SCÈNE VIII LES PRÉCÉDENTS, CAMEL
CAMEL, entrant déguisé en mendiant.—Pourriezvous me faire la charité d’une coppe, mes bons messieurs, pour l'amour du bon Dieu et de la bonne vierge!
DULAC.—Bon! v'là les quêteux qr' s’en mêlent à présent. :
DESROUSSELLES.—-D'où êtes-vous, mon ami ?
CAMEL, une main sur l’oreille—Plait-il !
DESROUSSELLES, élevant la voiz.—D'où êtes vous ?
:CAMEL.—Ah! excusez. Parlez fort, parce que j'entends pas de c’t'oreille, épi l’autre ça fait compassion. e suis de Saint-Michel d’Yamaska, sous
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voire respect, orphelin, et chargé d'une grosse faue que je vois pas beaucoup clair. J’ai-t-un bon illet. ù
DULAC.-—Si vous avez un bon billet, poursuivez ! (A part.) Ia l’air d’avoir les mains ben blanches, cet animau-là, pour un quêteux, Je me défie des quêteux qu'ont les mains trop blanches, moi; c'est Frs toujours parce qu'ils les ont trop nettes. ( Haul.)
onsieur Chryso. monsieur. Descroisel.. enfin!
Vous trouvez pas qu'il a du sang sauvage, ce: paroissien-là ?
DESROUSSELLES.—Laissez-moi tranquille, vous !
:DULAC.—Fâchez-vous pas. Attendez que je vous js 2 ma... théorie ?.… comment ce que vous dites ça
DESROUSSELLES, à Camel, après avoir regardé Dulac d’un air de profond mépris, et avoir longlemps cherché dans ses poches.—Mon ami, l'argent est trop rare de ce temps-là pour qu’on en traine dans ses poches. «Rari nantes in gurgite vasto !»
DULAC.—Du reste, brave homme, badinage à
part, vous pouvez entrer dans la première maison
venue, sur la rivière Chambly, y a toujours un morceau de pain dans la huche pour le pauvre. C'est comme ça par chez nous, toujours !
CAMEL, regardant l’estrade el les décorations.— Vous attendez quelqu'un; à ce que je vois.
DESROUSSELLES.—-Oui, nous attendons M. Papineau demain, avec.
: CAMEL, une main sur l'oreille.—Plait-il ?
DESROUSSELLES, élevant la voix.—Nous attendons M. Papineau.
CAMEL.—M. Papineau ?
DESROUSSELLES.--Oui.
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CAMEL.—Connais pas.
DULAC.—Comment, tu connais pas Papineau, toi, espèce de loup-cervier mal hiverné !.. Tu connais pas honorable Louis-Joseph Papineau, le grand patriote caniadien, que nous sommes tous sés énfants, quoi ! Viens pas dire ça devant moi, vieille tête de canne!
DESROUSSELLES.—Mais il n’en a peut-être pas entendu parler, lui !
DULAC.—Pas entendu parler de Papineau !.… DESROUSSELLES.—Mais puisqu'il est sourd.
DULAC, après avoir hésité un inslant—N'importe, c'est pas la faute à Papineau, ça !... Papineau, voyez-vous, c’est point permis de pas savoir Ce que c'est. Un homme que les enfants à la mamelle crient hourrah pour lui depuis le fin bout du Canada. jusque dans l’Amérique! Un homme qui peut prendre tous les chouayens. comme ça dans sa main, et en faire une bouillie que les chats cracheraiïent pas dessus |. Ils veulent le mettre en prison à ce qu'il parait.
Sapré batiscan d’un manche de pipe ! qu’ils essaient
done dé le prendre !.… Ils ont déjà fait tout cé qu'ils ont pu d’abord. Ils l'ont couru, guetté, épié, cerné
dans {ous les coins du pays, pas d’affaires !... Ils ont
essayé de fairé sauter sa maison, bernique !... C’est eux autres qui ont sauté !.… fls ont tendu des pistolets à trappe dans sa valise, je t’en fiche ! c’est un voleur qui a recu le coup !.… Ils l'ont fait coucher sur.un lit à bascule là ousqu'il y avait un plancher tout couvert dé lirmés de rasoir, comme dans les contes; Va-“en
voir s'ils viennent! Il rit de tout ça, lui! ÆEcoüte,
toi, Esquimau! ‘11 est marqué du bon Dieu, e tendstu, cet homme-là. Il est né pour donner la hberté à 0 £ la deg ete d'uns fon ou d'üne autre. C'est le sergent Dulac qui te dis ça.:. espèce dé visage ! x 23 ‘} A à *
+ CAMEL, à Desrousselles.—1I1 partebil des gens