclarations de dix ou douze individus, dans le but de faire croire que M. Papineau m'avait pas agi honorablement : et chose à peine croyable, M. Cartier, qui est avocat, et qui, comme tel, doit savoir ce qui constitue une preuve ou non, a présenté au public des négations comme devant avoir l’autorité de témoignages affirmatifs: il a prétendu prouver que M. Papineau n’avait pas reçu d’injonction de s'éloigner, par le témoignage de gens qui ont dit qu’ils n'avaient assisté à aucune conversation entre M. Nelson et M. Papineau: ct pourtant il savait parfaitement que par ce moyen il ne prouvait pas du tout qu’il n’y eût pas eu de conversation entre les deux hommes, mais qu’il ne faisait que constater l'absence de

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ses témoins quand le fait a eu lieu—Il y a donc eu chez M. Cartier de la mauvaise foi quand il présentait ses documents au public comme des preuves péremptoires, parceque personne ne savait mieux que lui qu’ils ne signifiaient rien puisqu'ils n’aftirmaient rien.

M. Cartier a donc eu assez peu de tact pour se mettre à la remorque d’un homme qui, dans son opinion, n’agissait pas honorablement en dévoilant ce que lui M. Cartier, savait être des secrets— Enfin il s’est rendu ridicule, même aux yeux des gens moins éciairés que lui, qui l’on baptisé du sobriquet de “la queue du loup.”

Enfin, comme il faut en finir, je rappellerai à M.le Dr. Nelson qu’il a dit dans son discours à St.-Judes qu’il était revenu au Canada avec un nom sans flétrissure ! Maintenant qu’il s’est fait dénonciateur d’un ancien ami, qu’il prouve qu’il était l’espion de ceux qui agissaient dé concert avec lui, va-t-il avoir la bonhomie de croire que son nom est aussi intact que lors de son retour au pays?

Ceux qui ne le connaissent pas diront sans doute : “il doit voir qu’il est perdu dans l’estie publique.” Moi, qui le connais, je dis:

L’homme qui a sans raison, violé les secrets de ses amis, sans s’appercevoir qu’il violait par là même toutes les lois de l’honneur, et qui a pu tirer vanité de cet excès de bassesse, cet homme ne savait pas ce que c'était que la honte et ne le saura probablement jamais.

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