SCÈNE XXIII. 3o
LE MARQUIS
Oui... oui, madame, à ce que je crois , équerre, serrure.
LA MARQUISE
Monsieur, ce qui me jette daus la plus grande surprise , c'est la promptitude , la précision du coup d'œil avec laquelle vous saisissez...
LE MARQUIS
Gela vous ëtonne , madame ?
LA MARQUISE
Gela ne devroit pas me surprendre. Enfin il ne reste plus rien...
LE MARQUIS
Que de me payer, madame.
LA MARQUISE
De vous payer? Ah! monsieur, vous êtes un créancier terrible. Si vous avez perdu , je serai plus honnête, et je vous, ferai plus de crédit.
LE MARQUIS
Je n en demande point.
LA MARQUISE
. Dubois, fermez ce papier, et cachetes-le:
voici mon étui.
LE MARQUIS
Pourquoi donc , madame? cela est inutile.
LA MABQUISE.
Vous me pardonnerez : j*ai Tattention si pa-
3io LA GAGEURE IMPRÉVUE.
resseuse ; les femmes n'ont que la présence d'esprit de la minute , et elle est passée cette mnute.
LE MARQUIS
Vous croyez rire; mais ce que vous dites-là,je Tai dit cent fois.
LA MARQUISE
Oh! je vous crois. J'espère, moi, de mon côté, que vous voudrez bien m* accorder une heure pour réfléchir et examiner si vous n avez rien oublié.
LE MARQUIS
Deux jours, si vous l'exigez.
LA MARQUISE
Non, je ne veux pas plus de temps qu'il ne m'en faut pour vous raconter Thistoire de ma journée: et la voici. Je me suis ennuy.ée, mais très ennuyée ; je me suis mise sur le balcon, la pluie m'en a chassée; j'ai voulu lire, j'ai voulu broder , faire de la musique ; l'ennui jetoit un voile si noir sur toutes mes idées, que je me suis remise à re^^arder le g^rand chemin. J*ai va passer un cavaHer qui pressoit fort sa monture ; il m'a pris fantaisie de ne pas dîner seule. Je lui ai envoyé dire que madame la comtesse de Wordade le prioit d'entrer chez elle.