‹ Papineau [microforme]Chapitre 3 sur 3 · PRES · texte numérisé non relu

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“ de notre âge, qui, je le dis sérieusement, valaient souvent mieux “que ceux qui les ont suivis, nous devons nous aimer plus ‘“ fortement.”

Il n'a pas échappé à cette faiblesse commune à tous les vieillards, à ces regrets des temps passés et des amis d'autrefois. Le temps, il n’en déplore pas la fuite, car il ne lui à pas été assez serviable pour qu'il en fasse l'éloge, mais, dans le reculement des années, comme ses amis grandissent à ses yeux ! Hélas! cette manie suit toutes les générations, et que de fois nous avons nousmême vu de nos contemporains regarder avec dédain les jeunes pour les écraser d’ne comparaison dédaigneuse. Ces derniers peuvent se consoler en pensant que, depuis le vieil Horace, chaque génération nouvelle, honnie par celle qui l’a précédée, lègue à son tour sa malédiction à celles qui la suivent. Disons cependant que Papineau pouvait établir, grâce aux circonstances, un parallèle entre ses amis et les hommes nouveaux, tout à l'avantage des premiers. En 1854, le Canada traversait une ère de transition. La bataille constitutionnelle était finie. Il n’y avait plus lieu de plaider la grande cause des libertés du peuple. De nouvelles préoccupations venaient de surgir. Pendant la période des agitations constitutionnelles, les questions d'avancement matériel du pays avaient dû rester au second plan, et à l’époque dont nous parlons, l'esprit public, frappé de l’état arriéré de la colonie, cherchait les moyens de la pousser résolûment dans la voie du progrès. Il n'étaitquestion que d’affaires, de communications rapides à établir, de projets de tous genres. Le gouvernement ressentit l'effet du

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mouvement général, et il dut se plier aux besoins nouveaux. Avec l'entrée de M. Hincks au conseil exécutif, les hommes d’affaires arrivaient à l'influence, traîinant à leur suite les spéculateurs. De 1854 date la législation des chemins de fer. Quel singulier effet ces physionoraies nouvelles ne durentelles pas produire sur la génération de 1837-38 ? Lafontaine se trouva dépaysé ; il comprit que son rôle était fini et s’effaça. Papineau, moins pratique, saisit moins promptement la nécessité du changement qui se faisait ; il ne vit que des hommes mus par l'intérêt personnel, ce stimulant indispensable des grandes entreprises publiques et privées. Les hommes, à toutes les époques de l’histoire, ont été à peu près les mêmes, et qui sait si une comparaison sagement établie ne démontrerait pas que nos contemporains valent autant que les hommes du bon vieux temps ?

Nous arrêtons ici ces citations de la correspondance de Papineau. Quel effet la lecture en a-t-elle produit, nous l’ignorons. Mais pour nous qui avons lu et relu ces lettres, elles témoignent d’un esprit et d’une grande ampleur de vues, d’une pénétration extraordinaire, sur lesquelles plane une tristesse, conséquence de bien des mécomptes, et qu'on voudrait voir plus souvent dissipée. Une autre impression s'en dégage, c'est que Papineau, l’avocat de ses compatriotes, revendiquant leurs droits, n’était pas “ peuple ” du tout. Fils d’un seigneur canadien, seigneur lui-même, il devait bien sourire lorsque les journaux du temns le posaient comme chef de la démocratie canadienne. 1l était du “ peuple ” à la façon de ces ducs, marquis, chefs vhig , toujours cañtonnés dans leur aristocratie, malgré leurs accointances avec le libéralisme anglais.

Nous sortons de cette étude avec un regret et un espoir ; avec le regret de ne pas avoir la correspondance entière de Papineau, et avec l'espoir que notre exemple encouragera des mains amies à recueillir ce qui reste de ses lettres éparses. La littérature française est la plus riche de l’Europe en mémoires et en correspondances ; celle du Canada, une des plus pauvres ; et elle l'est parce que l’on persiste à ne pas mettre au jour les trésors

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dispersés dans les papiers de famille, Recueillons-les pour les sauver de la destruction prochaine. De quel intérêt les lettres de D.-B. Viger, Lafontaine et Morin ne seraient-elles point, en attendant que le temps soi, venu de publier la correspondance de Cartier et de ses contemporains ? Que d'enseignements et de leçons utiles jailliraient de ces lettres menacées d’une destruction imminente ! Il nous était donné, il y à quelques jours, de jeter les yeux sur la correspondance intime du curé Labelle avec l'honorable M. Chapleau. Nous étions ravi;un véritable traité de politique et de haute politique passait sous nos yeux. Il y a des hommes dont la pensée ne se détache jamais avec plus de concision, de relief, que dans l’intimité de la causerie ou de la correspondance.

Ajoutez à cela que les mémoires, les correspondances sont une

-des formes de l’histoire certainement la plus piquante, souvent

la plus sûre, celle qui nous fait mieux comprendre l’état d'âme des hommes d'autrefois, le témoin le plus certain des mœurs. C’est en interrogeant ces papiers discrets que l’on peut arracher leur secret aux auteurs des grands mouvements qui ont décidé du sort des peuples.

Ces confessions, ces épanthements nous révèlent souvent les hommes meilleurs que l’histoire nous les fait voir, car ils expliquent le mobile de leur conduite, jugée trop sévèrement par les contemporains remplis de préjugés. Aussi bien des renomnées grandissent sous le jet de cette lumière nouvelle. Nous avons donc tout intérêt à prendre connaissance de ces documents destinés à la seule intimité, mais que la vérité à le devoir d’arracher à l'oubli. La postérité y trouve parfois des leçons de sagesse, des exemples de dévouement à imiter. Il y a du vrai dans cette pensée, empreinte d’une certaine exagération, d’un homme célèbre : ‘“ Les grands souvenirs font les grandes nations.”

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