‹ Papyrus de?motiques de LilleChapitre 3 sur 65 · THÉOCRITE · texte numérisé non relu

THÉOCRITE

On sait comment et pourquoi les efforts des précurseurs, SILVESTRE DE SACY en tête, ont porté tout d’abord sur la version démotique de l'inscription de Rosette. Quant à CHAMPOLLION, il n'a pas manqué d'en tirer bon parti, lui aussi, et ses travaux d'approche sur le terrain des cursives ont beaucoup avancé ses affaires. Il à su notamment se dégager de la fausse conception d’une écriture sacrée et d’une écriture populaire opposées dans leur principe; si bien que les progrès se réalisaient parallèlement dans les deux variétés. Néanmoins, durant toute cette phase héroïque, le déchiffrement du démotique était envisagé plutôt comme un moyen que comme un but. Celui-ci atteint, la clef des hiéroglyphes trouvée, le comparse rentra dans l'ombre et HEINRICH BRUGSCH est le premier dont on puisse dire qu'il aît aimé le démotique pour lui-même. A partir de 1848, il obtint, dans ce domaine, des résultats d’une rapidité et d’une sûreté admirables,

G. MASPERO, dans le premier fascicule de ce Recueil de Travaux qu'il venait de fonder, à la veille de la guerre de 1870, s’exprimait ainsi (p. 18) : « L'étude des écrits démotiques est restée jusqu'ici le privilége exclusif de M. BRuGscH. Seul parmi les savants contemporains, l’auteur de la grammaire s’est donné la tâche d’élucider les textes obscurs qui nous ont conservé l’état de la langue égyptienne aux dernières époques de son histoire. . Pourtant l'étude des textes démotiques n’est pas moins nécessaire à l’avancement de la science que celle des autres textes. »

Dans le tome XXXVIII de ce même Aecueil, où a été inséré son dernier écrit, posthume, MASPERO disait encore (p. 110), à propos des ressources que procurent à la phonétique égyptienne les différentes classes de monuments : «C’est encore plus dans le démotique, inscriptions et contrats, qu'il faut chercher des documents.» |

Ainsi, parvenu au terme, hélas! d’une carrière si longue, si fournie et si brillante, le Maître n'avait point modifié son opinion sur cette partie de la discipline, et je n’oublierai pas de sitôt les encouragements À poursuivre mes recherches dans ce sens qu’il m'a prodigués de vive voix, quatre jours avant le décret de mobilisation.

Entre les années 1869, où MASPERO regrettait que le démotique constituât un monopole entre les mains du savant berlinois, et 1916, où l’école égyptologique française a été décapitée, quel à été le sort de ces études ?

Tout d’abord, MAsPERO à joint l'exemple au précepte, car les réflexions citées plus haut introduisent un mémoire substantiel sur la matière, et, immédiatement après vient un article de P. PIERRET sur un papyrus moral démotique du Louvre. Puis, tandis que ces initiatives heureuses accroïissaient notre richesse scientifique, tandis qu’en Allemagne, H. BRUGSCH continuait d’exploîter sa magnifique découverte, il naissait à l’érudition le plus étonnant déchiffreur de ces textes égyptiens réputés les plus difficiles, EuGÈNe REvILLOUT.

Si quelqu'un à été parfois victime de ces jugements tout d’une pièce qui ne veulent tenir compte que des défauts et laissent les qualités dans l’ombre, c’est bien le fondateur et rédacteur principal de la Revue Égyptologique. Certes, on ne songe pas à nier les imperfections, souvent d'ordre matériel, reprochées aux travaux de REVILLOUT, et celui qui, sans l'avoir connu, se trouve appelé à poursuivre son œuvre, en souffre tout le premier. IT n’en est pas moins vrai qu'on pourrait appliquer ici, en en renforçant l'expression, le passage du conte démotique : «On pesa ses méfaits contre ses mérites: on trouva ses mérites plus nombreux que ses méfaits. » REVILLOUT avait une sorte de génie intuitif, fécondant un savoir d’une prestigieuse étendue. Les résultats dûs à l’exubérance de son activité sont immenses, mais, Comme il faisait trop de choses à la fois et ne soignait guère la forme, comme, d'autre part, il défrichait des domaines où bien peu se sentaient le goût de le suivre, ses mérites ont été en partie méconnus.

Si je reviens sur un sujet un peu pénible, que j'ai déjà traité dans la Æevue Égyptologique, nouv. série, I, p. 101 sqq, c’est que nous, compatriotes de REVILLOUT, ne devons pas être les derniers à lui rendre justice. Aux témoignages en sa faveur, venus d’outre- Rhin, peu après son décès, et déjà cités, jen puis ajouter d'autres(1) : «eine der besten Pionierleistungen REVILLOUT’s> (SPIEGELBERG, Dem. Studien, VIL, p. 4). — «In äu$erst scharfsinniger Weise»; «mit feinem historischen Blick » (Serue, 4. Z:, LIL p. 35). Mon sympathique collègue suisse E. DÉVAUD m'écrivait tout dernièrement qu'un démotisant berlinois avait employé, aussi, devant lui, à propos de REvILLoUT, le terme «génie». De telles appréciations font, en définitive, honneur à tout le monde.

Si BRUGSCH avait été, dès l'adolescence, attiré vers l'égyptologie par l'intérêt que lui inspiraient les contrats démotiques conservés à Berlin, c’est néanmoins dans l’étude des textes littéraires et des inscriptions historiques que son effort, en matière démotique, a été surtout fructueux. Il en est de même pour MASPERO. Au contraire, c’est dans le domaine administratif et juridique que REVILLOUT est passé maître, en déchiffrant une masse prodigicuse de documents appartenant aux principaux musées d'Europe. I1 a tracé la-voie aux savants de toute nationalité : F. LL. GRIFFITH et H. THOMPSON, en Angleterre; J. KRALEL, N. REICH, en Autriche; W. SPIEGELBERG, G. MÔLLER et K. SETHR, en Allemagne.

Il est regrettable d'avoir à constater qu'en France même, REVILLOUT a peu réussi à faire école, Les travaux publiés sous sa direction manquent trop souvent de personnalité. Aussi, lorsqu'il eut quitté, par force, les Musées Nationaux et l'École du Louvre, n’eut-il pas effectivement de remplaçant, Quant la mort a interrompu, en 1913, son enseignement

(1) Je néglige, bien entendu, l'opinion des savants restés, jusqu'à la fin, en relations amicales avee REVILLOUT. |

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