‹ Par: composé des tragédies, comédies et drames des auteuers du second ordreChapitre 3 sur 230 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

BELTON, MYLFORD.

MTLFORD.

A Charlestown enfin tous voilà revenu :

L'ami qvte je pleurois à mes vœux est rendu ^

Je vous vois : vous calmez ma juste impatience.

Biais de ce morne accueil que faut-il que je pense?

J'arrive : au moment même , en entrant dans îè port,

J'apprends votre retour; j'accours avec transport.

Je m'attends an bonheur de répandre ma joie

Dans le sein d'un ami que le ciel me renvoie ;

Je vous trouve abattu , pénétré de douleur.

Daignez me rassurer; ouvrez-moi votre cœur.

Tout semble vous promettre un destin plus tranquille.

De ces lieux à Boston le trajet est facile :

D'un père avant trois jours vous comblerez les vœux...

BELTON.

Âh ! j'ai fait son malheur ! Gomment puis-je être heureux? La jeunesse d'un fils est le vrai bie& d'un père.

Je regrette mes jours perdus dans la misère;

Ces jours si prodigués, dont un plus sage emploi

Pouvoit me rendi^tile à ma famille , à moi.

Dès long-temps, cher Mylford, une fougueuse ivresse,

L*ardeur de voyager, domina ma jeunesse.

J'abandonnai mon père, et le ciel m'en punit.

Dans un orage affreux notre vaisseau périt.

Je fus porté mourant vers une île sauvage :

Un vieillard et sa fille accourent au rivage.

J'allois périr, hélas , sans eux, sans leur secours !

Quels soins, quels tendres soins ils prirent de mes jours!

Leur chasse me nourrit; leur force, leur adresse.

Pourvut à mes besoins et soutint ma foiblesse.

Voilà donc les mortels parmi nous avilis !

J'avois passé quatre ans dans ce triste pays.

Quand ce vieillard mourut. L'ennui, l'inquiétude.

Mon père, mon état, ma lon^;^ solitude.

Cet espoir si flatteur d'être udle à mon tour

A celle dont les soins m'avoieot sauvé le jour;

Tout me rendit alors ma retraite importune :

J'engageai ma compagne à tenter la fortune.

Vous savez tout. Après mille périls divers.

Nous fûmes à la fin rencontrés sur les mers.

Par un de vos vaisseaux qui nous sauva la vie.

Mais quels chagrins encore il faudra que j'essuie !

Il faudra retourner vers un père indigné

Contre un fils criminel et plus infortuné.

Soutiendrai-je ses yeux en cet état funeste?

Irai-je de sa vie empoisonner le reste?

Prodigue de ses bien» et même de ses jours ,

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