‹ Papineau [microforme]Chapitre 2 sur 3 · RENE · texte numérisé non relu

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accorder de graduelles et modérées, va faire autant de mal venant de notre position coloniale, que l'Angleterre en a fait dans le passé en soutenant à tort l’excessive pr épondérance qu’elle donnait à l'exécutif. Elle ne comprend pas mieux les besoins sociaux du présent qu'elle n'a compris ceux du passé, parce qu'elle ne peut pas concevoir un autre état de société que le sien propre. Nous tombons, je le crains, dans un état d’anarchie législative parce que chaque parlement détruira la réputation des ministres qui y auront présidé ; commençant en majorité, ils finiront en minorité, et chaque nouveau parlement aura à détruire de fond en comble l'œuvre du précédent.”

Nous n'avons pas lu sans étonnement cette appréciation qui revient à dire que, sous l’Acte d'union, nous étions trop libres, que l'élément populaire jouissait d’un pouvoir sans contrôle, et qu’en fin de compte, nous étions, au point de vue de la liberté, plus avancés que les Américains. Ce n'est pas que nous trouvions ce jugement erroné; certes, si la constitution de 1841 avait un défaut, Papineau l’a admirablement saisi. Nous ne sommes pas loin de partager son opinion ; mais ce qui nous surprend, c’est de trouver dans la bouche d’un vieux libéral un langage que des tories comme MeNab et Draper auraient à peine osé tenir. Papineau a obéi à une loi commune ; l’âge change les points de vue et nous porte à modifier nos opinions : on peut dire, en thèse générale, que l’homme naît libéral et meurt conservateur. L'âge mûr perçoit ce qu'il y a de faux dans bien des théories, car l'expérience lui a fait voir les plus brillantes s'écroulant au choc de l'expérience. À mesure que l’on avance dans la vie, la difficulté de plier l'humanité avec tous ses défauts aux exigences des savants systèmes, admirables sur le papier, devient de plus en plus palpable. plus souvent les institutions valent mieux que les hommes, et ce sont nos défauts qui les rendent impraticables.

L'Acte d'union de 1867 l'aurait peut-être désarmé, car au moins en ce qui regarde les législatu.es provinciales, il existe un contrôle et la Cour suprême du Canada peut déclarer inconstitutionnelles les lois fédérales soumises à son examen. Son rôle est assez semblable à celui de la Cour suprême des Etats-Unis

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C’est une erreur assez répandue ici que le tribunal de Washing -

ton exerce une surveillance sur la législation américaine ; elle ne se prononce que sur la législation qui lui est déférée dans une cause instituée par une partie lésée.

Il arrive souvent à Papineau, dans ses causeries avec son ami, de faire un retour sur lui-même. De ces excursions dans le passé il revient rarement sans laisser percer de l'aigreur ; ce sentiment, produit chez lui par le désappointement, finit par le frapper luimême, ‘“ Au reste, dit-il, si la mauvaise humeur m'a souvent dominé, si elle m'a porté à traiter durement mes adversaires, au moins elle ne m'a jamais inspiré de haine pour leur personne, La contradiction, les reproches, les épigrammes contre autrui furent assez longtemps mon pain quotidien, mais l’animosité au degré de vouloir nuire à qui que ce fût, je ne l'ai jamais connue.”

On aime à le voir exprimer de pareils sentiments, alors qu’on se rappelle avec quelle violence, quelle âpreté il attaquait ses ennemis. [l est vrai que, dans ses plus grands emportements, son éloquence respectait toujours les personnes. C’était l'officier public qu’elles déchiraient, et jamais le mobile de leur conduite ne tombait sous sa critique impitoyable.

A mesure que les années s’avancent, Papineau se dégage de plus en plus de la politique ; le scepticisme envahit son âme et remplace la foi des anciens jours, et il arrive à ce degré de détachement que ses amis politiques ne lui tiennent pas plus au cœur PN ‘que ses adversaires. En 1855, on avait fait courir le bruit qu’il

songeuit à appuyer le ministère Taché-Macdonald. Il explique à M. Christie l'origine de cette rumeur. Rencontrant un jour M. Chauveau, il lui avait dit qu'entre le gouvernement et M. Cauchon qui lui faisait de gros yeux, il préférait encore le premier ; puis il ajoute : “ De cette conversation tout accidentelle, on a prétendu ‘“ que je prêtais mon appui au ministère. Il n’en était rien, A “ Brown et aux autres qui me sollicitaient de prendre part aux ‘ débats, j'avais répondu : Vous n'avez pas assez d'hommes pou- # ‘“ vant agir de concert et méritant mieux que ceux qui y sont, la “confiance. Ni eux ni vous ne me convenez et je ne conviens à

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Cette boutade ne témoigne-t-elle pas d'un grand détachement qui, à la vérité, a été long à venir ? La politique n’a plus rien à attendre de lui; pendant cinquante années l’attirant par son mirage décevant, elle lui a refusé toute satisfaction ; il est enfin désabusé et elle n’a qu'à s'éloigner. Il attend tout maintenant

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