SCÈNE XXIV
JULIEN, JULIENNE, CLITANDRE, COLETTE, LÉPINE, MADAME AGATHE, LE BAILLI, CHARLOT, MATHURIN.
MATHURIN
Madame Juliaane , velà ces personnes que vous avez fait prier des fiançailles de Colette , qui n o> sont s'approcher, parcequ ils voyont ici des Qens de justice.
JULIEN
Ils avont, morçué, raison , c*est une vilaine vi* sion. Mais parle donc, hé, femme? est-ce que tu maries comme ça notre nièce sans que je sache rian?
JULIENNE
Oui, Julien ; et si tu n'y bailles pas ton consens tement, je recommencerons à quereller, mou en-* fant ; tu n*as qu'à dire.
JULIEN
Oh, palsan(pié, non! ne querellons point; j'aime mieux faire tout ce que tu voudras.
CLITANDRE
' Vous n'aurez pas lieu de vous reprocher cette complaisance.
JULIEN
Je le veux bian ; velà qui est fini , monsieur Clitandre.
5CÈNK XXIV. 13^
M™« AGATHE
Tu sais bien ce que tu m*a promis, Chariot?
• CHARLOT
ISh bian ! touchez là, je sis garçon de parole.
JU LIEN
A la franquette, monsieur le bailli. Je serai moi, maugré vous, vous avez beau faire. Eh!
morgue, laissez-nous en paix; je vous baillerons de bonne amitié ce que vous pourriais gagner à nous persécuter : n est-ce pas être raisonnable?
CHARLOT
Allons, monsieur le bailli , Julien n*a pas tort : c'est vous et moi qui l'avions tantôt jeté à Tiau; morgue, repêchons-le, qu'est-ce que ça nou9 coûtera ?
LE BAILLI
Je suis trop humain pour un bailli : qu'il n'en soit plus parlé. Mais au moins...
JULIEN
Je ferons bian les choses , ne vous boutez pas en peine. Touche là, Julianne : avec les fiançailles de Colette j'allons faire notre remariage. Allons^ palsangué, que tout le monde vianne, et que les ménétriers jouiont queuque drôlerie 4|ui fasse un peu trémousser ces jeunes filles.
i38 LE MARI RETROUVÉ.
divertissement:
M. TOUVENEL.
Pour célébrer les uoces de Colette, Folâtrons, chantons , et dansons; Qu^on fasse retentir les sons Du haut-bois et de la mulsette ; ' Et que par-tout Fécho répète
Nos agréables chansons.
(Entrée de deux meuniers et de deux meunières.)
Mme AGATHE.
Les maris qu'on voit parmi nous »
Sont marchandise bien mêlée; Pour bien faire, il faudroit les noyer presque tous , Et la France, faute d^époux, N'en seroit pas moins peuplée.
(Entrée d'un meunier et d'une meunière.)
CHARLOT
Palsangué , si j'avois fait bien , Lorsque vous caressiez ma petite meunière ,
J'aurois sur vous lâché mon chien.
Quoi! me ravir Colette, à moi, de la manière!
Ça me déplaît, ça ne vaut rien; C'est, morguenne , empêcher le cours de la rivièlre :
Pargué , c'est être bien malin
De détourner l'eau d'un moulin.
(Entrée de plusieurs meuniers et meunières. )
DIVERTISSKMENT. i3j|
mUc lolotte.
Je ne suis qu'une meunière ; Mais si Tanionr Vouloit un jour Me ranger sous sa loi sévère, Je me rirois de son dessein , Et, pour punir ce petit téméraire, J*en ferois mon garde-moulin.
ENTRÉE
M. TOUVENEL.
Tu croyois, en aimant Colette, Que tu n'aurois point de rival; Mais le moulin d'une coquette Est toujours un moulin banal.
ENTRÉE
Monsieur Clitandre a bon génie.
En faisant même un mauvais pas; Il prend meunière bien jolie , Son moulin ne chômera pas.
mUc lolotte.
Avoir deux amants en nature , Cela se peut selon les lois ;i C'est tirer d'un sac deux moutures. Qu'avoir deux époux à-la-fois.
M. TOUVENEL.
Vous qu'amour à l'hymen destine,
i4«> LE MARI RETROUVIS.
Écoutez bien cette leçon :
Tel croit en avoir la farine.
Qui souvent n'en a que le son.