SCÈNE V
LUCAS
Or, ces gens<>Ià, tu sais, remuont Targent à la pelle ; ils faisont jouer, tu sais, jour et nuit, les ménétriers dans le village; ils tirent, tu sais, des fusées et des artifices sur Tiau. Ils ni'avont baillé, tu sais, quinze pièces d'or pour que le capitaine devenît notre garçon t et son homme de chambre notre neveu , tu sais ?
MATHUBINE.
Eh bian? Je sais, je sais : si je sais tout ça, pourquoi me le dire ?
LUCAS
Ah ! marguenne, bellement , Mathurine; tredame, t'es bien prompte. Ce que je te dis-là, voistu, c'est à celle tin de te faire mieux entendre que ce capitaine-là est un homme riche, vois-tu, queuque fils de maltôtier; que c'est là, vois-tu, queuque bon papier de conséquence,- queuque contrat de constitution, vois-tu, queuque lettre de change. •
MATHURINE
Ca pourroit bien être.
LUCAS
J'ai, marguenne, opinion que ça est. Tafigué que d'envieux, que de gens fâchés dans le village, quand ils verront Mathurine et Lucas dans un biau carrosse! Car, vois-tu, je ne sommes pas
344 ' LE GALANT JARDINIER, pour en demeurer là. Si j'ai une fois de Targent, crac, je me boute dans les affaires, je me fais partisan^ tu seras partisane ; j'achèterons queu- ^ue char^ de noblesse; et pis, et pis , on oubliera ce qne j*aTons«té^ et je ne nous en souviendrons , morgue , peut-être pas nons-méme«.
M ATHrniHE.
Je deviendrions nobles, Lacas ? j'aorions carrosse ?
LUCAS
Pourquoi non? je ne sommes pas les premierjp paysans qui aurions fait fortune.
MATHUfilNE.
Mais , acotite , Lucas , n'est-ce point voter que de ne pas rendre ce papier à ce monsieur a qui il Appartient?
LUCAS
Bon,vcJer une feuille de papier! et pis, appès tout, il n'y a pas de mal à ça : un paysan prendre à un capitaine, et au fils d'un msfltôtier encore, ce n'est pas voler que ça , c'est prendre sa revanche.
MATHUllINE.
Tas raison. Montre - moi ce papier , Lucas :
donne, Lucas, donne.